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Full text of "Répertoire général des sources manuscrites de l'histoire de Paris pendant la révolution française"

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VILLE    DE    PARIS 


PUBLICATIONS     RELATIVES     A     LA     RÉVOLUTION     FRANÇAISE 


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REPERTOIRE  GENERAL 

DES    SOURCES    MANUSCRITES 


DE 


L'HISTOIRE  DE  PARIS 


PENDANT 


LA  RÉVOLUTION  FRANÇAISE 


PAR 


ALEXANDRE    TilETEY 


TOME    NEUVIEME 

CONVENTION      NATIONALE 

(HECONDF.    PiHTIEi 


Armes  de  la  Manîdpalité  de  Paris,  en  1790, 


PARIS 

IMPRIMERIE    NOUVELLE    (ASSOCIATION    OUVRIÈRE) 


H,    RUE    CADET 
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REPERTOIRE   GENERAL 


DBS  SOURCES  MANUSCRITES 


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L'HISTOIRE    l)i:    PARIS 


PENDANT 


LA  REVOLUTION  FRANÇAISE 


Cml  i^^ûtâ 


L'administration  municipale  laissa  à  chaque  auteur  la  responsabilité  des  opinions 
émises  dans  les  ouvrages  publiés  sous  les  auspices  de  la  Ville  de  Paris. 


TOUS    DROITS    RÉSERVÉS 


VILLE    DE    PARIS 


PUni.ICATIONS     RELATIVKS     A     LA     RÉVOLUTION     FRANÇAISE 

RÉPERTOIRE  GÉNÉRAL 

DES    SOURCES    MANUSCRITES 

DE 

L'HISTOIRE  DE  PARIS 


PENDANT 


LA  RÉVOLUTION  FRANÇAISE 


ALEXANDRE    TUETEY 


TOME    NEUVIEME 

CONVENTION     NATIONALE 
(SECONDE    PARTIE) 


Armes  de  la  Municipalité  de  Parisien  1790. 


PARIS 

IMPRIMERIE    NOUVELLE    (ASSOCIATION    OUVRIÈRE) 


H,    RUK    CADET 
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INTRODUCTION 


Journée  du  35  février  1 793 

Lors  du  procès  de  Louis  XVI,  l'un  des  griefs  imputés  au  souverain 
déchu  fut  sa  participation  à  des  opérations  commerciales  à  l'étranger,  qui 
aux  yeux  du  peuple  ne  pouvaient  avoir  pour  résultat  que  l'accaparement 
et  le  renchérissement  des  denrées  de  première  nécessité.  Dans  le  senti- 
ment populaire  il  semblait  que,  Louis  XVI  une  fois  disparu,  tout  devait 
changer  de  face,  que  l'abondance  allait  renaître;  mais,  lorsqu'on  s'aperçut 
que  rien  n'était  changé,  que  la  vie  matérielle  était  tout  aussi  chère  et 
peut-être  encore  davantage,  le  mécontentement  général  ne  larda  pas  à  se 
manifester  avec  violence  dans  les  propos  tenus  au  milieu  des  groupes  et 
surtout  dans  certains  de  ces  écrits  éphémères,  répandus  dans  les  masses 
et  d'autant  plus  goùiés  qu'ils  affectaient  le  langage  des  Halles.  Parmi  ces 
sortes  de  libelles  qui  paraissaient  sous  le  voile  de  l'anonyme,  ceux  inti- 
tulés :  Domiez-nous  du  pain,  ou  égorgez-nous  (1)  ;  Le  dernier  cri  des  Sans- 
Ctdottes  qui  manquent  de  pain  à  la  Convention  nationale,  ou  leur  dernier 
coup  de  cloche  pour  réveiller  les  patriotes  endormis,  dont  la  seconde  édition 
ajoute  que  les  accapareurs  de  blé  et  les  marchands  d'argent  seront  mis  sur- 
le-champ  à  la  guillotine  (2),  montrent  bien  toute  l'irritation  qui  régnait  et 
que  l'on  entretenait  dans  les  milieux  populaires.   L'auteur   du   second 


(1)  De  l'imprimerie  de  la  Liberté  et  de  la  sévérité,  faubourg  Saint-Marceau,  in-S",  7  pages, 
B.  N.,  Lb*<,  201. 

(2)  Paris,  Durand,  in-8°,  8  pages,  B.  iV.,  Lb"  2886. 

T.  IX.  ,  « 


y  INTRODUCTION 

opuscule  s'écrie  :  «  Mille  bombes  de  la  vie,  nous  avons  fait  périr  sur 
l'échafaud  le  dernier  roi  de  la  France...,  un  mauvais  chien  d'accapareur, 
un  raflleur  de  blé,  sucre  et  café.  Mais,  tonnerre  de  Dieu!  encore  que  ce 
mfttin-la  soit  parti  pour  engraisser  la  terre  du  diable,  nous  ne  nous  sen- 
tons pas  soulagés  d'un  bougre  de  liard,  nous  nous  voyons  à  la  veille  de 
mourir  de  faim.  »  A  qui  les  Sans-Culottes  constitués  en  assemblée  répu- 
blicaine, qui  tenaient  ce  langage,  s'en  prenaient-ils?  à  la  Convention 
nationale,  qu'ils  entendaient  rendre  responsable  de  la  dépréciation  tou- 
jours croissante  des  assignats,  des  manœuvres  des  accapareurs  et  du 
renchérissement  des  denrées.  C'est  ainsi  que  dans  le  même  pamphlet  la 
Convention  nationale  est  violemment  attaquée  en  ces  termes  :  «  Ah  ça  ! 
nos  mandataires,  écoutez-nous  et  ne  vous  f...  pas  les  airs  de  renvoyer 
notre  pétition  à  vos  Comités.  Etes-vous  des  hommes,  ou  des  j.-f...,  quoi, 
vous  voyez  le  pain  à  3  sols  la  livre,  l'argent  à  180  livres  pour  100  livres, 
le  sucre  à  3  livres,  le  café  à  plus  de  50  sols,  et  le  vin  à  30  sols  la  mauvaise 
bouteille,  et  vous  ne  sentez  pas  dans  vos  âmes  un  sacré  aiguillon  qui 
pique  votre  activité  sur  l'introduction  de  ces  prix  énormes...  » 

Les  groupements  révolutionnaires  des  sections,  dans  l'espoir  d'arrêter 
la  dépréciation  des  assignats  ainsi  que  l'agiotage,  avaient  inscrit  en  tête 
de  leur  programme  une  double  mesure  :  tout  d'abord  la  prohibition  de  la 
monnaie  de  métal,  attendu  qu'à  leurs  yeux  la  hausse  des  denrées  décou- 
lait de  celle  de  la  monnaie  métallique,  ensuite  la  taxation  des  denrées  de 
première  nécessité.  Le  3  février,  une  délégation  du  Conseil  général  de 
la  Commune,  des  commissaires  des  48  sections  et  des  Défenseurs  réunis 
des  84  départements,  vint  demander  à  la  Convention  nationale  le  retrait 
du  décret  de  l'Assemblée  constituante  qui  déclarait  l'argent  un  objet 
mercantile.  L'impression  de  leur  adresse  fut  décrétée  par  la  Convention. 

Enhardis  par  le  succès,  certains  députés  des  sections  se  présentèrent, 
le  11  février,  à  la  barre  de  la  Convention  et  sollicitèrent  leur  admission 
immédiate.  L'adresse  qu'ils  déposèrent  à  l'appui  de  leur  demande  com- 
prend deux  parties  bien  distinctes,  arbitrairement  fondues  en  une  seule  par 
Mortimer-Ternaux,  qui  reproduit  ce  texte  arrangé  à  sa  guise  dans  sou 
Histoire  de,  la  Terreur,  l.  VI,  p.  34,  et  donne  aux  signataires  des  litres  qui 
n'existent  pas  dans  l'original.  La  première  partie  de  cette  adresse,  datée 
du  H  février  1792  [sic),  est  écrite  de  la  main  du  citoyen  Heudelet,  qui  se 
qualifie  président,  et  est  conçue  en  ces  termes  : 

«  Les  commissaires  de  la  majorité  des  sections,  réunis  avec  leurs 
frères  des  85  départements,  demandent  à  être  entendus  sur  le  champ  à 
la  barre  de  la  Convention  nationale,  pour  présenter  une  pétition  sur  les 
subsistances,  parce  que  la  faim  ne  s'ajourne  pas.  » 


INTRODUCTION  iy 

Comme  l'on  sait,  la  Convention,  absorbée  par  une  discussion  impor- 
tante, celle  du  rapport  de  Dubois  de  Crancé  sur  l'organisation  de  l'armée, 
refusa  d'admettre  les  pétitionnaires  et  les  renvoya  au  Comité  d'agriculture. 
C'est  alors  qu'un  second  comparse,  Plaisant  de  la  Houssaye,  dont  la 
signature  est  également  accompagnée  du  titre  de  président,  ajouta  au- 
dessous  des  lignes  tracées  p;ir  Heudelet  ces  mots  : 

(<  Il  nous  est  impossible  de  désemparer  sans  être  entendus,  à  moins 
qu'un  décret  formel  ne  le  déclare  à  la  face  du  peuple  de  Paris,  qui  est 
tout  entier  debout  avec  nos  frères  des  84  départements;  nous  le  répétons, 
les  représentants  du  peuple  n'ont  pas  le  droit  de  refuser  de  l'entendre, 
encore  un  coup  la  faim  ne  s'ajourne  pas.  » 

Chacune  des  parties  de  cette  adresse  portait  en  outre  la  signature  d'un 
sieur  Pelletier,  secrétaire,  qui,  parait-il,  était  commissaire  de  la  section  du 
Marais. 

La  députation  fut  admise  le  22  février  et  l'orateur,  qui  prit  la  parole  en 
son  nom,  proposa  diverses  mesures  révolutionnaires  pour  mettre  un 
terme  aux  abus  concernant  les  subsistances,  notamment  d'infliger  la  peine 
de  6  ans  de  fers,  et  de  mort,  en  cas  de  récidive,  à  tout  agriculteur  ou 
marchand  qui  vendrait  un  sac  de  250  livres  de  blé  plus  de  25  livres, 
d'établir  l'uniformité  des  mesures  pour  les  grains  et  d'interdire  à  toute 
administration  de  se  faire  marchande  de  grains. 

Quel  fut  le  rôle  de  chacun  des  signataires  de  cette  adresse  à  la  Conven- 
tion, personnages  fort  obscurs  qui  se  donnèrent  comme  représentants  de 
la  majorité  des  sections?  Claude  Heudelet,  vérificateur  du  Bureau  de  la 
comptabilité,  commissaire  de  la  section  Poissonnière,  qui  apposa  sa  signa- 
ture au  bas  de  la  première  partie  de  l'adresse,  avait  toutes  les  chances  de 
passer  inaperçu,  si,  après  l'exposé  présenté  par  l'orateur  de  la  députation,  il 
n'avait  eu  la  malencontreuse  idée  de  prendre  la  parole,  en  qualité  de  vice- 
président  de  la  commission  des  subsistances  de  sa  section  et  comme 
mandataire  de  ses  frères  des  déparlements  ;  interrompu  par  le  prési- 
dent, qui  le  mit  en  demeure  de  produire  ses  pouvoirs,  il  fut  obligé  de 
reconnaître  qu'il  n'avait  aucun  mandat  et  pouvait  tout  au  plus  parler  au 
nom  des  fédérés  des  85  départements  se  trouvant  à  Paris.  Arrêté  séance 
tenante  par  ordre  de  la  Convention,  il  fut  conduit  au  Comité  de  sûreté 
générale,  où  il  subit  un  interrogatoii'e,  mais  fut  relaxé  le  même  jour. 
Comme  le  lit  remarquer  Prudliomme  {Révolutions  de  Paris,  n"  ■188,  p.  222), 
rien  n'ayant  déposé  contre  sa  loyauté  et  son  civisme,  on  avait  constaté  seule- 
ment que  c'était  un  cerveau  exalté,  susceptible  d'impressions  étrangères.  Du 
reste,  à  la  suite  de  cette  manifestation  Claude  Heudelet  ne  tomba  nullement 
en  disgrâce  ;  on  voit  par  une  lettre  qu'il  adressa,  le  24  août  suivant,  à  ses 


It  INTRODUCTION 

chers  camarades  et  frères  du  Comité  de  surveillance  de  la  section  Poisson- 
nière, qu'il  venait  d'être  désigné  pour  accompagner  les  ciloyens  Gâteau 
et  Thuillier,  chargés  de  mettre  à  exécution  l'arrêté  du  Comité  de  salut  public 
conccrnani  les  subsistances  militaires  dans  toutes  les  armées  de  la  Répu- 
blique, et  en  particulier  à  Mayence.  Ces  deux  citoyens,  proclamait  Heudelet, 
sont  de  vrais  patriotes  de  notre  trempe.  Il  se  trouve  qualifié  d'inspecteur 
des  subsistances  militaires  dans  l'arrêté  pris  le  25  ventôse  an  II  par  le 
Comité  de  sûreté  générale,  qui  jugea  à  propos  de  s'assurer  de  sa  personne 
et  par  mesure  de  sûreté  générale  l'expédia  à  la  Force  (1). 

Le  second  signataire  de  la  pétition  relative  aux  subsistances,  celui  qui 
porta  la  parole  à  la  Convention  au  nom  des  commissaires  des  sections, 
Jean  Plaisant  de  la  Houssaye,  homme  de  loi,  rue  de  Bièvre,  fut  dénoncé, 
le  42  brumaire  an  II,  par  le  Comité  de  surveillance  de  la  section  du 
Panthéon-Français  comme  aristocrate,  par  confusion  avec  le  secrétaire  de 
l'ancien  avocat  général  d'Aguesseau,  et  en  outre  incriminé  comme  ayant 
été  le  rédacteur  et  l'orateur  de  cette  pétition;  il  fut  incarcéré  à  Sainte- 
Pélagie.  Les  griefs  articulés  contre  lui  révèlent  de  curieux  détails  sur 
ce  qui  se  serait  passé  en  cette  occurrence.  On  lui  reprocha,  lorsque  la 
Convention  refusa  de  l'admettre  à  sa  barre,  d'avoir  écrit  une  lettre 
menaçante  au  président.  La  députation  de  Paris  étant  venue  le  trouver 
dans  la  salle  des  pétitionnaires  pour  l'inviter  à  ne  pas  insister,  il  aurait 
répondu  que  si  la  Convention  ne  faisait  pas  droit  à  sa  pétition,  le  peuple, 
qui  alors  avait  les  bras  ballants,  reviendrait  le  lendemain,  armé  de 
fer,  pour  forcer  ses  mandataires  de  lui  donner  du  pain.  Un  autre  grief 
qui  lui  était  imputé  le  représentait  comme  s'étant  rendu  ensuite  au 
Club  central  séant  à  l'Evêché,  où  il  aurait  fait  un  rapport  calomnieux 
et  tenu  des  propos  injurieux,  entr'  autres  ceux-ci  :  «  Hé  bien!  citoyens, 
votre  si  belle,  votre  si  bonne  députation  de  Paris  ne  veut  pas  que  ses 
commettants  mangent,  elle  ne  veut  même  pas  que  le  peuple  lui  demande 
du  pain,  notamment  Marat,  ce  prétendu  Ami  du  peuple,  veut  que  le  peuple, 
dont  il  se  dit  l'ami,  mange  le  pain  à  12  sols  la  livre  (2).  »  Dans  un  mémoire 
justificatif,  adressé  de  Saint-Lazare,  le  10  vendémiaire  an  III,  au  Comité 
de  sûreté  générale,  Plaisant  répondit  point  par  point  aux  inculpations 
dont  il  était  l'objet:  il  reconnut  bien  avoir  été,  non  le  rédacteur,  mais 
l'orateur  chargé  de  présenter  la  pétition  sur  les  subsistances,  observant 
toutefois  qu'on  ne  pouvait   lui  en  faire  un  crime,   puisque,  deux   mois 


(1)  Arch.  nat.,  dossier  Heudelet,  F'  4741 

(2)  Arch.  tint.,  dossier  Plaisant,  F'  4774". 


INTRODUCTION  v 

après,  la  Convention  avait  décrété  le  maximum,  que  réclamaient  les  péti- 
tionnaires. De  pins,  il  assura  n'avoir  parlé  à  aucun  des  membres  de  la 
Convention,  attendu  qu'il  avait  été  décidé  par  les  pétitionnaires  réunis 
à  la  Maison  Commune  que  l'orateur,  pour  réserver  toutes  ses  forces, 
n'aurait  de  conférence  avec  qui  que  ce  fût  à  la  salle  des  pélilionnaircs; 
que  quant  à  lui,  il  s'était  préparé  à  la  parole  dans  les  corridors  extérieurs 
de  la  Convention.  Pour  se  défendre  des  prétendues  accusations  portées 
contre  Marat,  Plaisant  crut  devoir  déclarer  qu'on  ne  pouvait,  sans  tomber 
dans  la  plus  insigne  absurdité,  supposer  qu'il  eût  prêté  à  Marat  le  dessein 
de  faire  manger  au  peuple  le  pain  à  12  sols  la  livre  ;  comme  le  Club  central 
était  d'une  façon  permanente  composé  des  plus  chauds  amis  de  ce  député, 
il  se  serait,  d'une  part,  exposé  à  l'indignation  générale,  et  d'autre  part 
Marat,  étant  informé  de  tout,  n'eût  pas  manqué  de  protester  contre  ce 
propos  diffamatoire  dans  l'un  des  premiers  numéros  de  son  journal. 

Quoique  Plaisant  eût  prétendu  dans  sa  défense  qu'il  n'avait  eu  de 
rapport  avec  aucun  des  membres  de  la  Convention,  il  ressort  pourtant  des 
discours  prononcés  par  plusieurs  Conventionnels,  notamment  par  Buzot  et 
Osselin,  lors  de  la  discussion  soulevée  par  la  venue  de  ces  pétitionnaires, 
que  les  commissaires  des  sections  s'étant  retirés,  à  la  suite  de  leur  première 
démarche,  dans  la  salle  des  conférences,  les  députés  de  Paris,  entr'autres 
Marat,  vinrent  les  trouver  et  entrèrent  en  pourparlers  avec  eux.  Osselin 
déclara  que,  la  veille,  presque  tous  les  députés  de  Paris  s'étaient  rendus 
à  la  salle  des  conférences  pour  calmer  l'agitation,  et  qu'ils  entendirent 
les  citoyens  chargés  de  présenter  la  pétition  affirmer  qu'elle  émanait  non 
seulement  des  48  sections  de  Paris,  mais  encore  des  83  départements 
de  la  République.  Prudhomme,  dans  ses  Récolutions  de  Paris,  témoigne 
des  mêmes  faits;  il  rapporte  que  l'ordre  du  jour  motivé,  par  lequel  la 
Convention  refusa  de  recevoir  ces  délégués,  eut  le  don  de  les  mettre  en 
fureur,  et  que  plusieurs  membres  de  l'Assemblée,  voyant  qu'ils  ne  pou- 
vaient rien  gagner  sur  ces  esprits  exaltés  et  voulant  éviter  des  scènes 
désagréables,  emmenèrent  la  députalion  au  Comité  d'agriculture. 

A  la  suite  du  débat  soulevé  à  la  Convention  par  la  pétition  du 
12  février  au  sujet  des  subsistances,  la  députation  de  Paris,  par  une  lettre 
très  explicite  à  ses  commettants,  s'attacha  à  mettre  en  relief  l'erreur  de 
quelques  patriotes  et  la  malveillance  des  intrigants  qui  abusaient  de  leur 
bonne  foi;  et  elle  ne  craignit  pas  de  proclamer  que  l'attitude  des  délégués 
qui  s'étaient  fait  annoncer  par  une  lettre  menaçante  au  président  de  la 
Convention,  l'exagération  de  leurs  propositions,  le  ton  insultant  et  fréné- 
tique de  l'orateur,  le  maintien  indécent  de  plusieurs  de  ces  prétendus 
pétitionnaires,  le   mensonge  absurde  proféré   par  l'un   d'eux,!  qui  faisait 


vj  INTRODUCTION 

croire  qu'il  pnrlait  au  nom  des  84  départements,  tout  dévoilait  la  basse 
intrigue  ourdie  pour  compromettre  les  48  sections,  auxquelles  cette  péti- 
tion était  aussi  étrangère  qu'aux  84  dc^partements.  A  leurs  yeux,  elle  no 
pouvait  être  que  l'œuvre  d'aristocrates  déguisés.  Du  reste  Maral,  dans 
son  journal,  partagea  cette  manière  de  voir;  il  inséra  dans  le  n°  CXXXI 
une  lettre  donnant  à  entendre  que  la  pétition  sur  les  subsistances  avait  été 
fabriquée  dans  la  section  du  Panthéon-Français  par  deux  intrigants,  un 
certain  Landrin,  ex-moine,  et  le  citoyen  Damour. 

Le  calme  préconisé  par  les  membres  de  la  dépulation  de  Paris  ne  fut 
pas  de  longue  durée,  de  nouveaux  symptômes  d'agitation  ne  tardèrent 
pas  à  se  manifester.  On  faisait  courir  le  bruit  dans  les  faubourgs  que 
Paris  allait  manquer  de  pain;  les  alarmes  répandues  au  sujet  de  la  pénurie 
des  subsistances  et  de  l'accaparement  des  denrées  provoquèrent  une  vive 
effervescence  ;  la  foule  assiégea  la  porte  des  boulangers  et,  dans  la  crainte 
d'une  disette  qu'on  croyait  imminente,  se  disputa  le  pain  ;  tel  qui  n'avait 
besoin  que  de  deux  pains  en  prenait  quatre.  Los  faits  en  question  furent 
exposés  à  la  tribune  de  la  Convention,  le  dimanche  24  février,  par  Lesago, 
d'Eure-et-Loir,  et  par  Thuriol;  et  sur  la  proposition  de  ce  dernier,  la 
Convention  décréta  que  les  Comités  d'agriculture,  de  commerce,  des  finances 
et  de  sûreté  générale  se  réuniraient  à  l'instant  pour  entendre  le  ministre  de 
l'Intérieur,  les  administrateurs  du  Département,  le  maire  elle  procureur  de 
la  Commune  sur  l'étal  des  subsistances  de  Paris,  sur  les  mesures  prises  et 
à  prendre  pour  que  la  capitale  n'en  manquât  pas.  L'Assemblée  décida  en 
outre  que  les  Comités  rendraient  compte  immédiatement  de  la  situation. 

Pendant  que  la  Convention  prenait  cette  résolution,  des  groupes  de 
femmes,  qui  avaient  d'abord  porté  leurs  doléances  au  Conseil  général  de 
la  Commune,  se  présentèrent  à  la  salle  du  Manège  et  demandèrent  leur 
admission  à  la  barre.  L'une  de  ces  députalions,  formée  par  les  citoyennes 
républicaines  se  réunissant  aux  Jacobins,  ayant  à  leur  tête  la  citoyenne 
Wafflard,  leur  vice-présidente,  fit  connaître  que  des  mères  et  épouses  des 
défenseurs  de  la  patrie  venaient  déposer  dans  le  sein  de  l'Assemblée  l'ex- 
pression du  chagrin  qui  les  accablait  par  suite  de  la  disette  des  subsistances 
et  priaient  la  Convention  d'entendre  une  pétition  très  courte,  préparée  à  ce 
sujet.  L'autre  dépulation,  composée  de  blanchisseuses,  se  plaignit  du  prix 
excessif  qu'avaient  atteint  les  matières  premières  servant  au  blanchissage, 
par  suite  de  l'accaparement  et  de  l'agiotage  qui  avaient  fait  monter  le  prix 
du  savon  de  14  à  22  sols,  et  elle  demanda  la  peine  de  mort  contre  les 
accapareurs  et  agioteurs;  cette  pétition,  passée  sous  silence  ou  plutôt 
omise  dans  le  procès-verbal  de  la  Convention,  fut  renvoyée  aux  Comités 
de  commerce  et  des  finances  réunis. 


INTRODUCTION  ^ 

Le  président  Dubois  deCrancé  se  borna  à  répondre  aux  députations  que 
la  Convention  s'occupait  en  ce  moment  de  l'objet  de  leurs  demandes,  mais 
que  l'un  des  moyens  du  faire  hausser  le  prix  des  denrées  était  d'efîrayer 
le  commerce,  en  criant  sans  cesse  à  l'accaparement.  Les  pétitionnaires, 
ainsi  éconduitcs,  se  retirèrent  fort  mécontentes,  et  d'autant  plus  aigries 
par  l'insuccès  de  leur  démarche. 

Dans  cette  même  séance,  Carra  avait  présenté  une  motion  à  l'effet 
d'être  entendu,  le  lundi  25  février,  à  miiii,  pour  dévoiler  les  causes  et  les 
auteurs  véritables  des  accaparements,  de  l'agiotage,  enfin  de  toutes  les 
calamités  actuelles,  et  pour  indiquer  les  moyens  infaillibles  d'écraser  tous 
les  ennemis  intérieurs  du  peuple. 

L'article  incendiaire  que  Marat  fit  paraître  dans  son  journal,  le  matin 
même  du  25  février,  article  dans  lequel  il  dénonçait  à  la  vindicte  publique 
les  agioteurs,  les  monopoleurs,  les  marchands  de  luxe,  tous  suppôts  de 
l'ancien  régime,  ligués  pour  désoler  le  peuple  par  la  hausse  exorbitante  du 
prix  des  denrées  de  première  nécessilé  et  la  crainte  de  la  fainine,  ne  fut 
certes  pas  étranger  aux  scènes  de  désordre  et  de  pillage  qui  signalèrent 
cette  journée.  Marat,  dans  ce  violent  appel  aux  passions  populaires, 
déclarait  qu'on  ne  devait  pas  trouver  étrange  que  le  peuple,  poussé  au 
désespoir,  se  fil  lui-même  justice.  Le  pillage  do  quelques  magasins, 
ajoutait  perfidement  Marat,  à  la  porte  desquels  on  pendrait  les  accapareurs, 
mettrait  bientôt  fin  à  leurs  malversations;  bien  plus,  ce  pillage,  l'auteur 
du  Dernier  cri  des  Sans-Culottes  le  préconisait  en  ces  termes  :  Nous  dirons 
à  nos  camarades,  c'est  ici  la  boutique  de  l'accaparement,  allez  chercher  du 
pain,  et,  par  une  conséquence  logique,  du  sucre,  du  savon  et  tout  le  reste. 

M.  Jean  Jaurès,  dans  son  Histoire  socialiste  de  la  Convention  (p.  1032), 
prétend  que  ce  n'est  pas  l'article  de  Marat  qui  décida  le  pillage,  que  ce  mou- 
vement populaire  était  prémédité  et  préparé  depuis  plus  d'une  semaine; 
quoi  qu'il  en  soit,  Marat  y  avait  bel  et  bien  contribué,  et  ne  désarmait  pas, 
puisque  trois  jours  après  les  événements,  dans  le  numéro  du  28  février,  le 
même  publiciste,  revenant  sur  l'appel  qu'il  avait  adressé  le  25  à  la  popu- 
lation, loin  de  désavouer  ce  qu'il  avait  écrit, 'répète  encore  que  le  meilleur 
moyen  de  mettre  un  terme  aux  malversations  des  accapareurs  serait  de 
piller  leurs  magasins  et  de  les  pendre  à  la  porte;  seulement,  pour  sa 
justification,  Marat  fait  observer  que  les  meneurs  de  la  faction  des  hommes 
d'Etat,  se  saisissant  avidement  de  cette  phrase,  s'étaient  hâtés  d'envoyer 
des  émissaires  parmi  les  femmes  attroupées  aux  portes  des  boulangers 
pour  les  pousser  à  enlever  à  prix  coûtant  du  savon,  des  chandelles  et  du 
sucre  dans  les  boutiques  des  épiciers  détaillants. 

Il  est  possible  que  Marat  ait  été  victime  de  sa  plu'aséologie  meurtrière; 


viij  INTRODUCTION 

toujours  est-il  que  le  peuple  ne  s'empressa  que  trop  de  suivre  le  conseil 
que  son  Ami  lui  donnait.  Comme  Boyer-Fonfrède  le  fit  remarquer  le 
lendemain  à  la  tribune  de  la  Convention  :  «  Hier,  Marat  avait  prêclié  le 
pillage,  et  hier  soir  l'on  a  pillé.  »  Du  reste,  la  discussion  qui  s'ouvrit  à  ce 
sujet,  dans  la  séance  du  26,  aboutit,  comme  l'on  sait,  à  la  promulgation 
du  décret  qui  renvoya  la  dénonciation  de  l'écrit  de  Marat,  relatif  aux 
troubles  et  pillages  du  25  février,  aux  tribunaux  ordinaires  et  chargea  le 
Ministre  de  la  justice  do  faire  poursuivre  les  auteurs  et  instigateurs  de 
ces  délits. 

Si  M.  Jean  Jaurès  refuse  d'admettre  le  rôle  de  Marat,  il  croit  que 
l'inspirateur  et  l'organisateur  de  cette  sorte  de  révolution  des  subsistances 
fut  Jacques  Roux,  l'ancien  prêtre,  membre  du  Conseil  général  de  la 
Commune,  qui,  depuis  un  mois,  dans  son  obscur  quartier  des  Gravilliers, 
menait  une  campagne  acharnée  contre  les  accapareurs  et  qui  eut  pour 
constante  tactique  de  mettre  en  avant  Marat  et  de  se  couvrir  de  sa  popu- 
larité. Il  est  bien  certain,  si  l'on  en  juge  par  le  rapport  de  l'un  des 
vingt-quatre  commissaires  de  la  Commune  envoyés  dans  les  sections,  le 
2S  février  au  matin,  pour  essayer  de  rétablir  l'ordre,  que  Jacques  Roux 
pactisait  ouvertement  avec  les  émeutiers,  qui  se  faisaient  délivrer  les 
marchandises  arbitrairement  taxées  par  eux  ;  le  langage  qu'il  tint  le  même 
jour  à  la  tribune  du  Conseil  général  de  la  Commune,  où  il  aurait  dit  que 
la  journée  du  25  février  était  une  belle  journée  et  qu'elle  eût  été  encore 
plus  belle,  s'il  y  avait  eu  quelques  têtes  coupées,  montre  assez  que,  loin  de 
désapprouver  ce  mouvement  révolutionnaire,  il  ne  le  trouvait  pas  assez 
accentué.  La  conduite  de  Jacques  Roux  fut  d'ailleurs  sévèrement  jugée 
par  plusieurs  des  sections  parisiennes,  celle  des  Piques,  entre  autres,  qui, 
réunie  en  Assemblée  générale  le  26,  prit  un  arrêté  exhortant  ses  frères 
de  la  section  des  Gravilliers  à  censurer  le  citoyen  Jacques  Roux,  son  repré- 
sentant à  la  Commune,  pour  avoir,  dans  la  journée  du  25  courant,  prêché 
au  Conseil  général  la  dissolution  de  tous  les  principes,  en  légitimant  les 
événements  qui  venaient  de  se  produire,  et  déclara  lui  retirer  sa  confiance. 
Quelques  jours  après,  il  se  trouvait  exclu  de  la  Commune. 

En  réalité  Jacques  Roux  est  le  seul  fauteur  de  troubles  dont  le  rôle  dans 
la  journée  du  2o  février  ne  puisse  prêter  à  l'équivoque;  on  ne  voit  pas 
apparaître  d'autre  agitateur,  et  Varlet,  notamment,  qui  trois  mois  plus  tard 
sera  l'un  des  chefs  du  parti  révolutionnaire,  semble  être  resté  dans  l'ombre. 
Quant  à  Hébert,  dans  son  Père-Diic/tesne,  il  cherche  à  donner  le  change 
et  ne  veut  voir  dans  l'émeute  du  25  février  qu'un  mouvement  excité 
par  les  aristocrates,  les  Brissotins,  qui  auraient  poussé  le  peuple  à  la 
révolte  et  au  brigandage. 


k 


INTRODUCTION  lx 

Tels  sont  ceux  qui,  soit  par  leurs  écrits,  soit  par  leurs  paroles,  furent 
les  promoteurs  des  désordres  qui  troublèrent  Paris,  les  25  et  26  février. 
Vers  8  heures  du  malin,  le  peuple  se  porta  dans  le  quartier  des  Lom- 
bards, de  tout  temps  centre  du  commerce  des  denrées  coloniales,  telles 
que  le  sucre,  le  café,  le  savon,  et  envahit  les  boutiques  des  épiciers  dans 
les  rues  des  Cinq-Diamants,  des  Lombards,  de  la  Vieille-Monnaie.  Cette 
foule  ameutée,  où  les  femmes,  quelques-unes  armées  de  pistolets,  se 
trouvaient  en  majorité,  se  fit  délivrer  les  marchandises  à  sa  convenance, 
suivant  une  taxe  arbitraire  :  le  sucre  à  20  et  25  sols,  la  cassonade  à  8  et 
10  sols,  le  savon  et  la  chandelle  à  12  sols;  on  finit  par  faire  main-basse 
sur  toutes  les  marchandises,  même  sur  celles  dont  le  peuple  ne  faisait 
point  usage,  comme  le  thé,  la  cannelle,  la  vanille,  l'indigo. 

D'après  les  rapports  des  observateurs  de  police  (1),  ce  furent  les  femmes 
de  la  Halle  qui  se  montrèrent  le  plus  acharnées  au  pillage  des  épiciers,  soit 
qu'elles  appartinssent  à  la  classe  indigente,  soit  qu'elles  se  fussent  laissées 
entraîner  par  des  suggestions  perfides;  elles  huaient  les  patrouilles  qui 
passaient  au  milieu  des  groupes  pour  les  diviser,  prétendant  que  ces 
patrouilles  n'étaient  composées  que  d'épiciers  et  de  chandeliers,  tandis 
qu'en  réalité  plusieurs  sections,  entre  aulres  celle  des  Quatre-Nations, 
avaient  eu  soin  d'exclure  des  patrouilles  cette  classe  de  commerçants.  Vers 
5  heures  du  soir,  l'afiluence  des  femmes  au  Marché  des  Innocents  était 
considérable;  elles  chantaient,  dansaient,  se  moquant  de  la  force  armée  à 
pied  et  à  cheval,  qui  cherchait  à  les  disperser,  ne  ménageant  pas  les  propos 
insolents  et  ironiques.  Le  soin  qu'on  avait  pris  de  faire  replier  les  grands 
parapluies  de  toile  cirée  au-dessus  des  étalages  avait  été  plus  nuisible 
qu'utile  :  au  lieu  d'empêcher  les  rassemblements  cette  précaution  les  avait 
favorisés.  Du  reste  dans  ces  groupes  d'émeuliers,  il  ne  manquait  pas  de 
voleurs;  rue  Saint-Denis,  en  face  du  Marché  des  Innocents,  Ton  en  arrêta 
d'un  seul  coup  de  filet  50  à  60;  les  gens  de  mine  suspecte  y  étaient  aussi 
en  bon  nombre  ;  parmi  ceux  qui  avaient  envahi  les  boutiques  d'épiciers 
l'on  put  constater  la  présence  d'individus  couverts  de  haillons,  sur  lesquels 
fut  trouvé  beaucoup  d'or  et  d'argent;  rue  Phélypeaux,  paraît-il,  furent 
remarquées  des  femmes  pauvrement  vêtues,  qui  tenaient  dans  leurs  mains 
de  gros  paquets  d'assignats  qu'elles  distribuaient  à  ceux  qui  n'avaient  pas 
de  quoi  acheter  à  vil  prix  du  sucre  et  du  savon.  En  résumé,  il  semble 
que  le  pillage  des  épiciers  ait  été  à  la  fois  excité  par  des  agents  de  désordre 
et  de  contre-révolution,  et  perpétré  par  le  peuple,  exaspéré  du  prix  énorme 


(1)  V.  tome  IX  de  notre  Répertoire,  n»'  432,  435. 


jl  INTRODUCTION 

des  denrées,  lorsque  l'arreslalion  do  voitures  de  savon  lui  permettait  de 
constater  d'après  la  facture  que  ce  savon  qui  revenait  à  14  sols  la  livre  lui 
était  vendu  32  sois,  et  que  les  magasins  explorés  par  les  émeuliers  renfer- 
maient de  la  cassonade  moisie,  à  force  d'avoir  été  gardée,  et  du  sucre  à 
moitié  rongé  par  l'humidité. 

Le  désordre  ne  resta  pas  localisé  dans  le  quartier  des  Lombards;  il 
s'étendit  aux  autres  quartiers,  de  l'ile  Saint-Louis  à  la  rue  Saint-Jacques, 
sur  le  port  au  Blé,  même  devant  IHôlel  de  Ville.  D'après  Tiiine  (1),  douze 
cents  boutiques  auraient  été  pillées  et  dévastées.  Le  même  historien,  avec 
sa  tendance  à  grossir  et  à  voir  sous  les  couleurs  les  plus  sombres  tous  les 
mouvements  révolutionnaires,  accepte  sans  contrôle  le  témoignage  d'un 
romancier  populaire,  Rétif  de  la  Bretonne  (2),  qui  dans  le  chapitre 
qu'il  a  consacré  au  pillage  des  épiciers  prétend  que  des  bandits,  réunis 
à  des  agents  étrangers,  se  livrèrent  à  un  véritable  brigandage,  comme 
s'il  se  fût  agi  d'une  ville  prise  d'assaut.  S'il  faut  en  croire  ce  littérateur, 
que  ïaine  considère  comme  un  témoin  oculaire,  il  se  serait  passé 
des  scènes  révoltantes,  renouvelant  les  exploits  des  chauffeurs  :  des  misé- 
rables auraient  contraint  un  maître  do  maison  et  sa  femme,  les  pieds  dans 
le  feu,  à  leur  livrer  tout  ce  qu'ils  avaient  de  précieux,  or,  argent,  assignats, 
linge  fin,  dentelles,  robes  de  soie.  Le  même  Rétif  de  la  Bretonne  rapporte, 
d'après  des  on-dit,  des  actes  de  lubricité  dont  auraient  été  victimes  la 
femme  et  les  deux  fiUes  d'un  riche  épicier,  qui  furent  outragées  à  plusieurs 
reprises  par  trois  bandits,  pendant  que  leurs  valets  impassibles  assistaient, 
le  sabre  à  la  main,  le  pistolet  à  la  ceinture,  à  ces  cyniques  débauches. 
Nous  croyons  qu'il  y  a  beaucoup  d'exagération  dans  ces  récits,  où  l'imagi- 
nation d'un  romancier  s'est  donnée  libre  carrière. 

Toutes  les  scènes  de  désordre  qui  signalèrent  la  matinée  du  25  février 
ne  furent,  au  début,  l'objet  d'aucune  répression;  il  est  certain  que  la 
Municipalité  parisienne  comme  le  Déparlement  semblent  avoir  été  pris 
au  dépourvu  et  n'avoir  eu  aucune  connaissance  dos  mouvements  qui  avaient 
pu  précéder  et  préparer  l'émeute;  c'est  l'impression  que  l'on  éprouve 
lorsqu'on  lit  les  réponses  que  Lulicr,  procureur  général  syndic  du  Dépar- 
tement, fit  aux  questions  qui  lui  furent  posées  le  26  février  par  le  Conseil 
exécutif  provisoire  (3).  Sans  nul  doute,  lu  Municipalité  fut  surprise  par  la 
soudaineté  des  événements,   puisqu'elle    déclara,  le   27    février,  que   le 


(1)  H.  Taine,  Les  origines  de  la  France  contemporaine,  La  Révolution,  t.  III,  p.  407. 

(2)  Rétif  de  la  Bretonne,  Nuits  de  Paris,  t.  VIII,  p.  463. 

(3)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n«  1483. 


INTRODUCTION  xj 

désordre  avait  éclaté  subitement  avec  violence  et  s'était  propagé  avec  la 
rapidité  de  la  foudre;  c'est  ce  qui  explique  jusqu'à  un  certain  point  pour- 
quoi elle  ne  montra  pas  la  décision  nécessaire  et  sembla  ne  se  réveiller  de 
sa  torpeur  que  lorsque  lémeute  se  fut  rendue  complètement  maîtresse  du 
terrain;  de  plus,  comme  par  un  fait  exprès,  le  Commandant  général  de  la 
garde  nationale,  Sanlerre,  se  trouvait  absent  depuis  le  matin  et  inspectait 
des  troupes  à  Versailles,  alors  que  sa  présence  eût  été  indispensable  à 
Paris;  aussi  l'intervention  tardive  du  maire  et  du  procureur  de  la  Commune 
fut-elle  absolument  ineificace.  Lorsque  le  maire  et  les  représentants  de  la 
Commune  se  furent  rendus  compte  de  l'inutilité  de  leurs  efforts,  ils  se 
transportèrent  au  Département  et  de  là  au  Comité  do  sûreté  générale  ;  alors, 
sur  la  motion  do  Basiro,  l'un  de  ses  membres,  la  Convention  nationale 
promulgua  un  décret  autorisant  la  Municipalité  parisienne  à  prendre  les 
mesures  nécessaires  pour  le  rétablissement  de  l'ordre  et  même  à  faire  battre 
la  générale  pour  contenir  les  malveillants.  Dans  sa  lettre  du  26  février  à 
la  Convention  nationale  (1),  Pache  déclare  que  la  Municipalité  ne  connut 
qu'après  H  heures  du  matin  la  formation  d'un  rassemblement,  rue  de  la 
Vieille-Monnaie,  ainsi  que  l'envahissement  des  boutiques  d'épiciers  par 
une  foule  de  femmes,  et  que  la  présence  du  Maire,  du  procureur  de  la 
Commune,  de  l'un  de  ses  substituts  et  de  cinq  administrateurs  municipaux, 
avec  toutes  les  exhortations  des  uns  et  des  autres,  ne  réussit  point  h 
réprimer  les  désordres.  Pourtant,  au  témoignage  du  journal  de  Brlssot, 
Pache  aurait  montré  quelque  énergie  et  payé  de  sa  personne  en  arrêtant 
de  sa  main  deux  pillards;  le  bruit  courut  même  qu'on  l'avait  menacé  do 
coups  de  couteau  et  qu'on  lui  avait  déchiré  son  écharpe,  alors  qu'accom- 
pagné du  procureur  de  la  Commune,  il  protégeait,  rue  des  Lombards,  la 
boutique  d'un  épicier;  mais  il  fut  reconnu  que  la  nouvelle  était  fausse. 
Quant  à  Chaumette  et  Hébert,  malgré  leur  caractère  officiel,  ils  ne 
pouvaient,  conime  l'a  dit  très  justement  M.  Jaurès,  marcher  à  fond  contre 
le  peuple,  même  égaré,  et  l'avaient  laissé  faire.  L'un  comme  l'autre  ne 
virent  ou  affectèrent  de  ne  voir,  dans  la  journée  du  25  février,  qu'un 
mouvement  contre-révolutionnaire.  Chaumette  iléclara,  le  27  février,  devant 
la  Convention,  que  la  véritable  cause  de  ces  troubles,  c'était  la  haine  de  la 
Révolution;  leurs  auteurs,  c'étaient  les  malveillants  de  l'intérieur,  coalisés 
avec  les  agents  des  puissances  étrangères.  Hébert  n'est  pas  moins  afiir- 
matif  ;  à  ses  yeux  (n"  219  de  son  Père  Duchesne),  la  journée  du  23  février 
n'avait  été  qu'une  mascarade  aristocratique, une  émeute  masquée,  organisée 


(1)  V.  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n»  1491. 


^  INTRODUCTION 

par  de  faux  Sans-Culoltes  ;  c'étaient  les  fripons  soudoyés  par  l'Angleterre 
qui  avaient  fait  jiiller  les  magasins  dans  Paris,  afin  d'exciter  le  désordre 
au  moment  où  l'on  s'occupait  du  recrutement  de  l'armée.  Les  patrouilles 
multipliées  dont  Pache  fait  mention  dans  sa  lettre  ne  commencèrent,  en 
réalité,  qu'à  cinq  heures  du  soir,  et  encore  les  officiers  seuls,  sans  être 
suivis  par  leurs  hommes,  exposés  seuls  aux  brutalités  de  la  multitude 
égarée,  cherchèrent-ils  à  dissiper  les  attroupements,  en  sorte  que,  comme 
le  constate  Prudhomme  dans  ses  Révolutions  de  Paris,  les  pillards  eurent 
tout  le  temps  et  toute  la  sûreté  désirable  pour  mener  à  bonne  fin  leur 
expédition  qui,  en  somme,  dura  du  lever  au  coucher  du  soleil.  Ce  fut  seule- 
ment le  mardi  malin  que  l'on  se  décida  à  prendre  des  mesures  énergiques 
pour  le  rétablissement  de  l'ordre  ;  ce  jour-là,  dès  quatre  heures,  la  générale 
fut  battue,  de  fortes  patrouilles  furent  envoyées  rue  Sainl-Honoré  et  à  la 
Croix-Rouge,  où  s'étaient  formés  de  nouveaux  groupes  qui  se  proposaient 
de  recommencer  les  excès  de  la  veille.  Santerre  informa  la  Convention,  le 
26  février,  à  2  h.  3/4,  que  la  force  armée  était  devenue  maîtresse  d'em- 
pêcher le  retour  des  événements  fâcheux  qui  s'étaient  produits;  mais  dans 
la  crainte  qu'à  la  faveur  de  la  nuit  les  agitateurs  et  les  malintentionnés 
ne  recommençassent,  il  prit  soin  de  placer  dans  toutes  les  caisses,  à  la 
fabrique  des  assignats,  au  Mont-de-Piété  et  à  toutes  les  prisons,  des  forces 
d'hommes  et  de  canons,  de  manière  à  réprimer  tous  désordres  (1). 

La  journée  du  27  fut  relativement  calme;  pourtant  dans  la  soirée,  il  y 
eut  de  nouvelles  velléités  d'agitation  :  les  blanchisseuses,  rassemblées 
place  Maubert  et  ailleurs,  demandèrent  à  grands  cris  que  l'on  envahit  les 
magasins  de  savon  et  de  soude,  notamment  rue  de  Bièvre,  invitant  les 
hommes  à  les  suivre,  sous  peine  de  payer  au  moins  6  sols  de  blanchissage 
par  chemise.  On  fil  en  même  temps  courir  le  bruit  que  l'on  se  porterait  chez 
les  bijoutiers  et  orfèvres,  lesquels,  saisis  d'une  terreur  panique,  se  hâtèrent 
de  fermer  boutique  (2). 

L'apaisement  revint  petit  à  petit;  le  28  février,  Santerre  annonçait 
que  Paris  était  fort  tranquille,  qu'il  n'y  avait  aucun  rassemblement,  la 
force  armée  étant  très  active,  que  les  agitateurs  donnaient  le  change  au 
peuple  en  lui  faisant  croire  que  ceux  qui  n'aimaient  pas  le  désordre 
étaient  ses  ennemis;  il  terminait  en  déclarant,  avec  ce  ton  déclamatoire 
qui  lui  était  familier,  que  les  républicains  ne  quitteraient  point  les  rênes 
et  qu'ils  sauraient  mourir  comme  Le  Peletier. 


(1)  V.  t.  VllI  de  notre  Répertoire,  n»  1490. 

(•2)  Rapport  de  police,  t.  IX  de  notre  Répertoire,  n»»  43!),  437. 


INTRODUCTION  xHj 

Ce  même  jour,  la  Convention,  dans  le  but  de  rechercher  les  responsa- 
bilités, rendit,  sur  la  motion  de  Barère,  un  décret  ordonnant  :  1°  au  Comité 
de  sûreté  générale  de  lui  faire  connaître  le  lendemain  les  mesures  qu'il 
avait  prises  en  vue  do  la  cessation  des  troubles  et  pour  en  découvrir  les 
auteurs  et  instigateurs  ;  2°  au  Maire,  au  procureur  de  la  Commune  et  à  la 
Municipalité  de  se  présenter  le  lendemain  à  la  barre  pour  exposer  égale- 
ment les  moyens  par  eux  mis  en  œuvre  pour  prévenir  les  troubles  et  la 
violation  des  propriétés,  en  arrêter  les  progrès  et  faire  incarcérer  les  auteurs 
et  instigateurs;  3°  aux  Comités  de  commerce,  d'agriculture  et  des  finances 
de  proposer  dans  le  délai  de  trois  jours  les  mesures  les  plus  propres  à 
réprimer  l'accaparement  ainsi  que  l'agiotage  et  à  diminuer  la  masse  des 
assignats.  Ce  décret,  une  fois  les  événements  tombés  dans  l'oubli,  resta, 
on  le  comprend  sans  peine,  lettre  morte. 

On  sait  par  la  lettre  de  Pache  à  la  Convention  qu'à  la  suite  des  troubles 
du  25  février,  un  nombre  considérable  d'agitateurs,  parmi  lesquels  figuraient 
quelques  suspects  et  des  domestiques  de  ci-devant  nobles,  furent  arrêtés , 
conduits  d'abord  devant  le  Conseil  général  de  la  Commune,  renvoyés  au 
Département  de  Police  et  enfin  écroués  à  la  Force.  On  est  naturellement 
amené  à  se  demander  à  quelle  classe  de  la  société  appartenaient  ces 
émeutiers  qui  organisèrent  le  pillage  des  boutiques  d'épiciers  et  si,  comme 
l'avance  Prudhomme  dans  ses  Révolutions  de  Paris,  il  faut  admettre  la 
présence  dans  les  rangs  du  peuple  de  quantité  d'émissaires  gagés  par  les 
listes  civiles  de  presque  toute  l'Europe.  M.  Aulard,  dans  son  Histoire  poli- 
tique de  la  Révolution  (p.  419),  en  parlant  de  l'émeute  du  25  février,  me 
paraît  trop  affirmatif,  lorsqu'il  attribue  le  pillage  des  quelques  boutiques 
d'épiciers  aux  ouvriers  qui  avaient  peur  de  la  famine.  L'élément  ouvrier 
n'eut  qu'une  part  très  faible  dans  ces  désordres;  on  peut  relever,  en 
effet,  sur  la  liste  des  12  inculpés  détenus  à  la  Force,  qui  passèrent  en 
jugement  pour  leur  participation  aux  troubles  des  25  et  26  février,  trois 
domestiques,  1  brocanteur,  1  tailleur,  1  dragon  de  la  République,  1  garçon 
cordonnier,  1  marchand  de  boucles,  1  marchand  de  cocardes,  1  taillandier, 
1  garçon  pâtissier  et  un  particulier  sans  profession,  soit  3  individus  qui,  à 
la  rigueur,  peuvent  rentrer  dans  la  catégorie  des  ouvriers.  Sur  les  quatre 
femmes  inculpées  pas  une  ouvrière,  ce  sont,  une  domestique,  une  cuisi- 
nière, une  revendeuse  et  une  femme  sans  profession. 

Cependant,  quoique  l'adresse  de  la  Municipalité,  rédigée  par  Chau- 
mette,  dise  que  la  plupart  de  ceux  qui  excitaient  la  fermentation  paraissaient 
au-dessus  du  besoin,  et  que  la  plupart  des  meneurs,  soit  hommes,  soit 
femmes,  étaient  pris  de  vin,  tous  ces  émeutiers  semblent  à  première 
vue  de  pauvres  hères,  sans  travail,  sans  ressources,  obscurs  comparses, 


^  INTRODUCTION 

qui  furent,  ou  acquittés,  ou  condamnés  à  des  peines  insignifiantes,  mais  il  est 
difficile  d'y  trouver  trace  d'agents  de  l'étranger  ou  de  la  contre-révolution. 
Un  décret  du  3  mars  décida  que  les  auteurs,  fauteurs,  instigateurs  et  com- 
plices des  troubles  et  pillages  qui  s'étaient  produits  les  25  et  26  février 
seraient  traduits  devant  le  tribunal  criminel  de  Seine-et-Oise  ;  l'application 
de  ce  décret  se  fit  sans  principe  bien  arrêté,  on  peut  même  dire  avec  une 
cerUine  incohérence.  Les  tribunaux  des  arrondissements,  dans  le  ressort 
desquels  avaient  eu  lieu  les  actes  de  pillage,  adoptèrent  des  manières  de 
voir  différentes.  C'est  ainsi  que  le  jury  d'accusation  du  Tribunal  du 
2'  arrondissement  se  crut  en  droit  de  procéder  à  l'instruction  préparatoire 
et  renvoya  plusieurs  prévenus  devant  le  tribunal  chargé  de  les  juger;  par 
contre  le  Tribunal  du  5'  arrondissement  estima  que  ce  serait  maintenir 
l'influence  locale  que  de  ramener  le  point  de  fait  devant  un  jury  d'accu- 
sation formé  à  Paris,  et  fit  incarcérer  à  Versailles  l'un  des  prévenus  dont 
la  cause  avait  été  instruite  par  son  jury.  Particularité  encore  plus  digne  de 
remarque,  un  certain  nombre  d'inculpés  détenus  à  la  Force  comparurent 
devaut  le  Tribunal  de  police  correctionnelle,  qui  leur  infligea  des  condam- 
nations variant  de  8  jours  à  3  mois  de  prison,  ou  furent  déférés  aux 
tribunaux  des  2®,  3'  et  6'  arrondissements.  En  présence  de  ces  divergences 
d'interprétation  des  dilîérents  jurys  d'accusation,  Gohier^  ministre  de  la 
justice,  sur  la  demande  expresse  du  tribunal  du  district  de  Versailles, 
adressa,  le  10  août  1793,  une  lettre  au  président  de  la  Convention  natio- 
nale (1),  à  l'effet  d'obtenir  que  l'instruction  toute  entière  fût  confiée  à  un 
seul  jury,  celui  du  tribunal  du  district  de  Versailles,  et  que  tous  les  juge- 
ments de  police  correctionnelle  rendus  à  Paris  fussent  annulés.  La  décision 
fut  renvoyée  le  12  avril  au  Comité  de  législation. 

Quant  aux  malheureux  épiciers  qui,  sous  le  fallacieux  prétexte  d'acca- 
parement, avaient  été  victimes  des  actes  de  pillage  commis  les  2')  et 
26  février,  nul  ne  semble  s'en  être  occupé  ;  ils  rappelèrent  leur  infortune 
à  la  Convention  par  une  pétition  présentée  le  27  mars,  où  ils  deman- 
dèrent à  être  indemnisés  des  pertes  qu'ils  avaient  subies,  pertes  dont  ils 
déclaraient  justifier  d'après  leurs  livres,  leurs  factures  et  leurs  correspon- 
dances. La  Conventi.on  renvoya,  le  31  mars,  leur  pétition  au  Comité  des 
finances,  qui  déposa,  le  21  juin,  son  rapport  concluant  au  rejet  de  la 
demande  des  épiciers;  séance  tenante,  la  Convention  rendit  un  décret 
portant  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  à  délibérer,  sauf  aux  pétitionnaires  à  se 
pourvoir  devant  les  tribunaux. 


(1)  V,  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n»  1509. 


INÏIIODUCTION  XV 

Du  reste,  leurs  réclamations  étaient  vues  de  fort  mauvais  œil  dan»  le 
populair^î;  on  peut  en  juger  parce  fait  cnracléristiquo,  c'est  qu'un  col- 
porteur étant  venu  crier  au  milieu  dos  groupes  assemidés  sur  la  ternisse 
des  Feuillants  la  pétition  dune  épicière  qui  réclamait  100,000  livres  pour 
le  sucre  qu'on  lui  avait  pillé,  le  2o  février,  les  citoyennes  présentes 
s'écrièrent  :  «  C'est  dommage  qu'elle  n'ait  pas  donné  son  adresse,  nous  lui 
aurions  porté  son  indemnité  (1).  » 


II 


Journée  du  lO  mars. 

Dès  le  S  mars,  les  fâcheuses  nouvelles  de  Belgique,  répandues  à  Paris, 
qui  apprenaient  la  levée  du  siège  de  Maesliichl,  l'évacuation  d'Aix-la- 
Chapelle  et  de  Liège,  jetèrent  la  consternation  parmi  les  patriotes  et 
réjouirent  les  aristocrates  qui  recommencèrent  à  tenir  dans  les  cafés  des 
propos  incendiaires  (2).  Les  bruits  mis  en  circulation  tendaient  à  aggraver 
la  situation;  on  parlait  de  la  prise  de  Liège  et  de  Bruxelles,  de  défaites 
subies  par  l'avant-gnrde  des  Iroupes  françaises  et  de  l'évacuation  immi- 
nente de  toute  la  Belgique.  A  la  Convention  on  demandait  que  les 
nombreux  fédérés  qui  se  trouvaient  à  Paris  fussent  immédiatement 
envoyés  aux  frontières  ;  dans  la  discussion  qui  s'ouvrit  à  ce  sujet,  Lan- 
juinais  dénonça  l'existence  à  Paris  d'un  comité  d'insurrection  qui  se 
réunissait  le  soir  dans  le  local  occupé  d'ordinaire  par  l'Assemblée  électorale 
de  Paris  et  qui  convoquait  journellement  les  fédérés  à  ses  séances.  Ces 
groupes  révolutionnaires  projetaient  évidemment  une  action  violente, 
d'une  part,  contre  le  parti  Girondin,  d'autre  part,  contre  Dumouriez,  dont 
on  pressentait  la  trahison  à  ce  moment;  dans  les  groupes,  dans  les 
cabai'ets  et  cafés  il  n'était  question  que  d'une  insurrection  générale  et 
prochaine, on  réclamait  une  journée  du  10  août  afin  de  purger  la  Répu- 
blique de  tous  les  traîtres  ;  les  auteurs  de  ces  discours  incendiaires,  ces 
provocateurs  au  meurtre,  au  carnage,  étaient  en  majeure  partie  des  fédérés 


(1)  V.  le  tome  IX  de  notre  Répertoire,  n"  478. 

(2)  Voir  le  tome  IX  de  notre  Répertoire,  n°  450. 


Xfj  INTRODUCTION 

composant  la  Société  des  Défenseurs  réunis  de  la  République,  qui 
siégeaient  le  matin  dans  la  salle  des  Jacobins  ;  mais  ils  espéraient,  ils 
comptaient  même  que  l'initiative  de  ces  mesures  révolutionnaires  par- 
tirait des  sections.  Pour  concerter  un  mouvement,  nombre  de  volontaires 
des  départements,  à  la  tête  desquels  s'était  mis  un  agitateur  très  connu, 
Fournier,  dit  l'Américain,  s'assemblèrent  aux  Champs-Elysées  (1),  y 
dînèrent  dans  différentes  auberges  et,  paraît-il,  complotèrent  vaguement 
d'envahir  les  imprimeries  aristocrates;  mais,  comme  ils  se  dispersèrent  le 
soir,  on  crut  que  leur  projet  était  abandonné,  il  n'en  était  rien.  Dans  la  nuit 
même  du  9  mars,  à  deux  heures  du  matin,  le  comité  de  surveillance  de 
ces  fédérés,  qui  se  qualifiaient  Défenseurs  de  la  République  assemblés  aux 
Jacobins,  prit  un  arrêté  invitant  toutes  les  sections  de  Paris  composées  de 
Sans-Culottes  à  se  joindre  aux  défenseurs  de  la  patrie  pour  opérer  une 
insurrection,  donnant  rendez-vous  aux  Jacobins,  annonçant  que  le  tocsin 
sonnerait  à  5  heures  très  précises  du  malin,  enfin  faisant  appel  aux  Sans- 
Culottes  pour  en  imposer  aux  factieux  qui  siégeaient  à  la  Convention  et  se 
transporter  dans  les  imprimeries  des  journaux  de  Brissot,  Gorsas  et  autres 
de  même  nature. 

Ce  manifeste,  qui  porte  la  signature  de  deux  inconnus,  Champagnac, 
président,  et  André  Gadet,  fils,  secrétaire,  est  contresigné  de  commissaires 
du  Club  des  Jacobins,  affiliés  à  la  Société  des  Fédérés,  qui  sont  Garnier 
de  Launay  (François-Pierre)  de  la  section  des  Piques,  Pereyra (Jacob),  de  la 
même  section,  (dont  Mortimer-Ternaux  travestit  le  nom  en  celui  de 
Le  Perigerais),  et  Bailly,  fédéré.  Si  ce  manifeste  s'est  retrouvé  dans  les 
papiers  du  Comité  de  sûreté  générale  (sous  la  cote  F'  444S-4550,  que 
Morlimer-Ternaux  se  garde  bien  de  donner)  c'est  qu'il  fut  envoyé  à  la 
section  du  Panthéon-Français,  qui  le  fit  parvenir  au  Comité  de  sûreté 
générale  par  les  soins  de  Julian  de  Carentan,  personnage  assez  connu 
comme  observateur  de  la  Police,  et  de  Damour,  qui  devinrent  peu  après 
secrétaire  et  secrétaire-adjoint  du  Comité  révolutionnaire  de  cette  section. 

Le  curieux  document  en  question,  publié  une  première  fois  par 
Mortimer-Ternaux  dans  son  Histoire  de  la  Terreur,  t.  VI,  p.  185,  a  été 
reproduit  par  M.  Jean  Jaurès,  dans  son  Histoire  socialiste  de  laConvention, 
p.  1131,  qui  croit  pouvoir  l'attribuer  à  la  section  Poissonnière;  or,  aucun 
des  signataires  de  cet  appel  aux  armes  n'appartenait  à  celte  section,  qui 
semble  bien  n'y  avoir  pris  aucune  part.  La  veille,  il  est  vrai,  cette  section, 
par  l'organe  de  son  président,  le  peintre  Faro,  avait  demandé  aux  com- 


(1)  Rapport  de  police,  t.  IX  de  notre  Répertoire,  n»  459. 


INTRODUCTION  xvi.j 

missaircs  de  la  Convention,  venus  dans  son  sein,  la  dcstilulion  de 
Beurnonville,  un  décret  d'accusation  contre  Dumouricz  et  son  état-major, 
contre  Roland  et  Clavière,  prolesté  contre  la  nomination  de  Gensonné  en 
quiililé  de  président  de  la  Convention,  réclamé  des  mesures  énergiques 
à  l'eflet  de  supprimer  les  mouvements  populaires,  mais  avait  néanmoins 
déclaré  être  prête  à  défendre  la  Convention  :  par  conséquent  elle  ne  se  serait 
assurément  pas  associée  à  une  démonstration  hostile  conlre  les  représen- 
tants du  peuple. 

Ceux  que  l'opinion  publique  désignait  comme  les  chefs  de  ce  complot 
étaient  Fournier,  l'Américain,  connu  par  son  rôle  suspect  dans  l'expédition 
des  prisonniers  d'Orléans,  Claude  Lazowski,  capitaine  des  canonniers  de 
Saint-Marcel,  dont  on  sait  la  participation  au  40  août  et  à  celte  même 
expédition,  Jean  Varlet,  employé  des  postes,  fougueux  Jacobin,  Peyre, 
homme  de  loi,  de  la  section  de  Marseille,  Charles-Philippe  Ronsin  et 
François-Nicolas  Vincent,  Etienne  Jourdan,  frère  du  fameux  Jourdan 
Coupe-Tète ,  d'Avignon,  François  Desfieux,  membre  du  Tribunal  du 
17  août,  (lu  Club  des  Jacobins,  un  certain  Langlais,  agent  du  Comité  de 
sûreté  générale,  tous  ces  agitateurs  perpétuellement  prêts  à  fomenter 
l'insurrection,  qu'on  retrouve  dans  la  plupart  des  journées  révolution- 
naires (1). 

Il  est  bien  difficile  de  démêler  quelle  fut  la  part  de  chacun  des  auteurs 
présumés  de  ce  mouvement.  Comme  l'on  sait,  Fournier  fut  formellement 
dénoncé  par  Maral;  le  même  Fournier,  Desfieux  et  Lazowski  furent 
signalés  par  Vergniaud  comme  membres  de  ce  comité  d'insurrection.  Le 
jacobin  Desfieux,  qui  en  pluviôse  an  II  fut  incarcéré  à  Sainte-Pélagie,  fit 
paraître  un  mémoire  justificatif,  imprimé  de  12  pages,  où  il  s'attache  à 
démontrer,  comme  il  l'avait  fait  jadis  dans  un  placard-affiche,  que  l'accu- 
sation portée  contre  lui  par  Vergniaud  était  sans  fondement,  se  faisant 
fort  de  prouver  qu'il  n'avait  jamais  appartenu  à  aucun  comité  secret, 
qu'il  ne  connaissait  que  très  peu  Fournier,  qu'il  ne  lui  avait  jamais  parlé 
et  ne  l'avait  même  pas  vu  depuis  un  mois,  en  outre  qu'il  n'avait  jamais 
parlé  au  citoyen  Lazowski,  le  considérant  loulelois  comme  ayant  rendu 
de  grands  services  à  la  Révolution. 

En  tout  cas  le  manifeste  lancé  dans  la  nuit  du  9  mars  ne  produisit  pas 
l'elTet  attendu  ;  le  tocsin  ne  fut  pas  sonné,  personne  ne  bougea.  Convaincus 
de  l'avortement  d'une  insurrection  générale,  les  meneurs  se  réunirent  aux 
abords   de   la   Convention,   formant   sur   la  terrasse   des  Feuillants  des 


(1)  Rapport  (le  police,  t.  IX  de  notre  Hépertoire,  n»  'iGî. 
T.  IX. 


xviij  INTHOnUCTION 

groupes  animés  t-l  menai^aiils,  où  Pelion  el  Beurnonvillc  furent  pourcliassés 
et  insultés.  Dans  la  soirée  pourtant  ils  tentèrent  de  réaliser  une  partie  ilo 
leur  programme  en  exploitant  le  mécontentement  populaire  contre  les 
presses  girondines.  Vers  8  heures  du  soir,  une  quarantaine  d'individus, 
armés  de  sabres  el  de  pistolets,  mais  non  200,  comme  l'écrit  Taine, 
quelques-uns  revêtus  do  l'uniforme  de  dragons  de  la  République,  se  ren- 
dirent rue  Tiquetonne,  où  se  trouvait  l'imprimerie  de  Gorsas,  envahirent 
les  ateliers,  brisèrent  les  presses  et  les  caractères,  hachèrent  les  papiers 
à  coups  do  sabres,  enfin  occasionnèrent  d'importants  dégâts,  évalués 
76.000  livres.  Gorsas,  qui  se  trouvait  chez  lui  en  ce  moment,  n'eut  que 
le  temps,  pour  échapper  aux  émeuliers,  de  sauter  par-dessus  un  mur  de 
son  jardin  cl  de  se  réfugier  chez  im  voisin,  d'où  il  rentra  dans  son  domicile 
au  bout  de  trois  quarts  d'heure,  quand  les  envahisseurs  se  furent  retirés; 
mais  il  ne  parut  nullement  à  la  section  du  Contrat- Social,  comme  le  dit 
Pache  dans  sa  lettre.  Vers  9  heures  du  soir,  le  même  nombre  d'individus, 
également  armés,  se  transportèrent  rue  Serpente,  à  l'imprimeiic  Fiévée, 
où  s'imprimait  la  Chronique  de  Paris  de  Condorcet,  et  la  sacc;igèrcnt  de 
fond  en  comble,  comme  le  constatèrent  deux  commissaires  de  la  section 
du  Théâtre-Français.  Les  imprimeries  du  Patriote  Français  et  des  Me'co- 
lutions  de  Paris  ne  furent  préservées  de  la  destruction  que  grâce  à  la 
résistance  opposée  par  les  ouvriers.  Prudhomme  en  racontant  ces  excès 
fait  remarquer  que  le  peuple  de  Paris  fut  aussi  étranger  aux  dégâts 
commis  chez  les  imprimeurs  qu'il  l'avait  été  au  pillage  des  magasins 
de  sucre  et  de  chandelles.  Le  même  soir,  Varlet  et  Fournier  l'Améri- 
cain, porte-paroles  du  Comité  insurrectionnel,  apportèrent  au  Club  des 
Cordeliers,  que  Gorsas  appelle  le  Club  nourricier  des  émeutes,  une 
adresse  dont  la  rédaction  était  de  Varlet  et  qu'il  réussit  à  faire  adopter 
par  surprise  par  la  section  des  Quatre  Nations;  do  là  ils  se  rendirent  au 
sein  de  la  Municipalité  à  l'eilet  de  l'inviter  à  mettre  en  état  d'arrestation 
les  membres  de  la  Convention  traîtres  à  la  cause  du  pays,  à  faire  fermer  les 
barrières,  à  faire  sonner  le  tocsin  el  faire  battre  la  générale;  mais  ce  fut 
peine  perdue,  au  Conseil  général  de  la  Commune,  Pache,  aussi  bien  que 
Chaumette  et  Hébert  refusèrent  absolument  de  s'associer  au  mouvement. 
Prudhomme  estime  dans  ses  Révolutions  de  Paris  que  l'on  doit  rendre 
gr&ces  à  la  Commune  de  Paris,  qui  fut  vainement  sollicitée  par  une 
soixantaine  de  prétendus  députés  des  Jacobins  et  des  Cordeliers,  et  dont 
l'attitude  imposante  sauva  la  situation.  Un  autre  contemporain,  le  député 
Salle,  dans  une  lettre  au  vice-président  du  Directoire  du  déparlement  de 
la  Meurlhe,  montra  que  le  hasard  el  des  circonstances  heureuses  avaient 
fait  manquer  le  coup  préparé  pour  la  nuit  du  dimanche  au  lundi,  que  les 


INTHODUCTIUN  xix 

conspirateurs  furent  déroulés  par  la  pluie  qui  tomba  eu  abondance  loule 
la  nuit,  p;ir  l'absence  des  députés  et  la  présence  de  400  fédérés  bretons, 
prêts  à  marcher  au  jiremier  signal,  mais  laisse  à  entendre  que  les  conspi- 
rateurs n'avaient  nullement  abandonné  leur  projet. 

Le  Conseil  général  do  la  Commune  ayant  avisé  la  Convention  de 
l'existence  d'attroupements  qui  faisaient  craindre  une  nouvelle  insur- 
rection, attroupements  accompagnés  de  menaces  de  mort  contre  plu- 
sieurs membres  de  la  Convention,  l'Assemblée  manda  immédiatement 
à  sa  barre  le  Maire,  le  Commandant  général  et  le  secrétaire  greffier  de  la 
Municipalité,  qui  sans  tarder  se  rendirent  à  son  invitation.  Le  Maire 
exposa  les  mesures  adoptées  en  raison  des  rassemblements  et  de  l'exaltation 
des  esprits  ;  de  son  côté,  Santcrrc  vint  déclarer  qu'il  avait  donné  les  ordres 
les  plus  précis  pour  pn-venir  loule  insurrection  et  qu'il  disposait  d'une 
force  armée  de  9.000  hommes,  prèle  à  agir,  massée  sur  la  place  de 
l'Hôtel-dc-Ville;  il  fit  connaître  en  outre  que  des  malveillants,  qu'on 
n'avait  pu  arrêter,  avaient  suggéré  l'idée  de  conférer  la  royauté  au  citoyen 
Egalité. 

Ce  qui  a  pu  faire  croire  à  quelques  historiens,  comme  M.  Jaurès,  que 
le  signal  de  l'insurrection  fut  donné  par  la  seclion  Poissonnière,  c'est 
l'attitude  singulière  de  cette  seclion,  qui,  non  contente  d'avoir  tenu  un 
langage  presque  menaçant  aux  commissaires  de  la  Convention,  loin  de  le 
désavouer  ou  de  l'atténuer,  décida,  le  22  mars,  qu'une  dépulation  de  huit 
membres  se  présenterait  à  la  Convention  à  la  tête  des  volontaires  et  y  ferait 
lecture  du  discours  adressé  le  8  mars  aux  commissaires  ;  en  ell'et,  celle 
députation  fut  admise  le  lendemain  ;  le  discours  de  l'or.ileur  de  la  seclion 
Poissonnière  souleva  de  violents  murmures  et  fut  interrompu  par  des 
prolestalions  unanimes.  Un  mouvement  général  d'indignation  éclala  dans 
la  salle  et  même  parmi  les  volontaires,  lorsqu'on  s'aperçut  que  leur  dra- 
peau portail  deux  fleurs  de  lis,  découpées  à  jour,  l'une  sur  le  taffetas, 
l'autre  sur  la  hampe;  tout  aussilôt  les  volontaires  furieux  arrachèrent 
l'étoffe,  la  foulèrent  aux  pieds  et  la  remplacèrent  par  une  ceinture  trico- 
lore qu'oifrit  la  citoyenne  Floquet,  de  Toulon,  en  la  surmontant  d'un 
bonnet  rouge. 

L'incident  soulevé  à  la  Convention  par  la  section  Poissonnière  donna 
lieu  à  une  vive  discussion,  dans  laquelle  l'un  des  représentants  s'attacha 
à  faire  ressortir  le  lien  existant  entre  les  projets  que  trahissait  le  discours 
du  président  de  cette  section,  les  mouvements  excités  autour  de  la  .salle  et 
jusques  dans  les  tribunes,  et  surtout  les  complots  dénoncés  par  les 
officiers  municipaux  et  le  Commandant  général,  heureusement  déjoués 
par  leur  prudence,  et  demanda  la  destitution  de  Pinard,  juge  de  paix  de 


XX  INTROnUCTION 

l;i  section  Poissonnière,  ainsi  que  son  arrestation  avec  celle  do  Jacquemin, 
président  de  ladite  section. 

Deux  jours  après,  la  section  Poissonnière,  réunie  en  assemblée  géné- 
rale, reconnut  les  erreurs  dans  lesquelles  l'avait  t'ait  tombrr  un  moment 
de  désarroi  causé  par  les  revers  essuyés  en  Belgique  ;  elle  déclara  se 
désister  de  ce  qu'elle  avait  dit  les  8  et  12  mars,  en  ce  qui  concernait 
Dumouriez,  observant  que  la  flamme  qui  servait  d'étendard  iiu  bataillon 
de  volontaires  existait  depuis  1789  et  que  le  commandant  de  la  section 
armée,  dont  le  patriotisme  ne  pouvait  être  suspecté,  l'avait  laissée  sortir 
par  inadvertance  (1). 

Dans  cette  môme  séance  du  12  mars,  la  Convention  nationale,  sur  la 
motion  de  Fonfrède,  rendit  tout  d'abord  nn  décret  portant  que  le  Conseil 
général  de  la  Commune  de  Paris  ainsi  que  le  Commandant  général  de  la 
garde  nationale  avaient  bien  mérité  de  la  pairie.  Par  un  autre  décret,  la 
Convention,  jugeant  d'après  la  lettre  qui  lui  avait  été  écrite,  le  20  mars, 
par  le  maire  de  Paris,  d'après  l'arrêté  du  Conseil  général  de  la  Com- 
mune, le  compte  rendu  de  la  Municipalité  à  sa  barre  et  la  dénonciation 
des  commissaires  inspecteurs  de  la  salle,  qu'il  avait  existé  un  complot 
attentatoire  à  la  sûreté  de  la  Convention  nationale,  décida  que  le  Tribunal 
extraordinaire,  créé  le  10  mars,  informerait,  aussitôt  sa  réunion,  contre 
les  autenrs  et  les  fauteurs  de  ce  délit  national;  enfin,  un  troisième 
décret,  visant  spécialement  l'un  des  instigateurs  du  comidot  que  Marat 
venait  de  dénoncer  à  la  tribune,  ordonna  l'arrestation  de  Fournier,  dit 
l'Américain,  la  mise  sous  scellés  de  ses  papiers  et  son  interrogatoire  par  le 
Comité  de  sûreté  générale,  spécialement  délégué  à  cet  clTet.  Sans  perdre 
un  instant,  le  Comité  mit  en  état  d'arrestation  Fournier,  sous  la  garde 
d'un  gendarme  dans  son  domicile,  rue  du  Doyenne,  et  chargea  Simon- 
Toussaint  Charbonnier,  commissaire  de  police  do  la  section  des  Tuileries, 
d'abord  d'apposer  les  scellés  sur  ses  papiers,  puis  de  les  .apporter  au 
(Comité, ce  qui  fut  efl'ectué  les  12  et  13  mars;  unlin  il  invita  les  membres  de 
la  Convention  qui  avaient  lancé  des  dénonciations  contre  Fournier  à  les 
faire  connaître,  afin  qu'elles  pussent  servir  de  base  à  l'interrogatoire  de  cet 
inculpé. 

Bourdon  de  l'Oise,  l'un  des  membres  de  la  Convention,  déposa,  séance 
tenante,  une  dénonciation  en  règle  contre  Fournier,  dans  laquelle  il 
affirma  l'avoir  entendu  reprocher  à  deux  ou  trois  inconnus  de  ne 
pas  l'avoir  appuyé,  sans  quoi  il  aurait  brûlé  la  cervelle  à  Pet  ion.  Fournier, 


(I)  Voir  le  t.  Vlll  (le  notre  Uépôrloire,  n»  2010. 


INTRODUCTION  «j 

introduit  à  la  barre  et  invité  à  s'expliquer  à  ce  sujet,  nia  le  propos  qui  lui 
était  imputé;  et ,  en  ce  qui  concernait  Ifts  événements  dos  9  et  10  mars,  déclara 
que  son  rùlc  s'était  borné  à  se  transporter  aux  Jacobins,  puis  aux  Cordc- 
liers,  où  des  molionnaircs  projelaienl  de  se  saisir  de  lous  les  ennemis  do 
1,1  patrie  et  do  former  les  barrières  ;  il  reconnut  également  s'être  mis  à  la 
lète  d'une  députation  à  la  Commune  pour  empèjber  que  les  pouvoirs  dos 
motionnairos  no  tombassent  entre  mauvaises  mains,  s'être  entretenu  avec 
lo  procureur  de  la  Commune  et  le  Maire.  Ce  dernier  l'ayant  oxhorlé  à 
employer  les  moyens  les  plus  efficaces  pour  lout  pacifier,  il  était  retourné 
iiux  Cordeliers  pour  calmer  les  esprits,  de.lii.ii  sa  section  qu'il  avait 
trouvée  fermée,  puis  il  était  rentré  chez  lui.  Pressenti  au  sujet  d'un  Comité 
d'insurrection,  Fournier  répondit  no  rien  savoir  à  cet  égard.  Col  interro- 
gatoire terminé,  l'un  des  membres  du  Comité  de  surveillance  ayant  attesté 
que  l'on  n'avait  rien  trouvé  dans  les  papiers  do  Fournier  qui  pût  motiver 
une  plus  longue  détention,  la  Convention  ordonn;i  de  lo  mettre  en  liberté, 
sauf  à  le  faire  entendre  comme  témoin  par  le  Triimnal  extraordinaire.  Four- 
nier, ayant  sur  lo  cœur  la  dénonciation  de  Marut  qui  avait  provoqué  son 
arrestation,  se  vengea  enpubliaut(l),àla  date  du  14  mars,  un  factura  contre 
l'Ami  du  peuple,  où  il  se  plaignait  d'avoir  été  dénoncé  à  l'occasion  d'une 
[jétition  contre-révolutionnaire,  celle  de  la  section  Poissonnière,  et  attaquait 
nSou  adversaire  avec  une  extrême  vioi:-nce,  eu  mettant  en  parallèle  le 
civisme  et  le  patriotisme  dont  lui-même  avait  fait  preuve  dans  maintes 
occasions  et  ceux  do  Marat,  qu'on  n'avait  vu  paraître  dans  aucune  des 
journées  do  la  Révolution;  il  termina  eu  demandant  pourquoi,  contre  le 
vœu  d'un  récent  décret,  Marat  conservait  seul  le  privilège  d'être  à  la  fois 
Législateur  et  journaliste. 

Ce  fut  seulement  le  13  mars  que  la  Convention  se  décida  à  ouvrir  une 
enquête  relativement  au  complot  avorté  du  9  mars.  Elle  donna  nuindat  au 
Conseil  exécutif  do  mettre  sur-le-champ  en  état  d'arrestation  les  membres 
du  Comité  dit  d  insurrection  et  d'apposer  les  scellés,  tant  sur  leurs  papiers 
personnels  que  sur  les  registres  et  papiers  du  Comité  même.  Fournier 
était  à  peu  près  le  seul  membre  de  ce  Comité  insurrectionnel,  contre 
lequel  l'on  avait  pu  réunir  les  éléments  d'une  instruction;  d'autres 
encore  éîaient  véhémentement  suspectés  d'avoir  trempé  dans  le  complot 
du  9  au  10  mars;  mais  faute  d'avoir  dos  preuves  sérieuses  de  leur  cuipa- 
liiliié,  on  ne  put  e.xerccr  do  poursuites  ;  c'est  ainsi  que,  le  14  mars,  sur  la 
proposition   qui   fut  faite  d'enleudre  à  la  barre  Lazowski,  présumé  déjà 


(1)  Ce  pamphlet  imprimé  se  trouve  clans  les  papiers  de  Fournier  l'Américain,  F'  6504. 


Mij  INTHODUCTIOX 

on  élat  d'arrestation  d"après  le  décret  de  la  veille,  la  Convention  no 
put  que  passer  à  l'ordre  du  jour,  motivé  sur  ce  qu'il  n'existait  point 
de  décret  le  visant  personneiloment,  pas  plus  que  le  citoyen  Deslieux. 
Le  même  jour,  le  ministre  do  la  justice,  invité  à  rendre  compte  séance 
tenante  des  renseignements  qu'il  avait  pu  recueillir  sur  l'existence 
de  ce  Comité  d'insurrection,  se  contenta  de  fournir  des  indications  très 
vagues  sur  un  certain  Comité  de  surveillance  générale,  composé  de  com- 
missaires des  48  sections,  chargé,  jiaraissait-il,  d'avoir  l'œil  sur  les  officiers 
municipaux,  sur  les  administrateurs  du  Département,  les  ministres,  la 
Convention  nationale  eilemême;  il  donna  ensuite  des  explications  sur  les 
événements  de  la  nuit  du  1)  au  10  mars  et  sur  les  projets  prêtés  aux 
agitateurs  qui  se  proposaient,  partagés  en  deux  bandes,  de  se  porter,  les 
uns  chez  les  ministres,  les  autres  chez  les  députés  ayant  voté  l'appel  au 
peuple  et  de  faire  maison  nette,  ou  simplement  de  mettre  en  accusation 
le  côté  droit  de  l'Asèemblée.  Gohicr  fit  connaître,  en  outre,  qu'à  la  suite 
d'une  réunion  du  Conseil  exécutif,  il  s'était  transporté  à  la  Maison 
Commune,  où  il  avait  entendu  lecture  d'un  arrêté  rédigé  dans  les  bons 
principes,  qui  menaçait  de  la  peine  de  mort  tous  ceux  qui  fermeraient  les 
barrières,  et  il  termina  son  exposé,  en  déclarant  qu'il  était  resté  debout 
jusqu'à  3  heures  du  matin  dans  l'attente  des  événements  et  que  la  Iran- 
(]uiHilé  ])ul)lique  était  assurée  par  les  communications  fréquentes  qu'il  avait 
eues  avec  le  Maire  et  par  celles  du  ministre  de  la  guerre  avec  le  Commandant 
général  de  la  garde  nationale.  En  attendant,  le  Conseil  exécutif  provisoire 
cherchait  à  savoir  exactement  ce  qu'était  cet  insaisissable  Comilé  secret, 
dit  révolutionnaire,  et  quels  en  étaient  les  membres.  Ayant  appris  que 
l'évèque  de  Paris  avait  quelques  notions  au  sujet  de  ce  Comilé,  il  convo- 
qua Gobel,  qui  comparut  le  24  mars,  à  S  heures.  En  réponse  aux  questions 
qui  lui  furent  posées  par  le  Conseil  exécutif,  celui-ci  se  défendit  d'avoir 
jamais  paru  dans  aucun  Comité  de  cette  nature,  ajoutant  qu'il  s'était 
borné  à  présenter  devant  deux  commissaires  délégués  à  cet  effet  par  la 
Société  des  Amis  de  la  Liberté  et  de  l'Egalité  sa  justification  au  sujet  de 
certains  griefs  qui  lui  étaient  imputées. 

l'our  compléter  les  mesures  de  sûreté  adoptées  le  13  mars,  la  Con- 
vention décida,  le  lo,  que  tous  les  étrangers  et  gens  sans  aveu  seraient 
tenus  de  quitter  Paris  dans  les  24  heures:  en  exécution  do  ce  décret  la 
Convention  enjoignit,  le  18  mars,  à  la  Municipalité  parisienne  et  à  l'ad- 
ministration de  Police  de  remettre  au  Comité  de  sûreté  générale,  dans  le 
délai  de  3  jours,  la  liste  dos  individus  domiciliés  à  Paris,  notés  comme 
suspects,  sans  aveu  et  mal  intentionnés. 

L'agitation  populaire,  malgré  l'avortement  de  la  tentative  révolution- 


INTHODUCTION  xxiij 

naire  du  9  mars,  ne  s'iHail  nullement  calmée  ;  c'esl  ainsi  que,  d'après  un 
rapport  de  police  du  16  mars,  un  jeune  Jacobin,  que  l'on  idcnlifiait  géné- 
ralement avec  le  fougueux  Varlot,  prit  la  parole  (ce  qui  lui  arrivait  souvent) 
sur  la  terrasse  des  Feuillants  et, au  milieu  de  groupes  nombreux,  exprima 
tout  haut  le  regret  que  ^insurrection  projetée  les  9  et  10  mars  n'eût  pas 
réussi;  il  résuma  son  discours  en  répélaul  ce  qu'il  avait  dit  le  dimanche 
précédent  aux  Jacobins,  que  cette  insurrection  était  légitime  et  néces- 
saire, qu'il  la  désirait  encore  et  qu'au  surplus  elle  n'était  qu'ajournée, 
qu'il  souhaitait  maintenant  que  l'apathie  des  Jacobins  fût  remplacée  par 
l'énergie  des  femmes  des  S  et  6  octobre  1789,  de  façon  à  obtenir  de  gré 
ou  de  force  que  la  Convention  proscrivît  la  vente  de  l'argent,  décrétât  la 
peine  de  mort  contre  les  agioteurs  et  accapareurs,  et  fît  tomber  les  têtes 
de  Roland  et  de  Brissot. 

Dans  son  ordre  du  jour  du  27  mars,  Santerre,  préoccupé  de  l'état  peu 
rassurant  de  Paris,  prit  soin  de  mettre  en  garde  les  citoyens  contre  cer- 
tains faux  bruits  rc'pandus  par  les  malveillants,  dans  le  but  de  jeter 
l'alarme  et  d'égarer  l'opinion,  principalement  à  la  fin  de  la  semaine,  afin 
de  profiter  pour  la  réalisation  de  leurs  projets  sinistres  du  lundi,  qui 
était  ordinairement  le  jour  de  repos  et  de  fête  des  ouvriers.  Au  début  de  la 
séance  que  tint  ce  même  jour  le  Conseil  exécutif,  le  ministre  de  l'In- 
■  lérieur  communiqua  des  rapports  inquiétants  sur  la  situation  de  Paris, 
desquels  il  semblait  résulter  que  la  vie  d'un  grand  pombie  de  citoyens 
était  menacée,  cl  demanda  la  convocation  immédiate  du  Maire,  du  Com- 
mandant général  et  du  procureur  général  syndic.  Le  Maire  se  présenta 
aussitôt  et  mit  le  Conseil  au  courant  de  divers  avis  qu'il  avait  reçus, 
notanuTient  de  certaines  lettres,  signées  de  l'initiale  A  et  attribuées  à  un 
sieur  Aubert,  contenant  l'indication  de  faits  très  graves,  notamment  d'un 
appel  aux  armes  adressé  aux  sections.  En  effet,  l'incident  qui  se  produisit 
ce  jour-là,  aux  portes  même  de  la  Convention,  montre  assez  la  fermen-- 
tation  qui  continuait  à  régner  dans  les  masses.  La  Société  des  Uéfeus(.'urs 
de  la  République,  celle  qui  avait  pris  l'initiative  du  mouvement  du  9  mars, 
avait  organisé,  pour  le  dimanche  malin  17  mars,  sur  la  place  du  Carrousel, 
une  réunion  où  devaient  se  trouver  le  Conseil  général  de  la  Commune  et 
loiilos  les  sociétés  patriotiques  afin  do  se  donner  le  baiser  fraternel.  Un 
rassemblement  considérable  se  forma;  l'un  des  députés  Girondins,  Yzarn 
\alady,  informé  de  cet  attroupement  et  entraîné  par  son  zèle,  sortit  à  l'efiet 
do  prévenir  la  force  armée  dans  divers  corps  de  garde,  fut  retenu  pri- 
sonnier dans  celui  de  l'Oratoire  et  obligé  de  se  faire  réclamer  par  le 
président  de  la  Convention. 

La  question  des  subsistances  et  la  crainte  permanente  de  la  disette 


XXIV 


I.NTHODUCÏIO.N 


venaient  encore  aggraver  la  situation  en  faisant  naître  des  troubles  pour 
ainsi  dire  quotidiens;  ainsi  une  véritable  émeute,  fomentée  par  certains 
boulangers  réunis  à  une  troupe  de  femmes,  éclata  tout  d'un  coup  ii  la 
Halle  au  blé,  où  les  manifestants,  transportés  de  fureur,  vomissaient  mille 
injures  contre  la  Municipalité  et  voulaient  absolument  pendre  le  citoyen 
Garin,  administrateur  dt^s  Subsistances,  en  exécration  dans  le  peuple  :  ce 
malheureux  eut  grand'  peine  à  s'échapper  de  leurs  mains. 

Le  19  mars,  Gohier  rendit  compte  à  la  Convention  des  investigations 
auxquelles  il  s'était  livré  pour  arriver  à  la  découverte  des  conspirateurs 
des  9  et  10  mars,  investigations  qui,  en  somme,  aboutirent  à  un  résultat 
négatif.  Gohier  avait  cependant  joué  de  tous  les  ressorts;  il  avait  cherché 
à  se  renseigner  auprès  des  foncliouiiaires  publics  les  plus  mêlés  au 
peuple,  et  qui  par  leurs  rapports  incessants  avec  lui,  étaient  plus  à  portée 
de  connaître  les  moyens  que  l'on  employait  pour  l'égarer;  l'administration 
de  Police,  mise  en  mouvement,  avait  répondu,  après  enquête  appro- 
fondie, au  maire  de  Paris  qu'elle  n'avait  rien  trouvé  qui  pût  faire  soup- 
çonner l'existence  d'un  Comité  d'insurrection.  Les  démarches  personnelles 
du  ministre,  à  la  suite  de  diverses  dénonciations  qu'il  avait  reçues,  lui 
avaient  bien  permis  de  co;islator  la  tenue  de  réunions  do  plusieurs  membres 
de  la  Société  des  Jacobins  au  Café  Corazza,  réunions  qui  toutefois  n'avaient 
point  le  caractère  d'un  comité  insurrectionnel.  On  lui  avait  signalé  éga- 
lement un  certain  nombre  d'individus  qu'on  pouvait  qualifier  d'insurrec- 
tionnaires,  qui  devenaient  dangereux  lorsqu'ils  étaient  mêlés  à  des 
mouvemonis  populaires.  Son  attention  s'était  portée  principalement  sur 
les  trois  agitateurs  qui,  dans  la  nuit  du  9  au  10  mars,  s'étaient  chargés  de 
remettre  au  Conseil  général  de  la  Commune  une  délibération  incendiaire, 
Varlet,  Fournier  et  Champion,  sur  d'autres  encore,  tels  que  Lazowski, 
Desfieux  et  un  certain  Jourdan,  qui  passaient  pour  avoir  joué  un  rôle 
considérable;  mais  les  insiruclions  ouvertes  n'avaient  donné  aucun  résultat 
et  les  poursuites  aussitôt  entamées  avaient  dû  être  abandonnées. 

Les  derniers  jours  du  mois  de  mars  furent  marqués  par  une  recru- 
descence de  la  fermentation  populaire,  tant  en  raison  des  graves  nouvelles 
reçues  de  la  Belgique  que  de  l'occupai  ion  de  l'ilc  do  Noirmoutiers  par  les 
insurgés  de  l'Ouest.  Le  mercredi  27  mars,  sur  l'invitation  du  Comité  de 
défense  générale,  qui  désirait  se  rendre  compte  de  la  situalion  de  Paris, 
Santerre  annonça  avoir  pris  toutes  les  précautions  propres  à  empêcher  les 
soulèvements  et  les  troubles  que  les  malveillants  s'ellorçaioiit  d'exciter. 
Dans  une  nouvelle  réunion  que  tint  le  Comité  à  sept  heures  du  soir,  à 
laquelle  assistaient  les  ministres,  deux  membres  du  Direcloire  du  Dépar- 
tement, le  procureur  de  la  Commune  et  deux  officiers  municipaux,  on 


IMHODLCTION  xxv 

conféra  sur  les  mesures  à  prendre  «  pour  déconcerter  l'arislocratie  et  tous 
les  conspirateurs  qui  cherchaient  à  opérer  des  soulèvements  ».  Le  Comité 
arrêta  et  la  Convention  décréta  le  lendemain  :  1°  que  la  municipalité  de 
Paris  suspendrait  la  délivrance  des  passeports  jusqu'après  l'exécution  du 
décret  qui  avait  ordonné  le  désarmement  des  suspects,  ce  qui  serait  effectué 
le  jour  même  ;  2°  qu'elle  était  autorisée  à  établir  dur.int  24  heures  une 
garde  aux  barrières  et  à  y  envoyer  des  commissaires  à  l'elfet  de  procéder 
à  l'arrestation  de  tous  individus  se  présentant  sans  passeports  ou  avec  des 
passeporis  des  municipalités  de  Boulogne-sur-Mor  et  de  Calais,  ainsi  que 
de  toutes  personnes  suspectes;  8"  que  le  Conseil  exécutif  enverrait  des 
courriers  aux  municipalités  environnantes  pour  arrêter  et  désarmer  les 
suspects  et  surveiller  les  châteaux  ;  4°  qu'il  serait  fait  une  adresse  au 
peuple  français  pour  le  prémunir  contre  les  hommes  coupables  qui  vou- 
draient l'égarer. 

Un  député  girondin,  Salle,  qui  écrivait  après  la  réunion  du  Comité  de 
défense  générale,  à  Bicquilley,  vice-président  du  directoire  du  déparle- 
ment de  la  Meiirthc,  résume  en  ces  termes  ses  impressions  sur  ce  qui  se 
passait  en  ce  moment  : 

«  Les  Montagnards  ont  voulu  faire  croire  que  les  conspirateurs  du 
10  mars  étaient  des  aristocrates;  mais  à  mon  sens,  les  mouvements  qui 
Se  préparent  ne  sont  point  dangereux;  on  veut  simplement  plâtrer  la 
conspiration  du  10  mars,  il  doit  y  avoir  un  simulacre  de  fermeture  de 
barrières  et  d'insurrection,  le  peuple  de  l'aris  va  être  tout  entier  mis  sur 
pied.  »  Mais  le  même  député  ne  se  fait  pas  illusion  sur  la  gravité  de  la  situa- 
tion. Si  cette  semaine,  ajoute-t-il,  se  passe  sans  accidents,  il  ne  s'en  suit 
pas  pour  cela  que  tous  dangers  soient  écartés,  au  contraire  les  craintes 
sont  plus  que  jamais  fondées. 

Salle  avait  dit  vrai  ;  l'on  assista  à  un  étrange  spectacle  :  dès  l'aube  et 
durant  toute  la  matinée,  l'on  battit  le  rajipel  dans  tous  les  quartiers;  à  midi 
toutes  les  sections  étaient  sous  les  armes,  toutes  les  barrières,  toutes  les 
rues,  tous  les  passages  étaient  interceptés,  personne  ne  pouvait  plus 
circuler  sans  sa  carte  ou  son  certificat  de  civisme;  il  fut  procédé  à  des 
visites  domiciliaires  jour  le  désarmement  des  suspects  et  à  de  nombreuses 
arrestations.  Grâce  à  ce  déploiement  extraordinaire  de  force  armée,  Santerre 
put  annoncer  à  6  heures  du  soir  à  la  Convention  que  la  tranquiililéavait  été 
parfaite  à  Paris  dans  la  journée  du  28,  que  le  service  s'était  fait  avec  beau- 
coup d'exactitude,  et  que  les  patrouilles  avaient  été  tiès  fréquentes.  Pour 
faciliter  les  visites  domiciliaires  et  les  arrestations  de  suspects,  le  Conseil 
général  de  la  Conmmne  prit,  le  28  mars,  un  arrêté  enjoignant  aux  proprié- 
taires des  maisons  d'afficher  à  l'extérieur  en  caractères  bien  lisibles  les 


xxvj  INTIlODrcriON 

noms,  i\gos  cl  professions  de  tous  les  habitants,  en  ayant  soin  (l'indiquer 
les  mutations,  et  chargea  6  commissaires  de  porter  cet  arrêté  à  la  Conven- 
tion nationale  et  do  demander  sa  sanction;  le  vendredi  29,  les  barrières 
furent  gardées  comme  la  veille  et  les  visites  domiciliaires  continuèrent. 

Les  événements  allaient  se  précipiter  et  entrer  dans  une  nouvelle  phase, 
lii  jdiase  critique;  on  sentait  que  l'on  approchait  non  plus  d'ébauches  de 
mouvements  insurrectionnels,  mais  d'une  véritable  insurrection. 


111 


Journées  des  ai  mal,  V  et  3  juin. 

La  salle  de  rEvêcJié,  où  siégeaient  en  permanence  les  électeurs  du 
département  de  Paris,  était  devenue  un  foyer  de  troubles  et  d'agitation 
révolutionnaire,  dontLanjuinais  avait  déjtà  dénoncé  l'existence,  le  5  mars, 
à  la  tribune  de  la  Convention,  lorsqu'il  faisait  allusion  au  Comité  d'in- 
surrection, présidé  par  l'un  des  membres  do  l'Assemblée  électorale  et  alors 
fréquenté  par  les  volontaires. 

Vers  la  fin  de  mars,  ce  centre  de  ralliement,  resté  dans  l'ombre  depuis 
le  mouvement  avorté  du  10  de  ce  même  mois,  affirma  de  nouveau  son 
existence.  Quoique  d'après  Bûchez  et  Roux  cette  nouvelle  conspiration  ait 
été  tramée  par  les  mêmes  agitateurs  qui  avaient  provoqué  l'insurrection 
du  10  mars  et  que  l'adhésion  des  sections  ait  été  surprise  par  Varlet  et 
antres  démagogues  qui,  en  invoquant  un  arrêté  (\c  la  section  des  Droils 
de  l'Homme,  se  ser.iient  installés  à  l'Evèché.il  n'est  pas  douteux  que  ce 
fut  la  section  des  Droils  de  l'Homme  qui  prit  l'initiative  de  ce  groupement 
séditieux  et  qui  envoya,  le  27  mars,  une  adresse  aux  sections  pour  les 
engager  à  déléguer  des  commissaires  à  l'Evèché  dans  le  but  de  former  un 
Comité  contrai  révolutionnaire,  comité  que  Gorsas  qualifia  de  conventiciile 
d'insurrection,  se  déguisant  sous  l'appellation  de  Commission  de  salut  public. 
Le  28  mars,  vingt-sept  seclions  donnèrent  leur  adhésion  et  envoyèrent 
leurs  commissaires  à  l'Evêché.  A  la  date  du  1"  avril,  une  dépntation  de 
ces  commissaires,  réunis  pour  délibérer  sur  les  moyens  de  salut  public,  se 
présenta  au  sein  de  la  Comnmne  et  demanda  qu'il  leur  fùl  alloué  des  Irais 
de  bureau.  Chaumelte  fut  d'avis  de  sanctionner  la  réunion  de  ces  délégués 
des  sections,  en  faisant  observer  qu'ils  ne  s'assemblaient  à  l'Evêché  que 


1 


IN'THODUr.TIOX  xxvij 

f.Mile  d'un  local  suffisant  dans  la  Miiison  Commune:  en  conséquence  des 
frais  de  bureau  furent  accordés. 

Le  2  avril,  l'Assemblée  électorale,  avisée  en  mémo  temps  de  la  for- 
mation de  ce  Comité  central  de  solid  piif/lic  et  de  correspondance  avec  les 
départements,  et  du  reirait  par  la  plupnrt  des  sections  des  pouvoirs  qu'elles 
avaient  donnés  à  leurs  commissaires  pour  participer  à  cet  établissement, 
décida  l'envoi  d'une  dépulation  de  cinq  membres  au  Conseil  général  de  la 
Commune  pour  lui  faire  part  de  l'indignation  éprouvée  par  l'Assemblée 
électorale,  en  présence  d'un  rassemblement  d'individus  qui  méconnais- 
saient hautement  la  souveraineté  du  peuple  et  avaient  l'audace  de  se 
qualifier  Comité  central  de  salut  public.  Le  corps  électoral  invita  le  Conseil 
général  de  la  Commune  ù  dénoncer  sur-le-champ  aux  48  sections  la 
formation  illégale  de  ce  prétendu  Comité,  dont  quelques-uns  des  mem- 
bres avaient  perdu  la  confiance  publique,  ou  ne  l'avaient  pas  encore 
méritée.  Tels  étaient  Germain  Truchon  (1),  de  la  section  des  Gravilliers, 
un  certain  Cronicr,  clerc  de  procureur,  vice-président  de  la  scclion  de  la 
Réunion,  qui  ayant  eu  la  malencontreuse  idée  de  venir  aux  Jacobins,  le 
1"  avril,  pour  notifier  la  formation  de  cette  Assemblée  centrale  de  salut 
public,  fut  pris  à  partie  par  Marat,  lequel  l'accusa  de  nourrir  des  desseins  anti- 
civiques, arrêté  séance  tenante,  et  conduit,  malgré  ses  protestations,  au 
Comité  de  sûreté  générale  (2),  Landrin  (3),  de  la  section  du  Panthéon- 
Français,  soupçonné  de  vouloir  soulever  les  ouvriers  contre  les  patriotes 
de  cetle  section,  enfin,  le  citoyen  Varlet,  de  la  section  des  Droits  de 
l'Homme,  auteur  de  la  pétition  qui  avait  provoqué  toutes  ces  mesures 
dangereuses  et  perfides.  L'Assemblée  électorale  croyait  de  son  devoir  de 
dénoncer  au  Conseil  général  de  la  Commune  ce  projet  infâme  tendant  à  la 


(1)  Ti-uchon  (Germain),  lioiinue  lie  lettres,  dérenseur  officieux,  président  de  la  Commune 
du  10  août,  fut  dénoncé  par  le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  des  Gravilliers  et  arrêté 
comme  suspect,  le  8  prairial  an  II,  sous  l'inculpation  de  n'avoir  pas  rendu  un  compte  exact,  en 
qualité  de  commissaire  chargé  d'examiner  les  comptes  de  la  section  de  l'Unité  au  sujet  des  objets 
provenant  des  victimes  du  2  septembre,  notamment  de  Viguier  de  Curny.  Incarcéré  le  i)  prairial 
au  Luxomliourg,  puis  rue  de  la  Bourbe  et  au  l'Iossis,  il  élait  encore  détenu  le  30  fructidor  an  III 
et  se  plaignait  o  de  |)érir  de  faim,  de  misère  et  de  nudité,  d'être  sans  argent,  les  fruits  de  ses  vignes 
en  Uourgogne  ayant  été  dilapidés,  brigandés».  Le  Comité  des  Gravilliers  lui  reprochait  d'être  un 
modéré,  d'avoir  sauvé  dos  prisonniers  le  '2  septembre  17'.)'2.  En  effet,  Truchon  se  vanta  d'avoir 
fait  sortir  tous  ceux  de  Saime-Pélapie  et  une  partie  de  ceux  de  la  Force,  entr'aulres  la  jeune 
demoiselle  de  Tourzel  et  JI""  de  Saint-Brico,  et  par  une  singularité  bizarre,  il  déclarait  être 
détenu   comme   terroriste.  Il  sortit  de  prison  en  frimaire  an  IV.  (V.  son  dossier,  F''  4775^^). 

(2)  .\ulard,  L.i  Société  des  Jacobins,  t.  VI  p,  118;  Charavay,  Assemblce  électorale,  t.  III, 
y.  406,  467. 

(3)  Landrin  ou  Laudrin  remplit  les  fonctions  de  secrétaire  greflier  du  Comité  révolutionnaire 
de  la  section  du  Panthéon  Français,  à  partir  du  21  avril  ;  le  18  mai,  on  voit  qu'il  servait  dans  la 
compagnie  Lacour  et  fut  mena'-é  par  les  volontaires;  un  arrêté  de  son  Comité,  du  13  juillet, 
enjoignit  de  l'arrêter,  ce  qui  fut  fait  peu  après;  le  l"  août  il  était  écroué  à  la  Force.  (1  "''  2520). 


xxviij  INTHODIJCTIOX 

désorganisation  do  lotis  les  pouvoirs,  à  l'usiirpalion  de  l'aulorité  souveraine 
et  reprcsenlative  au  moment  où  la  chose  publi(iuc  (Hiil  dans  le  plus  grand 
danger  et  oii  l'union  et  la  rigueur  des  mesures  pouvaient  seuls  la  sxuver. 
La  dépulalion  do  l'Assemblée  électorale  remplit  sa  mission  le  2  avril  el. 
fil  observer  que  quatre  seclions,  celles  de  l'Arsenal,  des  Marais,  des  Gra- 
villiers  cl  des  Arcis,  avnienl  retiré  les  pouvoirs  donnés  à  leurs  délégués 
pour  constituer  ce  Comité;  en  outre  la  section  des  Droits  de  l'Homme 
s'empressa  de  déclarer  que  l'on  avait  faussement  interprété  son  arrêté, 
qui  avait  dclerminé  la  convocation  de  ces  commissaires. 

En  conséquence  le  Conseil  général  de  la  Commune  revint  sur  su  déci- 
sion de  la  veille  relativement  aux  frais  de  bureau  alloués  en  principe,  hi 
senlimenl  général  se  montra  plutôt  hostile  à  ce  Comité  issu  d'intrigues,  el 
comme  le  dit  Corsas,  Pans  qu'on  cherchait  à  mettre  en  étal  d'insur- 
rection, montra  qu'il  voulait  être  tranquille  et  ne  ressentait  pas  le 
besoin  d'un  foyer  d'émeutes.  Du  reste  toutes  les  sections  ne  paclisèi-enl  pas 
avec  les  révolutionnaires;  celle  de  la  lUilte  dos  Moulins,  dès  le  I"  avril, 
protesta  contre  les  fondions  que  s'arrogeaient  les  commissaires  appelés  à 
composer  ce  Comité  central,  qu'on  pouvait  à  bon  droit  suspecter  d'inten- 
tions contre-révoliilionnaires,  el  en  demanda  la  dissolution.  La  seclion  de 
Bcaurepaire,  réunie  en  assemblée  générale  le  2  avril,  donna  son  adhésion 
à  l'arrêté  de  la  seclion  de  l'Arsenal,  qui  venait  d'interdire  à  ses  propres 
commissaires  d'assister  désormais  aux  assemblées  de  ces  délégués  des 
seclions,  tenues  à  l'Evèché,  les  trois  jours  précédents,  lesquels  s'étaient 
témérairement  constiiués  en  Assemblée  centrale  de  salut  pablic  et  de  cor- 
respondance avec  tous  les  départements  ;  la  section  de  Beaurepaire  ajoutait 
qu'elle  avait  déjà  été  avisée  de  la  «  prévarication  de  colle  assemblée  de 
l'Evèché  »  par  ses  commissaires,  dont  elle  approuvait  la  conduite,  et  elle 
cul  soin  de  notifier  son  arrêté  à  la  Municipalité,  au  Département  et  au 
président  de  la  Convention  n.itionalo.  La  seclion  du  Mail,  également  le 
l"'  avril,  après  lecture  de  l'arrêté  pris  par  les  commissaires  des  seclions 
réunis  à  l'Evèché  pour  la  formation  d'une  Assemblée  centrale  de  salut 
public,  corresp mdantavec  les  déparlements  sous  la  sauvegarde  du  peuple, 
considérant  que  cet  arrêté  ferait  entrer  en  lutte  les  sections  avec  les  auto- 
rités constituées,  l'improuva  foimellement  et  adressa  à  la  Convenlion,  aux 
sociétés  populaires,  à  la  Commune  elau  corps  électoral  sa  délibéral  ion, qui  fut 
imprimée  à  d,8d0  exemplaires  par  les  soins  de  la  Convention  el  envoyée 
dans  les  départements.  Ce  même  jour,  la  Convenlion  nationale,  sur  la 
molioîi  de  Barère,  rendit  un  décret  jjortant  qui-  la  section  du  Mail  avait 
bien  mérité  de  la  patrie,  convoquant  le  maire  de  Paris  à  l'oiret  de  rendre 
compte  de  la  connaissance  qu'il  avait  pu  acquérir  du  rassemblement  des 


J 


INTRODUCTION  Txix 

commissaires  des  sections  à  rEvèché,  le  31  mars  précédent,  mandant 
également  à  la  barre  les  commissaires  des  sections  qui  avaient  pris 
l'arrêté  du  31  mars,  pour  donner  des  explications  sur  les  motifs  de  cet 
arrêté,  en  produisant  leurs  registres,  déclarant  enfin  à  tous  les  citoyens  de 
la  République  que  la  même  fermeté  qu'elle  avait  déployée  dans  le  juge- 
ment du  tyran,  dirigerait  ses  délibérations  pour  abatire  la  nouvelle 
tyrannie  qui  s'élevait  et  qui  menaçait  d'usurper  ou  d'anéantir  la  représen- 
talion  nationale. 

L'éveil  était  donné,  Ton  sentait  désormais  le  besoin  de  se  tenir  sur  ses 
gardes  et  d'engager  la  lutte  contre  le  pouvoir  occulte  qui  en  sourdine 
cberchait  à  préparer  les  voies  d'une  révolution.  Aux  termes  d'un  drcret 
rendu  le  mercredi  matin  3  avril,  la  Convention  manda  sur-le-champ  à 
sa  barre  le  Conseil  exécutif  provisoire,  le  Conseil  général  de  la  Commune 
et  le  Commandant  de  la  garde  nationale,  afin  de  leur  exposer  les  circons- 
tances dans  lesquelles  se  trouvait  la  République  et  de  leur  faire  sentir  la 
nécessité  de  redoubler  de  surveillance,  de  telle  sorte  que  l'ordre  le  plus 
parfait  continuât  à  régner  dans  Paris.  Au  cours  de  cette  môme  séance, 
la  municipalité  de  Paris,  admise  à  la  barre,  annonça  qu'aussitôt  instruite 
des  délibérations  illégales  prises  par  les  commissaires  des  sections,  elle 
avait  improuvé  et  annulé  ces  délibérations  et  envoyé  aux  48  sections  la 
rétractation  des  pouvoirs  de  quelques-unes  d'entre  elles,  ainsi  que  la 
dénonciation  de  l'Assemblée  électorale  contre  ces  mêmes  commissaires. 

Cette  convocation  de  prétendus  commissaires  de  la  majorité  des  sec- 
tions cachait,  on  n'en  pouvait  douter,  des  desseins  perfides.  Le  procureur 
syndic  de  la  Commune,  Chaumette,  les  ayant  interrogés  sur  leurs  inten- 
tions, n'obtint  des  meneurs  qu'une  réponse  très  vague;  à  les  entendre, 
le  but  de  la  réunion  était  simplement  la  rédaction  d'une  adresse  à  la 
Convention  nationale.  Du  reste,  dès  le  28  mars,  la  Municipalité  avait  reçu 
avis  d'un  complot  contre-révolutionnaire  et  de  la  préparation  d'une  attaque 
contre  la  Convention.  En  prévision  de  quelques  troubles,  Sanlerre  avait 
ordonné,  ce  même  jour,  aux  légions  d'organiser  de  fortes  et  fréquentes 
patrouilles  autour  de  la  Convention.  Le  1"  avril,  le  Comité  des  inspec- 
teurs de  la  salle  ayant  appris  que  le  Commandant  général  avait  mis  sur 
pied  une  garde  extraordinaire  pour  la  sûreté  de  l'Assemblée,  décida  que 
ces  forces  seraient  réparties  entre  les  corps  de  garde  du  Manège  et  des 
Feuillants,  en  tête  de  la  rue  du  Manège,  sur  la  terrasse  des  Feuillants, pour 
y  faire  de  nombreuses  patrouilles,  avec  disposition  d'une  réserve  sur  la 
place  Vendôme  :  en  outre  les  deux  compagnies  de  gendarmes  de  la 
Convention  reçurent  comme  consigne  de  ne  laisser  entrer  dans  les  couloirs 
de  l'Assemblée  que  les  personnes  munies  de  cartes  de  députés,  de  jour- 


XXX  INTRODUCTION 

iialisles  cl  de  commis  des  bureaux.  Indépciidainmeut  des  mesures  adoptées 
pour  la  sûreté  de  la  Convention,  de  fréquentes  patrouilles  furent  ordonnées 
autour  des  caisses  publiques,  de  l'atelier  des  assignats,  de  l'Arsenal  et 
des  prisons. 

D'après  les  rapports  de  police  envoyés  à  la  Mairie,  il  était  question, 
dans  les  sociétés  populaires,  d'un  grand  coup  pour  le  soir  du  l"  ou  du 
2  avril,  on  disait  même  que  là  tocsin  allait  être  sonné  pour  se  porter  aux 
prisons  et  massacrer  tous  les  prisonniers  ;  dans  le  jardin  de  l'Égalité 
(Palais  Royal)  certains  individus  ne  parlaient  que  de  couper  les  têtes  des 
accapareurs,  des  marchands,  des  signataires  de  pétitions  modérées,  même 
de  quelques  membres  de  la  Convention  ;  il  fallait,  s'écriaient-ils,  se  porter 
en  foule  à  l'Assemblée  et  la  forcer,  les  armes  à  la  main,  de  rendre  les 
décrets  réclamés  depuis  longtemps  par  les  sections  louchant  la  vente  du 
numérairo,  !a  taxe  des  blés  et  des  comestibles.  Dans  les  groupes,  notam- 
ment sur  la  terrasse  de  la  Convention,  dos  malveillants  cbcrcbaicnt  à* 
répandre  l'alarme  et  à  décourager  les  patriotes,  à  soulever  le  peuple  et  à 
allumer  la  guerre  civile  dans  Paris  ;  au  dire  de  ces  agents  provocateurs  il 
fallait,  avant  de  marcher  contre  Dumouriez,  massacrer  les  aristocrates  cl 
tous  les  scélérats  renfermés  dans  les  prisons,  sonner  le  tocsin  et  mettre 
tout  en  combustion.  Fort  heureusement  que  les  esprits  se  calmèrent, 
que  dès  le  S  avril,  les  groupes  et  lieux  publics  semblaient  fort  tranquilles, 
et  qu'on  pouvait  constater  que  l'état  de  Paris  n'offrait  plus  rien  d'alarmant. 

Le  Comité  central  de  salut  public  siégeant  à  l'Evêché  avait  inscrit 
dans  son  programme  l'établissement  dune  correspondance  avec  les  dépar- 
tements de  la  Républiqu'fe:  la  Commune  de  Paris  reprit  celte  idée  et  décida, 
dès  le  2  avril,  la  création  d'un  Comité  ou  bureau  de  correspondance  avec 
les  44,000  municipalités;  elle  désigna  pour  composer  ce  Comité  cinq  de  ses 
membres,  savoir,  Scipion  Durourc,  Joseph  Bodson,  Michel  Dorat-Cu bières, 
Jean-Michel  Seguy  et  Antoine-Prosper  Soulès,  auxquels  furent  adjoints, 
le  21  avril,  les  citoyens  Renouard,  Blin,  Lauvin,  Boucher-René  et  Cailleux 
jeune.  Dans  la  pensée  de  la  commune  de  Paris,  il  s'agissait  d'opposer  à  la 
fédération  girondine  des  départements  une  fédération  montagnarde  des 
communes,  destinée  à  servir  de  contrepoids.  Ce  bureau  projeté  devait 
renseigner  exactement  les  communes  de  Franco  sur  l'esprit  public  de 
Paris  et  les  tenir  au  courant  des  résolutions  vigoureuses  que  prendrait  la 
commune  de  Paris  pour  sauver  la  chose  publique.  Le  23  avril,  le  Conseil 
général  de  la  Commune,  sur  le  réquisitoire  de  Chaumelle,  donna  mandai 
à  son  Comité  de  correspondance  de  rédiger  une  circulaire  à  toutes  les 
municipalités  de  la  République,  circulaire  qui  devait  être  imprimée  et 
aflichée,  ayant  pour   base  cette  déclaration,  que  la  commune  de  Paris 


iNTr.onrcTiox  xxxj 

entendait  communiquer  avec  toute  la  République  et  qu'elle  n'adoptait  que 
celte  seule  espèce  de  fédéralisme. 

Le  conflit  entre  les  Girondins  et  les  Montagnards  prit  un  caractère  do 
plus  en  plus  marqué,  lorsque  fut  connue  à  Paris  la  trahison  de  Dumouriez; 
l'accusation  de  complicité,  limcée  dans  la  séance  du  3  avril  par  Robespierre 
contre  Brissol,  i'uu  des  chefs  du  parti  (iiroiidin,  promoteur  de  la  guerre 
conti'c  l'Autriche,  fut  le  début  des  hostilités.  Les  sections  de  Paris  ne 
tardèrent  pas  k  entrer  en  campagne.  Le  8  aviil,  la  section  de  Bon-Conseil 
envoya  à  la  Convention  nationale  une  dépulalion  chargée  de  présenter  une 
adresse  demandant  l'examen  le  plus  sévère  et  le  pins  approfondi  de  la 
conspiration  de  Dumouriez  et  un  décret  d'accusation  contre  ses  complices 
au  sein  même  de  la  Convention.  «  Depuis  assez  longtemps,  disait-elle,  la 
voix  publique  vous  indique  les  Brissot,  les  Gensonné,  les  Vcrgniaud,  les 
Barbaioux,  les  Buzot,  les  Louvet,  les  Guadet,  tous  ces  chefs  de  factions, 
qui  depuis  si  longtemps  fomentent  la  guerre  civile  de  concert  avec  leur 
complice  Roland.  Représentants  du  peuple,  patriotes  de  la  Montagne,  c'est 
à  vous  que  s'adresse  la  section  de  Bon  Conseil,  c'est  sur  vous  qu'elle  se 
repose  du  soin  de  désigner  les  traîtres,  de  livrer  aux  tribunaux  ces  membres 
que  l'opinion  publique  a  déjà  proscrits,  de  livrer  une  guerre  à  mort  à  ces 
modérés,  à  ces  Feuillants,  ces  prolées  aristocrates.  » 

Sur  la  demande  de  Marat,  les  honnieurs  de  la  séance  furent  accordés 
aux  pétitionnaires.  L'adresse  en  question  fut  lue  aux  Jacobins,  que  prési- 
dait Marat,  et  approuvée,  bien  qu'Albittc,  qdi  ne  se  donnait  pas  comme 
modéré,  eût  déclaré  qu'il  trouvait  la  pétition  prématurée. 

C'est  à  ce  même  moment  qu'une  autre  section,  celle  de  la  Halle-au-Blé, 
faisait  circuler  dans  Paris  un  projet  d'adresse  à  la  Convention,  conçue  en 
termes  aussi  peu  mesurés,  dont  Pétion  donna  lecture  à  l'Assemblée 
conventionnelle  le  tt)  avril  au  malin.  Non  contents  do  dénoncer  à  lu 
Convention  les  infidèles  mandataires  qui  abusaient  de  sa  confiance  et  de 
réclamer  la  mise  en  état  d'arrestation  de  cette  majorité  corrompue,  les 
auteurs  de  l'adresse  demandaient  la  tète  de  Roland,  l'épuration  des 
administrations  et  terminaient  en  adjurant  la  Montagne  de  sauver  la 
République,  en  déclarant  que,  si  elle  ne  se  sentait  pas  assez  forte  pour 
assumer  celte  tâche,  ils  se  chargeraient  de  la  sauver. 

La  lecture  de  cette  adresse  déchaîna  dans  la  salle  et  dans  les  tribunes 
un  violent  tumulte  et  provoqua  une  vive  discussion,  au  cours  de  laquelle 
prirent  successivement  la  parole  Pétion,  Danton,  Guadet,  Robespierre  et 
Vergniaud,  discussion  qui  se  termina  par  un  décret  portant  que  les  citoyens 
Bocqueba,  président  de  la  section  de  la  Halle-au-Blé,  et  Maîlrejean,  secré- 
taire, dont   l?s   noms   se   trouvaient  au  bas  du  projet  d'adresse  et  d'une 


xxxij  INTRODUCTION 

délibération  du  7  avril,  seraient  mandés  à  la  barre  pour  attester  la  vérité 
ou  la  fausseté  des  signatures  apposées  au  bas  de  ladite  délibération,  et 
que  les  registres  de  la  section  seraient  produits  au  bureau. 

Ce  fut  le  15  avril  que  se  pro.luisit  une  manifeslalion  caractéristique  du 
sentiment  populaire  contre  les  Girondins.  L'adresse  comminatoire,  dont 
la  section  de  la  Halle-au-Blé  avait  pris  l'initiative,  avait  réuni  les  adhé- 
sions de  33  sections;  il  en  fut  donné  lecture,  le  15  avril,  au  Conseil  général 
de  la  Commune,  qui,  après  adoption  de  la  rédaction  proposée,  chargea  le 
Maire,  accompagné  d'une  dépntation  de  la  Municipalité,  de  la  présenter  à  la 
Convention  nationale,  à  la  tèti!  des  commissaires  de  la  majorité  des  sections. 
Ce  même  jour,  l'adresse  de  la  Commune  de  Paris,  demandant  l'expulsion 
des  22  députés  girondins,  fut  apportée  à  la  Convention  et  lue  par  Alexandre 
Rousselin,  jeune  jacobin,  protégé  île  Danton.  Le  texte  de  cette  pétition  des 
sections  de  Paris,  qui  figure  parmi  les  pièces  annexes  du  procès-verbal  de 
la  Convention,  n'a  aucun  rapport  avec  le  projet  d'adresse,  communiqué  le 
10  avril  par  Pélion,  lequel,  en  dehors  de  Roland,  ne  visait  spécialement 
aucun  des  Girondins;  cette  fois,  c'est  un  réquisitoire  en  règle  contre'  les 
22  députés,  qui  y  sont  désignés  par  leurs  noms,  réquisitoire  où  se 
trouvent  rappelés  les  griefs  énumérés  le  10  avril  par  Robespierre  :  fédé- 
ralisme, appel  à  la  guerre  civile,  calomnies  contre  Paris,  connivence 
avec  Dumouricz,  rien  n'est  oublié  de  ce  qui  pouvait  établir  la  culpabilité 
des  Girondins.  La  pétition  en  question  est  revêtue  de  nombreuses  signa- 
tures, parmi  lesquelles  on  remarque  celles  de  Truchon,  Etienne  Feuillant, 
Ilassenfratz,  Hébert,  avec  son  titre  do  substitut;  fut-cllo  rédigée  à  l'Evèché 
par  les  délégués  des  sections,  comme  le  marque  M.  Jaurès  ?  rien  ne 
semble  l'indiquer. 

L'assemblée  générale  des  sections  de  Paris  émit  le  vœu  que  cette 
adresse,  expression  formelle  des  sentiments  unanimes,  réfléchis  et  cons- 
tants des  sections  composant  la  Commune  de  Paris,  fût  communiquée  à 
tous  les  départements  par  des  courriers  extraordinaires,  en  ayant  soin  d'y 
annexer  la  liste  des  mandataires  coupables  du  crime  de  félonie  envers  le 
peuple  souverain.  En  effet,  le  Conseil  général  de  la  Commune,  à  la  suite 
de  son  arrêté  du  15  avril,  décida  que  l'adresse  des  sections  serait  imprimée 
et  envoyée  à  toutes  les  municipalités  de  la  République.  On  possède  le 
mémoire  d'impression,  daté  du  13  avril  et  signé  de  Phulpin  (1),  président 
des  commissaires,  dont  le  nom  figure  en  tête  de  ceux   des   signataires 


(1)  Pliulpin  était  juge  de  paix  de  la  section  des  Arcis  et  président  de  l'Assemblée  générale 
ne  cette  «ection. 


INTRODUCTION  xxxiij 

«  d'une  pétition  pour  les  citoyens  commissaires  des  48  sections  »,  qui  fut 
fourni  par  la  veuve  Guillot,  imprimeur-libraire,  rue  Christine,  n°  11,  et 
montant  à  la  somme  de  68  livres,  papier  compris.  Ce  mémoire  est 
accompagné  d'un  rapport  de  Rousselin,  approuvé  par  Paré,  rapport  cou(;u 
en  ces  termes  : 

La  citoyenne  veuve  Guillot  réclame  le  payement  de  68  livres  pour  frais  d'impression 
do  la  pétition  du  lîl  avril  contre  les  22  députés  fédéralistes.  Ce  payement  très  légitime 
n'a  été  retardé  que  par  l'espèce  de  confusion  bien  heureuse  qui  a  amené  la  Itévolution 
du  31  mai  et  les  événements  importants  qui  n'ont  pas  permis  de  rappeler  avant  leur 
succès  absolu  la  réclamation  d'une  somme  aussi  petite.  Le  ministre  est  prié  d'ordonner 
co  payement,  que  le  citoyen  Faipoul  m'a  prié  de  lui  présenter  moi-même,  attendu  la 
connaissance  particulière  que  j'ai  des  faits. 

Signé  :  A.  Rousselin. 
Approuvé  :  Paré. 

Gorsas,  l'un  des  Girondins  visés  par  la  pétition  du  15  avril,  commentant 
cette  pétition  dans  son  Courrier  des  départemmts  du  17  avril,  déclara 
qu'elle  n'avait  fait  que  provoquer  le  mépris  et  que  ce  vœu  des  sections 
pour  l'expulsion  des  mandataires  infidèles  n'était  que  prétendu,  c'est-à-dire 
fictif,  attendu  que  l'adresse  en  question  n'avait  nullement  été  rédigée  par 
les  sections,  mais  par  les  Jacobins  qui  avaient  nommé  des  commissaires 
ad  hoc,  notamment  Robespierre  et  Hébert;  il  le  répète  encore  dans  le 
numéro  du  18  avril,  où  donnant  un  extrait  de  la  pétition  affichée  par  ordre 
de  la  Municipalité,  en  ce  qui  le  visait  personnellement,  il  s'attache  à 
réfuter  les  accusations  portées  contre  lui,  surtout  au  sujet  de  sa  présence 
clandestine  au  Temple.  Qu'y  a-t-il  de  fondé  dans  celte  réfutation  de 
Gorsas?  il  serait  difficile  de  tirer  au  clair  la  chose;  ce  qui  n'est  pas  dou- 
teux, c'est  que  la  signature  d'Hébert,  accompagnée  de  son  titre  de  substitut, 
figure  au  milieu  des  autres  et  indique  clairement  son  adhésion  formelle. 

La  Convention  mit  les  pétitionnaires  en  demeure  de  signer  leur  dénon- 
ciation; Pache  lui-même,  qui  commença  par  déclarer  qu'il  n'était  pas  du 
nombre  des  pétitionnaires,  fut  obligé  de  s'exécuter  et  apposa  sa  signature 
au-dessous  de  toutes  les  autres,  comme  à  regret. 

La  discussion  sur  la  pétition  des  sections  de  Paris  à  la  Convention  fut 
ajournée,  mais  la  Commune  de  Paris  ne  la  perdit  pas  de  vue  et  décida,  le 
18  avril,  que  12,000  exemplaires  de  la  pétition  contre  les  22  seraient 
imprimés  et  distribués  par  les  soins  de  son  Comité  de  correspondance,  qui 
se  composerait  à  l'avenir  de  9  membres  et  serait  incessamment  mis  en 
activité,  que  Ion  enverrait  à  toutes  les  Commissions  du  Conseil  un  arrêté 
invitant  tous  les  membres  à  y  mettre  leur  signature.  Les  adhésions 
données  à  cette  pétition,  souvent  avec  une  certaine  précipitation,  ne  furent 
pas  toujours  raisonnées  ;  on  en  a  la  preuve  dans  les  explications  fort 
T.  IX. 


xxxiv  INTRODUCTION 

embrouillées  que  fournit  h  cet  égard  l'un  des  membres  du  Conseil  général 
de  la  Commune,  Jacques-François  Lepître,  ancien  professeur  de  rhétorique 
au  collège  de  Lisieux,  lequel  se  plaignit  de  ce  que  l'on  avait  mal  interprété 
les  motifs  qui  l'avaient  déterminé  à  effacer  sa  signature  sur  la  liste  d'adhé- 
sions, ayant  cru  d'abord,  prétendait-il,  ne  signer  qu'une  simple  feuille  de 
présence  ;  le  Conseil  général  ne  goûta  nullement  ces  raisons,  dénuées 
d'ailleurs  de  toute  vraisemblance,  et,  par  un  arrêté,  pris  le  23  avril,  déclara 
que  le  sieur  Lepître  dans  celte  circonstance  avait  ajouté  le  mensonge  à  la 
lAchelé  et  méritait  d'èlre  censuré. 

Par  un  décret  du  20  avril  la  Convention  improuva  comme  calomnieuse 
la  pétition  qui  lui  avait  été  présentée  le  13  avril  par  la  majorité  des 
sections. 

La  section  de  la  Ilalle-au-Blé,  d'où  était  parti  le  mouvement  qui 
aboutit  à  cette  adresse  des  sections,  fit  une  propagande  acharnée  pour 
recueillir  des  signatures,  envoyant  à  domicile  6  fusiliers  et  4  tambours 
pour  inviter  les  citoyens  à  signer  ladite  pétition,  sous  peine  de  passer  pour 
de  mauvais  patriotes,  et  étendit  son  champ  d'action  aux  sections  voisines. 

Deux  questions  auxquelles  la  Commune  de  Paris  attachait  une  égale 
importance  et  qui  en  ce  moment  inspiraient  ses  actes,  étaient  :  1°  celle  de  la 
défense  nationale,  que  les  revers  militaires  avaient  placée  au  premier  plan  ; 
2°  celle  des  subsistances,  non  moins  vitale  pour  la  population  parisienne,  en 
raison  des  craintes  perpétuelles  de  disette  qui  hantaient  les  esprits.  Le  i  8  avril , 
le  Maire,  les  officiers  municipaux  et  les  administrateurs  du  Département, 
réunis  aux  Jacobins,  y  avaient  élaboré  une  pétition  à  l'effet  d'obtenir,  ce 
que  réclamait  le  peuple,  l'établissement  du  maximum,  spécialement  appli- 
qué aux  grains,  pétition  qu'ils  portèrent  à  la  Convention,  qui  la  renvoya 
au  Comité  d'agriculture.  Le  soir  même,  le  Conseil  général  de  la  Commune 
déclara  qu'il  serait  en  état  de  révolution,  tant  que  les  subsistances  ne 
seraient  pas  assurées.  Le  mot  de  récolutiun  sonnait  mal  aux  oreilles  du 
parti  girondin  ;  la  Convention,  par  un  décret  du  20  avril,  ordonna  au  maire  de 
Paris  et  au  procureur  de  la  Commune  d'apporter  sur-le-cliamp  les  l'egistres 
des  délibérations  du  Conseil  général  de  la  Commune  pour  connaître  les 
arrêtés  qu'il  avait  pris,  ce  qui  fut  exécuté  par  les  soins  d'ofliciers  munici- 
paux. Le  lendemain,  Real,  substitut  du  procureur  de  la  Commune,  rendit 
compte  au  Conseil  de  la  manière  dont  lui  et  ses  collègues  avaient  été  reçus 
à  la  Convention  et  fit  le  tableau  de  toutes  les  scènes  affligeantes  qui  s'étaient 
passées  ainsi  que  des  efforts  d'un  certain  parti  pour  jeter  la  défaveur  sur  la 
commune  de  Paris;  par  contre  il  se  loua  beaucoup  de  l'accueil  que  leur 
avait  fait  le  parti  patriote,  accueil  qui  les  avait  amplement  dédommagés  des 
désagréments  qu'ils  avaient  essuyés  de  la  part  des  aristocrates.  Real  termina 


INTUUOUCTION  XXXV 

eu  déclarant  qu'après  une  agitation  de  six  heures  et  une  lutte  des  plus 
indécentes,  ils  avaient  été  aulorisés  à  assister  à  la  séance  (par  143  votants 
de  la  Montagne).  ' 

L'humiliation  ressentie  ce  jour  lit  par  la  (commune  ne  fit  qu'accentuer 
son  hostilité  contre  le  parti  girondin.  Sur  ces  entrefaites  une  circonstance 
imprévue  vint  remettre  en  lumière  l'Assemblée  révolutionnaire  de  l'Evèché, 
qui  depuis  ses  échecs  successifs  du  10  mars  et  du  1"  avril,  restait  dans 
l'ombre,  attendant  une  occasion  favorable  pour  rentrer  dans  la  mêlée  : 
ce  fut  la  mort  do  Claude  Lazowski,  commandant  du  bataillon  de  Saint- 
Marcel,  l'un  des  membres  les  plus  actifs  du  Comité  insurrectionnel  de 
l'Évêché  et  qui  avait  été  l'un  des  organisateurs  de  la  tentative  du  9  mars. 
Ce  Lazowski  venait  de  décéder  le  23  avril  dans  sa  maison  d'Issy,  et  le 
bruit  se  répandit  qu'il  avait  été  empoisonné  ;  on  ne  voulut  jamais  admettre 
que  cette  mort  fût  naturelle  et  l'on  ne  manqua  pas  d'accuser  Ja  faction 
Brissotine.  Des  rapports  de  police  donnèrent  une  version  toute  ditl'érentc  et 
allèrent  jusqu'à  rapporter  qu'il  avait  élé  assassiné  dans  la  nuit  du  22  au  2.S 
en  soviant  des  Jacobins  par  un  certain  Filhol,  le  Grand  Jourdan  et  quelques 
autres  démagogues  avec  lesquels  il  avait  eu  des  altercations  très  violon  tes  (1). 
Le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Finistère  arrêta,  le  24  avril, 
que  tous  les  Comités  révolutionnaires  des  sections  seraient  convoqués  à 
ses  obsèques  et  dépêcha  des  commissaires  auprès  do  la  Commune  pour 
demander  une  tenture  aux  trois  couleui's  en  vue  de  ces  funérailles.  Le 
Conseil  général  de  la  Commune  décida  de  leur  donner  un  caractère  solennel, 
en  envoyant  une  députalion  du  Conseil,  maire  en  tête,  accompagnée  du 
Conseil  général  du  10  août,  et  en  faisant  figurer  à  la  cérémonie  le  tableau 
des  morts  et  des  blessés  de  celle  mémorable  journée,  où  Lazowski,  comme 
Ion  sait,  avait  joué  un  rôle  important.  Le  dimanche  28  avril,  le  corps  de 
Lazowski  fut  apporté  de  la  section  du  Finistère  à  la  Maison  Commune,  reçu 
au  perron  par  lo  Maire  et  déposé  au  milieu  de  la  salle  du  Conseil.  Le  prési- 
dent do  la  section  du  Finistère  exprima  le  premier  ses  regrets,  Destournelles 
prononça  l'oraison  funèbre  du  héros  du  20  juin  et  du  10  août,  et  Lescot- 
Fleuriot  demanda  l'adoption  de  la  lille  de  Lazowski  par  la  Commune,  puis  le 
cortège  se  rendit  à  la  place  de  la  Réunion  pour  y  procéder  à  l'inhumation. 
Les  Jacobins  s'associèrent  aux  regrets  causés  par  la  mort  prématurée  de 
Lazow.ski,  et  dans  la  séance  du  27  avril,  Robespierre  fit  le  panégyrique 
de  son  ami  intime,  «  le  père  du  peuple,  héros  de  la  République  et  do  la 
Liberté  ».  Dans  le  parti  girondin,  l'impression  fut  toute  autre:  Lanjuinais, 


(I)  V.  le  t.  IX  de  iiolrc  Réperloirc,  n»  54'i. 


xxxvj  INTHODUCTION 

dans  une  lellre  du  20  avril  à  ses  amis  de  Rennes,  annonce  en  ces  iermcs 
la  morl  «  du  vertueux  ami  du  vertueux  Robespierre  »  :  «  Lazowski,  chef 
des  bandils  qui  devaient,  le  iO  mars,  massacrer  la  Convention,  et  qui 
sortit,  ce  jour,  des  Jacobins  h  la  tête  de  sa  troupe,  avec  Fournier,  se 
rendant  aux  Cordeliers  et  à  la  Municipalilé  pour  les  derniers  préparatifs 
de  cette  bonne  œuvre,  Lazowski  vient  de  mourir.  » 

En  présence  des  graves  dangers  qui  menaçaient  la  patrie,  un  élan 
patriotique  des  plus  remarquables  se  manifesta  dans  les  sections  qui 
rivalisèrent  d'ardeur  pour  envoyer  leurs  volontaires  à  l'ennemi  et  s'impo- 
sèrent les  plus  lourds  sacrifices;  mais  aux  sentiments  patriotiques  qu'elles 
exprimaient  se  mêlèrent  souvent  des  objurgations  énergiques  à  l'adresse 
de  la  Convention,  qui  prirent  bientôt  un  caractère  inquiétant.  Lors  de  la  pré- 
sentation de  leur  contingent  de  volontaires,  elles  crurent  devoir  mettre  la 
Convention  en  garde  contre  ses  ennemis  intérieurs,  c'est-à-dire  les  passions, 
la  mollesse,  le  vil  égoïsme,  l'intérêt  particulier.  C'est  ainsi  que,  le  27  avril, 
la  section  des  Droits  de  l'Homme  déplora  hautement  les  divisions  qui 
régnaient  au  sein  de  la  Convention  et  exprima  en  outre  le  regret  de  voir 
toujours  Paris  en  butte  à  la  calomnie  et  voué  chaque  jour  à  la  haine  des 
départements  par  des  hommes  auxquels  la  capitale  finissait  par  refuser  sa 
confiance.  Le  même  langage  fut  tenu  par  une  députation  du  faubourg 
Saint-Antoine  qui,  suivie  d'un  flot  de  populaire,  se  présenta  le  1"  mai  à  la 
Convention.  «  Mandataires  du  souverain,  déclaraient  ces  délégués  du  Fau- 
bourg au  début  de  leur  adresse,  les  hommes  des  5  et  G  octobre,  14  juillet, 
20  juin  et  10  août  et  de  tous  les  jours  de  crise  sont  dans  votre  sein  pour 
vous  y  dire  des  vérités  dures,  mais  que  des  républicains  ne  rougissent  et 
ne  craignent  pas  de  dire  à  leurs  mandataires.  »Ils  leur  reprochaient  ensuite 
de  ne  s'être  occupés  que  d'intérêts  particuliers,  que  de  dénonciations,  d'avoir 
beaucoup  promis  et  rien  tenu,  puis,  après  avoir  exposé  les  mesures  qui, 
aux  yeux  des  trois  sections  du  Faubourg,  pouvaient  seules  sauver  la  chose 
publique,  savoir  :  départ  de  tous  les  soldats,  impôt  forcé  sur  les  riches, 
ils  terminaient  par  cette  phrase  comminatoire  :  «  Mandataires,  voilà  nos 
moyens  de  sauver  la  chose  publique...;  si  vous  ne  les  adoptez  pas,  nous 
vous  déclarons,  nous  qui  voulons  la  sauver,  que  nous  sommes  en  étal 
d'insurrection  »  (1). 

Taine,  selon  son  habitude,  travestit  singulièrement  les  faits;  il  ne 
voit  dans  ces  pseudo  députés  du  Faubourg  qu'une  cinquantaine  de 
bandits  inconnus,  conduits  par  un  ci-devant  tapissier,  devenu  commissaire 


(1)  Original  signé.  Arch,  nat.,  C  255,  n»  479. 


INTKODUCTION  xxxvij 

de  police,  qui  entraînèrent  à  leur  suite  tout  ce  qu'ils  rencontrèrent  dans 
les  ateliers  et  boutiques.  L'ancien  tapissier  auquel  il  fait  allusion  est 
François  Alusinc,  qui  devint  en  effet  secrétaire-greffier,  puis  commissaire 
de  police  de  la  section  de  Mon  treuil  :  celui-ci  ne  semble  avoir  participé  en 
rien  à  la  démonstration  du  1"  mai;  il  figure  en  qualité  de  capitaine  du 
8'  bataillon  de  Paris  comme  signataire  de  l'adresse  présentée  le  13  mai  à 
lii  tlonvenlion  par  les  républicains  du  faubourg  Saint-Antoin^avanl  leur 
départ  pour  la  Vendée  (1).  L'adi'osse  des  délégués  du  faubouig  Saint- 
Antoine  porte,  entre  auti'es  signatures,  celles  de  Suchet,  président;  Dau- 
triche,  président  par  intérim  :  ce  dernier  était  de  la  section  des  Quinze- 
Vingts. 

Pour  en  revenir  à  cette  adresse,  les  paroles  imprudentes  qui  en 
formaient  la  conclusion  causèrent  une  vive  émolion.  La  Convention  déclara 
qu'elle  ne  statuerait  sur  la  pétition  dos  prétendus  commissaires  du 
faubourg  Saiiit-Auloiiie  que  loi'squ'elle  aurait  entendu  une  seconde 
députation  qui  attendait  dans  les  couloirs.  Cetle  dépulalion,  admise  dans 
la  salle,  désavoua  les  paroles  peu  mesurées  dont  s'était  servi  l'orateur  de 
la  première  députation  :  sur  ce,  la  (jonvention  accorda  à  tous  les  pétition- 
naires les  Iionncnrs  de  la  séance. 

Après  cette  séance  tumultueuse,  un  député  Girondin,  Lasource,  crut 
devoir  remontrer  au  Comité  de  salut  public  le  péril  auquel  la  Convention 
venait  d'échapper,  accusant  le  Maire  et  le  Commandant  général  d'avoir 
manqué  à  leui'  devoir,  attendu  que  ni  l'un  ni  l'autre  n'avaient  donné  avis 
du  mouvement  qui  s'était  produit,  bien  que  la  salle  se  fût  trouvée  investie 
pendant  la  séance  par  plus  de  10,000  hommes.  Santerre  répondit  à  ces 
reproches  en  attestant  que  Paris  avait  été  tranquille,  que  fréquemment 
il  se  portait  autant  de  monde  à  la  Convention  qu'il  en  était  venu  ce 
jour,  que  le  peuple  s'était  comporté  avec  décence,  qu'il  n'y  avait  pas  en  la 
moindre  apparence  de  troubles,  quoiqu'on  eût  paru  vouloir  provoquer  le 
peuple,  lequel  était  resté  calme,  en  dépit  dos  calomnies  et  des  outrages. 

La  situation  déjà  si  critique  du  parti  girondin  s'aggravait  de  jour  en 
jour,  on  ne  comptait  plus  les  attaques  sans  cesse  dirigées  contre  lui  :  c'est 
la  section  do  la  Cité  qui,  à  la  date  du  2  mai,  flétrit  la  conduite  exécrable 
des  mandataires  infidèles  du  peuple  français  et  demande  que  la  ville  de 
Paris  présente,  sous  forme  d'acte  d'accusation,  une  pétition  dans  laquelle 
seront  désignés  nominativement  les  contre-révolutionnaires  qui  au  sein 


(1)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n»  2147.  l'rançoU  Musine  fut  fait  prisonnier  par  Us 
Vendéens,  incarcéré  i.  Cliolet  où  il  resta  3  mois  prisonnier;  il  fut  arrêté  à  son  retour  à  Paris 
et  ne  recouvra  sa  liberté  que  le  27  vendémiaire  an  III.  (V.  le  dossier  Musine,  F'  4775''''). 


xxxïiij  I.NTItuDICTKlN 

(le  la  Convention  s'opposent  toujours  à  l'exécution  des  mesures  de  salut 
public  proposées  par  les  députés  de  la  Montagne;  c'est  la  section  du  Fau- 
bourg-Montmartre réclamant  la  mise  en  état  d'accusation  de  ces  hommes 
dangereux  qui,  sous  le  masque  d'une  feinte  soumission  aux  lois,  ne  res- 
pirent que  guerre  civile;  car,  disent  les  délégués  de  cette  section,  si  d'un 
côté  les  citoyens  vont  répandre  leur  sang  pour  défendre  et  alTermir  la 
liberté,  il  fatit  qu'ils  aient  la  certitude  que  de  l'autre  on  ne  leur  préparera 
pas  des  fers. 

Au  moment  où  la  Gironde  était  ainsi  attaquée,  une  autre  section  osa 
faire  entendre  à  la  Convention  un  langage  tout  différent.  A>ix  termes  d'une 
adresse  présentée  le  a  mai,  les  citoyens  de  la  section  de  Bon   Conseil, 
voyant  la  représentation  nationale  avilie,  livrée  à  l'infamie,  désignée  aux. 
poignards  'des  assassins,  convaincus  qu'il  ne  pouvait  exister  do  liberté  et 
de  république  sans  respect  pour  la  représentation  nationale,  avaient  senti 
la  nécessité  de   se   rallier  autour  de  la  Convention  et  s'étaient  engagés 
sous  la  foi  du  serment  à  témoigner  à  tous  les  députés  indistinctement  le 
respect  dû  à  leur  caractère,  h  maintenir  la  liberté  des  opinions  des  repré- 
sentants du  peuple  et  à  ne  plus  souffrir  qu'une  poignée  d'intrigants,  sous 
le  masque  du  patriotisme,  opprimât  davantage  les  bons  citoyens  grâce  à 
une  popularité  usurpée  (1).  Dans  sa  réponse  le  président  fit  l'éloge  des 
pétitionnaires,  «  qu'on  ne  voyait  pas,  dit-il,  sans  cesse  inoccupés  et  errants 
dans  les  places  et  dans  les  rues,  le  patriotisme  à  la  bouche  et  la  rébellion 
dans  le  cœur  ».  La  Convention  vota  la  mention  honorable,  l'insertion  au 
Jinllet'm  et  l'envoi  aux  départements  de  cette  adresse.  Mais  dans  les  cir- 
constances  où   l'on   se  trouvait,  prendre  la   défense   des   représentants 
appartenant  au  parti  de  la  Gironde  était  un  crime,  les  pétitionnaires  en 
firent  la  cruelle  expérience.  Les  délégués  de  la  section  de  Bon  Conseil  étaient 
au   nombre   de   six,  entr'autres  Fortin   (Jean-Joseph),   ancien  procureur, 
président  de  la  section  par  suite  du  refus  du  commandant  de  la  force 
armée;  François-Louis  Sagnier,  homme  de  loi,  clerc  de  Fortin  ;  Raymond 
Pages,  sans  profession,  spéculant  à  la  Bourse;  Petil-Coupray,  peintre,  qui 
porta  la  parole  au  nom  de  la  députation.  Un  mandat  d'amener  fut  lancé, 
le  î)  mai,  par  les  administrateurs  de  Police,  Bodson  et  Michel,  contre  les 
sieurs  Sagnier  et  Pages,  mandat  qui  fut  mis  à  exécution  le  6  mai,  comme 
l'annonça  une  lettre  de  Fortin  au  président  de  la  Convention,  déclarant 
que  c'était  par  ordre  de  la  Municipalité  de  Paris.  Séance  tenante,   la 


(1)  V.  la  formule  même  de  ce'serment  dans  l'interrogatoire  du  citoyen  Saenier,  du  8  mai  1793. 
Arch.  nat ,  F'  4775». 


iNTRnniurnnx  xxxix 

Convenlion  on  verlu  d'un  d(''crct  ordonna  au  maire  de  Paris  de  rendre 
compte  immédiatement  par  écrit  des  motifs  do  l'arreslalion  des  citoyens 
on  question.  Pache  Iransniit,  aussitôt,  expédition  de  ce  décret  aux  admi- 
nistrateurs du  Département  de  Police,  les  priant  de  lo  mettre  à  même  de 
renseigner  ]a  Convenlion,  et  renouvela  sa  demande,  lo  9  mai,  par  imc 
lettre  entièrement  do  sa  main,  les  invitant  à  lui  faire  parvenir  le  résultat 
des  interrogatoires  des  citoyens  arrêtés,  afin  de  le  communiquer  à  la 
Convention,  si  les  circnnstmices  l'exigent  (1).  D'après  une  lettre  des  admi- 
nistrateurs de  Police,  qui  procédèrent,  le  8  mai,  à  l'interrogatoire  de 
Sagnier,  et  lo  10  mai,  à  celui  de  l'agès,  lettre  que  Pache  envoya  à  la 
Convention,  ils  n'avaient  point  connaissance  d'arrestation  de  pétition- 
naires de  la  seclion  do  Bon  Conseil,  mais  déclaraient  que  sur  une  plainte 
du  procureur  général  syndic  Lulier,  en  raison  de  propos  insuilanls  tenus 
sur  son  compte,  ils  avaient  mis  en  état  d'arrestation  le  nommé  Sagnier,  clerc 
du  procureur  Fortin,  ainsi  que  lenoinmé  Raymond  Pages,  celui-ci  pour  avoir 
ju'ovoqué  une  rixe  dans  l'assemblée  de  la  section  de  Bon  Conseil  :  tout 
cela  n'était  que  faux-fuyants  pour  déguiser  une  mesure  arbitraire  et  révo- 
lutionnaire. Sagnier,  qui  était  vice-président  de  cette  section,  adressa,  le 
20  mai,  une  lellre  au  président  do  la  Convenlion,  où  il  disait  que  le  véritable 
motif  de  son  arrestation  et  do  son  incarcération  dans  les  prisons  de  la 
M;iirie  était  lo  t'ait  d'avoir  présenté  la  pétition  du  4  mai  et  qu'il  ne  deman- 
dait qu'à  comparaître  à  la  barre.  Dans  un  curieux  appel  adressé  par  Fortin 
à  ses  concitoyens,  qu'il  appelle  «  les  premiers  martyrs  du  31  mai  »,  il 
raconte  comment  les  faits  s'étaient  passés,  et  s'exprime  en  ces  termes  au 
sujet  du  rôle  assez  louche  joué  par  Pache  dans  cotte  allaire  :  «  J'eus  le 
bonheur  d'obtenir  un  décret  qui  ordonnait  au  rebelle  Pache,  maire  de 
Paris,  de  venir  rendre  compte  do  sa  conduite  à  la  barre  de  la  Convention  : 
il  n'osa  y  venir,  malgré  l'appuy  d'une  minorité  jacobile  et  factieuse,  il 
préféra  de  mettre  le  citoyen  Sagnier  en  liberté  »  (2). 

Dans  la  soirée  du  i)  mai,  lo  médecin  empyrique  Jean-François  Tranche- 
lahausse,  président  de  la  section  du  Mail,  recevant  les  représentants 
Sallongros  et  Dumont,  de  la  Somme,  du  nombre  des  96  envoyés  par  la 
Convention  dans  les  sections  pour  hj\tor  les  opérations  du  recrutement, 
leur  adressa  un  discours  tout  aussi  significatif,  où  il  déclarait  que  la  seclion 
duMail  voulait  que  l'autorité  toute  enlière  résidî'it  dans  la  Convention  natio- 
nale, qu'elle  entendait  maintenir  la  représonlalion  une  et  indivisible,  qu'elle 


(I)   V.  Ic^  riossiors  S<v-'iiipi-  et  l'aerès,   Arrli.  nat.,  V  l'TJ^. 
(•-')  V.  lo  dossier  rortin,  Arcli.  nal.,  F'  kn&'i. 


xl  IMROUUCTION 

avait  juré  haiue  à  l'anarchie  et  de  périr  toute  entière  avant  de  souflrir 
qu'il  fût  porlé  atteinte  aux  droits  des  pères  de  la  pairie.  A  la  suite  de  ce 
discours,  plusieurs  citoyens  rappelèrent  que  la  section  avait  dénoncé  à  la 
Convention  les  tendances  de  la  Municipalilé  et  du  Département  à  s'ériger 
en  dictature,  de  concert  avec  les  Comités  révolutionnaires  des  sections;  la 
réunion  prit  fin  et  les  députés  se  retirèrent,  aux  cris  répétés  de  «  Vive  la 
République!  Vive  la  Convention  nationale!  A  bas  l'anarchie!  »  C'est  à 
cette  même  date  du  9  mai  que  les  citoyens  de  Bordeaux,  dans  une  adresse 
à  la  Convention  nationale,  manifestèrent  toute  leur  indignation  à  la  nouvelle 
que  300  représentants  du  peuple  étaient  voués  aux  proscriptions  et  22  à  la 
hache  liberticide  des  centurions;  conjurant  la  Convention  et  les  Parisiens 
de  sauver  les  députés  du  peuple,  menaçant  de  s'élancer  sur  les  scélérats 
qui  voulaient  troubler  Paris  et  jurant  de  sauver  les  représentants  de  la 
nation  ou  de  périr  sur  leur  tombeau.  Un  décret  de  la  Convention,  du  14  mai, 
décida  l'impression,  l'envoi  aux  départements  et  l'affichage  dans  Paris  de 
l'adresse  des  citoyens  de  Bordeaux,  rendant  ainsi  hommage  au  civisme  et 
au  courage  des  habitants  de  la  Gironde,  et  ordonna,  en  outre,  à  son  Comité 
de  législation,  réuni  au  Comité  de  sûreté  générale,  de  lui  faire  un  rapport 
sur  les  complots  qui  pouvaient  menacer  la  représentation  nationale.  Comme 
contre-partie,  le  même  jour,  le  Conseil  général  de  la  Commune  résolut 
d'écrire  aux  autorités  constituées,  aux  sociétés  populaires  et  sections  de 
Bordeaux  pour  leur  montrer  l'erreur  dans  laquelle  les  avaient  jetés  les 
malveillants  qui  leur  faisaient  croire  que  Paris  voulait  assassiner  les 
députés  de  la  Gironde,  tandis  qu'il  ne  voulait  «  assassiner  que  leurs  opi- 
nions ». 

La  Commune  de  Paris  s'engageait  do  plus  en  plus  dans  la  voie  révolu- 
tionnaire et  prenait  de  son  propre  mouvement  des  décisions  ayant  un 
caractère  despotique  et  arbitraire.  Déjà,  à  la  date  du  2  mai,  le  Conseil 
général  avait  mis  en  demeure  les  ministres  d'envoyer,  dans  le  délai  de 
24  heures,  la  liste  des  employés  de  leurs  bureaux,  afin  de  vérifier  leurs 
certificats  de  civisme,  et  désigné  des  commissaires  chargés  de  procéder  à 
cette  opération;  le  même  Conseil  avait  également  décrété,  comme  l'on  sait, 
l'établissement  d'un  impôt  forcé  de  12  millions  sur  les  riches,  mesure  inqui- 
siloriale  et  tyrannique  au  premier  chef;  l'arrêté  du  13  mai,  qui  convoqua 
à  l'Evèché  les  présidents  des  sections  et  un  membre  de  chaque  Comité 
révolutionnaire  à  l'eiïet  d'établir  la  liste  et  d'asseoir  l'impôt,  souleva  des 
protestations  unanimes.  La  section  du  Contrat  Social,  enir'autres,  déclara 
nettement  que,  bien  que  n'entendant  point  se  soustraire  aux  sacrifices 
que  la  République  avait  le  droit  d'attendre  du  2)alriotisme  et  de  la  fortune 
des  citoyens,  elle  ne  pouvait  pour  son  compte  s'associer  aux  décisions  qui 


INTHODUCTION  xl.j 

seraient  prises  dans  celle  Assemblée.  Du  reste,  cette  réunion  de  l'Evéclié 
n'eut  point  le  résultat  espéré,  puisque  Pache  et  Chaumetle  revinrent  à  la 
charge  et  provoquèrent  la  convocation  d'une  nouvelle  Assemblée  qui 
prendrait  des  résolutions  conformes  à  l'opinion  de  la  majorité  des  sections  (1). 

Au  milieu  de  mai,  la  Commune,  quoii;u'observant  en  apparence  les 
formes  légales,  prit  l'initiative  d'un  acte  essentiellement  révolutionnaire, 
celui  du  remplacement  de  Santerre  en  qualité  de  Commandant  général  do 
la  garde  nationale.  Voici  dans  quelles  conditions  s'opéra  la  désignation 
de  son  successeur  :  dès  le  2  mai,  Santerre  avait  annoncé  au  Conseil 
général  de  la  Commune  son  intention  de  partir  pour  combattre  les  rebelles 
de  la  Vendée  et  proposé  comme  successeur  le  citoyen  Mathis,  chef  de 
division.  Le  Conseil  accorda  à  Santerre  le  congé  qu'il  demandait  et  remit 
au  lendemain  la  nomination.  Santerre  resta  en  possession  de  son  com- 
mandement encore  une  quinzaine,  pendant  laquelle  se  produisit,  à  la  date 
du  7  mai,  réchauU'ourée  des  Champs-Elysées,  ou  plutôt  le  rassemblement 
de  clercs  de  procureurs,  d«  commis  de  marchands,  qui  firent  du  tapage  et 
crièrent  au  f...  Marat,  Marat  à  la  guillotine.  La  bi'ulalilé  avec  laquelle  cet 
attroupement  de  jeunes  écervelés  sans  armes,  jugé  séditieux  cependant, 
fut  réprimé,  mécontenta  vivement  les  citoyens  (2).  Le  17  mai,  le  Conseil 
général  de  la  Commune,  avisé  du  dessein  de  Santerre  qui  se  proposait  de 
quitter  Paris  le  dimanche  suivant  pour  se  rendre  en  Vendée,  considérant 
qu'il  serait  très  dangereux  de  laisser  la  force  armée  un  seul  jour  sans 
chef,  qu'il  y  avait  impossibilité  de  consulter  les  sections  pour  recueillir  leur 
vœu,  que  les  circonstances  présentes  n'étaient  pas  moins  ci'itiques  que 
celles  au  milieu  desquelles  s'était  produit  le  10  août,  arrêta  de  procéder 
séance  tenante  à  l'élection  d'un  Commandant  général  provisoire.  Soixante- 
quatorze,  voix  sur  soixante-quinze  désignèrent  Servais-Baudouin  Boulanger, 
commandant  en  second  de  la  section  de  la  Halle  au  Blé,  qui  fut  proclamé 
Commandant  général  et  prêta  serment  le  lendemain.  L'observateur  Dutard, 
à  propos  de  ce  choix,  ne  trace  pas  un  portrait  bien  flatteur  du  nouveau 
chef,  «  qu'il  trouvait  un  peu  suffisant  dans  le  genre  sot,  et  chien  couchant 
auprès  de  quiconque  lui  promettrait  de  l'honneur  et  de  la  pàlure  ». 

Cette  nomination  en  quelque  sorte  imposée  constituait  un  empiéte- 
ment sur  les  droits  des  sections  parisiennes.  Plusieurs  d'entre  elles, 
notamment  celles  du  Mail  et  de  la  Fraternité,  protestèrent  contre  cette 
élection,  comme  illégale   et  attentatoire  aux  droits  du   peuple;  mais  ces 


(1)   V.  le  t.  VIII  du  notre  Répertoire,  n»  2409. 

(Z)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Uepertoire,  n»»  2443,  2i'i4. 


xli.j  INTRODUCTION 

prolfistations  restèrent  vaines,  et  Chaumelte  répondit  même  aux  députés 
(le  la  section  du  Panihéon-Français  que,  tant  que  la  patrie  serait  en  dangor, 
la  Commune  prendrait  dos  mesures  promptes  et  révolutionnaires. 

L'acte  d'autorité  du  Conseil  général  de  l.i  Commune  coïncida  avec  un 
coup  de  force  du  Comité  révolutionnaire  de  la  section  de  l'Unité.  Celui-ci 
donna  ordre,  le  16  mai,  de  mettre  en  état  d'arrestation  les  citoyens  Legan- 
gneur,  commissaire  de  police  de  la  section,  Leroux,  juge  do  paix,  ainsi  que 
les  nommés  Porro  et  Boissieux,  soupçonnés  de  nourrir  des  projets  contre- 
révolutionnaires,  et  les  fil  conduire  au  déparlement  de  Police  de  la  Mairie  ; 
la  Convention  s'en  émut,  prescrivit  au  Comité  de  législation  de  se  faire 
rendre  compte  par  le  Comité  révolutionnaire  do  la  section  de  l'Unité  des 
motifs  de  ces  arrestations  et  le  lendemain  fit  mettre  en  liberté  le  juge  de 
paix  Leroux. 

La  situation  devenait  de  plus  en  plus  critique,  la  surexcitation  des 
esprits  contre  les  Girondins  allait  toujours  croissant;  on  peut  en  juger  par 
le  virulent  pamphlet  qui  parut  à  cette  époque  sous  le  titre  :  Rendez-notis  7iot< 

18  francs  et  f. le  camp,  sorti  de  la  plume  d'un  certain  Lebois,  qui  prenait 

le  qualificatif  A' Ami  des  Sans  Culottes  et  ennemi  des  J.  F.,  mais  qui  n'avait 
rien  de  commun  avec  l'accusateur  public  du  Tribunal  criminel  du  départe- 
ment de  Paris.  Un  échantillon  du  style  de  ce  pamphlétaire  permettra  de  se 
rendre  compte  du  degré  de  violence  auquel  on  pouvait  atteindre   dans 

l'exaspération  des  haines  populaires:  «  Brissol,  Pelion,  Buzol ,  s'écriait 

Lebois,  enfin  toute  la  bande  du  Marais,  qui  voulez  que  la  Convention  aille 

tenir  ses  séances  à  Versailles,  rendez-nous  nos  18  francs  et  f le  camp 

bien  vite;  il  est  temps,  les  départements  ne  veulent  plus  de  vous,  ou  gare 
le  Tribunal  révolutionnaire  et  l'aimable  guillotine  »;  tel  était  le  refrain 
qui  revenait  à  la  fin  de  chacun  des  paragraphes  de  ce  libelle.  D'après  les 
rapports  de  police  du  mois  de  mai,  ce  pamphlet,  qui  se  vendait  partout, 
contribua  singulièrement  à  décrier  les  députés  suspects. 

Suivant  le  témoignage  des  observateurs  chargés  de  rendre  compte  à 
Garât  de  l'esprit  public,  au  milieu  de  mai,  les  mesures  révolutionnaires 
étaient  à  l'ordre  du  jour.  Voici,  d'après  les  prévisions  de  l'un  de  ces 
policiers,  Dutard,  prévisions  qui  ne  furent  ])as  démenties  par  les  événe- 
ments, comment  les  choses  allaient  se  passer  :  «  La  faction,  disait-il  dans 
son  rapport  du  14  mai,  vient  de  former  un  Comité  central  des  commis- 
saires des  48-  sections,  qui  doivent  se  réunir  à  l'Évêché  pour  correspondie 
avec  les  sections  et  la  Commune  de  Paris.  Les  Comités  de  surveillance 


(1)  V.  le  t.  IX  do  noire  Uéppi-loire,  n.  âTÎ. 


INTlU)l)l'('.riO\  xliij 

vont  désarmer  un  à  un  tous  les  suspects,  c'est-à-dire  la  moitié  de  Paris, 
et  seront  les  maîtres  de  la  situation;  si  la  (Convention  laisse  substituera 
sou  autorité  celles  des  Comités  de  surveillance,  elle  n'en  a  pas  pour  huit 
jours.  i>  Tous  les  agitateurs  qui  avaient  organisé  les  tentatives  insurrec- 
tionnelles du  9  mars  et  du  'I''''  avril  voyaient  l'occasion  de  reprendre  leur 
revanche;  les  impatients  taxaie.it  Robespierre  de  niodéranlisme;  au,\ 
Jacobins,  comme  ailleurs,  tous  les  jours  il  était  question  d'insurrection 
instantanée  et  des  moyens  de  diminuer  les  forces  de  la  Convention  en 
accroissant  celles  des  factieux.  On  ne  se  gênait  plus  pour  préconiser  les 
mesures  extrêmes  :  c'est  ainsi  que  le  16  mai,  un  certain  Lcclerc,  délégué 
lyonnais,  étant  venu  se  plaindre  à  la  Commune  des  procédés  des  journa- 
listes à  son  égard,  déclara  qu'on  avait  le  projet  d'égorger  les  patriotes  et, 
déplorant  la  faiblesse  de  certains  Montagnards,  indiqua  le  seul  moyen  de 
sauver  la  République  :  «  il  fallait  à  son  avis,  que  le  peuple  se  fit  justice, 
parce  que  la  justice  habite  au  milieu  du  peuple  et  qu'il  ne  se  trompe 
jamais  ». 

Le  premier  essai  de  violence  contr(!  la  Convention  nationale  fut  lenlé 
parles  femmes  qui  assiégaienl  les  abords  de  l'assemblée,  probablement  du 
nombre  de  celles  qui  depuis  le  10  mai  s'étaient  organisées  en  association 
républicaine  révolutionnaire,  siégeant  aux  Jacobins.  Elles  prétendaient 
exiger  des  députés  patriotes  la  suppression  par  la  Convention  des  places 
privilégiées  dans  les  tribunes  ;  armées  de  poignards  et  de  pistolets,  ces 
héroïnes  révolutionnaires,  portant  cocardes,  toutes  laides  à  faire  peur, 
subissant  probablement  des  influences  étrangères,  ne  voulaient  rien  moins 
que  la  dissolution  de  la  Convention  nationale  ;  leur  premier  exploit  fui,  le 
2-)  mai,  l'avanie  qu'elles  infligèrent  à  Théroigne  de  Méricourt  :  l'ayant 
fouettée  outrageusement  dans  le  vestibule  même  de  la  Convention,  elles  la 
conduisirent  au  Comité  de  sûreté  générale,  mais  ne  consentirent  à  la  laisser 
en  liberté  que  parce  que  Maral  la  prit  sous  sa  protection.  Du  reste, 
Théroigne  de  Méricourt,  non  moins  surexcitée  que  ces  mégères,  leur  avait 
dit  qu'elle  leur  ferait  mordre  la  poussière  tôt  ou  lard. 

Ce  fut  dans  la  soirée  du  28  mai  que  l'insolence  de  ces  femmes  dépassa 
toute  mesure  :  elles  prétendirent  s'opposer  de  vive  force  à  l'entrée  des 
personnes  munies  de  cartes  dans  les  tribunes  de  la  Convention,  au  point 
que  le  tumulte  qu'elles  provoquèrent  dans  les  couloirs  troubla  et  inter- 
rompit la  séance.  Lehardy,  député  du  Morbihan,  se  plaignit  de  ce  que  les 
citoyens  des  départements  avaient  été  frappés  et  chassés  des  tribunes  par 
«  des  êtres  vils,  le  rebut  de  leur  sexe,  soudoyés  par  des  êtres  plus  vils 
encore  ».  Le  Comité  des  inspecteurs  eut  grand  peine  à  rétablir  l'ordre.  Mais 
peu  après,    un    nouveau  tumulte   se   produisit    dans   l'un   des    corridors 


xliv  INTUUbUCTlO.N 

conduisant  aux  tribunes,  une  femme  pénétra  de  force  dans  lune  de  cos 
tribunes  pour  en  arracher  un  jeune  homme  qu'elle  saisit  au  collet  en 
l'invectivant.  A  la  suite  de  ces  sct'iies  scandaleuses,  le  président  Isnard  lit 
une  déclaration,  aux  termes  de  laquelle  les  désordres  auxquels  on  se  livrait 
à  la  Convention  devaient  servir  de  prétexte  à  une  nouvelle  insurrection 
ayant  le  même  but  que  celle  du  10  mars,  dirigée  contre  la  Convention 
par  des  comités  clandestins,  qui  avaient  chargé  les  femmes  de  commencer 
le  mouvement.  Le  policier  Dulard  tenait  un  langage  identique  dans  son 
rapport  du  19  mai,  où  il  disait  qu'il  devait  y  avoir  incessamment  un  coup 
terrible  et  que  c'étaient  les  femmes  qui  commenceraient  »  la  danse  ».  C'est 
alors  que  Guadet,  au  nom  de  la  Gironde  exaspérée,  exposa  les  dangers 
qui  menaçaient  la  Convention,  déclarant  que  les  conjurés  du  10  mars 
étaient  restés  impunis,  que  tout  le  mal  provenait  de  cette  sorte  d'insur- 
rection des  autorités  do  Paris  contre  la  Convention,  autorités  qu'il  qualifia 
d'anarchiques,  et  il  proposa  deux  mesures  d'une  gravité  excejitionnelle  : 
l°de  casser  les  autorités  de  Paris,  c'est-à-dire  la  Commune;  2°  de  réunir  à 
Bourges  les  députés  suppléants.  Le  Comité  de  salut  public  intervint  par 
l'organe  de  Barère  qui,  tout  en  partageant  le  sentiment  de  Guadet  au  sujet 
des  autorités  de  Paris  et  en  reconnaissant  les  empiétements  des  sections 
et  de  la  Commune,  estima  que  la  dissolution  de  ces  autorités  serait  de 
nature  à  provoquer  l'anarchie,  et  proposa  la  nomination  d'une  Commis- 
sion d'enquête  de  12  membres.  La  Convention  adopta  sa  manière  de  voir 
et  décréta,  le  18  mai,  la  formation  d'une  Commission  de  12  membres, 
qui  serait  chargée  d'examiner  tous  les  arrêtés  pris  depuis  un  mois  par 
le  Conseil  général  de  la  Commune  et  les  sections  de  Paris,  de  se  ren- 
seigner sur  tous  les  complots  tramés  contre  la  liberté,  d'entendre  les 
ministres  de  l'intérieur  et  des  affaires  étrangères,  les  Comités  de  sûreté 
générale  et  de  salut  public,  sur  les  faits  venus  à  leur  connaissance  relative- 
ment aux  conspirations  qui  avaient  menacé  la  représentation  nationale, 
et  de  prendre  toutes  les  mesures  à  l'effet  de  se  procurer  les  preuves  de  ces 
conspirations  et  de  s'assurer  des  personnes  des  prévenus. 

Le  lendemain  de  l'établissement  de  cette  Commission  extraordinaire, 
qui  est  connue  sous  le  nom  de  Commission  des  Douze,  Pache,  désireux 
de  justifier  l'assemblée  des  commissaires  des  sections,  ostensiblement 
réunis  à  l'Evêché  pour  arrêter  un  mode  uniforme  et  commun  d'exécution 
au  sujet  des  réquisitions,  assemblée  qu'on  représentait  comme  illégale  et 
s'occupaut  de  tout  autre  objet,  écrivit  au  président  de  la  Convention  afin 
d'expliquer  que  c'élait  le  Conseil  général  de  la  Commune  qui  avait  voulu 
s'entourer  des  lumières  de  trois  commissaires  par  section,  pour  discuter 
ce  mode  et  contrecarrer  les  desseins  des  contre-révolutionnaires  répandus 


INTRODUCTION  xW 

dans  les  sections  et  clierchant  à  les  («garer.  La  Convention  accneillil  celle 
communication  sans  prendre  parti  dans  la  question  et  décida  l'insertion  au 
liullt'tiit  d'un  extrait  de  cette  leltre.  Quoi  qu'il  en  soit,  les  accusations 
portées  contre  l'Assemblée  de  l'Kvêché  n'étaient  pas  dénuées  de  fonde- 
ment; il  ressort  en  effet  du  procès-verbnl  de  l'assemblée  générale,  de  la 
section  de  la  Fraternité,  en  date  du  22  mai,  apporté  k  la  Convention  le  2.'J, 
ijne  dans  l'Assemblée  du  Comité  central  révolutionnaire  tenue  à  la  Mairie 
le  dimanche  19  mai,  c'est-à-dire  le  jour  rriêmc  où  Paclie  tentait  de  justilier 
cette  assemblée,  Marino,  administrateur  de  Police,  qui  présidait  la  réu- 
nion, se  permit  d'avancer  qu'en  fait  de  suspects  il  n'en  connaissait  qu'à 
la  Convention  et  il  ne  craignit  pas  de  proposer  l'arreslation  ou  plutôt 
l'enlèvement  clandestin  des  22  députés,  qui  seraient  transportés  dans  quel- 
que coin  isolé,  immolés,  et  qu'on  ferait  passer  pour  avoir  émigré.  Il  est  vrai 
d'ajouter  que,  suivant  l'exposé  de  la  situation  de  Paris,  présenté  le  21  mai 
l)ar  Pachc  au  Comité  do  salut  public,  la  motion  en  question  ne  fut  pas  dis- 
entée et  tomba,  couverte  d'une  improbation  unanime  (1). 

Le  scrutin  pour  l'élection  des  membres  de  la  Commission  des  Douze 
s'ouvrit  le  21  mai.  Il  eut  pour  résultat  la  nomination  de  Boyer-Fonfrède, 
Habant  Saint-Etienne,  Kervclegan,  Saint-Martin-Valogne,  Viger,  Gomaire, 
Bertrand  de  l'Orne,  Boilleau,  Mollevault,  Henry  la  Rivière,  Bergoeing  et 
Gardien.  La  Commission  entra  immédiatement  en  fondions.  Dans  sa 
première  réunion,  elle  entendit  le  compte  rendu  des  commissaires  Bergoeing 
et  Viger,  qu'elle  avait  envoyés  à  la  section  du  Contrat  Social,  qui  tenait 
ses  séances  à  Saint-Eustache,  à  reiïet  de  rapporter  les  registres  de  ses  déli- 
bérations, lesquels  se  trouvèrent  composés  de  feuilles  volantes;  ces 
commissaires  déposèrent  les  arrêtés  pris  par  le  Comité  révolutionnaire  de 
cette  section  du  29  mars  au  18  avril  (2). 

La  Commission  désirant  s'entourer  d'avis  qui  lui  permettraient  de  se 
rendre  compte  de  la. situation  et  de  se  renseigner  :  1°  sur  les  faits  et  gestes 
du  Comité  central  révolutionnaire;  2°  sur  la  dépulation  des  femmes  de 
Ver.sailles  ;  3°  sur  les  prédications  publiques  du  nommé  Varlet,  avait  envoyé 
une  convocation  au  procureur  de  la  Commime,  qui  répondit  par  écrit,  et  au 
maire  de  Paris,  qui  se  rendit  en  personne  à  l'invitation  de  la  Commission 
et  promit  d'envoyer  chaque  jour  un  rapport  sur  la  situation  de  Paris. 
Boyer-Fonfrède  lui  ayant  demandé  si  les  Comités  révolutionnaires  ne  pour- 
raient pas  fomenter  des  troubles,  le  Maire  répondit  que  la  moitié  de  ces 


(1)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Réperloire,  n»  2505. 
(1)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n»  2513. 


xlv.i  INTHOOUCTION 

(•omilés  étaient  composés  d'hommes  sages,  qu'il  n'en  solliciterait  pas 
l'établissement,  sils  n'élaiunt  pas  formés,  mais  que  dans  le  moment  actuel 
leur  dissolution  pourrait  occasionner  quelques  troubles;  il  déclara  qu'il 
n'avait  jamais  cru  qu'aucun  membre  de  la  Convention,  qu'aucun  ministre 
eût  couru  de  dangers,  qu'il  navail  jamais  eu  d'inquiétudes  que  pour  les 
subsi-lances  et  les  attroupements,  que  le  nombre  des  suspects  était  fort 
restreint,  10  à  12  (1). 

La  Commission  des  Douze  continua  son  u'uvre.  Un  procès-verbal  de 
ses  travaux,  en  date  du  23  mai,  constate  que  toutes  les  sections  avaient  été 
mises  en  demeure  d'envoyer  les  registres  de  leurs  délibérations  et  qu'un 
certain  nombre  de  personnes  avaient  été  convoquées  pour  .déclarer  ce 
qu'elles  connaissaient  des  complots  tramés  contre  la  liberté  et  la  repré- 
sentation nationale,  que  le  Maire  et  le  minisire  des  affaires  étrangères 
avaient  été  invités  à  consigner  par  écrit  les  renseignements  donnés  par 
eux  de  vive  voix  à  la  Commission,  et  que,  dillérents  avis  ayant  fait  craindre 
des  troubles  pour  la  nuit  suivante,  le  Maire  cl  le  Commandant  général 
avaient  l'eçu  mandat  de  prendre  à  ce  sujet  les  mesures  nécessaires  (2). 

Le  Conseil  général  de  la  Commune,  informé  de  la  démarche  de  la 
section  de  la  Fraternité  qui,  par  une  adresse  présentée  le  23  mai,  venait  de 
dénoncer  à  la  Convention  un  complot  all'reux  tendant  à  égorger  les  repré- 
sentants du  peuple, puis  à  faire  courir  le  bruit  de  leur  émigration,  et  tenant 
à  dégager  sa  responsabilité,  prit  un  arrêté  invitant  les  rédacteurs  et  por- 
teurs de  cette  adresse  à  fournir  les  renseignements  propres  à  amener  la 
découverte  d'auteurs  de  complots  aussi  abominables  afin  de  les  livrer  le  soir 
même  aux  tribunaux.  La  révélation  inattendue  de  ce  qui  s'était  passé  dans 
l'Assemblée  révolutionnaire  du  19  mai  eut  son  écho  dans  celles  des  sections 
qui  n'étaient  pas  dominées  par  un  esprit  de  révolte.  La  section  du  Mail, 
réunie  en  assemblée  générale  le  24  mai,  décida  tout  d'abord  de  remettre  à 
la  Commission  des  Douze  les  procès-verbaux  de  ses  séances  du  18  avril  au 
24  mai,  puis  de  s'enquérir  si  aucun  des  membres  de  son  comité  avait 
assisté  ou  participé  aux  assemblées  tenues,  soit  à  l'Évèché,  soit  à  la  Mairie; 
elle  reçut  ensuite  une  députation  do  la  section  de  la  Fraternité,  qui  apportait 
son  adresse  au  sujet  du  renouvellement  des  massacres  de  septembre  projeté 
dans  l'Assemblée  de  la  Mairie.  Par  l'organe  de  son  président,  la  section  du 
Mail  déclara  qu'elle  recevait  avec  la  plus  vive  émotion  dans  son  sein  les 
députés  d'une  section,  dont  quelques  membres  avaient  eu  la  gloire  d'être 


(1)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  ii»  2.^09. 

(2)  V.  le  même  volume,  n«  2517. 


INTIIODUCTION  xlvi.j 

chassés  d'un  conciliabule  obscur  où  l'on  méditait  le  meurtre,  et  qui  la 
première  avait  eu  le  bonheur  de  sauver  la  représentation  nationale  en 
dévoilant  ces  horribles  complots  (1). 

La  Commission  des  Douze,  au  début  de  la  séance  qu'elle  tint  le  24  mai, 
après  examen  des  déclarations  qu'elle  avait  reçues  et  des  pièces  qui  lui 
avaient  été  remises  (notamment  sur  le  compte  de  Varlet  par  un  certain 
Lavigne  de  la  section  du  Panthéon  Français),  prit  de  graves  résolutions  (2). 
Elle  décida  que  des  mandats  d'amener  seraient  décernés  contre  les  citoyens 
Marino  et  Brichet,  administrateurs  de  Police,  Varlet,  employé  à  la  Poste, 
et  Hébert,  substitut  du  procureur  de  la  Commune,  mandats  qui  furent 
envoyés  au  ministre  de  la  justice,  lequel  se  rendit  à  la  Commission  et  donna 
les  ordres  nécessaires  pour  leur  mise  à  exécution. 

Le  ministre  de  l'intérieur.  Garât,  homme  prudent,  n'était  point  partisan 
des  mesures  violentes;  dans  une  conversation  qu'il  eut  avec  Habaut-Saint- 
Elienne,  il  lui  représenta  tout  le  danger  qui  résulterait  de  l'envoi  d'Hébert 
à  l'Abbaye  pour  un  article  de  journal,  quand  Marat,  auquel  on  pouvait  en 
reprocher  bien  d'autres,  venait  de  rentrer  triomphant  à  la  Convention, 
acquitté  par  le  Tribunal  révolutionnaire  et  glorifié  par  le  peuple  de  Paris. 

Dans  cette  séance  du  24  mai,  la  Commission  des  Douze  élabora  un 
projet  de  décret  de  sûreté  générale,  qu'elle  fit  précéder  d'un  rapport,  qui 
ne  ressemble  en  rien  à  celui  dont  Viger  dunna  lecture  ce  même  jour  à  la 
Convention,  et  qu'il  nous  parait  intéressant  de  reproduire  d'après  la 
minute  même  du  procès-verbal  de  la  Commission. 

Voici  en  quels  termes  s'exprimait  le  rapporteur  : 

«  La  Commission,  désirant  de  piésenter  à  la  Convention  nationale  un  rapport  sur  les 
macliinalious  qui  se  trunienl  à  l^aris  contre  la  tianquillité  et  la  liberté  générale  i.'t 
contre  la  représentation  nationale,  a  considéré  néanmoins  qu'elle  n'avait  pas  eu  le 
temps  d'avoir  des  renseignements  suffisants,  que  ceux  qu'elle  a  reçus  la  mettant  sur  la 
voie  d'en  recevoir  d'autres,  tous  nécessaires,  que  la  publication  de  ce  qu'elle  a  appris 
pourrait  servir  à  soustraire  les  preuves  dont  elle  a  encore  besoin,  et  peut-être  les 
personnes  dont  il  [lourrait  être  nécessaire  de  s'assurer;  ([ue  cependant  les  renseigne- 
ments que  la  Commission  reçoit  à  cliaque  instant  lui  l'ont  sentir  la  nécessité  de  prendre 
sur-le  champ  des  mesures  assez  vigoureuses  pour  prévenir  des  mouvements  suscités 
et  pressés  par  des  malveillants,  que  ces  mouvetnents  pourraient  troubler  la  France 
entière  en  occasionnant  à  Paris  une  l'oule  do  maux  ;  considérant  cnlin  que  les  causes 
que  la  Commission  avait  déjà  découvertes  des  machinations  projetées  étaient  dans  le 
désordre  des  assemblées  des  sections  de  Paris  et  dans  la  négligence  des  citoyens  de  se 
rendre  à  leurs  postes;  la   Commission  a  cru  devoir  relever  l'esprit  public,  réunir  la 


(1)  V.  le  t.  VIU  (le  uotic  Ropcrtoirc.  n°  2524. 
(■2)  IM(1.,  IV»  ':820,  2'.ir,0. 


xlviij  INTRODUCTION' 

masse  cnliùrc  des  citoyens  ù  ses  devoirs  et  à  ses  postes,  et  terminer  une  partie  des 
désordres  qui  troublent  les  assemblées  des  sections  ;  en  conséquence,  elle  a  délibéré 
de  présenter  ù  l'acceptation  de  la  Convention  nationale  le  projet  de  décret  suivant. 

Malgré  l'asserlion  de  Marat,  suivant  laquelle  il  n'aurait  point  existé 
(le  conspiration  contre  la  Convention  nationale,  celle-ci  adopta  le  décret 
eu  question,  édictant  un  ensemble  de  dispositions  à  TefTet  de  restreindre 
l'exercice  du  droit  de  réunion,  obligeant  notamment  les  citoyens  à  se  tenir 
prêts  à  se  rendre  au  premier  signal  au  poste  qui  leur  serait  assigné  par  le 
commandant  de  cbaque  section,  ordonnant  la  levée  à  10  heures  du  soir  des 
assemblées  générales  des  sections,  dont  les  étrangers  devaient  être  exclus, 
chargeant  enfin  la  Commission  des  Douze  de  présenter  sous  peu  les  mesures 
le  plus  efficaces  pour  assurer  la  liberté  et  la  tranquillité  publique  (1). 

Bien  que  resté  étranger  aux  motions  incendiaires  de  la  réunion 
incriminée,  Pache  éprouva  le  besoin  de  s'en  justifier  et  adressa,  le  24  mai 
à  la  Convention,  une  lettre  pour  expliquer  ce  qui  s'était  passé  à  la  Mairie; 
cette  lettre,  insérée  au  Bulletin,  fut  lue  non  avant  la  promulgation  du 
décret,  comme  le  prétend  Thiers,  mais  après,  vers  la  fin  de  la  séance,  et 
par  conséquent  n'infiua  en  l'ien  sur  les  décisions  prises  par  la  Convention. 
Pache  affirma  que,  dans  cette  réunion,  il  n'y  avait  pas  eu  de  complot 
tramé  contre  la  représentiition  nationale,  mais  une  simple  délibération 
sur  la  composition  de  la  liste  des  suspects  ;  toutefois  il  fut  bien  obligé  de 
reconnaître  que  la  discussion  s'était  égarée  et  avait  dépassé  toute  mesure, 
qu'on  avait  d'abord  proposé  de  s'assurer  des  gens  suspects  afin  de 
s'en  servir  comme  otages,  puis  d'y  comprendre  ceux  des  membres  de 
la  Convention  qui  passaient  pour  méconnaître  les  intérêts  et  les  droits 
du  peuple,  qu'enfin  l'on  était  arrivé  au  point  de  déclarer  qu'au  lieu  d'arrêter 
il  fallait  détruire  ceux  que  l'on  regardait  comme  des  traîtres.  Pache  avait 
bien  pris  soin  d'ajouler  que,  dans  une  réunion  subséquente,  il  avait  fait 
('■carter  ces  motions  criminelles  et  que  d'ailleurs  il  n'avait  jamais  eu 
d'inquiétude  au  sujet  de  la  sûreté  personnelle  des  membres  de  la  Con- 
vention. Après  la  lecture  de  cette  lettre,  l'un  des  membres  de  la  Commis- 
sion des  Douze  fit  observer  que  le  rapport  envoyé  à  la  Commission  par  le 
Maire  uétait  nullement  conforme  à  cette  lettre. 

Ce  fut  le  capitaine  Botot  Du  Mesnil,  commandant  la  gendarmerie  des 
tribunaux,  qui  fut  chargé  par  Gohier  de  mettre  à  exécution  les  mandats 
décernés  contre  les  citoyens  Marino,  Michel,  Brichet  et  Hébert,  ainsi  qu'un 
cinquième   mandat  contre   Varlet;  il   s'acquitta  le   jour  même   de  cette 


(1)  V.  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n»  2529. 


INTRODUCTION  xlix 

mission,  procéda  à  l'arreslalion  d'Hébert  et  de  Varlet,  qui  furent  conduits  à 
l'Abbaye,  mais  laissa  en  liberté  Marino  et  Michel,  administrateurs  au  Dépar- 
tement de  Police,  renvoyés  à  leurs  fonctions,  et  déclara  que  quant  au 
citoyen  Brichet,  également  administrateur  de  Police,  ce  particulier  ne 
s'était  trouvé  ni  chez  lui,  ni  à  l'Assemblée  générale  de  la  section  du  Mail. 
A  propos  de  l'exécution  du  mandat  contre  ce  dernier,  le  ministre  trouva 
fort  repréhensible  le  gendarme  qui  s'était  permis  d'aller  le  réclamer  au  sein 
de  l'assemblée  do  sa  section  et  invita  le  capitaine  Du  Mesnil  à  veiller 
désormais  à  ce  que  les  ordres  d'arrestation  fussent  exécutés  conformément 
à  la  loi  et  avec  toute  la  prudence  et  le  mystère  requis. 

Avant  de  parler  de  Teffet  produit  par  ces  arrestations,  il  n'est  pas 
inutile  de  donner  quelques  détails  biographiques  sur  les  individus  qui 
furent  l'objet  de  cette  mesure  de  rigueur  : 

Jacques-René  Hébert,  substitut  du  procureur  de  la  Commune,  rédacteur  du 
journal  le  Père  Duchesne,  qui  linit  par  être  lui-même  victime  des  terroristes,  est  trop 
connu  par  ses  violences  de  langage  pour  qu'il  soit  nécessaire  de  lui  consacrer 
une  notice. 

Jean  Varlet,  employé  de  la  Poste,  âgé  de  27  ans,  d'abord  membre  de  la  Société  des 
Amis  de  la  Constitution  et  du  Club  des  Cordeliers,  frappé  d'exclusion  comme  brissotin, 
appartenait  à  cette  catégorie  de  révolutionnaires  qui,  pour  employer  l'expression  de 
M.  Hamel  {Histoire  de  Robespierre,  t.  II,  p.  25),  ne  connaissaient  aucune  règle,  aucun 
frçin,  et  que  l'on  désignait  communément  sous  le  nom  d'E/i)'n(/t's;  c'était  un  énergumène 
dans  toute  la  force  du  terme,  pérorant  sans  cesse  dans  les  clubs,  dans  les  groupes,  dont 
la  présence  fut  signalée  dans  la  plupart  des  manifestations  révolutionnaires  ;  il  jouera 
un  rôle  des  plus  actifs  dans  les  journées  des  31  mai,  i"'  et  2  juin. 

Jean-Baptiste  Marino,  membre  du  Conseil  général  de  la  Commune  pour  la  section 
de  la  Montagne,  et  administrateur  au  Département  de  Police,  était  fabricant  et  peintre 
en  porcelaines  de  son  métier  ;  il  remplit  diftérentes  missions  en  1793  à  Commune- 
Affranchie  et  Carrouge  (département  du  Mont-Blanc).  Xo'w.i  le  jugement  qui  est  porté 
sur  ce  partisan  acliarné  de  la  Montagne  à  la  date  du  12  prairial  an  II  : 

«  Vif,  ardent,  juste  et  humain,  il  s'est  montré  depuis  le  commencement  de  la 
Révolution  toujours  avec  les  vrais  patriotes  ;  il  a  aidé  à  terrasser  dans  la  section  et 
ailleurs  les  ennemis  du  peuple  et  les  factions;  partout,  il  a  montré  un  patriotisme  pur 
et  désintéressé  ;  il  a  suivi  tous  les  événements  de  la  Révolution  ;  il  voyait  souvent 
Marat  ;  on  dit  riiême  qu'il  a  passé  la  nuit  avec  lui,  la  veille  de  son  jugement  par  le 
Tribunal  révolutionnaire,  et  l'a  accompagné  au  sein  de  la  Convention  au  sortir  dudit 
Tribunal.  »  Marino,  quoique  terroriste  avéré,  fut  envoyé  à  l'échafaud  le  29  prairial 
an  II  (1). 

Etienne  Michel,  âgé  de  30  ans,  membre  du  Conseil  général  de  la  Commune  pour 
la  section  de  Beaubourg,  et  administrateur  au  Département  de  Police,  était  fabricant 
de  rouge.  Compromis  au  9  thermidor,  il  tenta  de  se  suicider  en  se  portant  un  coup  de 
couteau.  A  la  date  du  13  thermidor,  le  Comité  de  sûreté  générale  ordonna  de  le 
transférer  de  la  Maison  de  l'Humanité  (Hôtel-Dieu)  à  l'hospice  de  l'Evéché,  pour  y  être 


(1)  V.  le  dossier  Marino,  Arcli.  nat.,  F''  4774". 
T.  IX. 


1  INTRODUCTION 

soigné  comme  détenu.  Le  Comité  révolutionnaire  de  sa  section  attribua  cet  acte  de 
désespoir  à  la  lecture  d'un  papier  public  qui  fit  croire  à  Michel  qu'il  suffisait  d'être 
membre  de  la  Commune  pour  être  mis  hors  la  loi,  et  il  demanda,  le  15  fructidor,  la  liberté 
provisoire  du  patriote  Michel.  Au  mois  de  nivôse  an  III,  en  pleine  réaction  thermido- 
rienne, le  même  Comilé  le  dénonça  comme  un  terroriste,  un  Robespierrisle,  un  buveur 
de  sang,  lui  reprochant  eu  outre  d'avoir  abusé  de  ses  fonctions  pour  dépouiller  les 
prisonniers  de  leurs  bijoux  et  assignats  ;  on  prétendit  même  qu'avec  le  fruit  de  ses 
rapines  il  avait  acheté  pour  SOO.OOO  francs  de  biens.  On  lui  prêta  également  des  propos 
atroces  ;  on  lui  aurait,  parail-il,  entendu  dire  qu'il  voudrait  que  le  dernier  boyau  des 
prêtres  servît  à  pendre  le  dernier  des  hommes  de  loi.  Le  28  ventôse  an  III,  Michel 
adressa  de  la  maison  d'arrêt  du  Plessis  au  représentant  Delacroix  (probablement 
Delécloy)  un  mémoire  juslilicatif,  où  il  déclarait  avoir  repoussé  avec  indignation  la 
tyrannie  de  Robespierre  et  avoir  affirmé  ses  principes  par  sa  conduite  dans  la  nuit  du 
9  au  iO  thermidor,  et  il  concluait  «  en  demandant  punition,  si  je  suit  coupable,  liberté, 
si  je  suit  innocent.  »  (1) 

Mathieu-Jean  Brichet,  de  la  section  du  Mail,  employé  au  bureau  des  assignats  aux 
Messageries  nationales,  fut  nommé,  le  1"  avril  1793,  par  Bouchotte  commis  au  bureau 
des  subsistances  militaires,  et  devint  le  i"  août  suivant  sous-chef  au  bureau  du  per- 
sonnel des  hôpitaux  militaires,  poste  qu'il  conserva  jusqu'au  14  ventôse  an  II.  Il  était 
l'un  des  membres  du  Comité  de  salut  public  de  la  section  du  Mail,  où  son  arrestation 
fut  annoncée,  le  25  mai,  en  ces  termes  :  «  Une  inculpation  foudroyante  a  été  lancée 
hier  contre  un  de  nos  collègues;  le  citoyen  Brichet,  membre  de  ce  Comité,  a  été  hau- 
tement dénoncé,  dans  l'assemblée  générale  de  la  section,  comme  ayant  donné  dans 
les  assemblées  tenues  à  la  Mairie  des  listes  de  proscription,  sur  lesquelles  étaient 
portés  une  multitude  de  citoyens  de  la  section  et  un  nombre  de  députés  à  la  Conven- 
tion nationale.  Cette  dénonciation  a  été  corroborée  par  l'arrivée  d'un  gendarme  porteur 
d'un  mandat  d'amener  le  citoyen  Brichet  au  Comité  dos  Douze  de  la  Convention 
nationale.  »  En  conséquence  le  président  Barry  proposa,  et  le  Comité  révolutionnaire 
de  la  section  décida  qu'en  raison  de  cette  dénonciation  et  de  ce  mandat  d'amener 
contre  le  citoyen  Brichet,  le  Comité  s'intei'dirait  dans  l'exercice  de  ses  fonctions  toutes 
communications  directes  ou  indirectes  avec  lui. 

Le  rôle  joué  par  Brichet  lors  des  journées  révolutionnaires  des  31  mai,  i"  et 
2  juin,  est  caractérisé  par  le  certificat  suivant  que  lui  délivra  le  Comité  révolutionnaire 
de  sa  section,  à  la  date  du  24  septembre  1793,  lorsqu'il  quitta  la  section  du  Mail  pour 
habiter  celle  du  Mont-Blanc,  où  il  se  proposait  d'aider  les  patriotes  à  purger  le  sol  de 
la  liberté  des  intrigants,  des  fédéralistes,  des  muscadins  et  des  royalistes,  sous  quelque 
forme  qu'ils  se  présentassent  : 

«  Le  Comité  déclare  qu'il  a  toujours  vu  le  citoyen  Brichet  animé  de  toutes  les  vertus 
républicaines,  que,  depuis  1789,  il  a  été  constamment  l'ennemi  juré  de  l'aristocratie, 
des  Lafayelte,  des  Dumouriez,  des  Custines,  des  Raffet,  des  Feuillantins,  des  royalistes, 
des  fédéralistes,  des  muscadins,  en  un  mot  des  intrigants  de  toutes  espèces  et  de  toutes 
les  couleurs,  qu'il  a  toujours  employé  tous  ses  moyens  pour  déjouer  tous  les  projets 
liberticides  des  Brissotins,  Girondins  et  de  la  ligue  infernale  qui  croissait  au  Marais; 
que  notamment  sous  sa  présidence  du  10  août  il  remit  la  section  au  pas  par  son 
énergie;  que  sous  sa  présidence  du  31  mai  1793,  cette  même  énergie,  loin  d'être 
afiaiblie  par  les  menaces  des  malveillants,  par  l'assassinat  commis  sur  sa  personne  au 
milieu  de  l'assemblée  générale,  en  présence  de  4  officiers  municipaux,  en  a  acquis 
une  nouvelle  force;  qu'à  cette  époque  sa  fermeté  républicaine  a  beaucoup  contribué 


(1)  V.  le  dossier  Mi«hel,  Atch.  nal.,  P'  ilH^K 


INTRODUCTION  Ij 

à  régcnérer  la  section  du  Mail  el  a  mérité  au  Sans-culotte  Urichel  le  titic  glorieux 
d'enragé  Maratiste  et  un  mandat  d'arrêt  de  la  Commission  inquisitoriale  des  l)oU7.c, 
pour  avoir  demandé  au  Comité  formé  à  la  Mairie,  le  Jour  de  la  Pentecôte,  l'arrestation, 
dans  la  nuit,  des  32  députés  à  la  tète  de  la  faction  des  liommes  d'Ktat. 

«  Arrête  en  outre  qu'il  en  sera  délivré  deux  copies  au  patriote  Hrichet,  qui  les 
signera  devant  nous.  » 

Malgré  ces  attestations  flatteuses  qu'il  obtint  en  qualité  de  Maratiste  et  de  terro- 
riste, Bricliet  fut  condamné  à  mort  par  le  Tribunal  révolutionnaire,  le  21  messidor 
an  II  (1). 

L'arrestation  d'Hébert  fut  notifiée  par  les  citoyens  Mennessier,  Simon, 
Berget  cl  Caiilieux  au  Conseil  général  do  la  Commune,  qui  réuni 
d'urgence,  dénonça  à  la  Convention  l'attentat  doul  venait  de  se  rendre 
coupable  la  Commission  des  Douze  en  procédant  à  l'arrestation  de  ce 
citoyen,  recommandable  à  la  fois  par  ses  lumières  et  ses  vertus  civiques, 
et   demanda  qu'Hébert  fiit  rendu  à  ses  fonctions  ou  promptement  jugé. 

Les  sections  de  Paris  unirent  leurs  protestations  à  celle  de  la  Com- 
mune; la  section  du  Temple,  par  délibération  du  25  mai,  prit  l'initiative 
d'une  réunion  des  commissaires  des  sections  à  la  salle  de  l'Egalité,  oii 
devait  être  rédigée  une  pétition  à  la  Convention  à  l'eflet  de  connaître  les 
molifs  de  l'arreslation  d'Hébert  et  de  Varlet,  dont  le  patriotisme  était 
incontesic,  et  d'obtenir  leur  mise  en  liberté  provisoire.  La  plupart  des 
sections  envoyèrent,  les  25  et  26  mai,  des  commissaires;  celle  du  Faubourg- 
WTontmarlre  protesta  formellement  contre  l'attentat  à  la  souveraineté  du 
peuple  commis  par  la  Commission  des  Douze,  tant  par  l'enlèvement  forcé 
et  arbitraire  des  registres  de  délibérations  des  sections,  que  par  l'arres- 
tation illégale,  violente  et  injuste  de  magistrats  du  peuple,  honorés  de  sa 
confiance,  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions,  et  décida  qu'elle  se  transpor- 
terait à  la  Convention  pour  exprimer  son  vœu  de  voir  anéantir  la  Com- 
mission despotique  et  contre-révolutionnaire  des  Douze,  et  pour  réclamer 
la  mise  en  liberté  d'Hébert  ainsi  que  celle  de  tous  les  patriotes  arrêtés 
depuis  quelques  jours.  Elle  déclara  en  même  temps  que  ses  registres  ne 
seraient  compulsés  par  aucune  Commission  et  que  si  la  Convention, par  un 
nouveau  décret  en  exigeait  la  communication,  la  section  toute  entière  les 
porterait  à  la  Convention  et  les  remporterait  de  même,  comme  étant  le 
dépôt  sacré  de  l'exercice  de  la  souveraineté,  à  titre  de  fraction  du  peuple 
souverain.  La  section  du  Marais,  elle  aussi,  non  contente  de  dénoncer 
l'arrestation  illégale  d'Hébsrt,  résolut  de  demander  à  la  Convention  la 
cassation  de  la  Commission  des  Douze,  comme  ayant  outrepassé  ses  poii- 


(I)  V.  1«  dossier  Brichet,  Arch.  nat.,  F'  4617. 


lij  INTRODUCTION 

voirs  et  fait  éclater  à  tous  les  yeux  son  inutilité,  puisqu'il  n'y  avait  eu  ni 
conspiration  ni  conspirateurs,  suivant  tous  les  renseignements  recueillis 
jusqu'à  ce  jour. 

Sur  ces  entrefaites  Pache  crut,  par  une  lettre  en  date  du  2S  mai, 
devoir  protester  contre  les  propos  que  lui  prêtait  la  Commission  des 
Douze,  d'après  lesquels  il  aurait  annoncé  un  soulèvement  très  prochain 
dans  Paris,  et  il  expliqua  que,  selon  toute  apparence,  les  propos  en  question 
étaient  empruntés  aux  rapports  sur  l'esprit  public  à  Paris,  faits  à  l'admi- 
nistration de  Police  par  ses  préposés,  rapports  qu'il  envoyait  régulièrement 
au  Conseil  exécutif,  au  ministre  de  l'intérieur  et  au  Comité  de  salut  public. 
Le  rapport  visé  par  Pache,  en  date  du  23  au  24  mai,  qu'il  avait  communiqué 
à  la  Commission  des  Douze,  renferme  en  effet  un  passage  qui  avait  donné 
lieu  à  cette  interprétation  abusive  :  «  La  désunion  entre  quelques  membres 
de  la  Convention,  d'un  côté,  l'excessive  cherté  des  denrées,  de  l'autre,  sont 
les  principales  causes  de  la  fermentation  du  peuple,  qui  se  lasse  de  se 
plaindre  à  mi-voix...,  et  on  ne  peut  se  dissimuler  que  lt>  soulèvement  ne 
soit  inévitable  et  très  prochain,  si  l'on  ne  prend  les  mesures  les  plus 
efficaces  pour  soulager  le  peuple.  «  La  Convention  décréta,  le  27  mai, 
l'impression,  l'affichage  et  l'insertion  au  Bulletin  de  la  lettre  du  maire  de 
Paris,  ainsi  que  de  la  déclaration  contenue  au  rapport  adressé  par  le  Maire 
à  la  Commission  des  Douze,  et  renvoya  le  tout  à  cette  Commission. 

Pendant  que  la  Convention  s'endormait  dans  une  trompeuse  sécurité, 
le  mécontentement  populaire  grandissait  et  le  moment  d'une  explosion  se 
rapprochait  de  plus  en  plus.  Les  rapports  de  police  de  cette  époque  ne 
laissent  aucun  doute  à  cet  égard  :  «  Tous  les  esprits,  y  disait-on,  sont  agités 
de  manière  à  faire  regarder  un  grand  mouvement  comme  très  prochain. 
Les  groupes  sont  plus  multipliés  que  jamais,  et  l'on  ne  peut  se  dissimuler 
que  Ton  touche  au  moment  d'une  nouvelle  insurrection,  à  moins  que  les 
mesures  que  se  proposent  de  prendre  les  sections  n'aient  leur  efficacité. 
Les  citoyens  mis  en  état  d'arrestation  par  la  Commission  des  Douze  sont 
la  matière  de  toutes  les  conversations  et  l'objet  de  toutes  les  discussions 
des  sociétés  populaires  et  des  sections.  On  traite  le  mode  à  employer 
pour  engager  la  Convention  à  rendre  la  liberté  à  ces  citoyens,  et  il  y  aura 
un  parti  qui  sera  peut-être  extrême,  si  la  Convention  persiste  à  refuser 
d'entendre  les  pétitionnaires.  »  En  effet,  l'un  des  observateurs  de  Garât, 
Dutard,  dans  son  rapport  du  27  mai,  parlait  de  nombreuses  motions  plus 
ou  moins  incendiaires  faites  à  ce  sujet  sur  la  terrasse  des  Tuileries. 
Dutard  entendit  également,  ce  jour-là,  Dorat-Cubières  discourir  à  la 
Commune  sur  le  traitement  infligé  à  Hébert  et  Varlet,  qu'on  avait  mis 
dans  un  grenier  à  tous  les  vents,  où  deux  grabats  étaient  occupés  par  des 


INTRODUCTION  liij 

généraux  traîtres,  c'est-à-dire  par  des  scélérats,  et  les  deux  autres  par 
Hébert  et  Varlet,  c'est-à-dire  par  des  honnêtes  gens. 

La  Commission  des  Douze  non  seulement  ne  voulait  point  reconnaître 
qu'elle  avait  commis  une  grave  imprudence  en  procédant  à  l'arrestation 
d'Héberl,  mais  encore  elle  persévérait  dans  les  mêmes  errements  ;  au  cours 
de  la  matinée  du  27,  elle  envoya  au  ministre  de  la  justice  deux  nouveaux 
mandats  d'arrêt  contre  Claude-Emmanuel  Dobsen,  président  de  la  section 
de  la  Cité,  et  Prolaix,  secrétaire  de  cette  section,  à  raison  du  refus  formel 
de  communiquer  les  registres  de  leur  section.  Ces  mandats  ne  furent  mis  à 
exécution  que  très  tard  dans  la  soirée;  ces  deux  citoyens  furent  écroués 
à  l'Abbaye  à  H  heures  du  soir,  parce  que  ni  l'un  ni  l'autre  ne  s'étaient 
trouvés  chez  eux  dans  la  journée.  Le  lendemain  matin,  la  section  de  la 
Cité  réclama  ces  victimes  d'un  nouveau  despotisme,  dont  l'arrestation 
avait  été  opérée  nuitamment,  au  mépris  de  tous  les  principes;  elle  déclarait 
à  cette  occasion  que  les  ennemis  du  peuple  siégeant  à  la  Convention 
avaient  calomnié  la  ville  de  Paris  auprès  des  déparlements,  qui  approu- 
veraient au  contraire  les  saintes  insurrections  des  citoyens  inculpés,  et 
elle  adjurait  la  Convention  de  punir  la  Commission  infidèle,  coupable 
d'actes  arbitraires,  et  de  la  traduire  au  Tribunal  révolutionnaire.  Cette 
démarche  de  la  section  de  la  Cité  occasionna  une  vive  agitation  et  après 
une  réponse  imprudente  du  président  Isnard,  provoqua  une  déclaration  de 
Danton,  d'abord  contre  la  Commission  des  Douze,  qui  opposait  aux  meil- 
leurs citoyens  les  armes  réunies  entre  ses  mains  et  arrachait  à  leurs  fonc- 
tions les  magistrats  du  peuple,  puis  contre  la  Convention  qui  persistait  à 
retenir  dans  les  fers  des  citoyens  dont  le  seul  crime  était  un  excès  de 
patriotisme.  Cette  séance  de  la  Convention  avait  amené  une  affluence 
inusitée  de  peuple,  les  avenues  de  la  salle  étaient  obstruées,  les  couloirs 
remplis  d'hommes  et  de  femmes  qui  empêchaient  l'entrée  et  la  sortie  des 
députés. 

La  Commission  des  Douze  se  crut  en  droit,  comme  mesure  de  salut 
public,  de  requérir  la  force  armée  et  fit  appel  aux  sections  bien  pensantes, 
voisines  de  la  Convention  (celles  de  1792,  du  Mail  et  de  la  Bulte-des- 
Moulins)  auxquelles  fut  demandé  un  contingent  de  800  hommes,  qui  vint 
occuper  les  portiques  et  avenues  de  la  salle,  sous  les  ordres  de  Raffet, 
commandant  du  bataillon  de  la  Butle-des-Moulins.  Celui-ci,  interrogé  par 
le  président  de  la  Convention  au  sujet  de  ce  déploiement  de  forces  inusité, 
exhiba  deux  ordres,  l'un  de  Vincent,  chef  de  la  2*  légion,  l'autre  deLapierre, 
adjudant  général  provisoire,  lui  enjoignant  de  tenir  prêts  les  hommes 
demandés  par  la  Commission  des  Douze.  Pache,  qui  avait  d'abord  donné 
son  adhésion,  se  ravisa  et  invoquant  les  décrets  des  18  et  24  mai,  où  il  ne  se 


liv 


INTRODUCTION 


trouvait  aucun  article  qui  autorisât  la  Commission  à  disposer  de  la  force  ar- 
mée dans  Paris,  lapria de  vouloirbien  s'abstcniroude  faire  rendre  un  décret. 

C'est  alors  que  l'on  voit  entrer  en  scène  le  ministre  de  l'intérieur, 
toujours  optimiste,  qui  rendant  compte  à  la  Convention  de  la  situation  de 
Paris,  des  mouvements  qui  l'agitaient,  des  groupes  nombreux  qui  entou- 
raient la  salle,  se  crut  fondé,  dans  un  aveuglement  étrange,  à  affirmer  que 
la  représentation  nationale  n'avait  absolument  rien  à  craindre;  le  maire 
de  Paris,  de  son  côté,  abonda  dans  le  même  sens  et  assura  que  les  diffé- 
rents rassemblements  qui  se  trouvaient  autour  de  la  salle  n'étaient 
composés  que  de  commissaires  des  48  sections,  s'occupant  des  pétitions 
relatives  aux  arrestations  ordonnées  par  la  Commission  des  Douze. 

Pache  avait  dit  vrai  en  annonçant  que  plusieurs  sections  étaient 
venues  pour  protester  contre  les  agissements  do  la  Commission  des  Douze; 
celle  de  la  Croix-Rouge,  porte-parole  de  beaucoup  d'autres,  réclama 
l'élargissement  d'Hébert  et  de  tous  les  patriotes  incarcérés,  ainsi  que  la 
cassation  de  la  Commission  des  Douze,  qui,  à  peine  formée,  n'avait  dirigé 
ses  coups  que  contre  les  véritables  amis  de  la  Liberté,  protestant  en 
particulier  contre  l'arrestation  du  président  et  du  secrétaire  d'une  section, 
coupables  seulement  d'avoir  signé  les  procès-verbaux  de  leurs  délibéra- 
tions, et  rappela  que  la  Déclaration  des  Droils  de  l'Homme  consacrait  lo 
droit  de  tous  les  citoyens  de  résister  par  la  force  à  toute  arroslaliou 
nocturne.  La  section  des  Gravilliers  dans  son  adresse  à  la  Convention  ne 
lui  ménagea  pas  les  reproches.  Depuis  8  mois,  disait-elle,  la  Convention 
donne  à  l'Europe  étonnée  le  spectacle  de  la  division,  des  passions  les 
plus  honteuses;  et  elle  conjurait  les  députés  de  la  Montagne  de  sauver  la 
patrie,  les  qualifiant  de  lâches  et  de  traîtres,  s'ils  le  pouvaient  el  ne  le  vou- 
lussent pas,  et  déclarant  que,  s'ils  le  voulaient  sans  le  pouvoir,  100,000  bras 
étaient  armés  pour  leur  défense.  Sous  cette  pression  des  sections,  la 
Convention,  présidée  par  Hérault  de  Séchelles,  rendit  un  décret  ordonnant 
la  mise  en  liberté  immédiate  des  citoyens  incarcérés  par  la  Commission 
des  Douze,  supprimant  cette  Commission  et  chargeant  le  Comité  de  sûreté 
générale  d'examiner  la  conduite  des  membres  qui  la  composaient.  Dans 
cette  môme  soirée  du  27  mai,  parvint  au  président  de  la  Convention  une 
lettre  de  la  Commission,  où  voulant  parer  le  coup  qui  la  meuiiçait, 
elle  déclarait  que,  tandis  qu'elle  s'occupait  de  la  sûreté  de  la  Convention 
et  de  Paris,  on  la  calomniait,  on  cherchait  à  la  dissoudre,  et  elle  demandait 
que  la  Convention  ne  prononçât  rien  avant  d'avoir  entendu  son  rapport, 
ajoutant  qu'on  projetait  de  l'attaquer  au  lieu  de  ses  séances,  mais  que 
ses  papiers  étaient  en  sûreté,  que  la  Convention  pouvait  la  casser,  mais 
qu'elle  n'avait  rien  à  se  reprocher  envers  la  patrie. 


INTRODUCTION  Iv 

Cet  important  rapport,  que  Rabaut  de  Saint-Etienne  devait  lire  à 
la  Convention,  est  resté  dans  les  papiers  de  la  Commission.  Elle  expo- 
sait qu'elle  s'était  assurée  de  l'existence  d'un  grand  complot  pour  dis- 
soudre la  Convention  nationale  et  que  son  attention  s'était  portée  sur  des 
écrits  distribués  journellement  à  Paris  en  vue  d'égarer  le  peuple  et  de 
l'exciter  à  la  violence;  que,  parmi  ces  écrits,  il  en  était  un  plus  répandu 
que  les  autres,  dont  le  style  familier,  indécent  et  bas,  avait  des  attraits 
pour  un  certain  nombre  de  lecteurs,  la  feuille  du  Pne  Ducltesne,  dont  le 
substitut  du  procureur  de  la  Commune  passait  publiquement  pour  être 
l'auteur,  qu'après  examen  de  quelques  numéros,  la  Commission  avait  cru 
devoir  décerner  un  mandat  d'amener  contre  le  citoyen  Hébert,  qui  avait 
reconnu  les  faits,  mais  n'avait  donné  que  des  justifications  insuffisantes; 
elle  observait  qu'il  était  impossible  de  ne  pas  trouver  matière  à  suspicion, 
quand  on  voyait  un  magistrat  du  peuple  désigner  à  la  vengeance  popu- 
laire une  classe  de  députés,  signalés  sous  un  nom  inventé  par  la  pros- 
cription, et  déclarait  enfin  qu'elle  avait  cru  devoir  maintenir  l'arrestation 
d'Hébert,  laquelle  lui  semblait  ou  ne  peut  plus  motivée,  alors  qu'on  pouvait 
compter  par  centaines  les  arrestations  ordonnées  par  le  Comité  de  sûreté 
générale  et  par  milliers  celles  commandées  par  les  commissaires  de  la 
Convention  dans  les  départements. 

Comme  l'on  sait,  le  décret  supprimant  la  Commission  des  Douze  avait 
été  rendu  très  avant  dans  la  soirée  du  27  par  une  centaine  de  députés  à 
peine,  confondus  avec  une  masse  de  pétitionnaires;  aussi,  le  lendemain, 
Lanjuinais  fit  remarquer  que  le  décret  rendu  dans  de  semblables  conditions 
devait  être  considéré  comme  nul.  L'Assemblée  décida  de  voter  par 
appel  nominal  sur  la  question  de  savoir  si  le  décret  de  suppression  serait 
rapporté  ou  non.  Une  majorité  de  279  voix  se  prononça  pour  le  retrait  du 
décret.  Pendant  que  l'existence  même  de  la  Commission  était  mise  en 
discussion,  elle  restait  dans  l'expectative  et  décidait  de  surseoir  aux  pour- 
suites entamées  contre  un  particulier  suspect,  arrêté  par  la  section  du 
Finistèire  pour  avoir  proposé  la  dissolution  de  la  Convention  ;  mais  ayant 
appris  à  7  heures  du  soir  qu'elle  venait  d'être  prorogée  par  décret  de  la 
Convention,  elle  reprit  l'instruction  commencée  et  se  fit  amener  à  minuit 
et  demi  l'individu  en  question  à  l'elfet  de  procéder  à  son  interrogatoire, 
au  cours  duquel  par  une  empbase  un  peu  dérisoire,  elle  se  vit  qualifiée 
par  ce  suspect  de  fameux  comité  révolutionnaire . 

Tout  en  rétablissant  la  Commission  des  Douze,  la  Convention  ordonna 
la  mise  en  liberté  immédiate  des  citoyens  emprisonnés  par  ordre  de  cette 
Commission,  ce  qui  eut  lieu  le  soir  même  ;  l'élargissement  des  prisonniers 
produisit  la  plus  vive  sensation  :  on  les  revit,  disent  les  rapports  de  police, 


Ivj  INTRODUCTION 

avec  reiilhousiasmo  qu'excite  dans  l'âme  du  patriote  le  triomphe  de 
l'opprimé.  Le  premier  acte  d'Hébert  rendu  à  la  liberté  fut  de  se  présenter 
à  la  séance  du  Conseil  général  de  la  Commune,  où  il  fut  accueilli  par  de 
chaleureux  applaudissements  et  reçut  les  embrassements  de  ses  collègues 
et  de  tous  les  présents  ;  Chaumette  lui  remit  au  nom  des  patriotes  une 
couronne  qu'Hébert  plaça  sur  le  buste  de  Brutus,  attendu,  disait-il,  que 
les  vivants  n'avaient  droit- qu'à  des  encouragements.  Varlet  rentra  triom- 
phalement dans  sa  section,  celle  des  Droits  de  l'Homme,  suivi  d'une 
femme  portant  une  branche  de  chêne  que  l'assemblée  fit  déposer  à  côté  du 
buste  de  Le  Peletier. 

Chaumette  proposa  et  le  Conseil  général  de  la  Commune  adopta  une 
adresse  à  l'effet  d'exiger  un  sérieux  examen  de  la  conduite  de  la  Commission 
des  Douze,  pour  déférer  ses  membres  aux  tribunaux,  voire  même  au  Tribu- 
nal révolutionnaire.  Comme  l'on  voit,  la  Commune  de  Paris,  tout  en  ayant 
obtenu  satisfaction' dans  une  certaine  mesure,  ne  désarmait  point  à  l'égard 
de  la  Commission  des  Douze,  pas  plus  d'ailleurs  que  la  plupart  des  sections; 
celle  des  Arcis  présenta  le  même  jour  au  Conseil  général  de  la  Commune, 
puis  à  la  Convention  imc  adresse  aux  termes  de  laquelle,  après  avoir  demandé 
l'explication  de  ces  paroles  menaçantes  (prononcées  le  25  mai  par  le  président 
Isnard)  :  On  cherchera  sur  quelles  rives  de  la  Semé  Paris  existait,  elle  décla- 
rait que  le  peuple  de  Paris  n'entendait  pas  avoir  abattu  un  despote,  le 
dictateur Lafayelto,  pour  en  accepter  douze  autres,  des  hommes  perdus  dans 
l'esprit  public,  mandataires  infidèles  qui  ne  possédaient  plus  sa  confiance, 
adjurant  les  patriotes  de  la  Convention  de  condamner  les  grands  coupables 
qui  siégeaient  parmi  eux.  La  section  de  l'Unilé  exhorta  pareillement  la 
Convention  à  décréter  d'accusation  la  Commission  des  Douze  et  à  la  livrer 
aux  jurés  des  86  départements.  Celle  de  laCité,  en  présence  des  arrestations 
arbitraires  des  patriotes  qui  se  multipliaient  depuis  quelque  temps,  se 
déclara  en  permanence  et  invita  les  autres  sections  à  se  réunir  frater- 
nellement dans  son  sein,  le  29  mai,  à  4  heures,  pour  délibérer  en  commun 
sur  les  moyens  propres  à  faire  triompher  le  patriotisme,  la  liberté  et 
l'égalité  ;  son  arrêté  fut  communiqué  à  la  fois  aux  47  sections  et  au  Club 
central  assemblé  à  l'Evêché.  C'est  à  ce  moment,  selon  toute  apparence, 
que  furent  jetées  les  bases  de  la  Commission  révolutionnaire  qui  allait 
fonctionner  au  grand  jour,  telles  qu'elles  figurent  dans  un  projet  d'orga- 
nisation très  étudié,  faisant  partie  des  papiers  du  Comité  central  révolu- 
tionnaire. 

Malgré  les  attaques  violentes  dont  la  Commission  des  Douze  était  l'objet 
et  quoiqu'elle  sentit  bien  que  ses  heures  étaient  comptées,  elle  continuait 
à  tenir  ses  séances  et  à  remplir  la  mission  qui  lui  avait  été  confiée  par  la 


INTRODUCTION  Ivij 

Convention;  le  30  mai,  elle  convoqua  d'urgence  le  ministre  de  l'intérieur, 
invita  le  maire  de  Paris  à  prendre  les  mesures  nécessaires  pour  empêcher 
l'effet  des  motions  incendiaires  présentées  à  l'Assemblée  de  l'Evêché,  et 
fit  connaître  au  président  de  la  Convention  les  déclarations  verbales  qu'elle 
avait  reçues  sur  ce  qui  s'était  passé  à  la  section  de  la  Cité,  présidée  par 
Maillard,  où  fort  avant  dans  la  nuit  avaient  été  discutées  diverses  motions 
contre  la  tranquillité  publique  et  la  sûreté  de  la  Convention  nationale. 

Le  dernier  acte  d'autorité  de  la  Commission  des  Douze,  signalé  immé- 
diatement par  Bourdon  de  l'Oise,  fut  l'envoi  d'une  réquisition  militaire 
au  commandant  du  poste  de  la  Convention,  afin  de  placer  à  l'hôtel  de 
Breteuil,  où  elle  tenait  ses  séances,  une  force  suffisante  pour  sauvegarder 
ses  papiers. 

Lors  de  la  séance  qu'il  tint  dans  la  matinée  du  31  mai,  le  Comité  de 
salut  public  proposa  un  peu  tardivement  de  décréter  que  la  Commission 
des  Douze  serait  entendue,  qu'elle  rendrait  compte  des  arrêtés  pris  par 
elle,  des  mandats  d'arrêt  et  d'amener  qu'elle  avait  décernés,  ainsi  que  de 
ses  réquisitions  directes  de  la  force  armée.  A  l'heure  où  cette  délibération 
était  prise,  la  parole  était  au  peuple  souverain,  la  Convention  était  obligée 
de  s'incliner  devant  sa  volonté  et  de  décréter  la  suppression  pure  et  simple 
de  la  Commission  des  Douze,  ainsi  que  le  dépôt  de  ses  actes  et  papiers  au 
Comité  de  salut  public. 

Dans  les  derniers  jours  de  mai,  les  événements  se  précipitaient  et 
prenaient  une  tournure  de  plus  en  plus  menaçante;  lorsque  fut  rapporté 
le  décret  qui  supprima  une  première  fois  la  Commission  des  Douze,  Ton 
entendit  tenir  publiquement  des  propos  qui  dénotaient  une  profonde  irri- 
tation :  Les  demi-mesures,  disait-on  dans  les  groupes,  ont  toujours  perdu 
le  peuple,  on  n'a  que  trop  épargné  le  sang;  la  journée  du  10  août  reste 
encore  à  faire  ;  il  faut  une  bonne  fois  que  tout  cela  finisse  et  que  les 
nouveaux  tyrans  et  leurs  satellites  tombent  une  seconde  fois  sous  le  fer 
du  peuple,  la  moitié  de  Paris  périra,  s'il  le  faut,  pour  sauver  l'autre  et  le 
reste  de  la  République.  L'un  des  observateurs  de  Garât  (Latour-Lamon- 
tagne)  proclamait  que  «  tout  ce  qu'il  voyait,  tout  ce  qu'il  entendait, 
semblait  présager  un  mouvement  très  prochain,  dont  les  suites  seraient 
incalculables;  il  régnait,  ajoutait-il,  un  mécontentement  général  qui 
annonçait  une  explosion  terrible...;  il  n'est  pas  douteux  que  les  partis 
sont  sur  le  point  d'en  venir  aux  mains  et  d'ensanglanter  le  sol  de 
la  liberté  ».  Pour  parer  le  coup,  le  Conseil  général  du  Département 
prit,  le  29  mai,  dans  la  salle  des  Jacobins,  l'initiative  de  convoquer 
pour  le  vendredi  31  mai,  à  9  heures  du  matin,  toutes  les  autorités 
constituées   du   Déparlement   et   les    sections   de   Paris,   pour   délibérer 


Iviij 


INTRODUCTION 


sur  les  mesures  de  salut  public  qu'il  convenait  tic  prendre  à  rofl'el  de 
défendre  la  liberté  et  l'égalité  fortement  menacées  et  sur  les  moyens  à 
employer  afin  de  repousser  les  calomnies  répandues  contre  les  citoyens  de 
Paris  et  détruire  le  complot  évidemment  formé  de  perdre  la  ville  de  Paris 
en  lui  aliénant  tous  les  départements,  et  il  invita  en  conséquence  les  sections 
do  Paris  à  nommer  chacune  deux  commissaires.  La  Commune  de  Paris, 
dans  sa  séance  du  30  mai,  s'associa  à  celle  démonstration  en  adressant 
de  son  côté  la  même  invitation  aux  sections;  néanmoins,  par  ignorance 
feinte  ou  réelle  de  ce  qui  se  passait,  le  procureur  de  la  Commune  ayant 
annoncé  qu'il  y  avait  une  assemblée  qui  se  tenait  à  l'Evéché  et  qui 
paraissait  donner  lieu  à  des  bruits  inquiétants,  le  Conseil  nomma  quatre 
commissaires  pour  s'y  transporter  et  s'informer  des  opérations  de  cette 
assemblée.  Le  Maire,  qui  s'était  rendu  en  personne  h  l'Évêché  pour  se 
rendre  compte  de  la  situation,  ne  larda  pas  à  élre  édifié  :  il  revint  en  disant 
qu'il  s'était  fait  représenter  les  arrêtés  de  celte  assemblée,  desquels  il 
résultait  que  les  citoyens  réunis,  malgré  toutes  ses  observations,  s'étaient 
mis  en  insurrection.  KITectivement  l'Assemblée  générale  révolutionnaire, 
après  avoir  procédé  à  la  vérification  des  pouvoirs  illimités  donnés  par 
33  sections  à  leurs  commissaires  pour  sauver  la  chose  publique,  avait 
arrêté  tout  d'abord  que  la  ville  de  Paris  se  déclarait  en  état  d'insurrection 
contre  la  faction  aristocratique  et  oppressive  de  la  liberté,  et  décidé,  comme 
première  mesure  révolutionnaire  et  de  sûreté  publique,  que  les  barrières 
de  Paris  seraient  fermées  à  l'instant,  et  qu'à  cet  effet  les  hommes  du 
14  juillet  et  du  10  août  se  mettraient  eux-mêmes  en  état  de  réquisition; 
de  plus,  que  l'Assemblée  générale  révolutionnaire  pour  les  mesures  do 
saint  public  siégerait  en  permanence  dans  une  salle  de  l'Evêché,  enfin 
que  les  commissaires  s'étaient  juré  aide  et  assistance  mutuelle  contre  les 
actes  arbitraires,  tyranniques  et  attenlaloires  à  la  liberté  individuelle.  Cet 
arrêté  fut  notifié  séance  tenante  par  une  députation  au  Conseil  général 
de  la  Commune,  qui  fit  une  dernière  tentative  d'apaisement  et  ordonna 
d'afficher  dans  toutes  les  sections  une  pz'oclamation  où  il  rappelait  la  con- 
vocation des  autorités  constituée*  aux  Jacobins  et  déclarait  que  toute 
mesure  qui  devancerait  celles  qui  devaient  êlre  prises  dans  celte  assem- 
blée pourrait  devenir  funeste.  C'était  peine  perdue,  le  groupement  révo- 
lutionnaire était  définitivement  formé  et  devait  bientôt  affirmer  son  activité. 
Il  nous  semble  intéressant  de  montrer  d'après  un  document  d'une 
authenticité  incontestable,  resté  dans  les  papiers  de  l'un  de  ceux  qui 
jouèrent  un  rôle  décisif  dans  les  journées  des  31  mai,  1  et  2  juin,  comment 
procéda  l'Assemblée  de  l'Évêché  pour  constituer  le  Comité  central  révolu- 
tionnaire qui  allait  diriger  les  événements,  et  de  quels  éléments  se  trouva 


INTRODUCTION  Hx 

composé  ce  Comilé(l).  Ce  fut  dans  la  nuit  du30  au31  mai  que  prit  naissance 
un  premier  Comité,  dit  le  Comité  des  neuf,  composé  de  Varlel  (section 
des  Droits-de-l'IIomme),  de  Gusman  (section  des  Piques),  de  Bonhommet 
(section  de  Bou-Conseil),  de  Simon  et  de  Wendling  (que  l'on  appelle  Van- 
glain)  (section  de  la  Halle-au-Blé),  de  Mithois  (section  de  l'Unilé),  de 
Laurent  (section  de  Marseille),  de  Dobsen  (section  de  la  Cité),  de  Four- 
nerot  (section  des  Quinze- Vingl s),  auxquels  furent  adjoints  Clémence 
(section  de  Bon-Conseil)  et  Leboursiur  (section  de  la  Réunion)  (celui-ci 
ne  figure  plus  sur  la  liste  définitive).  A  ce  Comité  de  la  première  heure  fut 
adjoint  un  second  Comité  dont  les  membres  reçurent  leur  mandat,  le 
31  mai,  à  4  heures  aux  Jacobins,  des  autorités  constituées  du  Départe- 
ment, ainsi  que  dos  commissaires  des  i8  sections  et  des  communes  de 
tout  le  Département,  investis  de  pouvoirs  illimités.  Ce  furent  Clémence 
(section  de  Bon-Conseil),  Loys  et  Soguy  (section  de  la  Butte-des-Moulins), 
Dunouy  (section  des  Sans-Culottes),  Bouin  (section  des  Marchés),  Laugier 
(section  de  la  Fonlaine-de-GrenelIe),  Marchand  (section  du  Mont-Blanc), 
Bezol  (canton  d'Issy),  Rousselin  (section  de  l'Unité),  Crespin  (section  des 
Gravilliors),  Auvray,  commandant  du  bataillon  de  la  section  du  Mont- 
Blanc,  Moessard  (section  du  Mail).  Ces  indications  sont  absolument  con- 
formes à  celles  que  donne  l'arrêté  pris  par  l'assemblée  des  autorités 
constituées  du  Département  et  des  commissaires  dos  48  sections,  sauf  que 
cet  arrêté  omet  le  nom  de  Loys.  A  ces  noms  le  Conseil  général  de  la 
Commune  crut  devoir  ajouter  ceux  de  Hassenfratz,  de  la  section  du  Fau- 
bourg-Montmartre, de  Damour,  Caillieux,  Marino  et  Perdry,  adjonction, 
qui,  comme  le  fait  observer  Clémence  à  la  fin  de  son  tableau,  n'avait  pas 
le  sens  commun  par  rapport  aux  circonstances. 

Suivant  un  témoignage  rapporté  par  Taino,  mais  qui  ne  mérite  pas 
d'être  pris  au  sérieux,  sept  étrangers,  sept  agents  du  dehors,  Desfieux, 
Proly,  Pereyra,  Dubuisson,  Gusman,  les  deux  frères  Frey  furent  par  la 
Commune  érigés  en  Comité  d'insurrection.  Aucim  de  ces  noms,  à  part 
celui  de  l'espagnol  Gusman,  ne  figure  parmi  ceux  des  membx-es  du  Comité 
central  révolutionnaire. 

On  possède  dans  les  papiers  du  Comité  central  révolutionnaire  une 
liste  oflicielle  des  membres  de  ce  Comité  au  nombre  de  2."),  signée  de 
Marquel,  président,  et  de  Tombe,  fils  aîné,  secrétaire-greffier,  et  accompa- 
gnée de  cette  mention  en  marge:  «  Bon  pour  uOO  affiches,  dont  100  pour  le 


(1)  Noie  conservée  dans  le  dossier  de  Clémence  (F''  4649)  sous  l'intitulé  ;  Comité  central 
révolutionnaire  du  département  do  Paris,  composé  du  Comité  des  Neuf,  assemblé  à  l'Evéclié  dans 
la  nuit  du  30  au  31,  et  des  membres  ensuite  nommés  le  lendemain  aux  Jacobins  par  les  autorité» 
constituées  du  Département  en  entier. 


Ix  INTRODUCTION 

Comité  »  ;  cette  liste  donne,  en  regard  des  noms  des  commissaires,  ceux 
des  sections  qui  les  avaient  envoyés. 

A  part  les  noms  de  Varlet,  Dobsen  et  Rousselin  que  nous  avons  déjà 
rencontrés  dans  des  manifestations  révolutionnaires,  on  n'y  trouve  aucun 
nom  connu  :  on  ne  peut  guère  signaler  que  ceux  de  Baudrais,  Caillieux, 
Dunouy,  Duroure,  Seguy  et  Simon,  membres  du  Conseil  général  de  la 
Commune,  et  celui  de  Hassenfratz  ;  par  contre  on  n'y  voit  point  les  noms 
des  agitateurs  qui  avaient  fait  parler  d'eux  lors  des  événements  de  février 
et  mars,  tels  que  Desfieux  et  Fournier. 

Voici  le  tableau  complet  des  membres  du  Comité  central  révolution- 
naire, avec  l'indication  des  sections  auxquelles  ils  appartenaient,  qui  fut 
probablement  imprimé  et  placardé  lors  du  31  mai.  Nous  avons  joint  à 
chaque  nom  une  notice  biographique  qui  a  été  établie  à  l'aide  des  dos- 
siers existant  aux  Archives  nationales. 

LISTE  DES  MEMBRES 

composant  le  Comité  central  révolutionnaire   du  Département   de  Paris. 

1°  Marquet Bonne-Nouvelle. 

Marquet  (Jacques)  aliàs  Charles,  âgé  de  30  ans,  fils  d'un  entrepreneur  de  bâtiments 
de  Monlfort-Ie-Brutus,  imprimeur  de  son  métier,  était  l'associé  d"Hébert,  qui  faisait 
partie  comme  lui  des  électeurs  de  la  section  Bonne-Nouvelle;  il  fut  dénoncé  au  mois  de 
venlose  an  II  par  le  Comité  révolutionnaire  de  sa  section,  comme  collaborateur  d'Hé- 
bert, et,  à  la  date  du  27  ventôse  le  Comité  de  sûreté  générale  ordonna  son  arrestation 
et  son  envoi  à  la  Force;  mais  il  fut  établi  que  Marquet  n'avait  pris  aucune  part  à  la 
rédaction,  mais  participé  seulement  à  l'impression  du  Père  Buchesnc  ;  et,  le  22  thermidor, 
le  Comité  de  sûreté  générale  rapporta  son  arrêté,  qui  d'ailleurs  ne  fut  jamais  mis  à 
exécution,  Marquet  ayant  quitté  le  {"'juillet  17931a  section  Bonne-Nouvelle  pour  habiter 
celle  du  Luxembourg.  Le  21  fructidor  an  III,  Marquet  demanda  au  Comité  de  sûreté 
générale  l'annulation  de  l'arrêté  pris  contre  lui  par  le  Comité  révolutionnaire  de  son 
ancienne  section,  ce  qui  lui  fut  accordé  le  2o.  (Dossier  Marquet,  F'  4774".) 

2°  Wendllng Ilalle-au-Blé. 

Wendling  n'est  connu  que  comme  membre  du  Comité  révolutionnaire  de  sa  section. 

3°  Varlet ; Droits-de-lIIomme. 

■Varlet  (Jean),  employé  aux  Postes,  devint  très  rapidement  suspect.  Dès  le  mois  de 
septembre  1793,  le  Comité  de  sûreté  générale  ordonna  son  arrestation  et  la  mise  sous 
scellés  de  ses  papiers,  opération  qui  fut  faite  le  19  septembre  ;  on  y  trouva  des  écrits 
émanant  de  lui  respirant  le  patriotisme  le  plus  pur,  entr' autres  :  1'  Un  Uecueil  de 
réflexions  patriotiques  ;  2°  des  Mesures  suprêmes  de  salut  public  proposées  aux  citoyens  du 
DéiMrtement  de  Paris  le  31  mai,  contenant  un  supplément  au  10  août  et  parmi  les- 
quelles figure  V établissement  d'un  Comité  d'insurrection  ;  3°  extrait  d'un  arrêté  du  Club 


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LISTE  DES  MEMBRES  DU  COMITÉ  CENTRAL  RÉVOLUTIONNAIRE 

(3i   mai  lyg^) 


INTRODUCTION 


1^ 


des  Cordeliers,  du  25  mai,  relativement  à  l'arrestation  faite  dans  la  nuit  du  24  des 
citoyens  Hébert  et  Varlel,  apôtres  de  la  Liberté,pour  avoir  émis  librement  leurs  opinions 
dans  leurs  discours  et  dans  leurs  écrits;  quatre  extraits  des  registres  de  l'Assemblée  élec- 
torale, en  date  du  13  mai,  contenant  mention  de  la  satisl'action  avec  laquelle  elle  a  entendu 
la  lecture  d'un  projet  de  Déclaration  des  Droils-de-l'Homme,  de  la  composition  de 
Varlet  ;  b°  discours  prononcé  à  la  tribune  du  Jardin  National,  lors  duquel  il  s'est  déclaré 
accusateur  d'une  faction  dans  la  Convention  nationale,  dont  Brissot  et  Roland  étaient 
les  chefs.  Le  22  brumaire,  le  Conseil  général  de  la  Commune,  informé  que  le  patriote 
Varlet  était  toujours  prisonnier,  délégua  Hébert  et  Bernard  pour  solliciter  sa  mise  en 
liberté.  Le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  des  Droits-de-l'Homme,  après  enquête, 
déclara  qu'il  reconnaissait  Varlet  pour  un  vrai  républicain,  qui  d'ailleurs  jouissait 
d'une  certaine  aisance,  puisqu'il  possédait  un  revenu  de  5,800  livres,  tant  de  son 
bien  que  de  son  emploi  aux  Postes,  et  insista  pour  sa  mise  en  liberté,  que  le  Comité  de 
sûreté  générale  accordale  24  brumaire.  Le  13  fructidor  an  II,  Varlet  fut  dénoncé  pour 
avoir  manifesté  des  sentiments  hostiles  au  gouvernement  révolutionnaire,  notam- 
ment pour  avoir  dit  au  sujet  des  conventionnels  dénoncés  par  Lecointre,  qu'ils  étaient 
tous  coupables,  «  ayant  bu  à  la  même  coupe  que  Robespierre»;  par  arrêté  du  Comité 
de  sûreté  générale  du  19  fructidor,  il  fut  incarcéré  au  Plessis.  Le  20  ventôse  an  III, 
Varlet,  toujours  au  Plessis,  dans  une  pétition  aux  mandataires  du  peuple,  invoqua 
comme  titre  d'avoir  été  appelé  par  les  pouvoirs  illimités  du  peuple  souverain  au  Comité 
d'insurrection  du  31  mai,  demanda  à  être  jugé  et  à  être  conduit  à  la  mort,  déclarant 
«  qu'il  ne  la  bravait  pas,  ne  l'affrontait  pas,  mais  ne  la  craignait  pas  ».  Le  4  Uoréal, 
Varlet,  pour  réponse  à  sa  requête,  fut  transféré  à  la  Force,  d'où  il  adressa  à  la  Con- 
vention nationale  un  mémoire  justificatif,  puis  envoyé  à  la  Conciergerie;  le  23  prairial, le 
Comité  de  sûreté  générale  décida  son  envoi  avec  d'autres  agitateurs  aux  cabanons  de 
Bicêtre,  jusqu'à  ce  que  la  police  eût  trouvé  des  maisons  d'arrêt  où  ils  pussent  être 
conduits  et  gardés  en  sûreté.  Il  dut  être  relâché  en  brumaire  an  IV,  car  par  arrêté  du 
13,  le  Comité  de  sûreté  générale  ordonna  la  restitution  de  ses  papiers.  (Dossier 
Varlet,  F'  4775*».) 

4°  BoNHOMMET Bon  Conseil. 

Bonhoinmet  (Louis-François),  âgé  de  37  ans,  né  à  Etarapes,  marchand  de  jouets 
d'enfants,  rue  Saint-Denis,  l'un  des  électeurs  de  la  section  de  Bon-Conseil,  fut  membre 
de  la  Commune  du  10  août,  démissionna  à  la  fin  d'octobre,  fut  envoyé  en  mission  à 
l'armée  du  Nord  par  le  Comité  de  salut  public,  et  resta  25  jours  à  Péronne;  il  passait  pour 
être  «  l'un  des  fameux  agitateurs  de  la  section  Bon-Conseil  »,  sujet  d'épouvante  pour  les 
honnêtes  gens,  et  pour  l'auteur  de  beaucoup  de  coquineries.  Mis  en  état  d'arrestation  le 
8  frimaire  an  II,  il  fut  interrogé  par  les  administrateurs  de  Police  au  sujet  de  ses 
relations  avec  Destieux,  Proly  et  Pereyra,  et  des  complots  liberticides  que  ceux-ci 
auraient  tramés,  mais  fut  relâché,  la  perquisition  dans  ses  papiers  n'ayant  rien  fait 
trouver  de  suspect.  II  subit  un  nouvel  interrogatoire  au  Comité  de  sûrelé  générale  au 
sujet  de  Loys,  de  la  section  de  la  Butte-des-Moulins,  son  collègue  au  Comité  central 
révolutionnaire.  (Dossier  Bonhomraet,  F'  4607.) 


i)'  Génois Amis  de  la  Patrie. 

Génois,  après  avoir  fait  partie  du  Comité  central  révolutionnaire,  devint  l'un  des 
membres  du  Comité  de  salut  public  du  Département.  A  la  suite  des  événements  de 
prairial,  il  fut  chassé  de  sa  section  et  incarcéré  en  vertu  d'un  mandat  d'arrêt  du 
l"'  prairial  ;  il  sollicita  sa  mise  en  liberté  au  Comité  de  sûreté  générale,  qui  fit  droit  à 
sa  requête  le  23  fructidor  an  III.  (Dossier  Génois,  F'  4721.) 


Ixij  INTRODUCTION 

6'  LoYs Biillo-des-MouIiiis. 

Loys  (Jeni)-Baplisle),  àtfé  de  36  ans,  né  à  Arles,  demeurant  rue  Française,  section 
de  Bon-Conseil,  était  l'ami  intime  de  Clémence  el  de  Marchand,  comme  le  montre  une 
lettre  qu'ils  lui  écrivirent  le  22  thermidor,  de  Salnlc-l'élugio,  où  ils  étaient  détenus.  Il 
s'était  mià  dans  le  commerce,  peu  après  son  mariage,  et  devait  s'installer  à  Fontai- 
nebleau. Le  3  vendémiaire  an  III,  les  représentants  Rovère,  Le  Blanc  (de  Serval)  et 
Fréron  le  dénoncèrent  au  Comité  de  sûreté  générale  pour  avoir  proposé  à  Fréron, 
lorsque  celui-ci  se  trouvait  à  .Marseille,  le  massacre  des  détenus  dans  les  prisons,  sous 
prétexte  de  remédier  aux  lenteurs  de  la  justice,  pour  avoir  organisé  l'insurrection 
projetée  à  Marseille  et  dénoncée  à  la  Convention  par  Jeanbon  Saint-André,  Auguis  et 
Serre,  pour  n'être  qu'un  intrigant  couvert  du  masque  du  patriotisme,  pour  avoir  dénoncé 
son  frère,  maire  d'Arles,  aux  Jacobins,  comme  aristocrate  et  avoir  protégé  sa  fuite  et  son 
émigration  par  une  escorte  de  dragons  de  Lorraine,  pour  avoir  également  favorisé  l'émi- 
gration d'un  autre  de  ses  frères,  qui  fut  pris,  lors  de  la  rébellion  de  Lyon,  les  armes  à  la 
main  en  combattant  sous  les  ordres  de  Précy  el  exécuté;  les  représentants  demandèrent 
son  arrestation  immédiate  :  le  3  vendémiaire,  Loys  fut  amené  au  Comité  de  sûreté 
générale,  où  il  subit  un  interrogatoire  au  sujet  des  faits  qui  lui  étaient  imputés  et  de 
son  rôle  dans  la  nuit  du  9  au  10  thermidor.  Le  1"'  brumaire,  de  sa  prison,  Loys 
adressa  sa  justification  au  Comité  do  sûreté  générale  ;  il  nia  toute  participation  aux 
troubles  de  Marseille  et  déclara  que  depuis  plus  de  0  mois  il  s'était  montré  l'ennemi 
de  l'infftme  Robespierre,  que,  le  8  thermidor,  il  se  cramponna  ù  la  tribune  des  Jacobins 
où,  pendant  deux  heures,  alin  de  démasquer  le  tyran,  il  cria  :  «  A  bas  les  esclaves  de 
llobespierrc  !  A  bus  k  tyran  Robespierre  !  »,  le  dénonçantcomme  le  plus  vil  des  scélérats, 
et  que,  le  soir  du  V)  thermidor,  il  se  rendit  à  la  Convention  où,  au  nom  de  la  section  de  Bon- 
Conseil,  il  protesta  d'un  dévouement  absolu  à  ses  ordres.  La  section  de  Bon-Conseil  attesta 
le  G  vendémiaire  que  Loys  était  un  bon  républicain  et  un  bon  patriote  el  demanda  sa 
mise  en  liberté  (l'un  des  signataires  de  celte  attestation  est  son  ancien  coUèguo 
Bonhommet).  La  veille,  la  Société  des  Jacobins,  dont  Loys  était  le  secrétaire,  désigna 
3  commissaires  chargés  de  réclamer  l'élargissement  du  républicain  Loys,  que  la 
Société  comptait  au  nombre  des  vrais  défenseurs  de  la  Liberté  et  de  l'Egalité  et  qui, 
le  premier,  s'était  élevé  contre  la  tyrannie  de  Robespierre.  A  ce  moment,  Loys 
était  gravement  malade,  depuis  \X>  mois,  d'un  flux  de  sang  qui  avait  déterminé  une 
(lèvre  lente  et  un  amaigrissement  extrême,  comme  le  constatèrent  les  officiers  de 
santé  des  prisons  Hufin  et  Markowski,  par  leur  certificat  du  16  vendémiaire  ;  le  18,  le 
Comité  de  sûreté  générale  ordonna  de  le  transférer  dans  un  hospice.  Le  2  brumaire,  le 
même  Comité  ordonna  sa  mise  en  liberté  immédiate  (Dossier  Loys,  F''  47742**). 

7°  Simon '.    .    .    .   Ilallo-au-Blé. 

Simon,  peintre  et  doreur,  rue  du  Bouloi,  n°  54,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  le 
cordonnier  Simon,  membre  du  Comité  révolutionnaire  de  la  section  de  la  Halle  au  Blé, 
du  30  avril  au  2o  juillet  1793,  fut  deux  fois  mis  en  état  d'arrestation;  la  première  fois, 
il  fut  incarcéré  à  la  Force  et  relâché  le  14  lloréal,  arrêté  de  nouveau  le  5  prairial,  sur 
dénonciation  de  sa  section;  on  le  qualifie  d'  «  agent  de  Robespierre,  de  membre  du 
Comité  central  de  l'Evêché,  qui  a  organisé  la  cruelle  journée  du  3t  mai,  de  provocateur 
de  la  pétition  pour  demander  la  tête  de  22  députés,  de  commissaire  aux  accaparements, 
en  un  mot  d'être  dangereux  dans  la  société  par  la  mauvaise  organisation  de  son 
cerveau  et  de  son  caractère.  »  Simon,  de  la  prison  de  la  Bourbe  où  il  était  détenu, 
répondit  aux  inculpations  dont  il  était  l'objet,  protesta  de  son  innocence  et  déclara 
que,  six  mois  avant  la  mort  de  Robespierre,  il  avait  montré  son  horreur  pour  le  sys- 
tème de  la  Terreur  el  Robespierre.  Il  réussit  à  intéresser  à  jîon  sort  Bnissy  d'Anglns, 


INTRODUCTION  Ixiij 

qui  attesta  sa  bonne  conduite  et  la  sûreté  de  ses  principes  »,  tandis  qu'au  conlniire 
le  Comité  de  surveillance  de  sa  section  al'lirraait,  le  23  prairial,  qu'il  avait  tenu  forte- 
ment au  régime  de  la  Terreur  et,  estimait  que  si  on  lui  rendait  la  liberté,  il  devait 
rester  désarmé.  I,e  9  messidor,  le  Comité  de  sûreté  générale,  ayant  égard  à  la  recom- 
mandation de  Boissy  d'Anglas,  ordonna  sa  mise  en  liberté  provisoire.  (Dossier  Simon, 
F'  4775".) 

8°  MiTois Uuilé. 

Mithois  doit  être  le  réd.irleiir  du  Tclétjmphc  polUiqw:  oa  Journal  dca  fondateurs  de  la 
République,  qui  parut  du  14  vendémiaire  au  18  brumaire  an  III;  lors  des  événements 
de  prairial,  il  habitait  le  faubourg  Saint-Antoine  et  il  fut  recherché  par  la  Commission 
milllaire  établie  en  vertu  de  la  loi  du  4  prairial.  (Dossier  Mithois,  F''  4774".) 

9°  Hassknfbatz  .    , Fauboiirg-Monlmurtre. 

Jean-Henri  Hassenfrat/.,  ingénieur  des  mines,  chef  de  bureau  à  la  Guerre,  s'était  déjà 
signalé  par  la  part  qu'il  prit  à  la  journée  du  10  août;  membre  du  Conseil  général  de  la 
Commune,  il  ne  semble  pas  avoir  joué  au  Comité  central  révolutionnaire  le  rôle 
])répondéranl qu'on  lui  prête  dans  certains  articles  biographiques  et  en  tout  cas  n'occupa 
nullement  le  poste  de  président  le  31  mai.  Après  le  9  thermidor,  llassenfratz  fut  dénoncé 
dès  le  10  thermidor  par  les  représentants  Cussetet  Honin,  pour  avoir  abandonné  son  poste, 
lors  de  celle  journée,  avoir  proposé  de  rester  en  communication  avec  la  Commune,  et  fait 
incarcérer  des  citoyens  de  la  section  du  Faubourg-Monlrnarlre  sous  la  Terreur;  mandé 
le  17  thermidor  au  Comité  de  sôreté  générale,  il  protesta  énergiquement  dans  une 
lettre  du  23  thermidor,  adressée  au  Comité  de  salut  public,  oi'i  il  déclara  que  lorsque 
des  individus  lui  avaient  paru  suspects  de  complots  contre  la  liberté,  de  friponnerie  ou 
d'intrigues,  il  les  avait  attaqués  publiquement,  soit  à  la  tribune  de  sa  section,  soil  à. 
celles  des  sociétés  populaires;  il  adressa  également  un  mémoire  justificatif  au  Comité 
de  sûreté  générale,  où  il  répondit  aux  quatre  chefs  d'accusation  produits  contre  lui. 
Comme  l'on  sait,Hassenfratz  pritpartaux  mouvemenls  insurrectionnelsdu  12  germinal 
et  du  1"  prairial,  et  fut  renvoyé  le  5  prairial  par  devant  le  tribunal  criminel  d'iiure- 
el-Loir;  décrété  d'accusation,  il  fut  obligé  de  se  réfugier  à  Sedan.  (Dossier  Hassen- 
fratz,  FT  4739.) 

10°  DoBSENT ,    .    * Cité. 

Dobsen  (Claude-Enimunuelj,  âgé  du  'M  ans,  né  à  Noyon  le  23  décembre  1743, 
domicilié  Parvis  Notre-Dame,  était  on  1789  avocat  au  Parlement;  il  fut  nommé  suppléant 
du  tiers-Etat  du  bailliage  de  Sézanne,  mais  ne  siégea  point,  devint  directeur  du  jury 
d'accusation  du  Tribunal  du  17  août,  fut  nommé  commissaire  national  près  le  Tribunal 
du  VI"  arrondissement  le  13  mai  1793,  ensuite  jjige  au  Tribunal  révolutionnaire  le 
20  septembre  suivant  et  resta  en  fonctions  jusqu'au  22  prairial,  puis  fut  nommé  président 
du  même  Tribunal  à  la  date  du  23  thermidor.  Il  fut  incarcéré  à  la  Force,  le  Comité 
de  sûreté  générale  ordonna,  le  26  fructidor,  de  le  mettre  en  liberté.  (Dossier  Dobsen, 
FT  4678.) 

11°  Telle-Clémen'ck Bon-Conseil. 

Tell-Clémence  (Jean-Baptiste-Henri),  connu  surtout  sous  le  nom  de  Clémence,  devint 
en  juin  1793  membre  du  Comité  de  salut  public  du  Département  de  Paris  et  fut  envoyé 
par  le  Comité  de  salut  public  le  21  septembre  suivant  avec  son  collègue  Marchand  dans 
la  commune  de  Jagny,  près  de  Luzarchee,  pour  dissiper  les  rassemblements  contre-ré- 


Ixiv  INTRODUCTION 

volulionnaires;  il  remplit  également  des  missions  à  Luzarches  elàMarly;  le  6  brumaire 
an  II,  Destournelles,  ministre  des  Contributions  publiques,  lié  d'amitié  avec  Clémence 
«  son  camarade,  comme  soldat  du  14  juillet,  acteur  du  10  août  et  du  31  mai,  comme 
Jacobin  constant  dès  l'origine  de  la  Société,  en  un  mot  à  toutes  les  belles  époques  de 
la  Révolution  »,  lui  offrit  la  place  de  commissaire  de  la  Comptabililé,  et  le  14  brumaire, 
lui  annonça  sa  nomination  par  le  Conseil  exécutif:  sa  lettre  est  adressée  à  Tell-Clé- 
mence, adjudant-major  de  l'armée  révolutionnaire.  Un  décret  de  la  Convention,  du 
15  thermidor  an  II,  ordonna  l'arrestation  de  Clémence  et  Marchand,  ci- devant  agents 
du  Comité  de  salut  public  dans  les  districts  de  Gonesse,  de  Senlis  et  centres  voisins, 
qui  avaient  été  dénoncés  par  les  représentants  Delacroix  et  Musset  ;  ils  furent  tous 
deux  incarcérés  à  Sainte- Pélagie  ;  de  nombreux  certificats  déclarèrent  que  Clémence 
s'était  comporté  en  bon  républicain,  en  vrai  Jacobin,  en  intrépide  sans-culolte.  Comme 
leur  patriotisme  fut  également  attesté  à  la  Convention,  celle-ci  rapporta  son  décret  du 
15  thermidor  et  ordonna  la  mise  en  liberté  de  Clémence  et  Marchand;  mais  le  citoyen 
Goureau,  défenseur  officieux,  ayant  protesté  contre  cette  mesure  et  énuméré  les  chefs 
d'accusation  produits  contre  eux,  notamment  d'avoir  jeté  le  trouble  dans  le  district  de 
Gonesse,  d'avoir  commis  des  dilapidations,  pris  l'argeaterie  des  églises,  d'avoir  été  les 
complices  avérés  des  Ronsin  et  des  Vincent  à  la  tète  de  l'armée  révolutionnaire,  la  Conven- 
tion revint  le  12  vendémiaire  an  III  sur  sa  décision  et  ordonna  de  nouveau  leur  mise 
en  état  d'arrestation  ;  le  24  nivôse,  Clémence  fut  transféré  au  château  de  Ham.  Un 
décret  du  5  prairial  ordonna  de  traduire  Clémence  et  Marchand  avec  Pache,  Audouin  et 
Bouchotte,  devant  le  tribunal  criminel  d'Eure-et-Loir,  pour  y  être  jugés  ;  par  une  lettre 
du  3  vendémiaire  an  IV,  lue  ù  la  Convention  le  7,  l'accusateur  public  de  ce  tribunal 
rendit  compte  du  procès  en  question.  (Dossier  Clémence,  F"  4649.) 

12°  DuNOUY Sans-Culottes. 

Dunouy  aîné  (Jean-Honoré),  ingénieur,  quai  Saint-Bernard,  n°  174,  officier 
municipal,  qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  André-Henri  Dunouy,  jeune,  quincailler, 
membre  du  Conseil  général  de  la  Commune. 

13°  AuvRAY Mont-Blanc. 

Auvray  (Jean-Baptiste-Benoil),  âgé  de  46  ans  (en  l'an  III),  demeurant  rue  de 
Provence  depuis  9  ans  ;  avant  la  Révolution,  huissier  audiencier  du  bailliage  de 
Montmartre,  puis  de  la  commune  du  même  nom,  devint  huissier  du  Tribunal  révolu- 
tionnaire, membre  de  la  Commune  du  10  août  et  du  Comité  révolutionnaire  de  la 
section  du  Mont-Blanc  jusqu'au  G  octobre  1793,  commandant  en  chef  de  la  section 
armée  du  Mont-Blanc,  poste  qu'il  conserva  pendant  deux  ans  et  demi.  Dénoncé  par  sa 
section  comme  membre  du  Comité  d'insurrection  du  31  mai  et  comme  terroriste,  se 
faisant  honneur  de  conduire  à  l'échafaud  les  riches  et  les  modérés,  il  fut  arrêté  en  même 
temps  que  Marchand,  qui  était  signalé  comme  l'orateur  de  la  tyrannie,  la  tête  qui 
prenait  les  résolutions,  tandis  qu'Auvray  n'était  que  son  sbire,  le  bras  qui  les  exécutait. 
Les  renseignements  recueillis  sur  son  compte  le  représentent  comme  «  un  homme 
exaspéré,  chaud  à  l'excès  et  jacobin  outré  ».  Auvray  fut  incarcéré  au  Plessis,  le 
13germinal,et  subit  un  interrogatoire,  le  22,  par  devant  le  Comité  de  sûreté  générale  ;  il 
était  encore  détenu  le  21  vendémiaire  an  IV.  (Dossier  Auvray,  F^  4583.) 

14°  Seguy Bulle-des-Moulins. 

Seguy  (Jean-Michel),  médecin,  habitant  rue  Helvétius,  n°  577,  membre  du  Conseil 
général  de  la  Commune,  fut  chargé  par  l'Assemblée  électorale  de  rechercher  les  causes 
de  la  mort  de  Lazowski.    Sous  le  coup  d'un  mandat  d'arrêt,  le  5  prairial,  ayant  appris 


INTRODUCTION  Ixv 

qu'on  était  venu  le  chercher  pendant  qu'il  visitait  des  malades,  il  se  rendit  de  lui-même 
à  la  prison  de  la  Bourbe;  le  24  prairial,  il  protesta  contre  son  arrestation  confime 
lerrorisle,  comme  membre  de  la  Commune  rebelle  et  contre  son  affichage  par  sa  section 
à  titre  de  «  partisan  de  la  tyrannie  des  scélérats  »;  il  rappela  que  le  10  août  il  avait 
insisté  pour  que  deux  prisonniers  faits  aux  Tuileries  ne  fussent  pas  conduits  à  la  Ville, 
de  peur  qu'ils  ne  fussent  massacrés  en  chemin  ;  qu'il  donna  sa  démission  de  la  Com- 
mune le  28  août,  prévoyant  les  excès  auxquels  le  peuple  allait  se  livrej-;  qu'il  habitait 
Paris  depuis  2S  ans;  il  protesta  également  contre  les  infâmes  épithètes  qui  lui  avaient 
été  prodiguées  dans  une  afRclie  difl'amatoire.  Pendant  sa  détention,  nombre  de  per- 
sonnes attestèrent  son  humanité,  son  caractère  généreux  et  compatissant,  notamment 
M™«  Stanhope  (Louise  Grenville),  qui  dans  une  lettre  adressée  le  21  prairial  au  Comité 
de  sûreté  générale,  déclara  que  son  enfant  avait  été  à  deux  doigls  de  la  mort  et  avait 
été  sauvé  par  Seguy.  (Dossier  Seguy,  F'  4775*".) 

15°  Loyer  (Laugier) Fontuine-de-Grenelle. 

Laugier  (Balthazar-Marie),  juge  de  paix,  âgé  de  30  ans,  rue  de  Grenelle,  avait  été 
secrétaire  particulier  avant  la  Révolution,  puis  secrétaire-greffier  du  commissaire  de 
police  ;  ensuite  il  devint  employé  de  la  Commission  des  subsistances  et  agent  de  la 
Commission  d'agriculture  et  des  arts.  Le  20  pluviôse  an  lll,  la  section  de  la  t'ontaine  de 
Grenelle  décida  que  les  noms  des  16  membres  du  Comité  révolutionnaire,  qui  s'étaient 
signalés  par  leur  mépris  pour  les  droits  du  peuple  et  par  l'insolence  de  leur  domination, 
seraient  écrits  en  lettres  rouges  sur  un  tableau.  Laugier  était  du  nombre.  Le  o  prairial, 
un  mandat  d'arrêt  fut  décerné  contre  lui.  On  lui  reprocha  son  jacobinisme  au  9  thermi- 
dor; néanmoins  le  représentant  Monmayou  attesta, le  4  Iructidor  an  III,  qu'il  était  venu 
au  secours  de  la  Conven!ion  dans  la  nuit  du  9  thermidor,  et  que  lui  Monmayou  l'avait 
■  touj  )urs  connu  pour  un  patriote  pur,  instruit  et  désintéressé.  A  la  même  date  la 
Commission  d'agriculture  et  des  arts  certifia  que  les  principes  et  la  conduite  de  Laugier, 
son  agent,  avaient  toujours  été  en  opposition  avec  l'atïreux  système  de  terreur  qui 
avait  si  longtemps  pesé  sur  la  France.  (Dossier  Laugier,  F'' 4765.) 

16"  Bezot Canton  d'Ivry. 

Bezot  (Pierre-Joseph),  entrepreneur  à  Issy,  âgé  de  42  ans,  l'un  des  électeurs  du 
canton  d'Issy,  fut  élu  administrateur  du  Département  de  Paris,  le  8  janvier  1793. 

17°  Marchand .Mont-Blanc. 

Marchand  (Guillaume-Simon),  âgé  de  26  ans,  demeurant  rue  du  Faubourg  Mont- 
martre, n"  40,  prit  part  à  la  prise  de  la  Bastille  et  le  10  août,  appuyé  sur  des  béquilles, 
marcha  contre  le  tyran,  il  devint  juge  au  Tribunal  du  1"'' arrondissement.  .Ainsi  que 
Clémence,  l'un  des  agents  du  Comité  de  salut  public,  il  fut  chargé  de  diverses  missions, 
notamment  pour  l'approvisionnement  de  la  place  de  Maubeuge  et  de  la  ville  de  Paris 
où  il  fit  entrer  plus  de  iiO.OOO  sacs  de  farine.  Dénoncé  comme  conspirateur  en  vendé- 
miaire et  nivôse  an  II  par  le  district  de  Gonesse,  il  fut  décrété  d'arrestation  en  même 
temps  que  Clémence;  il  présenta  sa  justification  le  13  thermidor,  où  il  déclare  qu'au 
31  mai  il  était  à  la  tête  de  l'insurrection  du  peuple,  en  qualité  de  membre  du  Comité 
central  révolutionnaire,  que  dans  la  nuit  du  9  au  10  thermidor  il  fit  un  rempart  de  son 
corps  à  la  Convention  nationale.  Marchand  se  plaignit  d'être  en  butte  aux  vengeances 
d'un  ennemi,  le  sieur  Gourreau,  qui  avait  cherché  à  séduire  sa  femme  et  celle  de  son 
collègue  Clémence,  en  leur  offrant  à  chacune  6.000  livres.  Il  fut  de  même  que  Clémence 
déféré  au  Tribunal  criminel  d'Eure-et-Loir,  le  17  prairial  an  IV.  Son  dossier  renferme  la 
nomenclature  des  pièces  déposées  au  Comité  de  sûreté  générale  pour  être  envoyées  à 
T.  IX. 


Ixvj  INTRODUCTION 

ce  Tribunal,  en  vue  de  son  procès;  on  voit  y  figurer  une  lettre  de  Marchand  au  président 
de  la  Convention,  demandant  l'autorisation  d'assassiner  Dumouriez,  un  discours 
manuscrit  du  même  relatif  à  la  journée  du  31  mai,  en  quatre  feuilles.  (Dossier  Mar- 
chand, F'  4774".) 

i8"  Crkpin Gravilliers. 

Crespin  (Pierre-Joseph),  menuisier  ou  plutôt  entrepreneur  de  menuiserie,  âgé  de 
30  ans,  demeurant  depuis  10  ans  rue  des  Gravilliers,  n»  5H,  l'un  des  électeurs  de  la 
section  de  ce  nom,  fut  élu  le  1"  janvier  1793  membre  suppléant  du  Directoire  du  Dépar- 
tement de  Paris;  arrêté  le  8  germinal  an  III  par  ordre  du  Comité  de  sûrelé  générale 
comme  l'un  des  auteurs  du  rassemblement  illégal  du  7  germinal  dans  la  section  des 
Gravilliers,  il  fut  incarcéré  au  Plessis  et  transféré  à  la  Force  le  4  floréal;  cette  mesure  de 
rigueur  fut  prise  contre  lui,  à  raison  d'une  lettre  contenant  des  projets  de  sédition  et  de 
conspiration,  qui  lui  aurait  été  adressée  au  Plessis  dans  du  fromage  de  Gruyère  par  un 
sieur  Chevalier.  Il  adressa,  le  10  lloréal,  sa  justification  au  Comité  de  sûreté  générale, 
qu'il  renouvela  le  9  fructidor  par  lettre  au  représentant  Rovère,  où  il  se  plaignait  de 
sa  captivité  qui  durait  depuis  cinq  mois.  Crespin  devint  en  l'an  IV  administrateur  de  la 
municipalité  du  IV^  arrondissement.  (Dossier  Crespin,  F'  4637.) 

19°  RoussKLiN . Unité. 

Housselin  (Alexandre),  demeurant  rue  Guénégaud,  n°  15,  agent  de  Paré,  ministre 
de  l'intérieur,  commis  au  bureau  des  administrations  civiles,  police  et  tribunaux,  com- 
missaire national  près  la  commune  deTroyes,  chargé  de  missions  par  le  pouvoir  exécutif; 
était  en  outre  rédacteur  de  la  Feuille  du  Salut  public,  subventionnée  par  le  ministère  de 
l'intérieur;  il  fut  arrêté  aux  Jacobins  le  6  prairial  an  II,  sur  la  motion  de  Robespierre 
et  de  Couthon,  comme  exécuteur  testamentaire  de  Danton,  suivant  leurs  expressions; 
traîné  au  Comité  de  sûreté  générale  par  Lavalette  et  Boulanger,  écroué  à  la  Force  par 
ordre  du  Comité  de  sûreté  générale  et  traduit  au  Tribunal  révolutionnaire,  qui  l'ac- 
quitta le  2  thermidor  ;  fut  l'objet,  le  21  frimaire  an  III,  d'un  nouveau  mandat  d'arrêt 
par  le  même  Comité,  puis  dénoncé  à  la  Convention,  les  16  pluviôse  et  12  lloréal,  par  la 
Société  populaire  et  les  habitants  deTroyes  pour  sa  férocité  et  les  crimes  qu'il  avait  commis 
dans  l'exercice  de  ses  fonctions  de  commissaire  du  pouvoir  exécutif,  il  fut  incarcéré 
à  Port-Libre  et  transféré,  le  27  prairial,  dans  la  maison  d'arrêt  des  Quatre-Nations, 
relâché  le  25  messidor  en  vertu  d'arrêté  du  Comité,  attendu,  que  vu  son  absence,  il  ne 
pouvait  être  compris  sur  la  liste  du  Comité  révolutionnaire  de  sa  section  ;  un  autre 
arrêté  du  29  messidor  ordonna  que,  nonobstant  tout  autre  arrêté  de  mise  en  liberté,  il 
serait  appréhendé  de  nouveau  et  conduit  à  la  maison  du  Plessis.  (Dossier  Rousselin, 
FT  4775",  Tribunal  révolutionnaire,  W  426,  n°  960.) 

20°  DuRouRE Marseille. 

Duroure  (Louis-Henri-Scipion  Grimoard-Beauvoir,  connu  sous  le  nom  de  Scipion), 
âgé  de  32  ans,  domicilié  rue  Buffault,  avait  un  enfant  naturel  de  4  ans,  né,  selon 
toute  apparence  de  ses  relations  avec  une  tille  anglaise  à  son  service,  il  vivait  de  son 
bien  et  on  lui  prêtait,  d'après  la  dépense  qu'il  faisait,  de  25  à  30,000  livres  de  revenus;  il 
fréquentait  les  jeux  et  tripots  du  Palais-Kgalité,  Duroure  fut  nommé  membre  de  la  Com- 
mune le  27  octobre  1792  et  officier  municipal  par  la  section  du  Faubourg-Montmartre 
(c'est  à  tort  qu'on  l'inscrit  comme  appartenant  à  la  section  de  Marseille),  puis  asses- 
seur du  juge  de  paix.  Pour  faire  oublier  qu'il  appartenait  à  la  easte  nobiliaire,  il  se  mit 
en  évidence  après  le  10  août  et  pour  se  faire  bien  voir,  fit  des  dons  patriotiques 
considérables;   il  était  le   trésorier  de    la  Société  des  Hommes   révolutionnaires  du 


INTRODUCTION  Ixvi.j 

10  août.  Duroure  était  intimement  lié  avec  Héiiert,  ce  qui  à  un  moment  donné  le 
rendit  si\spect;  aussi  lorsque  Hébert  fut  arrêté,  il  disparut  de  son  domicile,  mais  se 
coiislilua  prisonnier  à  sa  section,  et  fut  écroué  à  Sainl-Lazaro.  On  lui  reprochait  son 
origine  noble  et  ses  relations  avec  Hébert.  Dans  un  mémoire  qu'il  adressa  de  Saint- 
Lazare,  le  7  fruclidor  an  II,  il  dit  qu'étant  sujet  à  des  attaques  de  goutte,  marchant 
avec  des  béquilles,  il  était  obligé  de  prendre  (réquemment  des  voitures,  qu'il  ramenait 
souvent  Hébert  et  sa  femme,  à  la  sortie  du  Conseil  général  de  la  Commune,  et  (jue 
c'était  un  plaisir  pour  lui  de  partager  sa  voilure  avec  la  famille  d'un  collè4,'ue  sans-cu- 
lotte, peu  fortuné,  ajoutant  que  son  patriotisme  était  notoire,  (|u'il  l'avait  prouvé  en 
équipant  '.i  cavaliers  en  septembre  1792,  en  fournissant  pour  10  à  12,000  livres  d'armes 
et  chevaux,  en  donnant  .">,000  livres  en  assignats  pour  la  Venclé(^  Du  reste,  Duroure  se 
lit  un  litre  d'avoir  représenté  ses  concitoyens  à  la  Commune,  où  il  s'était  trouvé, 
disait-il,  «  à  la  mémorable  Journée  du  31  mai.  Sur  la  demande  du  représentant  FJndet, 
le  7  vendémiaire  an  III,  le  Comité  di'  sûreté  générale  ordonna  la  mise  en  liberté  de 
Duroure.  (Dossier  Duroure,  F''  4696.) 


21°  Pkrdry 


Perdry  (Charles- Louis),  homme  de  loi,  âgé  de  33  ans,  demeurant  rue  Saint- 
Honoré,  cour  des  Jacobins,  plus  tard  rue  Neuve-des-Petits-Champs,  électeur  de  la 
section  de  la  Butte-des-Moulins,  secrétaire  de  l'Assemblée  primaire,  membre  de  la 
Société  des  Amis  de  la  Constitution,  fut  élu,  le  13  février  1793,  président  du  Tribunal 
du  2"  arrondissement,  remplit  de  novembre  1792  à  juillet  1793  les  fondions  de  membre 
du  Conseil  général  de  la  Commune,  et  fut  envoyé,  lors  de  l'affaire  Léonard  Bourdon,  à 
Orléans  en  qualité  de  commissaire  du  pouvoir  exécutif;  lors  du  31  mai  les  autorités 
constituées  du  Déparlement,  réunies  à  la  Commune  de  Paris,  l'adjoignirent  au  Comité 
Central  révolutionnaire,  où  de  son  aveu,  «  dans  ces  jours  mémorables  et  périlleux,  il 
fut  l'un  de  ceux  (jui  travaillèrent  efficacement  ».  Destitué  de  ses  fonctions  de  président 
du  Tribunal  du  2''  arrondissement,  le  12  messidor  an  II,  par  le  Comité  de  salut  public 
et  incarcéré  au  Plessis,  très  probablement  par  suite  de  l'hostilité  de  Coflinhal  et 
d'IIerman,  Perdry  chercha  à  se  justifier  par  un  mémoire,  adressé  au  Comité  de  salut 
l)ublic  le  23  messidor.  Le  Tribunal  du  2«  arrondissement  écrivit  en  sa  faveur;  de  même 
le  Comité  de  surveillance  de  la  section  de  la  Montagne  le  représenta  comme  un  être  doux, 
humain,  prenant  la  défense  des  patriotes  opprimés,  luttant  contre  l'aristocratie,  traité 
même  une  fois  de  scélérat  par  im  aristocrate,  lorsqu'il  présidait  les  assemblées  géné- 
rales de  sa  section  ;  par  contre,  le  8  messidor  an  III,  le  Comité  civiljde  la  section  déclara 
que  Perdry  s'était  dans  tous  les  temps  montré  l'apôtre  de  ces  principes  anarchiques 
qui  avaient  préparé,  effectué  la  journée  du  31  mai,  «  le  régulateur  de  tous  les  mouve- 
ments de  la  société  populaire  de  la  section  <>,  et  qu'il  avait  reconnu  lui-même  avoir  été 
induit  en  erreur  lors  du  31  ruai.  (Dossier  Perdry,  V  4774"'.). 

22°  C.ULLiiax Vinis- !u-la-Pulric. 

Caillieux  (Michel  François),  Agé  de  32  ans,  fabricant  di-  rubans,  demeurant  rue 
Saint-Denis,  vis-à-vis  les  Filles-Dieu,  membre  de  la  Commune  du  lOaoïU,  fut  envoyé  en 
qualité  de  commissaire  auprès  des  deux  bataillons  de  l'Eure  ;  en  son  absence,  nommé 
officier  municipal,  par  suite  administrateur^des  subsistances  et  administrateur  de  Police, 
il  fut  destitué  par  arrêté  du  Comité  de  salut  public  avec  ses  collègues  Massé  et  Cordas, 
mis  en  état  d'arrestation  le  23  germinal  an  II  et,  après  avoir  subi  un  interrogatoire  au 
sujet  de  ses  relations  avec  Osselin  et  Lavalette,  fut  écroué  au  Luxembourg.  Le 
30  floréal,  l'assemblée  générale  de  la  section  des  Amis  delà  Patrie  nomniades  commis- 
saires chargés  de  se  rendre  aux  Comités  de  salut  public  et  de  sfireté  générale  pour 
demandfr  le  prompt  jugement  de  (iaillienx  et  attester  son  civisme  et  son  patriotisme;  le 


IxTfij  INTRODUCTION 

i-2  prairial,  le  Comilé  révolutionnaire  de  la  section  lui  délivra  un  certificat  constatant 
qu'il  avait  toujours  été  à  la  hauteur  des  circonstances  les  plus  orageuses  et  qu'il  avait 
contribué  à  terrasser  raristocralie  qui  voulait  lever  la  tête  dans  leurs  assemblées.  Le 
Comité  civil  également  déclara  que  Caillieux  n'avait  cessé  de  livrer  des  assauts  «  à  tous 
les  royalistes,  fédéralisfes,  modérés,  égoïstes  et  autres  ennemis  de  la  Révolution  ».  La 
femme  de  Caillieux  dans  de  nombreuses  suppliques  éleva  la  voix  en  faveur  de  son 
mari  jusqu'à  la  fin  de  messidor.  Un  arrêté  des  Comités  de  salut  public  et  de  sûreté 
générale,  du  3  thermidor,  ordonna  sa  mise  en  liberté,  mais  comme  ses  collègues  étaient 
restés  sous  les  verroux,  on  fit  courir  le  bruit  que  l'administration  de  Police  avait  fai 
relâcher  Caillieux  pour  servir  ses  projets,  ce  que  Caillieux  démentit  le  24  thermidor- 
(Dossier  Caillieux,  F'  4631.), 

23°  CoLONGE Bonne-Nouvelle. 

Colonge  (Pierre),  demeurant  rue  Saint-Denis,  section  de  Bonne-Nouvelle,  remplit 
diverses  missions  comme  agent  du  Comité  de  salut  public  dans  l'Aisne  et  et  dans 
le  Palatinat;  dénoncé  le  10  prairial  dans  sa  section  comme  terroriste,  comme  ayant 
dilapidé  des  fusils  confiés  à  sa  garde  et  occupé  le  poste  d'aide  de  camp  d'Hanriot;  il  fut 
mis  en  état  d'arrestation.  Collonge  adressa  le  20  prairial  un  mémoire  justificatif  au 
Comité  civil  de  la  section  Bonne-Nouvelle,  où  il  déclara  que  le  jour  de  la  rébellion 
d'Hanriot,  il  porta  les  armes  contre  lui  et  ses  adhérents  et  passa  la  nuit  à  la  Convention  ; 
au  bas  d'un  autre  mémoire  envoyé  au  Comité  de  sûreté  générale.  Roux,  député  de  la 
Haute-Marne,  attesta  que  Collonge  était  un  patriote  de  1789  qui  avait  bien  servi  la 
Révolution,  et  qu'il  l'avait  vu  dans  le  département  de  l'Aisne  s'acquitter  avec  zèle, 
probité  et  intégrité,  des  fonctions  qui  lui  étaient  confiées  ;  le  30  thermidor,  le  Comité 
de  sûreté  générale  ordonna  sa  mise  en  liberté  provisoire,  et  le  22  fructidor,  sa  mise  en 
liberté  définitive.  (Dossier  Colonge,  F'  4638). 

24°  Baudrais Section  de  1792. 

Baudrais  (Jean-Baptiste),  homme  de  lettres,  âgé  de  42  ans,  demeurant  rue  de 
Marivaux,  n°  9,  membre  du  Conseil  général  de  la  Commune  et  administrateur  de  Police, 
membre  de  la  Société  des  Amis  de  la  Constitution,  s'attira  l'hostilité  de  Robespierre, 
qu'il  contrecarra  dans  l'Assemblée  électorale  de  1792,  en  s'élevant  contre  son  despo- 
tisme, comme  on  le  vit  bien  dans  une  séance  des  Jacobins  ;  Baudrais,  dans  un 
mémoire  du  22  thermidor,  avance  que  Robespierre  lui  avait  voué  une  haine  implacable, 
parce  qu'il  ne  s'était  pas  prêté  à  ses  projets  vexatoires  et  sanguinaires  depuis  longtemps 
médités;  mis  en  état  d'arrestation  le  9  germinal,  il  subit  trois  mois  de  détention  à 
Picpus,  dont  huit  jours  au  cachot,  deux  mois  au  secret  à  la  Conciergerie  sans  aucun 
interrogatoire.  Le  représentant  Poultier  écrivit  au  bas  de  ce  mémoire  une  attestation 
en  faveur  de  Baudrais,  qu'il  connaissait  depuis  13  ans  comme  ennemi  du  despotisme 
et  ami  sincère  de  la  Révolution,  et  ajouta  «  que  Robespierre  avait  juré  sa  perte,  parce 
qu'il  avait  trouvé  en  lui  une  fierté  républicaine  et  une  résistance  qui  lui  déplaisait  »  ; 
la  femme  de  Baudrais  fit  des  démarches  pour  obtenir  sa  liberté,  qui  fut  accordée  le 
7  Iructidor  par  le  Comité  de  sûreté  générale  ;  un  nouveau  mandat  d'arrêt  fut  lancé  contre 
lui  le  21  ventôse  an  111;  mais  il  fut  relâché  le  29  vendémiaire  an  IV.  Baudrais  fut 
déporté  à  Cayenne  en  1802,  rentra  à  Paris  en  1817  et  y  mourut  le  4  mai  1832.  (Dossier 
Baudrais,  F'  4S89.) 

23°  La(jre.nt Mai'seille. 

Laurent  (Denis-Etienne),  âgé  de  31  ans,  sans  profession,  demeurant  rue  Glt-le- 
Gœur,  membre  du  Conseil  général  de  la  Commune  et  officier  municipal,  fut  mis  hors  la 
loi  au  9  thermidor  et  exécuté  le  10  thermidor.  (W  434,  n"  975.) 


INTRODUCTION  Ixir 

Tels  sont  les  membres  du  Comité  central  révolutionnaire,  au  moins 
d'après  la  liste  officielle  qui  est  restée  dans  les  papiers  de  ce  Comité. 
Celui  qui  apposa  sa  signature,  en  qualité  de  secrétaire,  à  côté  de  celle  du 
président  Marquet,  Tombe,  fils  aine,  de  la  section  des  Gravilliers,  demeu- 
rant rue  Jean-Robert,  n°  12.  était  originaire  di;  Saint  Quentin;  il  fut 
envoyé  plus  tard  comme  agent  du  pouvoir  exécutif  à  Saint-Germain-er- 
Laye,  comme  on  le  voit  par  une  lettre  à  Guffroy,  où  il  protesta  contre 
l'arrestation  des  patriotes  de  cette  ville  par  ordre  des  représentants  Charles 
Lacroix  et  Musset. 

Plusieurs  des  noms  indiqués  sur  la  liste  que  donne  Clémence  ne  se 
retrouvent  plus  sur  la  liste  définitive  :  il  n'est  pas  inutile  de  reprendre  ces 
noms  et  de  rechercher  les  motifs  de  leur  élimination  : 

GusMAN  (André  Marie),  banquier,  âgé  de  41  ans,  de  la  section  des  Piques,  qui  fut 
rayé  de  la  liste  des  membres  du  Comité  des  neuf  et  fut  surnommé  don  Tocsinos  pour 
avoir  fait  sonner  le  tocsin  le  31  mai,  était  un  espagnol,  né  à  Grenade,  naturalisé 
français  en  1781  ;  c'était  surtout  un  aventurier  se  disant  ancien  colonel  de  cavalerie,  et 
un  escroc,  qui  se  fit  passer  pour  baron  allemand,  du  nom  de  Frey,  et  pour  lils  de  Clé- 
ment-Auguste de  Bavière,  électeur  de  Cologne.  Impliqué  dans  le  procès  de  Danton, 
arrêté  le  9  germinal  an  II,  il  fut  condamné  à  mort  le  13  germinal. 

Parmi  les  pièces  du  procès  des  Dantonistes  se  trouve  une  déclaration  de  Moessard, 
Marchand  et  Loys,  adressée  le  13  germinal  an  II  à  Fouquier  Tinville,  qui  nous  apprend 
que  Gusman,  lequel,  paraît-il,  était  un  agent  de  Chaumelte,  ne  fil  que  passer  au  Comité 
central  révolutionnaire,  elle  est  conçue  en  ces  termes  : 

«  Les  membres  du  Comité  de  surveillance  du  Département,  qui  l'étaient  du  Comité 
central  révolutionnaire,  croient  de  leur  devoir  de  te  prévenir  que  Gusman,  traduit  au 
Tribunal  révolutionnaire,  et  qui  s'était  glissé  au  Comité  central  révolutionnaire  au 
31  mai,  en  a  été  chassé,  y  a  été  désarmé  et  arrêté  comme  un  intriguant  bien  suspect. 

'<  Tu  observeras  que  son  arrestation  eut  lieu  à  l'instant  même  où  le  Comité  com- 
mença ses  séances.  » 

L'un  des  membres  du  Comité  central  révolutionnaire  dont  parle 
Clémence,  et  qui  signa,  le  31  mai,  en  qualité  de  secrétaire,  un  arrêté  du 
Comité,  Fournerot,  ne  figure  pas  sur  la  liste  officielle. 

FouR.NEROT  (François-Louis),  habitant  rue  Lenoir,  de  la  section  des  Quinze-Vingts, 
âgé  de  23  ans,  grêlé  et  bossu,  fut  l'un  des  combattants  à  la  prise  de  la  Bastille,  fonda 
une  société  populaire  dans  le  faubourg  Saint-Antoine,  participa  aux  journées  des  5  et 
6  octobre,  à  l'affaire  du  Champ  de  Mars,  présida  sa  section  dans  la  nuit  du  9  au  10  août, 
devint  membre  de  la  Commune  du  10  août,  puis  du  Comité  central  révolutionnaire  du 
31  mai,  nommé  par  le  peuple.  Il  se  laissa  entraîner  par  Hanriot  à  la  Commune,  lors  du 
9  thermidor,  fut  arrêté  dans  la  nuit  comme  complice  de  Robespierre  et  incarcéré  dans 
la  maison  d'arrêt  du  Plessis,  d'où  il  adressa,  le  18  brumaire  an  III,  une  réclamation  à 
l'assemblée  générale  des  Quinze-Vingts;  un  arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale  du 
26  nivôse  ordonna  la  mise  en  liberté  de  Fournerot,  détenu  en  la  maison  des  Orties. 
Mais  il  fut  dénoncé  comme  machinant  des  intrigues  pour  le  parti  terroriste,  et  à  la  suite 
du  12  germinal,  un  nouveau  mandat  d'arrêt  fut  décerné  contre  lui  le  surlendemain;  un 
inspecteur  de  police  voulut  mettre  ce  mandat  à  exécution,  mais  le  peuple  du  faubourg 


Ixx  INTRODUCTION 

s'attroupa  rue  de  Chureulon,  l'arracha  des  main»  de  lu  lurce  armée.  Fournerol,  dont  hi 
femme  était  enceinte,  la  mère  malade  avec  une  jeune  fille  de  12  ans  à  sa  charge,  un 
grand'père  âgé  de  7S  ans,  sans  ressources;  sut  se  dérober  à  toutes  les  recherches.  Un 
arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale,  du  21  fructidor,  révoqua  le  mandat  d'arrêt  décerné 
contre  lui,  (Dossier  Fournerot,  F'  4710.) 

Un  Iroisième  membre  du  Comité  contrai  révolutionnaire,  qui  st^mble 
bien  Mre  resté  en  fonctions  est  : 

MoESSARD  (Pierre  Louis),  perruquier,  rue  Montmartre,  n"  104,  de  la  section  Guillaume 
Tell,  prit  les  armes  lors  du  14  juillet,  fut  nommé  membre  de  la  Commune  du  10  août, 
appelé  au  Comité  central  révolutionnaire  du  31  mai,  puis  à  celui  de  surveillance  du 
Département.  Lors  du  9  thermidor,  à  5  heures  du  soir,  dans  la  rue  Saint-Honoré,  il  fut 
interpellé  par  Hanriot,  qui  se  plaignait  d'être  opprimé, et  prit  sa  défense  en  ces  termes: 
«  Sois  tranquille,  tous  les  patriotes  sont  pour  toi  »  et  ayant  demandé  aux  citoyens  acharnés 
après  lui  quel  était  le  motif  de  leur  animosité,  ou  lui  répliqua:  C'est  un  coquin,  il  faut 
le  punir.  Moessard,  alors  inspecteur  dos  maisons  garnies,  paraissait  être  dans  l'ignorance 
complète  de  ce  qui  se  passait  et  du  décret  qui  venait  d'être  rendu  contre  Hanriot  ;  If 
i2  thermidor,  il  fut  arrêté  au  Comité  révolutionnaire  de  sa  .section  et  écroué  à  la 
Conciergerie,  puis  au  Plessis,  où  il  resta  quatre  mois  et  demi  prisonnier.  Mis  en  liberté, 
par  arrêté  du  20  frimaire  an  III,  il  alla  se  loger  dans  la  section  du  Panthéon-Français. 
Montagne  Sainte-Geneviève,  et  se  mit  à  fréquenter  les  ventes.  Il  fut  arrêté  de  nouveau  le 
7  prairial,  sous  l'inculpation  d'avoir  été  favorable  aux  septembriseurs  et  aux  terroristes, 
d'avoir  été  l'un  des  instigateurs  du  31  mai,  d'avoir  fait  partie,  le  12  juin  suivant,  d'une 
commission  qui  persécuta  les  citoyens;  d'avoir,  le  1"' prairial,  crié  contre  la  Convention 
et  fomenté  la  révolte  ;  Moessard  se  trouvait  détenu  rue  de  la  Bourbe,  à  Port-Libre,  d'où 
il  adressa,  le  l"  messidor  et  le  19  fructidor,  des  mémoires  juslillcalifs  au  Comité  de 
sûreté  générale.  (Dossier  Moessard,  F'  4774*'.) 

Un  quatrième  membre  du  Coniitô  central  révolulionnaire,  l'-galemenl 
mentionné  par  Clémence,  mais  dont  le  nom  ne  se  trouve  point  sur  la  liste 
définitive  est  : 

BouiN,  ouvrier  en  bas,  rue  Saint-Denis,  qui  devint  après  le  10  août,  juge  de  paix  de  la 
section  des  Halles  ou  des  Marchés,  fut  envoyé  durant  deux  mois  dans  le  département  do 
l'Aisue  comme  agent  des  subsistances  de  Paris;  connu  sous  le  sobriquet  du  Petit  Pire 
Gérard,  considéré  comme  le  chef  des  Jacobins  de  sa  section,  premier  motionnaire, 
fut  nommé  du  Comité  formé  aux  Jacobins  pour  l'insurrection  du  31  mai;  on  lui 
reprocha  plus  lard  d'avoir  sans  cosse  prêché  les  massacres,  le  pillage.  Le  4  frimaire 
an  111,  Bouin  fut  destitué  par  le  Comité  de  législation  de  ses  fonctions  de  juge  do  paix. 
Arrêté  le  18  pluviôse  par  ordre  du  Comité  de  sûreté  générale  et  incarcéré  on  la 
maison  du  Plessis,  le  24  floréal,  le  représentant  Maure  intercéda  en  sa  faveur  ; 
le  2o  floréal,  Bouin  ayant  adressé  une  pétition  au  Comité  avec  plusieurs  mémoires 
juslificalil's  et  l'extrait  d'une  déliliération  prouvant  qu'au  9  thermidor  il  fui  chargé 
de  présenter  à  la  Convention  une  adresse  do  ralliement  à  l'Assemblée,  fut  mis  en 
liberté  ;  mais  la  Commission  chargée  dans  sa  section  d'examiner  la  conduite  de 
l'ex-Comité  révolutionnaire  des  terroristes  et  des  buveurs  de  sang,  l'accusa,  le  3  prairial, 
de  manifester  des  principes  tendant  à  avilir  la  représentation  nationale  et  de  colporter 
le  journal  intitulé  le  Tribun  du  Peuple,  et  demanda  de  nouveau  sa  mise  en  état  d'arres- 
tation. Le  représentant  Houx  intervint  à  son  tour,  en  faisant  observer  que  Bouin  n'était 


INTUODUCTION 


!xxj 


arrêté  que  comme  Jacobin  ;  relàclit'^  le  8  messidor  par  ordre  du  Comité,  il  fut  réincarcéré 
à  la  Bourbe  le  22  messidor,  en  vertu  d'un  arrêté  du  même  Comité  dont  la  relifjion  avait 
été  surprise  ;  le  29  fructidor,  le  Comité  le  rpnvo3a  devant  l'officier  de  police  de  sftrcté 
de  son  arrondissement,  en  conformité  de  la  loi  du  12  fructidor.  (Dossier  Bouin,  F' 4611.) 


Un  fait  di^ne  de  remarque  est  la  jeunesse  de  la  plupart  de  ceux  qui 
organisèrent  la  révolution  du  31  mai  :  beaucoup  d'entre  eux  n'avaient 
guère  plus  de  30  ans,  ce  qui  explique  l'ardeur  entraînante  et  la  décision 
avec  laquelle  ils  se  jetèrent  dans  la  lutte. 

(je  n'est  pas  sans  une  certaine  surprise  que  l'on  voit  ligurer  dans  les 
délibérations  de  l'Assemblée  révolutionnaire,  en  date  du  31  mai,  c'est-à-dire 
au  début  même  du  mouvement  insurrectionnel,  des  individus,  parfaitement 
inconnus  d'ailleurs,  qui  apparaissent  comme  président  et  secrétaire  de 
l'Assemblée,  qu'on  ne  revoit  plus  et  qui,  en  réalité,  n'ont  point  fait 
partie  du  Comité  central  révolutionnaire.  De  ce  nombre  est  François 
Ricliebraques,  commissaire  du  Bureau  du  Domaine  national,  domicilié 
rue  Pastourelle,  n°  27,  de  la  section  de  l'Homme  armé,  qui  signa,  notam- 
ment à  2  heures  du  matin,  une  délibération  décidant  l'envoi  de  commis- 
saires aux  barrières  pour  savoir  si  elles  étaient  gardées,  et  une  autre 
délibération,  en  vertu  de  laquelle  l'Assemblée,  faute  de  sceau,  devait  se 
servir  de  celui  de  la  section  de  la  Cité. 

Richebraques,  qui  fut  arrêté  le  5  prairial  an  II,  précisément  sous 
l'inculpation  d'avoir  au  31  mai  occupé  la  présidence  du  club  d'insurrection  à 
l'Assemblée  qui  se  tenait  à  l'Evêché,  explique  lui-même  dans  un  mémoire 
justificatif  comment,  dans  la  nuit  du  30  au  31  mai,  il  se  trouva  amené  à 
présider  la  réunion.  Envoyé,  dit-il,  par  sa  secUon  sur  les  minuit  à  l'Evêché 
pour  la  représenter  et  rendre  compte  de  ce  qui  se  passait,  il  y  arriva  vers  une 
heure  du  matin  ;  au  bout  d'une  heure,  le  président  qu'on  lui  dit  se  nommer 
Lavaux,  fut  appelé  à  quelque-Comité  :  «  alors  on  demanda  quelqu'un  pour 
tenir  le  fauteuil  un  instant;  un  citoyen  do  lui  inconnu  se  présenta,  mais 
comme  il  manquait  d'organe,  on  le  pria  de  se  retirer,  ce  qui  donna  l'idée  aux 
citoyens  de  ma  section  de  me  proposer,  et,  comme  ils  dirent  que  j'avais 
une  bonne  voix,  on  ne  me  laissa  pas  le  temps  do  faire  d'observations,  je 
fus  forcé  de  présider,  tous  les  speclateurs  se  demandèrent  qui  j'étais,  et 
aucun  ne  me  connaissait,  je  fus  admis  sans  réclamation.  Pendant  ma 
présidence  qui  dura  deux  heures,  continue  Richebraques,  je  m'aperçus 
que  toutes  les  mesures  partaient  d'un  comité,  mais  j'ignorais  qui  le  compo- 
sait. Je  n'étais  initié  en  aucune  manière  dans  le  but  de  cette  journée,  les 
bruits  divers  ne  me  donnèrent  qu'une  idée  confuse  des  intentions  de  ses 
auteurs,  j'appris  à  l'Evêché  qu'on  s'était  assemblé  les  jours  précédents  ». 
C'est  ainsi  que  Richebraques    sanctionna  des  mesures  révolutionnaires 


Ixxij  INTRODUCTlOiN 

sans  même  savoir  de  ce  dont  il  s'agissait;  de  retour  à  sa  section  il  ne 
reparut  plus  au  Comilé  central,  et  rentra  dans  l'obscurité  d'où  des 
circonstances  indépendantes  de  sa  volonté  l'avaient  fait  sortir. 

Ce  fut  dans  la  nuit  du  30  au  31  mai  que  retentit  le  tocsin,  ce  fut 
Varlet  qui  signa  l'ordre  de  le  sonner  et  qui  même  s'en  fit  gloire.  De 
grand  matin,  les  Comités  révolutionnaires  des  sections,  qui  s'attendaient 
à  de  graves  événements,  mis  en  éveil  par  le  tocsin  et  la  générale,  étaient 
sur  pied;  dès  3  heures  1/2  du  matin,  celui  de  la  section  de  l'Observatoire 
prit  connaissance  d'un  arrêté  de  l'Assemblée  centrale  des  sections  réunies 
à  l'Evêché,  prescrivant  de  faire  garder  et  fermer  les  barrières  d'Orléans, 
Saint-Jacques  et  adjacentes.  A  6  heures,  le  Comité  révolutionnaire  de  la 
section  de  l'Unité  déclara  qu'ayant  entendu  de  toutes  parts  sonner  le  tocsin, 
«  qu'il  regardait  comme  la  voix  du  peuple  en  courroux  »,  il  s'était  assemblé 
sur-le-champ  pour  assurer  le  succès  d'une  insurrection  que  les  ennemis 
du  peuple  avait  rendue  nécessaire,  et  avait  décidé  l'envoi  de  deux  de  ses 
membres  à  l'Assemblée  des  commissaires  qu'il  plairait  au  peuple  d'investir 
de  ses  pouvoirs  suprêmes,  pour  être  tenu  au  courant  des  mesures  qui 
seraient  prises  contre  les  ennemis  de  la  République.  Dans  la  section  de  la 
Réunion,  procès-verbal  fut  dressé  à  un  colporteur  de  journaux  pour  avoir 
crié  :  grand  décret  qui  condamne  à  mort  tous  les  gens  qui  ont  sonné  le 
tocsin  et  fait  battre  la  générale,  dont  son  journal  ne  soufflait  pas  mot. 
Le  Comité  de  surveillance  de  la  section  des  Amis  de  la  Patrie  lança  une 
proclamation  à  l'efl'et  d'annoncer  que  les  commissaires  des  43  sections, 
réunis  pour  résister  à  l'oppression  d'une  partie  de  la  Convention,  avaient 
fait  battre  la  générale  et  sonner  le  tocsin,  afin  de  donner  l'éveil  à  tous 
les  bons  citoyens  et  d'opérer  une  révolution  salutaire,  destinée  à  assurer 
la  tranquillité  de  Paris,  calomnié  par  des  mandataires  infidèles,  et  ce 
Comité  invitait  en  conséquence  les  compagnies  à  désarmer  tous  ceux  qui 
résisteraient  au  vœu  du  peuple  de  cette  grande  cité,  armée  pour  combattre 
une  oppression  ayant  pour  objet  d'allumer  dans  toute  la  France  les  torches 
de  la  guerre  civile. 

Le  premier  acte  d'autorité  du  Comité  des  Neuf,  dès  son  entrée  en 
fonctions,  fut  de  déclarer  au  nom  du  peuple  souverain  que  le  maire  de 
Paris,  le  procureur  de  la  Commune  et  ses  adjoints,  le  Conseil  général 
de  la  Commune  et  le  Corps  municipal  étaient  provisoirement  suspendus. 
Ce  fut  Dobsen,  en  qualité  de  président  de  l'Assemblée  révolutionnaire, 
qui  vint  signifier  au  Conseil  général  de  la  Commune  la  cessation  de  ses 
fonctions.  Destournelles,  vice-président  du  Conseil,  répondit  que  la  magis- 
trature qui  leur  avait  été  confiée  par  les  citoyens  de  Paris  ne  pouvait 
prendre  fin  que  si  les  commissaires  des  sections  justifiaient  d'une  majorité 


INTRODUCTION  IxxiU 

réelle  et  légalement  obtenue.  Après  la  vérification,  séance  tenante,  des 
pouvoirs  illimités  donnés  par  33  sections  à  leurs  mandataires,  la  Munici- 
palité remit  les  siens  au  peuple  souverain,  mais  ce  ne  fut  que  pour  la 
forme  :  tout  aussitôt  le  président  de  l'Assemblée  révolutionnaire  déclara 
que  le  Maire,  le  procureur  de  la  Commune  et  ses  substituts  ainsi  que  le 
Conseil  général  de  la  Commune  étaient  réintégrés  dans  leurs  fonctions  pnr 
le  peuple  reconnaissant  de  leur  sollicitude  constante  et  vraiment  patriotique 
pour  la  chose  publique;  toutefois  il  fut  stipulé  que  ces  autorités  constituées 
prêteraient  serment  entre  les  mains  des  commissaires  et  resteraient  en 
communication  avec  le  Comité  révolutionnaire  des  Neuf,  qui  dès  9  heures 
du  matin  avait  quitté  l'Evêché  pour  s'installer  à  la  Maison  Commune, 
salle  de  l'Egalité  ;  par  la  même  occasion,  cinq  nouveaux  membres  furent 
adjoints  au  Conseil  général  do  la  Commune. 

A  l'ouverture  de  la  séance  du  Conseil  général,  le  Commandant  général, 
mandé  d'urgence,  resta  introuvable.  Le  Comité  des  Neuf,  sentant  la 
nécessité  de  mettre  à  la  tète  de  la  force  armée  un  chef  aveuglément  dévoué, 
arrêta  son  choix  sur  François  Hanriot,  commandant  du  bataillon  des 
Sans-Culottes,  prêt  à  employer  les  grands  moyens,  comme  en  témoi- 
gnaient les  propos  sinistres  qu'on  lui  attribuait.  Hassenfratz,  Boulanger 
et  le  commandant  de  la  section  armée  des  Gravilliers  (Rocordon)  lui  furent 
adjoints.  Hanriot  reçut  l'ordre  de  s'emparer,  au  nom  du  peuple  souverain, 
de  l'Arsenal,  des  parcs  d'artillerie  do  la  ci-devant  Place  Royale  et  du 
Pont  Neuf,  et  de  faire  tirer  le  canon  d'alarme,  ce  qui  fut  exécuté  dans  la 
matinée.  Une  note  annexée  aux  instructions  données  à  Hanriot  nous 
apprend  que  les  citoyens  Gusman,  Deschamps  et  Hanriot,  chargés  de 
s'assurer  de  la  personne  du  commandant  de  la  force  armée  destitué, 
partirent  à  deux  heures  moins  le  quart  pour  s'acquitter  de  leur  mission. 
Ce  commandant  était  Claude  Mulot  d'Auger,  chef  de  la  5°  légion,  électeur 
de  la  section  du  Marais,  domicilié  rue  du  Plâtre -Sainte-Avoye,  n°  18;  il 
fut  vraisemblablement  arrêté,  puisque  le  Comité  des  Neuf  enjoignit  au 
Comité  révolutionnaire  de  la  section  de  la  Cité  de  le  garder  sous  sa 
responsabilité  jusqu'à  nouvel  ordre. 

Les  sections  qui  n'étaient  point  représentées  dans  le  Comité  central 
et  se  trouvaient  dans  l'ignorance  absolue  des  décisions  prises  par  ce 
pouvoir  insurrectionnel,  ne  purent  voir  sans  inquiétude  ce  qui  se  passait 
autour  d'elles;  ainsi,  la  section  de  Molière  et  La  Fontaine,  instruite  que 
le  tocsin  avait  sonné  et  la  générale  avait  été  battue  durant  la  nuit  dans 
diverses  sections,  s'émut  de  mesures  qui  dans  des  temps  aussi  critiques 
étaient  propres  à  alarmer  les  amis  de  l'ordre,  et  arrêta  l'envoi  de  commis- 
saires à  la  Convention  nationale,  au  Département  et  à  la  Commune  pour 


Ixxiv  INTKUDUCTION 

se  concerter  avec  eux  sur  les  moyens  de  conserver  la  tranquillité  publique. 
La  môme  seciion,  informée  qu'un  rassemblement  de  citoyens  armés  se 
formait  autour  de  la  Convention,  décida  l'envoi  de  trois  commissaires  au 
Conseil  général  d(!  la  Commune  à  l'elfet  do  s'enquérir  si  c'était  en  vertu 
de  ses  ordres  qu'une  force  armée  venait  de  se  porter  à  la  CiOnvention  : 
pourquoi,  dans  ce  cas  la  section  n'en  avait-elle  pas  été  instruite  et 
n'avail-elle  reçu  aucun  avis  pour  en  faire  partie?  Après  le  retour  do  ces 
commissaires,  la  section  do  Molière  et  La  Fontaine  en  dépêcha  trois  autres 
au  même  Conseil  à  l'ellut  de  s'informer  comment  le  citoyen  Hanriot 
avait  été  nommé  commandant  provisoire  de  la  force  armée  parisienne  ; 
par  quelle  autorité  celte  nomination  avait  été  faile,  si  c'était  lui  qui  avait 
souscrit  la  lettre  remise  le  matin  au  commandant  en  chef  de  la  section, 
on  vertu  de  quel  ordre  le  tocsin  avait-il  été  sonné,  la  générale  baltue  et 
la  fermeture  des  barrières  ordonnée  ?  enfin  pourquoi  le  canon  d'alarme 
avait-il  été  tiré?  A  toutes  ces  questions  posées  par  les  commissaires  au 
Conseil  général  de  la  Commune,  on  se  contenta  de  répondre  ('vasivement 
que  c'était  le  peuple. 

Lo  premier  soin  du  (Comité  central  révolutionnaire  fut  d'enjoindre  à 
toutes  les  sections  armées  de  voilier  attentivement  à  la  garde  des  bar- 
rières, en  plaçant  à  chacune  d'elles  l'un  des  membres  du  Comité  civil 
avec  mission  de  protéger  le  passage  des  allants  et  venants  et  de  s'opposer 
à  la  sortie  de  tous  ceux  qui  paraîtraient  suspects  et  qui  n'auraient  point 
de  passeports  en  règle  ou  de  laissez-passer  délivrés  par  les  Comités  révo- 
lutionnaires des  sections.  Dès  le  matin  du  31  mai,  Hanriot  écrivait  lui- 
même  à  la  section  dos  Piques,  l'invitant  à  donner  les  ordres  les  plus 
prompts  pour  que,  dans  l'étendue  de  cette  section,  les  barrières  fussent 
fermées  et  qu'aucun  citoyen  ne  pût  sortir,  même  muni  de  cartes  civiques 
ou  do  papiers  quelconques. 

Ce  n'était  pas  assez  d'empêcher  le  départ  des  suspects,  il  fallait  avant 
tout  s'assurer  de  leurs  personnes;  aussi  le  Comité  central  révolutionnaire 
ordonna-t-il  en  même  temps  aux  Comités  révolutionnaires  des  sections 
de  prendre  les  mesures  les  plus  promptes  et  les  plus  efficaces  à  l'effet  do 
désarmer  et  de  mettre  en  état  d'arrestation  tous  les  individus  suspects 
de  leurs  sections  respectives;  des  commissaires  munis  de  pleins  pouvoirs 
furent  spécialement  délégués  à  cet  effet,  et,  dans  le  cas  on  il  n'y  aurait 
pas  assez  de  place  dans  les  Comités  révolutionnaires  des  sections  pour 
garder  à  vue  les  suspects,  on  devait  les  envoyer  au  couvent  des  Minimes 
de  la  Place  des  Fédérés. 

Au  premier  rang  des  personnages  visés  par  le  Comité  central  révolu- 
tionnaire   se    trouve   Roland,   dont   l'arrestation   immédiate  fut  décidée. 


INTHUUUCTION  Ixxv 

Quatre  commissaires  do  la  section  de  k  Cité,  porteurs  d'un  ordre  exprès 
d'arrestation,  et  assistés  de  deux  membres  du  Comilô  révolutionnaire  de 
lu  section  de  Bcaurcpaire,  se  présentèrent  au  domicile  de  Roland  qu'ils 
trouvèrent  chez  lui  avec  sa  femme.  Roland  leur  fit  observer  que,  comme 
ancien  ministre,  il  avait  des  comptes  à  rendre  et  qu'il  ne  pouvait  obéir  qu'à 
un  décret  de  la  Convention.  Pour  sortir  d'embarras  l'un  des  commissaires 
se  transporta  à  la  Maison  Commune  pour  y  cbercher  de  nouveaux  ordres, 
mais  ne  revint  qu'à  9  heures  du  soir,  sans  avoir  pu  obtenir  satisfaction; 
alors  les  commissaires  qui  étaient  restés  en  permanence  chez  Roland 
prirent  le  parti  de  se  retirer.  Pendant  ce  temps  Roland,  ne  se  souciant 
point  d'attendre  une  nouvelle  visite  domiciliaire,  jugea  plus  prudent  do 
s'esquiver.  On  pensait  d'abord  qu'il  s'était  réfugié  chez  le  citoven  La 
Richardière,  ex-préaidont  du  Tribunal  de  cassation  ;  mais  l'indication  élail 
inexacte.  A  la  date  du  l"juin  le  Comité  central  révolutionnaire,  croyant 
être  sur  sa  piste,  invita  le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Marais 
à  faire  une  visite  chez  Angran  d'Alleray  (ex-lieutenant  civil  du  Chàtelet), 
cul-de-sac  de  Pccquay,  où  devait  se  cacher  l'ex-minislre.  L'ordre  en  ques 
tion  est  accompagné  du  signalement  de  Roland,  où  se  trouve  ce  détail  peu 
ilattour  :  mal  vêtu,  dégoûtant.  Trois  membres  du  (iOmité  do  surveillance 
do  la  section  du  Marais,  assistés  de  (]liarles-François  de  Courtyo,  com- 
missaire de  police  de  la  section,  procédèrent  sans  larder  à  une  perquisition 
en  règle,  qui  demeura  infructueuse.  Le  Comité  central  révolutionnaire 
voyant  Roland  lui  échapper,  se  dédommagea  en  chargeant  l'un  de  ses 
membres,  Marchand,  de  faire  incarcérer  sa  femme. 

Dès  le  31  mai,  le  Comité  central  révolutionnaire  avait  également  donné 
l'ordre  au  Comité  révolutionnaire  de  la  section  des  Piques  de  mettre  en 
état  d'arrestation  Clavière,  ministre  des  Contributions  publiques,  domi- 
cilié rue  des  Capucines,  mais  les  commissaires  de  ce  (Comité  ne  le  ren- 
contrèrent pas  chez  lui;  Clavière,  qui  se  trouvait  probablement  à  sa 
maison  de  campagne  de  Suresnes,  rentra  dans  la  matinée  du  1"'  juin 
pour  se  rendre  au  Conseil  exécutif  et  fut  aussitôt  arrêté  ;  l'on  agita  la 
question  de  savoir  s'il  serait  conduit  à  la  Maison  Commune,  mais  en  raison 
de  la  surexcitation  des  esprits,  d'après  l'avis  du  Conseil  général  de  la 
Commune,  on  jugea  plus  prudent  de  le  garder  à  vue  chez  lui. 

Tous  ceux  qui  portaient  ombrage  au  Comité  insurrectionnel  ou  qui 
favorisaient  le  parti  girondin  furent  à  ce  moment  l'objet  de  mesures  de 
rigueur;  en  voici  un  exemple  caractéristique  : 

Pierre-Victor  Fouruier,  ancien  officier  de  bouche  de  Cypierre,  inlen- 
Jant  de  la   maison   d'Orléans,  tenait   depuis   trois  ans  dans  la  rue  Jean- 


Ixxvj  INTRODUCTION 

Jacques-Rousseau  l'hôtel  de  ce  nom;  il  passait  pour  entretenir  des  relations 
avec  les  membres  de  la  faction  girondine,  fut  dénoncé  par  François-Elie 
GuirauU,  membre  du  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Contrat- 
Social,  que  Gorsas  qualifie  de  scélérat,  et  convoqué  à  la  Maison  Commune 
par  le  Comité  central  révolulionnuire.  Fournier  se  garda  bien  d'obtem- 
pérer à  celte  invitation  ;  Hanriot  requit  les  commandants  de  la  force 
armée  des  sections  de  prêter  main-forte  à  GuirauU,  pour  l'exécution  de 
l'ordre  du  Comité  et,  par  un  mot  de  sa  main,  prescrivit  à  Recordon  de  se 
mettre  à  la  disposition  de  GuirauU.  Le  Comité  central  révolutionnaire, 
instruit  de  la  vive  résistance  opposée  par  Fournier,  qui  avait  excité  les 
soldats  de  sa  compagnie  et  failli  faire  couler  le  sang  des  patriotes,  enjoignit 
à  Hanriot  de  ne  rien  négliger  pour  assurer  la  prompte  exécution  de 
son  ordre.  En  conséquence  le  Commandant  général  envoya  deux  détache- 
ments de  cavalerie  de  20  hommes  chacun,  qu'on  devait  renforcer  au  besoin, 
pour  arrêter  «  le  citoyen  Fournier,  capitaine  de  la  rue  Jean-Jacques-Rous- 
seau ».  D'après  le  Précis  rapide  de  Gorsas,  ce  fut  la  légion  de  Rosenthal, 
toute  dévouée  aux  projets  de  la  faction  liberticide  et  prête  à  agir  hosti- 
lement contre  la  représentation  nationale,  qui  fut  chargée  de  procéder  à 
cette  arrestation  arbitraire.  Quel  était  en  somme  le  crime  de  Fournier?  Il 
logeait  deux  chefs  du  parti  Girondin,  Buzot  et  Bergoeing.  D'après  la  dépo- 
sition que  fit  le  27  brumaire  an  II  Françoise  Gagnard,  femme  de  Pierre- 
'Victor  Fournier,  l'infâme  Buzot  occupait  depuis  enyiron  3  mois  un  appar- 
ment  dans  son  hôtel,  où  il  avait  même  couché  dans  la  nuit  du  .30  au  31  mai, 
et  s'était  échappé  entre  3  et  4  heures  du  matin.  Bergoeing,  l'un  des  mem- 
bres de  la  Commission  des  Douze,  logeait  également  dans  cet  hôtel, 
comme  en  fait  foi  le  procès- verbal  d'apposition  de  scellés  sur  les  effets  qu'il 
avait  abandonnés  lors  de  son  évasion,  dressé  le  13  août  1793,  par  Lindet, 
juge  de  paix  de  la  section  du  Contrat-Social.  Le  dénonciateur  de  Four- 
nier, François-Elie  GuirauU,  à  première  vue  révolutionnaire  à  tous  crins, 
apparaU  sous  un  jour  tout  différent  dans  une  dénonciation  de  Payen- 
Deslauriers,  membre  de  la  Commune,  qui  fut  comme  GuirauU,  l'un  des 
présidents  de  la  section  du  Contrat-Social.  A  l'en  croire,  GuirauU  se  serait 
énergiquement  opposé  à  ce  que  les  citoyens  Paly  etBalardelle  sonnassent 
le  tocsin,  quoiqu'ils  en  eussent  reçu  l'ordre  du  Comité  centi'al  révolu- 
tionnaire, et  se  serait  même  écrié  avec  emportement  :  «  Si  vous  êtes  ivre 
de  Révolution,  moi,  je  ne  le  suis  pas.  »  Dans  cette  même  section,  le  com- 
missaire de  police  Nicolas  Monvoisiii,  ayant  entendu  sonner  le  tocsin  et 
battre  la  générale,  s'était  rendu  à  son  bureau,  où  il  fut  arrêté,  ainsi  que 
son  secrétaire,  par  des  commissaires  du  Comité  de  surveillance,  qui,  ques- 
tionnés par   lui  au   sujet   des  décrets    en   vertu   desquels  ils   opéraient. 


INTRODUCTION  '  Ixxvij 

répondirent  qu'une  loi  de  cette  n\iit  autorisait  à  s'assurer  des  malfaiteurs 
et  des  suspects. 

Quelques  sections  apportèrent  un  soin  tout  particulier  à  l'exécution 
des  ordres  du  Comité  central  révolutionnaire  pour  la  recherche  et  la  mise 
en  état  d'arrestation  de  tous  les  citoyens  dont  le  civisme  laissait  à  désirer; 
ainsi  le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Faubourg-Montmartre 
décida  le  désarmement  d'un  certain  nombre  de  suspects  qui,  en  cas  de 
résistance,  devaient  être  arrêtés  et  enfermés  dans  la  maison  de  force  des 
citoyennes  Douay,  rue  de  Bellefonds,  n°  218,  provisoirement  convertie  en 
maison  de  sûreté  et  gardée  par  un  poste  de  23  hommes  ;  les  citoyens  de 
Boulainvilliers  et  d'Origny  y  furent  immédiatement  incarcérés.  Dans  la 
section  dos  Droits-de-l'Homme,  le  Comité  de  surveillance  jugea  à  propos 
de  s'adjoindre  quelques  patriotes  connus  par  leur  civisme  et  procéda  à 
l'arrestation  et  à  l'envoi  aux  Minimes  de  divers  suspects,  entr'autres  du 
citoyen  André  Dion,  qui  s'était  porté  au  clocher  de  l'égliso  de  Saint-François 
à  l'instant  où  l'on  y  sonnait  le  tocsin  et  avait  voulu  exiger  du  sonneur  des 
pouvoirs  écrits,  d'un  domestique,  qui  avait  trouvé  mauvais  qu'on  vînt  le 
requérir, parce  qu'il  ne  s'était  pas  rendu  à  son  poste  au  bruit  de  la  générale. 

Pourtant,  sur  plus  d'un  point,  il  y  eut  certaines  hésitations;  des  scru- 
pules se  manifestèrent  et  vinrent  entraver  la  prompte  et  immédiate 
exécution  des  ordres  du  Comité  central  révolutionnaire,  au  point  que  le 
Comité  crut  devoir  adresser  aux  Comités  de  surveillance  des  communes 
et  sections  du  département  de  Paris  une  circulaire  où  il  exprima  le  regret 
que  des  ménagements  et  des  considérations  particulières  eussent  empêché 
le  désarmement  des  suspects  et  l'arrestation  de  ceux  dont  les  principes 
avaient  toujours  été  contraires  au  gouvernement  libre  que  le  peuple 
entendait  se  donner;  il  déclara  ces  Comités  responsables  de  la  tranquillité 
publique,  laquelle  ne  pouvait  être  obtenue  qu'en  désarmant  les  ennemis 
intérieurs,  rappela  que  le  peuple  avait  remis  à  ses  commissaires  le  pouvoir 
de  désarmer  les  premiers,  tandis  que  ses  frères  combattaient  les  ennemis 
de  l'extérieur,  que  le  peuple  était  debout  et  ne  voulait  se  rasseoir  que 
lorsque  tous  ses  adversaires  seraient  anéantis. 

Le  président  de  la  section  des  Lombards  ayant  demandé  quelques 
explications  au  sujet  du  mode  d'arrestation  des  suspects,  le  Comité  central 
révolutionnaire  l'invita  à  retenir  ceux-ci  dans  la  section  jusqu'à  ce  qu'on 
eût  recueilli  sur  leur  compte  des  renseignements  certains,  et  dans  le  cas 
contraire,  à  les  faire  conduire  aux  Minimes  de  la  Place  des  Fédérés 

Comme  les  ouvriers,  dans  maints  ateliers,  continuaient  leurs  travaux 
et  qu'il  était  nécessaire,  dans  ces  instants  critiques,  de  s'assurer  du  con- 
cours de  ces  fermes  défenseurs  de  la  liberté,  il  fallut  songer  au  moyen  de 


Ixxviij  ^  INTRODUCTION 

les  retenir  sous  les  armes  et  de  les  dédommager  de  la  perte  de  leur 
temps  ;  le   Comité   central  révolutionnaire,  sur   la    motion    d'un    de    ses 
membres  (Loys),  qui   écrivit  de  sa  main  le  projet  d'arrêté,  décida  que 
l'armée  révolutionnaire,  destinée  à  proléger  les  patriotes  de  Paris  contre 
les  ennemis  extérieurs,  serait  incessamment  formée  et  payée  à  raison  de 
40  sols  par  jour,  tant  que  durerait  l'insurrection;  que  celle  armée,  forte  de 
24,000  hommes,  serait  réduite  à  12,000,  du  jour  où  le  peuple  ne  serait  plus 
sur  pied;  que,  dès  le  lendemain,  celle  armée  serait  organisée  et  portée  à 
48  bataillons;  il  ordonna  en  oulre  la  levée  d'une  taxe  de  30  millions  sur 
les  riches  de  Paris,  destinée  à  payer  l'armée  révolutionnaire  et  à  acheter 
des  armes  pour  les  sans-culoltes.  (ietle  mesure  fui  ratifiée  parla  Convention 
elle-même,  qui  décréta  le  même  jour  que   les  ouvriers  dont  le  service 
serait  requis  pour  la  garde  des  propriétés  recevraient  40  sols  par  jour,  et  que 
celte  solde  serait  imposée  sur  les  riches  sous  forme  de  sols  additionnels. 
Dès  l'entrée  en  fonctions  du  Comité  central  révolutionnaire,  son  atten- 
tion se  porta  sur  le  dirccloire  des  Postes,  composé  de  cinq  administrateurs, 
que  l'on  savait  intimement  liés  avec  Roland,  Brissol  et  les  Girondins,  et 
qui,  depuis  plusieurs  mois  déjà,  étaient  surveillés  par  quatre  commissaires 
de  la  Convenlion,  appartenant  également  au  parti  brissotin.   Comme   il 
importait  d'exercer   un  contrôle    sérieux  sur  cette   administration,  deux 
délégués  furent  envoyés  par  le  Comité  central,  Antoine  Roussillon,  de  la 
section  de  Marseille,  et  Leclerc  (probablement  Etienne-Pierre),  membre 
du  Comité  de  police  de  la  Commune,  qui  commencèrent  leurs  opérations 
dès  le  31  mai,  mais  sans  mandat  précis.  Roussillon  s'en  plaignit  et  lit 
remarquer  au  Comilé  qu'on  leur  avait  donné  pour  instructions  de  mettre 
hors  d'étal  de  nuire  tous  les  agents  des  Postes  suspects;  mais,  objectait-il 
non  sans  raison,  à  quel  signe  les  l'econnaîlre?  les  deux  délégués  devaient 
également  apposer  les  scellés  sur  les  papiers  des  suspects,  mais  aucun  de 
ceux-ci  n'était  domicilié  à  la  Poste;  au  surplus,  comme  le  directoire  conti- 
nuait ses  fonctions  et  qu'en  outre  trois  commissaires  du  pouvoir  exécutif 
avaient  pour  mission  d'empêcher  le  départ  des  courriers,  la  présence  des 
délégués  devenait  inutile,  surtout  en  l'absence  d'ordres  précis.  De  son  côté, 
le  second  délégué  écrivait,  le  1"  juin,  qu'ils  avaient  consacré  toute  la  nuit 
au  triage  des  lettres,  parmi  lesquelles  il  s'en  trouvait  de  très  suspectes 
adressées  à  ditlérents  membres  de  la  Convention,  eulr'aulres  Buzot;  Leclerc 
demandait  s'il  fallait  transmettre  au  Comilé  central  toutes  les  lettres  sus- 
pectes, ou  les  ouvrir  eux-mêmes,  demandant  des   instructions  formelles 
pour  celle  opération.  Roussillon  annonçait  également  »  au  Comité  révo- 
lutionnaire  des   sans-culottes  »   qu'il  avait  transmis  au  Comité  de  salut 
public  les  dépèches  pour  le  président  de  la  Convention  cl  les  Comités,  et 


INTRODUCTION 


Ixxix 


qu'il  avail  enlre  les  mains  des  dépêches  d'Allemagne  à  l'adresse  de  Cham- 
bonas,  ancien  ministre,  et  du  ministre  actuel  Lcijrun;  de  plus,  qu'il  avait 
fait  apposer  les  scellés  sur  les  papiers  de  Bosc,  adniinislrateur  de  la  Poste 
aux  lettres,  son  ancien  ami,  qui  lui  paraissait  suspect  et  brissolin;  onlin, 
il  recommandait  de  mettre  les  scellés  chez  le  mulâtre  Raymond,  dépo- 
sitaire <ie  la  correspondance  de  Pétion. 

Comme  le  pouvoir  exécutif  attachait  une  extrême  importance  au 
service  des  Postes,  service  public  qu'on  ne  pouvait  laisser  à  l'abandon,  le 
Comité  de  salut  public,  avisé,  dès  le  'M  mai  au  matin,  par  les  adminislra- 
leursdesPosles  delà  présence  d'une  force  armée  qui  empêchait  toute  sortie, 
avail  au  premier  moment  cru  devoir  suspendre  le  départ  des  courriers, 
mais  était  tout  aussitôt  revenu  sur  sa  décision  et  avait  arrêté  que  le  ser- 
vice des  courriers,  des  diligences  et  des  messageries  ne  serait  pas  inter- 
rompu. Ce  même  jour,  le  directoire  des  Postes  s'était  adressé  au  pouvoir 
insurrectionnel  pour  que  les  facteurs,  courriers  et  agents  des  postes  ne 
subissent  aucune  interruption,  en  raison  des  maux  incalculables  qui 
pourraient  en  résulter,  soliicilanl  des  mesures  analogues  en  faveur  de  l'ad- 
ministration des  Messageries  qui  avait  des  fonds  à  envoyer  aux  armées.  Eu 
même  temps  l'un  des  délégués  du  Comité  central,  Lcclerc  demanda  la  levée 
de  la  consigne  qui  empêchait  le  départ  des  courriers  et  pria  le  Comité 
central  de  lui  envoyer  deux  commissaires,  hommes  sûrs  et  calmes,  car, 
ajoutait-il,  <<  j'ai  la  tête  chaude,  d'ailleurs  je  ne  peux  pas  tenir  ici  seul, 
Roussillon  ne  pouvant  pas  revenir  ».  Les  appréhensions  de  Leclerc  devaient 
être  fondées  en  raison  des  froissements  et  même  des  conflits  que  ne  pouvait 
manquer  de  soulever  la  présence  simullanée  de  surveillants  envoyés  à  la 
fois  par  le  Comité  central  et  le  Conseil  général  de  la  Commune.  Ces 
commissaires  de  la  Commune  étaient  au  nombre  de  six;  ils  adressèrent  le 
1"  juin,  à  3  heures  1/2,  au  président  du'Conseil  général  cette  curieuse  lettre 
dans  laquelle  ils  se  plaignaient  d'avoir  été  oubliés  et  déclaraient  qu'ils 
étaient  tenaillés  par  la  faim  :  «  La  Commission  du  Conseil  général  à  l'ad- 
ministration des  Postes  prie  le  Conseil  général  de  vouloir  bien  la  remplacer 
le  plus  pi'omptement  possible,  car  nous  n'avons  pas  bougé  depuis  hier  au 
soir,  et  nous  mourons  de  faim.  Vous  voudrez,  citoyen  président,  nommer 
de  suite  six  membi'es  du  Conseil  qui  viennent  prendre  nos  ])laces,  pour 
que  nous  puissions  aller  manger.  Signé  :  Mamin,  Mennessicr,  Camus 
et  Boq  ». 

Le  Conseil  général  de  la  Commune,  confirmé  dans  ses  fonctions  par 
les  commissaires  des  sections,  continua  à  siéger  et  à  prendre  des  décisions 
sous  sa  propre  responsabilité,  décisions  qui  n'étaient  pas  toujours  con- 
formes à  celles  du  Comité  central  révolutionnaire;  c'est  ainsi  qu'il  arrêta 


Ixxx  INTRODUCTION 

que  le  tocsin  cesserait  de  sonner,  invitant  les  présidents  des  Assemblées 
générales  des  sections  à  se  concerter  à  cet  eilel  avec  les  Comités  de  sur- 
veillance civils  et  le  Commandant  général  de  la  force  armée  ;  parfois  aussi, 
il  se  retrancha  derrière  le  pouvoir  insurrectionnel;  Jacques  Roux  ayant 
proposé  de  mettre  en  état  d'arreslation  les  prêtres  réfractaires,  les  ex- 
nobles, les  signataires  de  pétitions  anticiviques,  le  Conseil  général  le 
renvoya  au  Comité  révolutionnaire,  essentiellement  chargé,  disail-il,  de 
toutes  les  mesures  de  sûreté.  Pendant  la  journée  du  31  mai,  le  Conseil 
général  se  trouva  plus  d'une  fois  en  présence  de  partisans  de  mesures 
violentes  qui  vinrent,  à  trois  reprises,  proposer  de  marcher  sur  la  Con- 
vention à  la  tête  des  bataillons  de  Paris,  pour  arrêter  et  incarcérer  «  les 
membres  gangrenés  »  de  cette  Assemblée.  Fait  digne  de  remarque,  il 
semble  que  le  Comité  central  révolutionnaire,  représentant  d'un  pouvoir 
insurrectionnel,  ait  été  plutôt  enclin  à  la  modération;  on  en  voit  une  preuve 
incontestable  dans  le  mandat  que  l'Assemblée  générale  des  commissaires 
des  48  sections  donna  au  Comité  de  police,  à  l'elîet  de  s'assurer,  de  demi- 
heure  en  demi-heure,  de  ce  qui  se  produirait  autour  de  la  Convention,  de 
veiller  sur  ceux  de  ses  membres  signalés  par  l'opinion  publique  comme 
contre-révolutionnaires  et  ennemis  de  la  cause  du  peuple,  et  de  rendre 
compte  au  Comité  révolutionnaire  de  leurs  démarches,  afin  que  le  peuple 
ne  les  immolât  pas  à  sa  vengeance  et  que  le  Comité  pût,  en  cas  de  besoin, 
leur  faire  porter  le  secours  et  l'assistance  que  l'on  doit  à  la  représentation 
nationale. 

Le  premier  contact  du  Comité  central  révolutionnaire  avec  la  Convention 
ne  tarda  pas  à  se  pi'oduire  ;  une  députation  de  l'Assemblée  générale  des 
48  sections  se  présenta  devant  la  Convention  pour  donner  lecture  d'une 
adresse  destinée  à  l'instruire  de  ce  qui  se  passait  dans  Paris.  Le  président 
Mallarmé,  après  avoir  sommé  les  pétitionnaires  de  déclarer  s'ils  étaient  ou 
non  du  nombre  des  commissaires  qui  avaient  destitué  la  commune  de 
Paris,  s'ils  étaient  ou  non  envoyés  par  les  Comités  révolutionnaires  des 
sections,  et  après  avoir  reçu  leurs  explications  a  cet  égard,  entendit  la 
lecture  de  l'adresse  en  question,  qui  sans  nul  doute,  émanait  du  Comité 
central  révolutionnaire  et  non  du  Conseil  général  de  la  Commune,  comme 
tendrait  à  le  faire  croire  le  texte  inséré  dans  le  procès-verbal  de  la  Con- 
vention, où  la  phrase  du  début  l' Assemblée  générale  des  sections  nous  envoie 
pour  vous  communiquer  les  mesures  que  nous  avons  prises,  est  remplacée 
par  ces  mots  :  Le  Conseil  général  Je  la  Commune  nous  envoie  ;  celte  adresse 
porte  d'ailleurs  les  signatures  de  Loys,  président,  et  Gusman,  secrétaire 
du  Comité  insurrectionnel.  La  Municipalité  vint  à  son  tour  demander  à  la 
Convention  l'établissement  d'une  correspondance  directe  entre  elle  et  les 


INTRODUCTION  Ixxxj 

repiésentanls  de  la  nation,  de  façon  à  êiro  renseignée  heure  par  heure  sur 
les  mesures  que  prendrait  l'Assemblée  convenlionnelle.  La  Convention 
accéda  à  cette  requête  et  décida  que  des  membres  du  Conseil  exécutif  du 
Département  de  Paris  et  du  Conseil  général  de  la  Commune  se  réuniraient 
dans  un  local  à  proximité  de  la  salle  des  séances,  qui  leur  serait  indiqué 
par  les  inspecteurs  de  la  salle,  pour  recevoir  les  ordres  de  l'Assemblée,  les 
transmettre  aux  autorités  constituées  et  instruire  le  Comité  de  salut  public 
de  ce  qui  se  passerait  dans  les  divers  quartiers  de  Paris.  De  plus,  sur  la 
proposition  de  Vergniaud,  la  Convention  accueillit  ces  manifestations  du 
sentiment  populaire,  en  déclarant  que  les  sections  de  Paris  avaient  bien 
mérité  de  la  patrie  par  le  zèle  qu'elles  avaient  mis  à  rétablir  l'ordre,  à  faire 
respecter  les  personnes  et  les  propriétés,  k  assurer  la  liberté  et  la  dignité 
de  la  représentation  nationale,  et  en  invitant  les  sections  à  continuer  leur 
surveillance  jusqu'au  moment  où  elles  seraient  averties  par  les  autorités 
constituées  du  retour  du  calme  et  de  l'ordre  public.  En  même  temps,  pour 
donner  un  semblant  de  satisfaction  au  côté  droit  de  l'Assemblée,  la  Con- 
vention admit  la  motion  de  Camboulas,  député  de  l'Aveyron,  qui  demandait 
que  le  Conseil  exécutif  provisoire  fît  les  recherches  les  plus  exactes  pour 
découvrir  les  auteurs  des  troubles  qui  avaient  agile  Paris  pendant  la  nuit 
du  30  au  31  mai,  et  qu'il  fit  traduire  devant  les  tribunaux  ceux  qui  avaient 
donné  l'ordre  de  sonner  le  tocsin,  de  battre  la  générale,  de  tirer  le  canon 
d'alarme  et  de  fermer  les  barrières. 

Sur  ces  entrefaites  une  nouvelle  députalion  de  commissaires  des 
48  sections  se  présenta  au  nom  du  peuple  de  Paris  à  la  barre  à  l'elTet  de 
notifier  à  la  Convention  ce  que  réclamaient  les  hommes  du  14  juillet,  du 
10  août  et  du  31  mai,  soulevés  contre  la  tyrannie  :  1"  la  formation  d'une 
armée  révolutionnaire  soldée  ;  2"  un  décret  d'accusation  contre  les  22  députés 
Girondins  et  les  membres  de  la  Commission  des  Douze  ;  3°  la  fixation  du 
prix  du  pain  ;  4°  l'établissement  de  fabriques  d'armes  ;  5"  l'envoi  de  com- 
missaires à  Marseille  ;  6°  l'arrestation  des  ministres  Clavière  et  Lebrun  ; 
7°  le  renouvellement  de  l'administration  des  Postes.  L'adresse  en  question, 
qui  ligure  parmi  les  pièces  annexes  des  procès-verbaux  de  la  Convention, 
porte  la  signature  de  Dorat-Cubières,  secrétaire-greffier  adjoint  de  la 
Commune,  mais  elle  n'émane  point  du  Conseil  général  de  la  Commune  ; 
elle  fut  manifestement  rédigée  par  l'un  des  membres  les  plus  marquants 
du  Comité  central  révolutionnaire,  Jean-Baptiste  Loys,  délégué  de  la  sec- 
tion de  Bon-Conseil,  car  l'on  en  trouve  la  minute,  de  la  main  de  Loys, 
dans  les  papiers  du  Comité  central  révolutionnaire,  et,  particularité  digne 
de  remarque,  le  même  Loys  rédigea  une  adresse  beaucoup  plus  déve- 
loppée que  celle  dont  lecture  fut  donnée  à  la  Convention,  contenant  les 
T.  IX. 


Ixxxij  INTRODUCTION 

mêmes  desiderala,  mais  qui  semble  n'avoir  pas  été  adoptée;  il  est  curieux 
d'en  reproduire  le  texte,  que  nous  n'avons  rencontré  nulle  part  et  que  l'on 
pourra  rapprocher  de  la  version  officielle  :  (1) 

«  Le  peuple  de  Paris  levé  en  masse. 

«  Le  peuple  de  Paris,  bien  convaincu  de  la  justice  de  la  cause  qui  vient  de  le  faire 
lever  tout  entier  pour  la  troisième  fois,  s'est  porté  hier  en  masse  a  votre  barre  et  vous 
a  fait  entendre  le  langage  de  la  modération,  de  la  Justice  et  de  la  vérité.  11  vous  il 
proposé  des  mesures  efficaces  pour  opérer  le  salut  de  la  pairie.  Après  l'avoir  fait 
attendre  plus  de  trois  heures,  les  conspirateurs  qui  sont  dans  votre  sein  et  qui  sont  les 
meneurs  de  la  majorité,  l'ont  accablé  d'outrage  et  de  risée,  et  il  n'a  pu  obtenir  justice 
des  attentats  commis  par  cette  faction  liberticide  qui  veut  nous  précipiter  dans  l'abiuic 
qu'elle  a  creusé  sous  nos  pas. 

«  Nous  venons,  législateurs,  répéter  pour  la  seconde  et  dernière  fois  les  mesures  que 
vous  devez  prendre  pour  sauver  la  patrie,  et  nous  vous  déclarons  au  nom  du  peuple 
entier  de  Paris  ici  présent,  au  nom  de  nos  frères  des  départements  qui  attendent  de 
nous  leur  salut,  que  nous  ne  quitterons  celle  enceinte  que  ces  mesures  n'ayent  été 
converties  en  décret. 

'<  Le  temps  de  la  modération  est  passé,  celui  de  la  justice  souveraine  du  peuple 
commence. 

«  Il  serait  superflu  de  tracer  ici  le  tableau  hideux  des  crimes  atroces  commis  parles 
22  députés  dénoncés  par  les  sections  de  Paris  et  par  lu  majorité  des  départements,  la 
République  entière  les  counaîl  depuis  longtemi)s,  ces  hommes  pervers,  couverts  de 
crime  et  d'infamie,  ils  sont  l'objet  de  l'exécration  de  tous  les  républicains,  et  il  est 
temps  que  les  tribunaux  judiciaires  portent  au  plus  haut  degré  d'évidence  les  attentats 
de  ces  quelques  représentanls  du  peuple,  qui,  chargés  de  ses  intérêts  les  plus  chers, 
l'ont  lâchement  vendu  aux  guinées  de  la  cour  de  Londres,  et  se  sont  constitués  les 
chefs  de  la  contre  révolution  que  l'Europe,  unie  aux  ennemis  de  l'intérieur,  s'efforce 
d'opérer  parmi  nous. 

«  Nous  vous  demandons  donc  que  Brissol,  Guadet,  Corsas,  Barbaroux,  Gensonné, 
Vergniaud  et  les  autres  seize  députés  dénoncés  par  les  sections  soient  décrétés  sur  le 
champ  d'accusation. 

«  N'oubliez  pas  que  Marat  a  été  décrété  et  envoyé  au  Tribunal  révolutionnaire  sur 
la  dénonciation  de  quelques  individus  suspects,  puisqu'il  les  avait  dénoncés  lui-même;  or 
la  dénonciation  d'une  immense  cité,  étayée  de  l'adhésion  de  la  majorité  des  patriotes 
de  la  République,  doit  avoir  autant  de  poids  sur  vos  esprits  que  celle  de  quelques 
individus. 

«  Vous  ne  pouvez  pas  avoir  deux  poids  et  deux  mesures,  nous  réclamons  ici  les  prin- 
cipes sacrés  de  l'égalité,  ceux  de  la  justice,  qui  veut  que  le  criminel  ne  soit  nulle  part 
inviolable  et  que  l'accusé,  quelque  soit  le  caractère  dont  il  est  revêtu,  ne  puisse  jamais 
être  so\istrait  aux  tribunaux  établis  pour  prononcer  sur  le  mérite  des  accusations. 

i<  La  Commission  des  Douze,  que  vous  aviez  cassée  a  usurpé  le  pouvoir  dictatorial 
pour  enchaîner  le  peuple;  elle  a  foulé  aux  pieds  vos  lois,  celle  surtout  qui  défend  de 
violer  de  nuit  l'asile  des  citoyens,  puisque  des  patriotes  purs,  des  magistrats  du  peuple, 
investis  de  loule  sa  confiance,  ont  été  arrachés  au  milieu  des  ténèbres,  de  leur  asile  et 


(I)  V.  Arcli.  ii.-it.,  BB-i  80,  ilos.  8. 


INTIIODUCTION  Ixxxiij 

enlevés  à  leurs  fonctions.   Nous   demandons   également  que  ces  douze  tyrans  soient 
décrétés  sur  le  champ  d'accusation. 

«  Législateurs,  fatigués  d'avoir  sans  cesse  à  combattre  les  esclaves  de  toute  l'Europe 
et  une  nuée  d'ennemis  de  l'intérieur  qui  nous  pressent  de  toute  part,  nous  demandons 
qu'il  soit  levé  dans  toutes  les  villes,  bourgs  et  hameaux  de  la  Républiques  des  armées 
révolutionnaires,  uniquement  composées  de  sans-culottes  et  destinées  à  protéger  les 
patriotes  contre  les  ennemis  de  l'intérieur,  dont  le  nombre  sera  proportionné  à  la  popu- 
lation de  chaque  ville,  que  chaque  citoyen  qui  servira  dans  ces  armées  recevra  25  sols 
par  jour,  prélevés  sur  la  taxe  imposée  aux  riches  ;  que  l'armée  de  Paris  sera  portée  à 
20.000  hommes.  Nous  demandons  que  dans  toutes  les  places  de  la  Hépublique  et  sous 
les  yeux  du  peuple,  il  soit  élevé  des  ateliers  occupés  à  la  fabrication  des  armes  de 
toute  espèce,  afin  que  tous  les  Sans-culoltes  soient  incessamment  armés  pour  la  défense 
de  leur  droit  et  de  leur  liberté. 

«  Législateurs,  écoutés  enfin  les  cris,  les  gémissements  des  patriotes  des  départe- 
ments, qui,  victimes  de  l'agiolage  et  des  accaparements,  sont  obligés  de  payer  le  pain 
8,  10,  12  et  jusqu'à  15  sols  la  livre,  et  sont  condamnés  à  périr  d'inanition  et  de  misère 
par  cette  caste  insolente,  qui  voudrait  les  ramener  à  la  royauté  par  la  famine.  Hâtez 
vous  donc  de  décréter  que  partout  où  la  livre  de  pain  excédera  3  sols,  le  surplus  sera 
restitué  exactement  à  tous  les  Sans-culotles  à  raison  de  Z  livres  pesant  par  tète,  et 
que  cette  dépense  sera  prise  sur  les  sols  additionnels. 

«  Décrétés  le  prompt  désarmement  et  la  mise  en  arrestation  dans  toutes  les  villes 
de  la  République  des  hommes  suspects,  et  que  les  hommes  connus  par  leur  incivisme 
et  par  leur  conduite  contre-révolutionnaire  soient  livrés  au  glaive  vengeur  des  lois. 
Mettes  un  terme  à  celte  nuée  de  conspirations  sans  cesse  renaissantes,  à  ces  défaites 
concertées,  en  licenciant  de  nos  armées  tous  les  hommes  connus  par  leur  incivisme 
et  tous  les  ci-devant  nobles,  qui  de  concert  avec  nos  ennemis  leur  livrent  nos  soldats 
sans  défense. 

«  C'est  dans  les  sections  de  la  République  que  les  contre-révolutionnaires,  que  les 
(lartisans  de  la  royauté  trouvent  un  point  de  ralliement;  décrétés  que  tant  que  la 
pairie  sera  en  danger  il  n'y  aura  d'admis  à  voter  dans  les  sections  que  les  citoyens 
qui  seront  connus  pour  avoir  constamment  professé  des  principes  purs  depuis  1789, 
que  les  Comités  révolulionnaires  des  sections  soient  chargés  de  décider  quels  sont  les 
citoyens  purs  qui  auront  le  droit  de  voter. 

«  Le  Tribunal  révolulionnaire  de  Paris  a  la  confiance  du  peuple,  prolongés  son 
existence,  telle  qu'elle  est,  de  3  mois  et  que  les  patriotes  soient  autorisés  à  lui 
adjoindre  deux  sections  investies  des  mômes  pouvoirs  et  formées  des  mêmes  éléments. 

«  Législateurs,  occupés  vous  sérieusement  de  ces  citoyens  malheureux,  à  qui  les 
blessures,  la  vieillesse  ou  les  infirmités  interdisent  les  travaux  pénibles  ;  ouvrez  enfin 
pour  eux  des  ateliers  qui  leur  assurent  un  travail  accommodé  à  leur  faiblesse,  et  dont 
le  produit  soit  moins  fixé  sur  la  valeur  réelle  de  ce  qu'ils  auront  fait  que  sur  les  besoins 
qu'ils  éprouvent. 

«  Mettes  promptenient  à  exécution  votre  décret  |)ortant  emprunt  forcé  d'un  milliard 
sur  les  riches. 

<i  H;Ués  vous  d'accorder  aux  épouses,  aux  mères,  aux  enfants  des  défenseurs  de  la 
patrie  la  juste  indemnité  qui  leur  est  duc  par  la  Nation,  et  que  cette  dette,  la  plus 
sacrée  de  toutes,  soit  incessamment  acquittée. 

«  Li'-gislaleurs,  épurés  le  Comité  de  salut  public,  épurés  le  Conseil  exécutif,  chassés 
du  timon  des  affaires  les  Lebrun,  les  Clavière,  et  cette  horde  d'agents  subalternes, 
dont  l'incivisme  est  connu,  qu'ils  soient  remplacés  sur-le-champ  par  des  patriotes  purs 
et  intelligents.  Chassés  surtout  cet  infâme  directoire  des  Postes,  qui  est  ouvertement 
coalisé  avec  nos  ennemis. 


Ixxxiv  IXTHODUCTION 

<<  Prenés  des  mesures  promptes  pour  empêcher  les  patriotes  de  Marseille  de  tomber 
sous  le  fer  liberticide  des  conlre-révolutionnaires  qui  dans  ce  moment-ci  exercent  sur 
eux  le  despotisme  le  plus  affreux  et  le  plus  barbare  et  les  égorgent  impitoyablement. 

«  Législateurs,  voilà  les  mesures  que  nous  vous  proposons,  nous  demandons  que 
vous  mettiez  aux  voix  par  appel  nominal  leur  conversion  en  décret  ». 

La  proclamation  lancée  par  la  Conveiilion  le  l"juin  pour  faire  connaître 
le  grand  mouvement  qui  venait  de  se  produire,  donne  l'impression  exacte 
de  ce  que  fut  la  journée  du  31  mai.  «  Les  sections,  y  est-il  dit,  ont  mis 
toutes  les  personnes  et  les  propriétés  sous  la  sauvegarde  de  tous  les  bons 
républicains.  Si  le  tocsin  et  le  canon  d'alarme  ont  retenti,  du  moins  aucun 
trouble,  aucune  terreur  n'ont  été  répandus,  le  bruit  des  ateliers  n'a  point 
été  interrompu  et  le  cours  dos  affaires  a  été  le  même.  La  Convention, 
qu'on  avait  voulu  alarmer  sur  la  vie  de  plusieurs  de  ses  membres,  a  vu 
ses  alarmes  disparaître,  au  moment  même  où  fngilation  est  devenue  plus 
générale.  Telle  a  été  cette  journée;  elle  a  inspiré  un  instant  des  inquié- 
tudes, mais  tous  les  résultats  ont  été  heureu.x  :  elle  a  présenté  l'étonnant 
spectacle  d'une  insurrection  dans  laquelle  la  vie  et  les  propriétés  ont  été 
aussi  sûrement  protégées  que  dans  le  meilleur  ordre  social.   » 

Pendant  que  la  Convention  appréciait  à  son  point  de  vue  les  résultats 
de  la  journée  du  31  mai,  le  Comité  central  révolutionnaire  annonçait  de 
son  côté,  aux  termes  d'une  proclamation  qui  fut  publiée  dans  les  sections, 
que  la  Commission  inquisitoriale  des  Douze  était  renvoyée,  l'.irmée  révolu- 
tionnaire des  Sans-culottes  établie,  le  germe  de  la  guerre  civile  étoulTé, 
que  les  48  sections  n'en  faisaient  qu'une  et  avaient  bien  mérité  de  la  pairie, 
que  les  individus  suspects  avaient  été  désarmés,  et  il  concluait  en  ces 
termes  :  «  Voilà  notre  ouvrage,  mais  ce  n'est  rien  encore  :  les  traîtres  qui 
siègent  au  Sénat  doivent  être  aujourd'hui  exclus  par  décret;  que  les  citoyens 
l'attendent,  avec  cette  fermeté  énergique  qu'ils  déploient  depuis  3  jours, 
leur  bonheur  est  aujourd'hui  assuré,  la  liberté  triomphe  et  la  patrie  est 
sauvée  »  (1). 

Malgré  l'optimisme,  peut-être  plus  apparent  que  réel,  avec  lequel  la 
Convention  semblait  envisager  la  journée  du  31  mai,  la  situation  demeu- 
rait troublée  et  menaçante,  carie  peuple  de  Paris  ne  désarmait  point:  c'est  ce 
qui  ressort  de  la  déclaration  faite,  le  1"  juin,  par  Garât  au  Comité  de  salut 
public.  L'agitation  des  esprits  était  extrême,  les  citoyens  de  Paris  restaient 
debout,  le  Comité  central  révolutionnaire  avait  pris  et  continuait  de 
prendre   des   mesures  de  sûreté.  Le  maire  de    Paris,   convoqué   par  le 


(1)  V.  le  t.  Vlll  de  notre  Répertoire,  n"  2Î96. 


INTRODUCTION  Ixxxv 

Comitc^  de  salut  public,  attesta  dans  son  exposé  de  la  situation  que  tous 
les  citoyens  de  la  capitale,  fatigués  des  calomnies  d'une  faction  puissante, 
étaient  unanimes  à  demander  justice  de  ces  calomnies,  ayant  pour  objet 
de  provoquer  les  départements  contre  Paris,  de  diviser  la  République 
et  d'établir  le  fédéralisme;  que  depuis  deux  jours  il  s'était  formé  un 
Comité  révolutionnaire,  composé  de  neuf,  puis  de  dix  citoyens,  et  com- 
plété par  une  Commission  révolutionnaire  de  15  membres  nommés  aux 
Jacobins;  que  le  peuple,  instruit  de  l'extrême  effervescence  qui  régnait 
h  la  Convention  et  du  renouvellement  des  calomnies  contre  Paris,  avait 
résolu  de  présenter  une  nouvelle  pétition.  Tous  les  rapports  reçus  par  le 
Comité  de  salut  public  s'accordaient^  à  constater  que  les  citoyens  étaient 
sous  les  armes,  attendant  l'entrée  en  séance  des  représentants  du  peuple, 
que  cependant  l'ordre  régnait  dans  tous  les  quartiers  de  la  Ville  et  que 
l'appareil  militaire  ne  faisait  présager  ni  troubles,  ni  violences,  qu'enfin 
tous  les  citoyens  paraissaient  animés  du  même  esprit. 

Au  Conseil  général  de  la  Commune,  le  1"  juin  au  matin,  la  journée  du 
31  mai  fut  célébrée  comme  l'une  des  plus  belles  de  la  Révolution  aux  yeux 
des  républicains;  le  Comité  central  révolutionnaire  qui,  en  vertu  d'arrêté 
du  Conseil,  avait  reçu  la  dénomination  de  Comité  révolutionnaire  créé  par 
Ip  peuple  du  Département  de  Paris,  vint  présenter  au  Conseil  une  adresse 
à  la  Convention  nationale  pour  réclamer  au  nom  de  ce  peuple  plusieurs 
mesures  de  salut  public.  Cette  adresse,  adoptée  à  o  heures  du  soir,  fut 
portée  à  la  Convention  dans  la  soirée  par  une  députation,  composée  de 
6  délégués  de  la  Commune  et  de  6  du  Comité  révolutionnaire,  députation 
à  la  tète  de  laquelle  se  trouvait  Hassenfratz,  qui  prit  la  parole  et  demanda 
lin  décret  d'accusation  contre  Guadet,  Brissot,  Gorsas,  Petion,  Vergniaud, 
Salle,  Barbaroux,  Chambon,  Buzot,  Birotteau,  Ducos,  Lidon,  Rabaut,  La 
Source,  Fonfrède,  Lanthenas,  Isnard,  Lanjuinais,  Dusaulx,  Fauchet, 
(jrangeneuve,  Lehardy  et  Lesage,  tous  députés  du  parti  Girondin.  Has- 
senfratz termina  son  discours  par  cette  mise  en  demeure  adressée  à  la 
Montagne  : 

«  Représentants  du  peuple  qui  siégez  à  la  Montagne,  nous  attendons 
que  vous  sauviez  la  patrie,  vous  ne  pouvez  la  sauver  qu'en  mettant  en 
état  d'accusation  les  hommes  que  nous  vous  dénonçons.  Si  vous  ne 
pouvez  sauver  la  patrie;  annoncez-nous  le,  nous  sommes  debout,  nous  la 
sauverons,  comme  nous  l'avons  déjà  sauvée  deux  fois  »  (1). 


(l)   V.  le  t.  VIII  (le  noire  Répertoire,  n"  2788. 


Ixxxvj  INTRODUCTION 

La  Convention  se  borna  à  décréter  que  le  Comité  de  salut  public  ferait 
sous  trois  jours  un  rapport  sur  l'adresse  des  pétitionnaires. 

Le  procès-verbal  do  la  séance  permanente  que  tint  le  l"  juin,  do 
6  heures  du  soir  à  3  heures  du  matin,  rAssemblée  générale  de  la  section 
de  Molière  et  La  Fontaine,  qui  envoya  coup  sur  conj)  des  commissaires  à 
la  Convention  et  à  la  Commune,  pour  savoir  heure  par  heure  ce  qui  se 
passait,  nous  offre  un  tableau  des  plus  mouvementés  de  la  situation,  où  se 
trouvent  recueillies  et  notées  les  impressions  de  témoins  oculaires  (1). 

Suivant  le  récit  de  l'un  des  commissaires  dépêchés  auprès  de  la  Conven- 
tion, les  avenues  de  la  Convention  étaient  occupées  par  une  foule  immense  ; 
la  séance  n'était  pas  encore  ouverte,  ipais  l'Assemblée  avait  été  convoquée 
sur  la  demande  du  Comité  de  salut  public  pour  recevoir  une  pétition  du 
Conseil  général  de  la  Commune  réclamant  l'arrestation  delà  Commission 
des  Douze. Un  autre  commissaire,  de  retour  delà  Commune,  rapporta  qu'une 
section  étant  venue  demander  la  cause  des  rassemblements  armés  autour 
de  la  Convention,  le  président  du  Conseil  général  et  Chaumette  avaient 
répondu  que  la  force  armée  y  avait  été  dirigée,  sur  l'avis  d'un  rassemble- 
ment suspect  aux  Champs-Elysées,  où  plusieurs  députés  s'étaient,  disait-on, 
réfugiés;  il  fit  connaître  également  que  la  pétition  arrêtée  par  le  Comité 
révolutionnaire  avait  été  présentée  et  avait  donné  lieu  à  de  très  vifs  débals, 
que  Marat  l'avait  soutenue  on  répondant  du  succès.  On  apprit  en  outre  que 
les  délégués  de  la  Commune  à  la  Convention  avaient  été  mal  reçus  par  une 
parti'e  de  l'Assemblée,  que  Robespierre  avait  dit  à  Gatrez,  l'un  d'eux,  qu'ils  ne 
pouvaient  pas  faire  arrêter  les  députés  dénoncés,  mais  que  le  peuple  s'étant 
levé,  il  fallait  qu'il  achevât  son  œuvre.  Dans  cette  même  soirée,  la  section 
de  Molière  et  La  Fontaine  reçut  un  officier  municipal,  revêtu  de  son 
écharpe,  du  nombre  de  ceux  chargés  par  la  Commune  de  faire  les  procla- 
mations au  sujet  des  mesures  de  salut  public,  lequel  annonça  que  la 
Commune  ayant  présenté  une  pétition  à  la  Convention  pour  obtenir  l'arres- 
tation des  députés  suspects,  l'Assemblée  délibérait  sur  cet  objet,  et  invita 
les  citoyens  à  attendre  avec  constance  et  courage  les  résultats  de  cette 
importante  journée.  Ilassenfratz  jeune,  qui  l'accompagnait,  prit  à  son  tour 
la  parole  et  s'exprima  en  ces  termes  :  «  Le  Conseil  général  de  la  Commune 
ne  désemparera  pas  qu'il  n'ait  obtenu  le  décret  d'accusation  demandé  à  la 
Convention;  il  nous  faut  justice,  le  peuple  lavent,  il  l'aura.  »  Ce  langage 
était  net  et  significatif,  il  montre  bien  que  le  parti  Girondin  était  irrévoca- 
blement condamné.  Suivant  le  langage  do  l'un  des  commissaires  dépêchés 


(1)  V.  le  t.  vin  de  notre  Répertoire,  n»  2771. 


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^/ 


LISTE  DES  DEPUTES  DE  LA  CONVENTION  A  METTRE  EN  ÉTAT  D'ARRESTATION 

(3i   mai   lygS) 


-INTRODUCTION  Ixxxvij 

auprès  de  la  Commune,  l'insurrection  conlinuait  et  son  résultat  pouvait 
sauver  la  liberté  ou  la  perdre.  Le  (îonseil  invitait  tous  les  citoyens  à  se 
tenir  sous  les  armes;  mais,  exclusivement  occupé  du  maintien  de  la  tranquillité 
publique,  il  ne  délibérait  point  sur  les  mesures  insurrectionnelles  :  toutes 
propositions  les  concernant  étaient  renvoyées  au  Comité  révolutionnaire, 
lequel  agissait.  L'un  des  citoyens  présents  ayant  demandé  quelques  éclaicis- 
scments  au  sujet  des  mesures  d'insurrection  dont  s'occupait  le  Conseil  de 
la  Commune,  le  commissaire  rappela  la  distinction  établie  dans  son  rapport 
entre  les  opération»  du  Conseil  général  et  celles  du  Comité  révolutionnaire, 
et  fit  observer  que,  ce  Comité  agissant  en  secret,  les  mesures  qu'il  adoptait 
ne  pouvaient  être  connues  que  lors  de  leur  exécution.  Aussi  est-ce  à  tort 
que  la  plupart  des  historiens  ont  pensé  que  le  Conseil  général  de  la  Com- 
mune et  le  Comité  central  révolutionnaire  formaient  un  seul  et  même 
corps;  en  réalité,  s'ils  poursuivirent  bien  le  même  but,  leurs  délibérations 
restèrent  toujours  distinctes,  comme  différaient  leur  composition  et  leur 
rôle  respectifs.  Le  Comité  central  révolutionnaire  était  avant  tout  une  sorte 
de  mandataire  et  de  fondé  de  pouvoirs  des  sections. 

Le  Comité  central  révolutionnaire  ne  perdait  pas  de  temps  et  suivait 
méthodiquement  l'exécution  d'un  plan  arrêté  d'avance  ;  rien  ne  le  montre 
mieux  que  le  relevé  de  ses  décisions  successivement  prises  du  1®'  au  2  juin, 
et  notamment  le  2,  à  4  heures  du  matin.  Les  dernières,  en  particulier, 
sont  d'une  importance  capitale,  puisque  l'on  n'attendait  même  pas  que  la 
Convention  eût  rendu  le  décret  de  proscription  contre  les  Girondins  et 
que  l'on  comptait  bien  passer  outre  dans  le  cas  où  la  Convention  aurait 
refusé  de  faire  droit  à  la  demande  des  citoyens  de  Paris.  C'est  ainsi  que 
le  Comité  prit  soin  de  dresser  une  liste  des  députés  suspects  au  nombre 
de  30,  avec  l'indication  de  leurs  demeures,  afin  de  procéder  sans  i-etard 
à  leur  arrestation.  Ce  tableau  des  députés  Girondins,  dont  la  proscription 
était  décidée  (1),  est  intitulé  :  Liste  des  conspirateurs  de  la  Convention 
dont  il  faut  s'assurer. 

Le  procès-verbal  sommaire  des  décisions  prises  par  le  Comité  central 
révolutionnaire  dans  les  moments  les  plus  critiques,  parfois  accompagné 
de  l'indication  des  heures  auxquelles  elles  furent  adoptées  :  ordre  de  faire 
cesser  le  tocsin  et  le  canon  (1"  juin,  8  heures  du  soir),  envoi  de  Marino 
à  la  Convention  (10  heures  du  soir),  envoi  de  commissaires  au  Comité 
de  salut  public  pour  le  mettre  en  demeure  de  déposer  son  rapport  (2  juiu. 


(I)  Arch.  nat  ,  BB^  80,  n"  16. 


Ixxiviij  INTRODUCTION 

2  heures  du  matin)  ost  singulièrement  instructif  et  permet  de  suivre  dans 
ses  moindres  détails  l'action  du  Comili'^  central  révolutionnaire. 

1"  juin  1793,  an  II  de  la  République,  une  et  indivisible. 

«  On  annonce  qu'il  doit  y  avoir  dans  la  journée  des  rassemblements  contre-révolu- 
lioniiaires  dans  Paris,  ou  arrête  que  l'on  mettra  sur  pied  la  force  armée. 

(1  Arrêté  qu'il  sera  donné  au  Comité  révolutionnaire  de  la  section  des  Piques  un 
pouvoir  illimité  de  rechercher  ot  découvrir  la  retraite  des  ministres  Clavière  et  Lebrun, 
pour  ensuite  s'assurer  de  leur  personne  et  les  amener  de  suite  à  la  Maison  Commune. 

((  Arrêté  que  le  ciloyen  Marchand,  l'un  de  ses  membres,  sera  chargé  de  rechercher 
et  découvrir  la  retraite  de  la  dame  Roland,  pour  s'assurer  de  sa  personne  et  la  conduire 
à  l'Abbaye. 

«  Arrêté  que  l'administration  de  Police  surveillera  le  rassemblement  qu'on  dit  se 
former  dans  la  maison  de  Miranda,  à  Ménilmontant,  et  prendra  ensuite  telle  mesure 
qu'elle  jugera  convenable. 

'c  Arrêté  que  le  Commandantgénéral  provisoire  mettra  sur  piod  une  force  suffisante 
pour  proléger  le  mouvement  révolutionnaire  qui  s'opère  en  ce  moment,  en  observant 
toutefois  le  respect  dû  aus  personnes  et  aux  propriétés. 

«  Arrêté  que  la  générale  sera  battue. 

«  Enjoint  aux  Comités  révolutionnaires  des  sections  de  faire  exécuter  le  désarme- 
ment et  arrestation  des  gens  suspects,  comme  aussi  l'enrôlement  décrété  pour  une 
armée  révolutionnaire. 

«  Enjoint  au  Comité  révolutionnaire  du  Luxembourg,  sous  sa  responsabilité, 
d'effectuer  l'arrestation  et  désarmement  des  gens  suspects. 

«  Arrêté  que  le  canon  d'alarme  sera  tiré,  le  tocsin  sera  sonné. 

«  Arrêté  que  les  braves  Sans-culoltes  qui  sont  sous  les  armes  depuis  hier,  recevront 
demain  dans  leurs  comités  respectifs  la  somme  de  six  livres.  Remis  à  deux  jours  par 
le  Conseil  général. 

1"  juin,  8  heures  du  soir.  —  «  Arrêté  que  le  tocsin  cessera  ainsi  que  le  canon. 

«  Arrêté  que  4  commissaires  seront  envoyés  près  du  Comité  de  salut  public,  à  l'effet 
de  se  concerter  sur  les  moyens  d'exécution. 

«  Arrêté  que  16  commissaires  se  transporteront  dans  les  rues  pour  donner  des 
renseignements  sur  les  mesures  de  salut  public  adoptées  par  le  Comité  révolutionnaire. 

«  Arrêté  que  les  commissaires  du  Conseil  aux  Postes  ouvriront  généralement  toutes 
les  lettres. 

«  Arrêté  que  la  force  armée  à  la  place  de  Grève  sera  mise  en  action  et  distribuée 
pour  protéger  les  prisons  et  les  établissements  publics. 

<c  Arrêté  que  des  commissaires  du  Conseil  se  Iran.sporteronl  dans  les  rues  avec  des 
(lambeaux  et  proclameront  le  décret  rendu  hier,  avec  l'invitation  aux  citoyens  de  Paris 
de  prendre  les  armes,  si  ce  décret  venait  à  être  réformé. 

i<  Donné  pouvoir  au  citoyen  Picardeau,  membre  du  Comité  révolutionnaire  de  la 
secliou  du  Marais,  pour  faire  une  recherche  exacte  des  papiers  Ingrand. 

«  Le  Commandant  annonce  que  les  sections  sont  dans  les  meilleures  dispositions, 
ainsi  que  la  force  armée,  que  la  section  de  la  Butte-des-Moulins  vient  d'envoyer  ses 
canons. 

«  A  dix  heures  le  citoyen  Marineau  est  chargé  d'aller  à  la  Convention  chercher  et 
rapporter  des  nouvelles  de  ce  qui  s'y  passe. 

«  On  annonce  qu'il  y  a  un  rassemblement  de  contre-révolutionnaires  aux  Champs- 
Elysées,  le  Commandant  est  chargé  de  faire  passer  des  forces  sufllsanles  et  en  plus 
grande  quantité  possible. 

<■  Marie-Benoit  Gautier,  demeurant  chez  le  citoyen  Gcbin,  garçon  du  Tribunal  révolu- 


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ORDRK  DU  COMITÉ  CENTRAL  DE  METTRE  SUR  PIED  LA  FORCE  ARMÉE 

(i  juin  I7(j3) 


INTRODUCTION  Ixxxix 

lionnaire,  qui  vient  annoncer  au  général  que  le  Comité  de  salut  public  le  demande,  est 
arrêté  comme  suspect  et  envoyé  à  la  Police  pour  ôtre  gardé. 

«  Le  citoyen  Percyra,  demeurant  rue  Saint-Merry,  au  Roniiet  de  la  Liberté,  n°  413, 
dénonce  le  citoyen  Cusman,  membre  du  Comité  révolutionnaire,  comme  un  homme 
suspect.  On  arrête  qu'il  sera  mis  provisoirement  en  arrestation  à  la  Mairie  dans  une 
chambre  particulière.  11  a  remis  un  pistolet  de  poche  et  un  sabre. 

«  On  dépose  sur  le  bureau  une  dénonciation  do  la  section  du  Panthéon-Français 
contre  Roland. 

«  On  vient  annoncer  de  la  part  de  la  section  des  Piques  que  le  ministre  Claviére  a 
été  arrêté  et  mis  en  arrestation  chez  lui  comme  suspect. 

«  Arrêté  que  les  députés  de  la  Convention  seront  mis  en  arrestation  chez  eux,  et  que 
le  Commandant  de  la  garde  sera  chargé  d'exécuter  cette  arrestation,  sous  la  surveillance 
des  membres  du  Comité  central  révolutionnaire,  dans  la  journée  de  demain  mardi. 

2  Juin,  i  heures  du  matin. 

«  Arrêté  que  des  commissaires  se  transporteront  sur  le  champ  au  Comité  de  salut 
public  pour  lui  demander  qu'il  fasse  son  rapportaujourd'hui,  de  manière  que  l'Assemblée 
décrète  que  les  chefs  de  la  faction  ont  perdu  la  confiance  publique,  qu'ils  soient  en 
conséquence  mis  en  état  d'arrestation,  sauf  au  peuple  à  suivre  la  demande  en  accusation. 

c<  Arrêté  que  le  Commandant  fera  dès  le  matin  environner  la  Convention  d'une;  force 
armée  respectable,  de  manière  que  les  chefs  de  la  faction  puissent  être  arrêtés  dans  le 
jour,  dans  le  cas  où  la  Convention  refuserait  de  faire  droit  sur  la  demande  des  citoyens 
de  Paris.  » 

De  cet  ensemble  de  mesures  prises  à  la  veille  de  ha  journée  décisive, 
on  peut  rapprocher  un  projet  d'arrêlé  du  Comité  cenlral  révolutionnaire, 
écrit  de  la  main  de  Génois,  l'un  de  ses  membres,  non  daté,  mais  se  référant 
évidemment  à  cet  instant  critique  : 

«  Au  nom  du  Comité  central  révolutionnaire,  le  Commandant  général  de  la  force 

armée  parisienne  fora  passer  à  toutes  les  sections  l'ordre  de  battre  sur  le  champ  la 

générale,  de  mettrg  toute  la  force  armée  sur  pied,  attendu  la  résistance  que  les  citoyens 

de  Paris  ont  éprouvée  hier,  en  voyant  des  vœux  légitimes  méconnus  et  avilis  par  les 

conspirateurs  qu'elle  dénonce,  attendu  que  le  peuple  de  Paris  est  bien  déterminé  cette 

fois  à  ne  poser  les  armes  qu'il  n'ait  obtenu  la  justice  qui  est  due  à  tous  les  républicains 

des  départements.  » 

(Signé)  ;  Gknois. 

Comme  le  peuple  de  Paris  était  sur  pied  depuis  (rois  jours  et  que  le 
faubourg-  Saint-Antoine  notamment  commençait  à  trouver  le  temps  long,  le 
Comité  cenlral  révolutionnaire,  considérant  que  les  Sans-culolles  sacrifiaient 
tout  pour  la  Révolution,  qu'ils  quittaient  leurs  travaux  et  qu'en  consé- 
quence il  fallait  les  nourrir,  invita  les  Comités  révolutionnaires  à  dresser 
équilablement  la  liste  de  tous  ceux  qui  se  trouvaient  sous  les  armes  et 
qui  pouvaient  avoir  besoin  de  secours,  ajoutant  qu'il  leur  ferait  passer  les 
fonds  nécessaires  (1). 


(1)  V.  le  t.  VIII  lie  nolie  Réperloiie,  n"  2795. 


xc  IN'TRODUCTION 

Hanriot,  conformément  aux  instructions  du  Comité  central  révolution- 
naire, l'équisitionna  400  hommes  de  la  section  des  Droits-de-l'Homme, 
ainsi  que  la  compagnie  de  canonniers  avec  ses  deux  pièces  de  canon,  qui 
furent  distribués  au  Carrousel,  le  long  desïuileries  et  place  de  la  Révolution  ; 
une  batterie  de  32  canons  fut  installée  dans  la  cour  du  Palais  et  placée 
sous  les  ordres  do  Petit,  commandant  des  canonniers  de  la  section  de  Bon 
Conseil  (1).  Toutes  les  dispositions  étaient  prises,  aussi  llanriot  pouvait-il 
annoncer,  le  soir  du  1"  juin,  au  Conseil  général  de  la  Commune,  que  tous 
les  postes  étaient  garnis,  qu'avant  peu  plus  de  40  traîtres  seraient  arrêtés 
et  que  sans  aucun  doute  les  braves  Sans-culottes  seraient  vainqueurs. 

L'action  définitive  allait  s'engager.  Le  Conseil  général  de  la  Commune, 
convoqué  à  neuf  heures  du  matin,  avait  entendu  la  lecture  d'une  nouvelle 
adresse  à  la  Convention  et  décidé  qu'elle  serait  portée  à  l'instant  par  une 
nombreuse  dépulalio».  Ce  fut  Marchand,  l'un  des  membres  du  Comité 
central  révolutionnaire,  qui  demanda  en  ces  termes  l'admission  de  la  dépu- 
tation  :  «  Citoyen  président,  une  députation  des  48  sections  et  de  tous  les 
corps  constitués  du  Département  de  Paris  demande  à  élre  admise  à  la 
barre  pour  présenter  la  dernière  mesure  de  salut  public.  »  Celte  mesure 
était  la  mise  en  état  d'arrestation  des  conlre-révolulionnaircs,  des  factieux 
de  la  Convention,  c'est-à-dire  des  députés  Girondins,  réclamée  de  nouveau 
par  le  peuple  de  Paris  en  armes  depuis  trois  jours,  qui  venait  déclarer 
qu'il  était  las  d'ajourner  sans  cesse  l'instant  de  son  bonheur,  et  adjurait 
la  Convention  de  le  sauver,  ou  il  se  sauverait  lui-même.  L'adresse  en 
question,  revêtue  des  signatures  de  Marquet,  président,  de  Marchand, 
secrétaire  (pour  le  Comité  central  révolutionnaire),  de  Louis  Roux,  prési- 
dent, et  de  Mettot,  secrétaire-greffier  adjoint  (pour  le  Conseil  général  de  la 
Commune)  émane  du  Comité  central  révolutionnaire  ;  elle  fut  rédigée  par 
Marchand,  l'un  de  ses  membres,  dont  la  signature,  on  qualité  de  secrétaire 
du  Comité,  figure  au  bas  de  l'adresse  :  ce  qui  le  prouve  de  la  façon  la  plus 
formelle,  c'est  que  la  minute  de  celle  adresse,  de  la  main  même  de  Marchand, 
existe  dans  son  dossier,  parmi  les  papiers  du  Comité  de  sûreté  générale. 
Quoiqu'absolument  conforme  dans  son  contexte  au  document  dont  lecture 
fut  donnée  ù  la  Convention,  il  y  a  lieu  do  faire  remarquer  que  les  mots: 
Nous  en  répondons  tous  à  leurs  dépiirtenients  ne  figurent  pas  dans  la  version 
primitive  et  ont  été  ajoutés  au  dernier  moment. 

La  Convention  se  borna  purement  et  simplement  à  renvoyer  la 
pétition  au  Comité  de  salut  public,  sans  admettre  la  motion  do  Billaud- 


(1)  V.  la  lettre  de  Fortin  à  la  section  de  Bon  Conseil,  Arch.  nat..  F"  4643. 


MUNICIPALITÉ    DE   PARIS. 


^^^,<^^<<*,.,  ^.v^^W ^^  y^^^^y-- 


) 


SOMMATION  DU  COMITE  CENTRAL  REVOLUTIONNAIRE  A  LA  CONVENTION 

(2  juin   179?) 


INTROnuniION  xcf 

Varenne,  qui  insista  pour  que  le  rapport  fût  fait  séance  tenante  et  sans 
df^semparer.  L'on  sait  avec  quelle  rapidité  se  déroulèrent  les  événements 
qui  aboutirent  h  la  chute  de  la  Gironde.  Après  le  départ  des  pélition- 
uaires  au  milieu  d'un  violent  tumulte,  le  Comité  de  salut  public  avant 
invité  les  députés  dénoncés  h  accepter  leur  suspension  provisoire,  Isnnrd, 
Lanthenas  ot  Fauchet  ollrircnt  leur  démission,  tandis  que  Lanjiiinais  et 
Barbaroux  protestèrent.  Depuis  le  refus  de  statuer  sur  la  pétition  de  la 
Commune,  des  hommes  armés  se  tenaient  aux  portes  de  la  salle,  avec  la 
consigne  de  ne  laisser  sortir  aucun  député,  consigne  exécutée  avec  une 
rigueur  impitoyable.  C'est  alors  que  Barère  proposa  à  la  Convention  de  se 
rendre  en  masse  au  milieu  de  la  force  armée,  pour  montrer  que  l'Assem- 
blée n'était  point  captive  ;  elle  sortit  :  arrivée  en  présence  des  canoimicrs, 
à  la  tête  desquels  se  tenait  Hanriot,  Hérault  de  Séchelles,  son  président, 
l'invita  à  ouvrir  un  passage  aux  députés;  Hanriot  s'y  refusa  sur  un  ton 
menaçant  et  opposa  une  fin  de  non-recevoir  absolue  tant  que  la  Conven- 
tion n'aurait  pas  livré  les  22  députés.  L'Assemblée,  sous  l'impulsion  de 
Marat,  se  résigna  à  rentrer  dans  la  salle  de  ses  séances  et  décréta  d'arres- 
tation 2!)  députés.  On  permit  à  ces  proscrits  de  rester  dans  leur  domicile 
sous  la  sauvegarde  du  peuple  français  et  de  la  Convention  nationale. 

Le  Comité  central  révolutionnaire,  ayant  enfin  obtenu  satisfaction, 
envoya  au  président  de  la  Convention  la  déclaration  suivante,  signée  de 
trois  de  ses  membres,  Laugier,  Loys  et  Dunouy  :  «  Le  peuple  entier  du 
Département  de  Paris  nous  députe  vers  vous,  pour  vous  déclarer  que  le 
décret  que  vous  venez  de  rendre  est  le  salut  de  la  République  ;  nous 
venons  offrir  de  nous  constituer  on  otage,  en  nombre  égal  à  celui  des 
députés  mis  en  état  d'arrestation  pour  répondre  h  la  France  entière  de  leur 
sûreté.  » 

Les  phases  de  la  journée  du  2  juin  sont  tellement  connues  qu'il  n'y 
aurait  pas  lieu  de  s'en  occuper,  si  des  témoignages  contemporains,  ceux  des 
commissaires  de  la  section  de  Molière  et  de  La  Fontaine,  envoyés  à  la 
Convention,  ne  nous  apportaient  quelques  détails  pittoresques.  On  sait  par 
eux  que,  lorsque  la  Convention  renvoya  au  Comité  de  salut  public  la  péti- 
tion présentée  par  la  Commune  pour  l'arrestation  des  députés  suspects,  les 
pétitionnaires  sortirent  avec  menaces,  suivis  par  les  spectateurs  des  tribunes, 
annonçjinl  qu'ils  allaient  revenir,  qu'en  effetils  étaient  revenus  toutaussitôt, 
au  pas  de  charge,  réunis  à  des  bataillons  armés,  qu'à  cet  instant  les  fusils 
avaient  été  chargés  et  les  canons  braqués  sur  la  Convention.  Suivant  la 
relation  de  ces  mêmes  commissaires,  plusieurs  députés  étant  venus  se 
plaindre  de  n'avoir  pu  sortir  même  po'ur  leurs  besoins,  le  Commandant 
général  avait  été  mandé  et  n'avait  point  paru,  les  chefs  de  légion  avaient 


xcij  INTRODUCTION 

répondu  n'avoir  aucun  ordre;  enfin,  l'un  des  de'pulés  étant  rentré,  son  col 
et  ses  habits  déchirés,  l'Assemblée  s'était  levée  en  masse  et  était  sortie, 
mais  Marat  aurait  dit  aux  tribunes  :  «  Restez,  nous  allons  rentrer.  >y 

D'après  le  récit  fait  par  Varlct  au  Conseil  général  de  la  Commune, 
lorsque  la  Convention  sortit  en  corps,  Ilanriot  aurait  mis  le  président  en 
demeure  de  lui  livrer  les  députés  suspects,  et  le  président,  au  milieu  dos 
députés  serrés  autour  de  lui,  aurait  répondu  que  le  Commandant  général 
n'avait  pas  le  droit  de  faire  une  pareille  demande,  que,  quant  à  lui, 
il  mourrait  plutôt  que  de  livrer  un  de  ses  collègues;  devant  cette  réponse, 
Hanriot,  n'ayant  pas  d'autres  ordres,  n'avait,  pu  prendre  d'autres  dispo- 
sitions, en  revanche  Varlel  était  partisan  des  mesures  les  plus  exagérées. 

A  la  suite  du  coup  d'état  populaire  du  2  juin,  d'où  la  Convention 
nationale  sortit  diminuée  et  humiliée,  il  semble  que  ceux  qui  avaient 
dirigé  l'émeute  ou  pactisé  avec  elle,  aient  éprouvé  le  besoin  d'apporter 
aux  pouvoirs  constitués  une  sorte  de  justification,  mêlée  d'excuses,  pour 
les  faits  accomplis  la  veille.  Le  maire  de  Paris,  fleux  membres  du  Comité 
révolutionnaire  et  l'adjoint  du  Commandant  général  se  présentèrent  dans 
l'après-midi  du  3  juin  devant  le  Comité  de  salut  public  et  exposèrent,  non 
sans  quelque  embarras,  qu'ils  avaient  employé  tous  leurs  soins  pour  préve- 
nir dans  la  journée  de  la  veille  toute  confusion,  tous  désordres,  que  les 
citoyens  avaient  manifesté  unanimement  l'intention  de  veiller  h.  la  sûreté 
de  la  représentation  nationale,  que  les  sentiments  par  eux  exprimés  aux 
représentants  du  peuple,  loi-squ'ils  s'étaient  présentés  dans  la  cour  et  le 
jardin  du  Palais  national,  avaient  été  les  mêmes  que  ceux  qu'ils  avaient 
manifestés  dans  tous  les  moments  de  l'insurrection,  qu'il  ne  fallait  imputer 
qu'à  un  mouvement  irrésistible  leur  présence  autour  du  Palais  national, 
ce  qui  availpu  faire  croire  à  leur  dessein  d'empêcher  la  sortie  des  députés; 
que  la  Municipalité  et  le  Comité  central  révolutionnaire  avaient  donné  les 
ordres  les  plus  précis  aux  citoyens  armés  de  se  tenir  éloignés  du  Palais, 
où  d'ailleurs  ils  n'avaient  point  pénétré,  que  s'ils  avaient  forcé  les  députés 
qui  voulaient  sortir  pendant  la  séance  de  rester  à  leur  poste,  il  ne  fallait 
l'attribuer  qu'au  vœu  de  tous  de  sortir  de  l'état  d'incertitude  dans  lequel  on 
se  trouvait  et  de  voir  ces  mouvements  calmés  par  un  décret  digne  de  la 
sagesse  et  de  la  justice  des  représentants  du  peuple. 

Au  surplus,  suivant  le  même  exposé,  les  dépositaires  provisoires  de  la 
puissance  insurrectionnelle  allaient  déposer  leur  autorité  et  cesser  leurs 
fonctions;  ils  mettraient  tout  en  œuvre  pour  apaiser  les  esprits,  pour 
remettre  sans  danger,  sans  secousse  et  sans  agitation,  le  plein  et  libre 
exercice  des  fonctions  administratives  et  municipales  aux  seules  autorités 
constituées,  ce  dont  le  Comité  de  salut  public  serait  avisé  le  lendemain. 


INTRODUCTION' 


xcilj 


Effectivement  dans  la  séance  tenue  le  3  juin  par  le  Conseil  général  de 
la  Commune,  le  Comité  central  révolutionnaire,  après  être  entré  dans  les 
plus  grands  détails  sur  les  opérations  dont  il  s'était  chargé  la  veille,  offrit 
de  donner  sa  démission  pour  ne  pas  conserver  trop  longtemps  des  pouvoirs 
illimités;  le  Conseil,  sans  l'accepter  ni  la  refuser,  crut  devoir  lui  témoigner 
sa  gratitude  pour  les  travaux  importants  qui  avaient  rempli  tous  ses  ins- 
tants et  pour  les  services  que  le  Comité  avait  rendus  à  lu  patrie  dans  ces  cir- 
constances difficiles.  Toujours  est-il  que  le  Comité  central  révolutionnaire 
continua  jusqu'à  nouvel  ordre  à  s'occuper  des  intérêts  qui  lui  avaient  été 
confiés.  Il  rédigea  une  adresse  à  la  Convention,  portant  la  signature  de 
Marquet,  son  président,  à  l'effet  de  féliciter  l'Assemblée  du  décret  d'arres- 
tation rendu  contre  les  députés  Girondins,   où  il  rappela  les  motifs  du 
mouvement  insurrectionnel  qui  avait  mis  sur  pied  les  habitants  de  Paris, 
et  invita  la  Convention  nationale  à  reporter  tous  ses  eilorts  sur  les  grands 
intérêts  de  la  République,  et  à  achever  l'œuvre  immortelle  delà  Constitution 
républicaine.  Cette  adresse  fut  portée  à  la  Convention  par  une  dépulalion 
composée  de  Hébert,  Fournerot,  Clémence,  Simon,  Marchand  et  Courtois. 
En  même  temps  qu'il  présentait  une  adresse  à  la  Convention  nationale, 
le  Comité  central  révolutionnaire  exposait  le  résultat  de  ses  efforts,  sous 
.  forme  d'un  compte  rendu  à  ses  concitoyens,  dont  Hasscnfratz  fit  lecture 
le  3  juin  au  Conseil  général  de  la  Commune.  Il  déclarait  que  les  Parisiens 
avaient  donné  à  l'univers  un  spectacle  sublime,  celui  d'une  grande  révo- 
lution, continuée  quatre  jours  consécutifs,  sans  répandre  une  goutte  de 
sang,  révolution  fuite  sans  passion,  par  la  force  imprescriptible  de  la  raison 
seule,  et  il  annonçait  que  les  48  sections  fraternisaient  ensemble,  que  l'esprit 
de  concorde  commençait  à  s'établir,  que  les  traîtres  se  cachaient,  que  les 
hommes  suspects  étaient  arrêtés,  ajoutant  qu'il  ne  manquait  à  la  sûreté  et 
à  l'indivisibilité  de  la  République  que  le  décret  d'accusation  contre  les 
membres  mis  en  étal  d'arrestation,  ce  qui  formait  l'objet  de  la  sollicitude 
du  Comité  central  révolutionnaire.  Le  Conseil  général  décida  l'envoi  de 
ce  compte  rendu  aux  départements  et  aux  communes. 

Dans  une  note  consignée  sur  une  feuille  volante  pour  servir  à  la 
rédaction  du  procès-verbal  des  délibérations  du  Comité  central  révolution- 
naire, à  la  date  du  3  juin,  il  était  dit  que  le  Comité  s'était  occupé  de  rassem- 
bler tous  les  faits  et  toutes  les  pièces  à  l'appui  du  décret  d'accusation  ; 
mais  que  les  mouvements  qui  avaient  agité  Paris  l'avaient  empêché 
d'achever  son  travail;  qu'il  le  serait  sous  peu  de  jours,  et  qu'il  y  aurait 
de  l'injustice  à  ne  pas  accorder  un  délai  au  Comité,  écrasé  sous  le  poids 
d'une  besogne  immense.  En  ellel,  lorsqu'on  examine  les  procès-verbaux 
et  arrêtés  du  Comité  insurrectionnel,  l'on  est  frappé  de  la  multiplicité  des 


xciT  INTRODUCTION 

détails  qui  absorijaieiil  son  allonlion.  Ainsi,  lors  do  la  séance  qu'il  tint  le 
3  juin,  le  Gomilé  central  :  1"  reçut  le  représentant  Drouet,  envoyé  par  la 
Convention  aux  Postes,  qui  vint  demander  l'avis  du  Comité  au  sujet  de 
l'ouverture  des  lettres,  pour  savoir  s'il  était  nécessaire  de  les  ouvrir  toutes 
indistinctement,  ou  seulement  celles  adressées  aux  députés  et  autres  per- 
sonnes arrêtées;  2°  décida  l'impression  et  l'envoi  aux  quarante-huit  sections 
du  décret  de  la  Convention  qui  portait  à  8.000  hommes  l'armée  soldée  de 
Paris;  3°  autorisa  les  officiers  de  paix  Cavaignac  et  Massard  à  placer  des 
gardiens  aux  domiciles  des  députés  Lidon  et  Chambon,  aux  Champs- 
Elysées,  qu'on  croyait  réfugiés  à  Saint-Germain,  et  à  celui  de  Buzot,  quai 
Malaquais,  également  absent,  et  à  mettre  à  exécution  la  loi  à  l'égard  des 
autres  députés  non  arrêtés;  4"  envoya  les  citoyens  Loys  et  Dunouy  aux 
Comités  des  finances  et  de  sûreté  générale  pour  obtenir  ÎJOO.OOO  livres, 
somme  nécessaire  à  la  solde  de  l'armée  révolutionnaire  ;  une  mission 
analogue  fût  confiée  à  l'un  des  membres  du  Comité  auprès  du  Comité  de 
salut  public,  qui  déclara  ne  vouloir  accorder  les  fonds  en  question  que 
lorsque  le  Comité  central  révolutionnaire  aurait  déposé  ses  pouvoirs  ; 
5°  ordonna  l'arrestation  de  neuf  citoyens  de  la  section  de  la  Bulle-des- 
Moulins,  et,  sur  la  réclamation  présentée  par  une  nombreuse  dépulalion 
de  cette  section,  chargea  l'administration  de  Police  de  se  procurer  une 
attestation  authentique  du  patriotisme  de  ces  suspects  ;  6"  invita  le  Conseil 
général  de  la  Commune  à  déléguer  deux  de  ses  membres  à  la  section  du 
Faubourg-Montmartre,  troublée  par  les  ennemis  de  l'ordre,  qui  exigeaient 
les  motifs  de  l'arrestation  dos  suspects,  en  vue  d'y  porter  des  paroles  de 
paix  et  d'y  ramener  le  calme;  7°  arrêta  que  les  deux  membres  de  chaque 
Comité  révolutionnaire  des  sections,  mandés  pour  statuer  sur  l'organi- 
sation de  l'armée  des  Sans-culottes,  rendraient  compte  aussi  de  l'esprit  qui 
régnait  dans  les  sections,  afin  de  combattre  l'intrigue;  8°  chargea  la 
Commission  qui  fonctionnait  à  la  Poste  de  lui  faire,  dans  les  2i  heures, 
un  rapport  sur  les  journalistes.  Il  s'agit  évidemment  ici  de  mesures  visant 
les  journalistes  anlipatriotos,  dont  le  Comité  central  révolutionnaire  avait, 
le  2  juin,  ordonné  l'arrestation,  avec  confiscation  de  leurs  presses  et 
journaux  au  profit  des  pauvres  (1).  Si  le  Comité  central  entendait  ainsi 
déjouer  toute  attaque  de  nature  ii  compromettre  le  succès  de  la  Révolution, 
il  n'en  fit  pas  moins  preuve,  dans  certains  cas,  d'une  modération  équi- 
table; c'est  ainsi  qu'il  ne  craignit  pas,  à  propos  de  Prudhommc,  le  célèbre 
rédacteur  et  imprimeur  des  Itévolutions  de  Paris,  d'engager  la  lutte  avec  le 


(1)  V.  le  t.  Vin  de  notre  Répertoire,  n°»  2807,  2815,  2829. 


INTRODUCTION 


icv 


Comilé  révolulioiinaire  de  la  section  de  l'Uiiilé,  qui  nieltail  un  vdrilublo 
achariiemenl  à  persécuter  ce  journaliste,  par  l'apposition  des  scellés  sur 
ses  meubles,  efl'ets.et  pajiiers,  se  disposant  à  en  faire  de  même  pour  ses 
presses.'Le  Comité  central  révolutionnaire,  considérant,  disait-il,  «  que  les 
révolutions  se  font  pour  proléger  et  non  pour  opprimer  les  citoyens»,  envoya 
Génois,  l'un  de  ses  membres,  à  l'ellet  de  requérir  la  levée  des  scellés  et 
d'examiner  les  papiers  de  l'rudhomme,  qui  devait  être  mis  en  liberté,  si 
l'on  n'avait  aucune  preuve  qu'il  se  fût  vendu  aux  conspirateurs  pour  servir 
leurs  projets.  Le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  de  l'Unité  dut  céder, 
élargit  Prudhomme,  mais  ne  se  tint  pas  pour  battu,  l'arrêta  de  nouveau,  à 
1 1  heures  du  soir,  et  l'expédia  à  l'Abbaye;  toutefois,  sur  un  nouvel  ordre  du 
(Comité  central,  apporté  par  Cbaumetto  et  ilébeit,  il  dut  le  remettre  en  liberté. 
Obligé  de  s'incliner  devant  cette  ti-oisième  mise  en  demeure  du  Comité 
central,  le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  de  l'Unité  ne  le  fit  pas 
sans  protester  de  la  façon  la  plus  énergique,  l'arrestation  de  Prudhomme 
étant,  à  ses  yeux,  molivéc  par  les  prcuvtjs  les  plus  palpables  de  son 
dévouement  à  la  faction  contre  laquelle  le  peuple  venait  de  s'insurger. 
Ce  journaliste,  proclamait  le  Comité  de  la  section  do  l'Unité,  était  l'un  des 
chefs  des  troubles  contre-révolutionnaires  qui  avaient  failli  allumer  le  feu 
de  la  guerre  civile  ;  «  il  avait  fait  circuler  hebdomadairement  un  poison 
lent  dans  les  départements  et  dénigré  les  fondateurs  de  la  llépublique, 
Marat,  Danton,  Robespierre,  Tallien  et  David,  les  plus  chauds  amis  du 
peuple  ».  Si  Prudlionimt;  avait  trouvé  des  défenseurs,  c'est  qu'il  était 
riche  ;  les  délibérations  arrachées  au  Comité  central  n'avaient  été  obtenues 
que  grâce  à  une  influence  et  à  une  protection,  indignes  d'un  magistrat  du 
peuple,  celle  de  Chaumette,  le  commensal  de  Prudiiomme.  Si  ou  lui 
rendait  la  liberté,  il  faudrait  en  faire  autant  pour  d'autres  qui  n'avaient  été 
arrêtés  que  comme  suspects  ;  d'ailleurs,  le  Comité  pouvait  se  renseigner  à 
cet  égard  auprès  des  citoyens  Albert  et  Lacaille,  membres  du  Comilé  de 
la  soclion  de  l'IJnité,  et  do  Ilousselin,  membre  du  Comité  central  révolu- 
tionnaire. Ce  ne  fut  que  le  4  juin,  après  trois  emprisonnements  et  trois 
élargissements  en  trois  jours,  que  Prudhomme  recouvra  définitivcaicnt  la 
liberté. 

Le  Comité  central  révolutionnaire  semble  être  resté  étranger  à 
l'exécution  du  décret  du  2  juin  qui  ordonnait  «  la  mise  en  étal  d'arrestation 
dans  leurs  domiciles  »  des  députes  Girondins  et  des  membres  de  la  Commis- 
sion des  Douze  :  du  moins  rien  n'indique  sa  participation  directe  à  cette 
mesure  ;  ce  fut  le  Département  de  Police  de  la  Commune  qui  fut  chargé  de 
cette  opération  et  qui  donna  les  ordres  nécessaires  aux  officiers  de  paix  ;  le 
3  juin,  furent  lancés  des   mandats  d'arrestation    contre  la  plupart  des 


xcvj  INTRODUCTION 

Girondins,  nolamment  contre  Vergniaud,  MoUevaul,  Lehardy,  Bertrand 
La  Hosdinière,  Gardien,  Lasource,  Chambon,  Gt^nsonné,  \  iger,  Dufriclie- 
Valaz^".  Une  délibération  prise  le  3  juin  par  le  Comité  central  révolution- 
naire, sous  la  signature  de  Dunouy,  président  par  intérim,  enjoignit  au 
Département  de  Police  de  remettre  à  l'instant  au  porteur  le  décret  de  la 
Convention  qui  ordonnait  l'arrestation  des  députés  suspects  dans  leurs 
domiciles,  et  annonça  que  Pétion  et  Guadet  étaient  entre  ses  mains.  Si 
le  Comité  insurrectionnel  attachait  une  certaine  importance  à  la  capture  de 
Pétion  et  de  Guadet,  c'est  que  cette  arrestation  avait  été  entourée  de 
péripéties  dont  Pétion  nous  a  laissé  le  récit,  cl  que  ces  deux  députés 
avaient  pris  contact  avec  le  Comité  central  révolutionnaire,  voici  dans 
quelles  circonstances  :  Après  avoir  erré  dans  les  champs,  Pétion  et  Guadet 
se  décidèrent  à  rentrer  dans  Paris,  furent  arrêtés  dans  la  nuit  du  3  juin  sur  le 
boulevard  du  Temple  par  une  patrouille  de  volontaires  de  la  section  des 
Arcis  et  de  celle  du  Temple,  et  amenés  au  corps  de  garde  de  la  barrière  du 
Temple,  où  l'officier  de  service  les  relâcha  ;  mais  ils  furent  suivis  par  un 
canonnier  qui  ameuta  ses  camarades,  se  saisit  de  nouveau  de  leurs  per- 
sonnes et  les  conduisit  à  la  Municipalité,  dans  la  salle  autrefois  dite  de  la 
Reine,  transformée  en  tabagie, où  se  tenaille  Comité  central  révolutionnaire, 
ou  plutôt  où  ronflaient  au  milieu  d"uu  désordre  indescriptible  les  membres 
de  ce  Comité,  au  dire  de  Pétion,  presque  tous  mal  vêtus,  malpropres,  avec 
des  figures  afTreuses,  des  cheveux  hérissés,  offrant  en  un  mot  le  spectacle  le 
plus  hideux,  le  plus  dégoûtant.  Pétion  et  Guadet,  après  avoir  subi  un  inter- 
rogatoire, furent  ramenés  à  leurs  domiciles  respectifs.  A  la  suite  de  cette 
arrestation  mouvementée,  le  Conseil  général  de  la  Commune  invita 
le  Comité  central  révolutioimaire  à  mander  sur-le-champ  l'officier  qui  avait 
relâché  Pétion,  et  le  chargea  d'écrire  au  canonnier  qui  l'avait  ramené,  pour 
que  ce  brave  citoyen  se  rendît  au  Conseil  général,  où  le  président  lui 
donnerait  l'accolade  fraternellG  et  lui  décernerait,  au  nom  du  Conseil,  les 
éloges  qu'il  méritait. 

Après  le  compte  rendu  des  événements  de  la  nuit,  principalement  au 
point  de  vue  de  l'arrestation  de  Pétion  et  de  Guadet,  que  présenta  au  Conseil 
général  de  la  Commune  l'un  des  membres  du  Comité  central  révolution- 
naire, l'on  fit  observer  au  Conseil  qu'Isnard,  l'un  des  députés  proscrits, 
avait  donné  sa  démission  et  prétendait  sans  cloute  par  là  se  soustraire  au 
décret  d'arrestation  qui  pourrait  être  lancé  contre  lui  ;  ces  observations 
furent  renvoyées  au  Comité  central  révolulionnaire  à  l'effet  do  mettre  en 
étal  d'arrestation  tous  les  députés  qui  abandonneraient  leur  poste  dans  le 
moment  du  danger  de  la  patrie.  Le  décret  de  la  Convention  du  2  juin 
avait  spécifié  que  la  garde  de  chaque  député,  en  état  d'arrestation  dans 


INTRODUCTION  xcvij 

son  domicile,  serait  confiée  à  un  seul  gendarme  ;  le  Conseil  génôral  de  la 
Commune  estimant,  non  sans  raison,  que  la  surveillance  serait  insuffi- 
sante, décida  que  deux  bons  Sans-culottes  seraient  adjoints  au  gendarme 
pour  l'aider  dans  son  service  ;  le  Comité  central  révolutionnaire  prit  une 
résolution  analogue  le  lendemain,  ordonna  de  désarmer  les  députés  arrêtés 
et  de  placer  auprès  de  chacun  deux  bons  citoyens  en  guise  de  gardiens  et 
pour  leur  propre  sûreté. 

Comme  plusieurs  députés,  entre  autres  Barbaroux,Petion,Guadet,Buzot, 
Lanjuinais  et  Chambon,  parvinrent  à  déjouer  la  surveillance  exercée  autour 
d'eux,  la  Convention  décréta ,  le  23  juin ,  que  ceux  de  ses  membres  qui  avaient 
été  mis  en  état  d'arrestation  en  vertu  du  décret  du  2  juin  seraient  à  l'avenir 
gardés  par  deux  gendarmes  et  ne  pourraient  communiquer  avec  personne, 
mais  Botot  du  Mesnil,  qui  avait  sous  ses  ordres  la  gendarmerie  des 
tribunaux,  dans  une  lettre  au  ministre  de  la  justice,  fut  obligé  d'avouer 
que  ses  gendarmes  étaient  harassés  de  fatigue,  la  plupart  d'entre  eux, 
pendant  le  mois  de  juin,  n'ayant  pas  couché  trois  nuils  dans  leur  lit  ; 
aussi  ne  se  faisaient-ils  pas  faute  de  quitter  les  postes  qui  leur  étaient 
assignés.  C'est  ce  qu'un  officier  de  paix  put  constater  chez  Kervelégan, 
qui  déclara  n'avoir  pas  vu  son  gendarme  depuis  plusieurs  jours  et  ajouta 
qu'un  ou  deux  gendarmes  ne  pouvaient  en  imposer  à  un  homme  comme 
lui,  en  montrant  un  sabre  pendu  à  la  cheminée  et  une  paire  de  pistolets 
qui,  disait-il,  lui  permettraient  de  s'ouvrir  un  passage  (1).  Dans  la  soirée 
du  29  juin,  Kervelégan,  bien  qu'il  eût  protesté,  «  foi  de  député,  foi  de 
Breton  »,  qu'il  ne  songeait  nullement  à  prendre  la  fuite,  trompa  la  surveil- 
lance des  gendarmes,  «  éblouis  par  sa  qualité  de  représentant  du  peuple  », 
et  sous  prétexte  de  reconduire  des  amis,  réussit  à  s'échapper.  En  présence 
des  évasions  fréquentes  qui  se  produisirent,  la  Convention  décida,  le 
24  juin, que  les  députés  prisonniers  dans  leurs  domiciles  seraient  transférés 
dans  une  maison  d'arrêt  :  celle  du  Luxembourg.  Mais  on  ne  se  hâta  guère 
do  mettre  à  exécution  ce  décret,  car  le  28  juin,  le  député  Bertrand 
La  Hosdinière  était  signalé  comme  recevant  tous  les  jours  nombreuse 
compagnie  et  comme  sortant  librement  avec  son  gendarme,  attendu  qu'on 
l'avait  vu  assister  tranquillement  au  pillage  d'un  bateau  de  savon  (2). 

Plus  le  temps  s'écoulait,  plus  l'on  s'éloignait  des  événements  qui 
avaient  motivé  l'installation  d'un  pouvoir  insurrectionnel,  plus  la  situation 


(1)  V.  le  t.  VIII  de  noire  Répertoire,  n"'  3667,  3660,  3670. 

(2)  V.  le  même  volume,  n"  3106. 

T.  IX. 


xcviij  INTRODUCTION 

de  ce  Comilé  issu  de  la  Rûvolulion  dovenail  précaire  el  délicate  ;  le  Comité 
lui-même  s'en  rendait  parfaitement  compte;  ainsi,  dans  la  réunion  tenue 
le  4  juin  au  matin  par  le  Comilé  de  salut  public,  le  maire  de  Paris,  spécia- 
lement mandé,  se  présenta  avec  quatre  membres  du  Comité  central 
révolutionnaire,  qui  convinrent  de  la  nécessité  de  déposer  leurs  pouvoirs 
et  déclarèrent  qu'ils  se  proposaient  de  le  faire  à  l'Assemblée  convoquée 
par  le  Département  pour  le  jeudi  7  juin  (1),  ou  même  auparavant,  si  la 
solde  promise  aux  gardes  nationaux  qui  avaient  pris  les  armes,  les  31  mai, 
i"  et  2  juin,  était  payée.  Les  intentions  du  Comité,  à  cet  égard,  appa- 
raissent nettement  dans  un  projet  d'arrêté,  relatif  à  la  convocation  par  le 
Département  des  commissaires  des  sections,  basée  sur  ce  qu'il  serait 
dangereux  de  leur  conserver  plus  longtemps  des  pouvoirs  illimités,  qui 
ne  leur  avaient  été  attribués  que  pour  guider  la  marche  du  peuple  au  milieu 
des  dangers  dont  il  était  menacé  en  raison  de  la  violation  de  ses  droits  ; 
parmi  les  considérants  énumérés  dans  ce  brouillon  infoi'me,  l'on  observe 
notamment  qu'il  serait  fâcheux  de  laisser  subsister  deux  autorités  qui 
n'auraient  d'autre  objet  que  la  police.  Néanmoins,  lorsque  dans  la  séance 
tenue  par  le  Comité  central  révolutionnaire  le  4  juin,  la  discussion  s'ouvrit 
sur  la  question  de  décider  si  les  membres  du  Comité  se  démettraient  de 
leurs  pouvoirs,  sur  la  motion  qui  fut  faite  de  les  suspendre  jusqu'à 
l'assemblée  des  autorités  constituées,  le  Comilé  maintint  sa  décision  de  la 
veille  et  passa  à  l'ordre  du  jour. 

Au  cours  de  cette  même  séance,  le  Comité  central  délibéra  sur  un 
certain  nombre  d'affaires  et  prit  les  résolutions  suivantes  : 

1"  Il  arrêta  que  l'opinion  écrite  du  citoyen  Hassenfralz,  au  bas  de  laquelle 
il  avait  fait  signer  par  surprise  quelques-uns  des  membres  du  Comité, 
serait  déposée  sur  le  bureau,  puis  qu'elle  lui  serait  rendue. 

2"  Un  projet  d'adresse  aux  départements,  dont  Real  avait  donné  lecture, 
fut  adopté,  et  l'on  décida  qu'il  serait  imprimé,  sans  préjudice  de  l'adresse 
que  présenterait  Chaumette. 

3°  Les  citoyens  Mithois,  IJaudrais  et  Yarlet  furent  chargés  de  former 
l'acte  énonci;itif  des  faits  imputés  aux  députés  arrêtés,  à  l'aide  des  lettres 
qui  leur  seraient  remises. 

4°  Les  commissaires  à  la  Posle  reçurent  mandat  de  lire  tous  les  jour- 


(1)  V.  la  lettre  de  Lulier,  procureur  général  syndic  du  Déparlement,  au  Comité  central 
révolutionnaire,  annonçant  la  convocation  des  autorités  constituées  du  Département  pour  le  jeudi  7, 
t.  VIII  de  notre  Uépsrtoire,  n"  2902. 


INTRODUCTION  xcix 

naux,  d'arrêter  les  mauvais  et  de  hiisser  partir  les  bons,  et  sollicitèrent 
radjonction  de  12  nouveaux  membres. 

JJ°  Le  citoyen  Loys  eut  mission  de  faire  au  Conseil  général  de  la 
Commune  le  rapport  de  la  conférence  qui  venait  d'avoir  lieu  au  Comité 
de  salut  public. 

6°  Il  fut  décidé  de  lire  le  procès-verbal  de  la  veille,  chaque  jour,  à 
11  heures  du  malin  ;  l'arrêté  ordonnant  l'impression  de  la  liste  des  membres 
du  Comité  fut  rapporté,  et  l'on  suspendit  l'impression  du  compte  rendu  qui 
devait  être  déposé  sur  le  bureau  pour  être  porté  à  la  connaissance  de  tous 
les  membres  et  signé  de  ceux  qui  l'adopteraient. 

7°  On  jugea  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  à  délibérer  sur  la  demande  de 
dépôt  sur  le  bureau  du  Comité  des  pouvoirs  délivrés  à  ses  membres. 

8°  Deux  commissaires,  les  citoyens  Loys  et  Bouin,  furent  désignés 
pour  se  rendi'e  sur-le-champ  à  la  Société  des  Jacobins,  afin  de  rendre 
compte  des  opérations  du  Comité. 

9°  Le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  de  Marseille  fut  autorisé  à 
envoyer  le  lendemain  l'un  de  ses  membres  à  la  Poste,  et  sa  demande  de 
fonds  pour  ses  dépenses  extraoï'dinairos  renvoyée  au  Corps  municipal. 

10°  Une  lettre  fournissant  des  renseignements  sur  la  demeure  de  l'un 
des  députés  décrétés  d'arrestation  fut  renvoyée  à  la  Police. 

11°  Le  citoyen  Génois,  chargé  de  lever  les  scellés  chez  Prudhomme  et 
de  le  mettre  en  liberté,  déposa  son  rapport. 

Le  Comité  insurrectionnel  continua  à  rester  en  relations  avec  les 
Comités  révolutionnaires  des  sections,  et  même  avec  ceux  des  communes 
du  Département  qui  éprouvaient  des  difficultés  ou  des  embarras  dans 
leurs  opérations.  Quelques  exemples  témoigneront  de  l'influence  que  con- 
servait le  Comité  central  révolutionnaire  après  les  événements  qui  l'avaient 
fait  naître. 

Ainsi  le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Faubourg-Montmartre, 
en  rendant  compte  de  sa  conduite  pour  l'exécution  des  mesures  salutaires 
ordonnées  par  le  Comité  central  à  l'efTet  de  «  préparer,  diriger  et  conduire 
l'admirable  insurrection  qui  devait  sauver  la  République,  »  se  plaignit  en 
même  temps  d'être  méconnu  et,  qui  plus  est,  attaqué  par  le  Comité  civil 
de  cette  section,  par  le  sieur  Chevalier,  juge  de  paix,  par  le  sieur  Duret, 
son  assesseur,  dans  l'Assemblée  générale  de  la  section,  où  s'étaient  donné 
rendez-vous  tous  les  intrigants,  el  où  les  membres  du  Comité  révolution- 
naire avaient  été  traités  de  «  vexaleurs  et  de  brigands  ».  En  conséquence 
le  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Faubourg  Montmartre  demandait 
l'envoi  immédiat  de  quelques-uns  des  membres  du  Comité  central  avec  un 


c.  INTRODUCTION 

arrêté  qui  approuverait  la  conduite  des  membres  du  Comité  révolutionnaire 
de  la  section  et  prescrirait  celle  qu'ils  devraient  tenir  dorénavant.  Un  autre 
Comité  révolutionnaire,  celui  de  la  section  du  Finistère,  demanda  que  le 
Comité  central  lui  fît  part  des  arrêtés  pris  pour  la  sûreté,  l'ouverture  ou 
la  fermeture  des  barrières,  afin  de  ne  point  contrecarrer,  faute  de  les 
connaître,  ces  arrêtés;  il  se  plaignit  en  même  temps  de  ce  que  son  prési- 
dent, envoyé  au  Comité  central  pour  l'instruire  des  mesures  prises  à  l'égard 
du  citoyen  Gency,  n'eût  pas  été  reçu,  et  que  même  l'un  des  membres  du 
Comité  central  lui  eût  reproché  de  soutenir  les  aristocrates. 

Le  Comité  révolutionnaire  du  Bourg  de  l'Egalité  pria  également  le 
Comité  central  de  lui  faire  passer  les  arrêtés  pris  en  Assemblée  générale, 
particulièrement  au  sujet  de  l'emprunt  forcé,  afin  de  se  comporter  dans 
son  arrondissement  suivant  les  mêmes  bases,  son  désir  étant  de  fraterniser 
et  d'agir  d'un  commun  accord  pour  le  bien  public. 

Le  5  juin,  le  Comité  central  révolutionnaire,  dénommé  celte  fois  Comité 
révolutionnaire  de  la  Commune  de  Paris,  fut  l'objet  d'une  attaque  des  plus 
violentes  à  la  Convention  de  la  part  de  l'un  des  députés  girondins  non 
compris  dans  la  proscription  du  2  juin,  Doulcet  de  Pontécoulant.  A  propos 
d'une  adresse  en  faveur  de  Lanjuinais,  que  la  commune  de  Rennes  lui 
avait  envoyée  et  qui  lui  était  parvenue  décachetée  et  munie  d'un  nouveau 
cachet  portant  ces  mots  :  Révolution  du  31  mai,  il  dénonça  ce  Comité, 
«  institution  monstrueuse  »,  disait-il,  qui  ouvrait  les  lettres,  suspendait 
les  journaux  et  comprimait  la  liberté  des  opinions.  Il  demanda  que  la 
Convention,  si  elle  n'osait  pas  pour  le  moment  le  casser,  ordonnât  au 
moins  à  son  Comité  de  salut  public  de  faire  respecter  le  secret  dos  lettres 
et  la  circulation  des  journaux. 

Cette  sortie  contre  le  Comité  central  ne  produisit  d'autre  effet  que  de 
provoquer  des  murmures  prolongés  sur  les  bancs  de  la  Montagne  et  dans 
les  tribunes;  on  peut  constater,  en  tête  des  délibérations  prises  ce  même 
jour  par  le  Comité  central  révolutionnaire,  qu'il  approuva  les  opérations 
des  commissaires  délégués  aux  Postes,  lesquels  furent  autorisés  à  continuer 
de  décacheter  les  lettres  qui  leur  paraîtraient  suspectes. 

Nombreux  et  importants  sont  les  objets  qui  furent  traités  dans  cette 
dernière  séance  du  Comité  central  révolutionnaire. 

1"  Le  Comité  rendit  d'abord  un  arrêté  décidant  qu'il  serait  fait  une 
adresse  au  peuple  pour  lui  exposer  que  des  malveillants  «ayant  formé  le 
projet  de  se  porter  aux  prisons  (ce  que  Lulier  avait  déjà  signalé  le  2  juin) 
le  Comité  prenait  sous  sa  sauvegarde  les  personnes  arrêtées  ; 

2°  Ordonna  le  payement  de  o3  livres  à  17  canonniers  de  la  section  des 


INTRODUCTION  Cj 

Arcis  pour  leur  subsistance  de  24  heures  de  garde,  faite  sans  être  relevés 
et  manda  l'adjudant  général  des  canonniers  ; 

3°  Renvoya  à  l'administration  de  Police  une  dénonciation  du  citoyen 
Mercier  ; 

4°  Nomma  les  citoyens  Génois  et  Dunouy  en  remplacement  de  Mithois 
et  Hassenfralz  pour  dresser  l'acte  énonciatif  ; 

5°  Ordonna  sur  la  requête  des  commissaires  de  la  Poste  la  mise  en 
liberté  immédiate  du  fadeur  Lamottc,  incarcéré  à  la  Force  ; 

6°  Reçut  trois  citoyens  de  la  section  de  laButte-des-Moulins,  d'Espenan, 
Barré,  avocat,  et  Delaroux,  négociant,  sergent-major  des  canonniers,  mis 
en  état  d'arrestation,  et  une  députation  des  canonniers  de  celte  section,  ù 
l'effet  d'obtenir  la  liberté  du  citoyen  Delaroux,  dont  ils  attestèrent  le 
patriotisme  et  les  sentiments  républicains  ;  il  fut  convenu  que  les  canonniers 
fourniraient  par  écrit  les  preuves  du  civisme  de  ce  particulier  avec  attesta- 
tion des  meilleurs  patriotes  de  la  section. 

7°  Reçut  une  députation  du  Comité  révolutionnaire  de  la  section  du  Mail, 
qui  se  plaignit  de  ce  que  les  ennemis  du  bien  public  entravaient  leurs  opé- 
rations, et  en  raison  du  manque  d'énergie  de  plusieurs  de  leurs  membres 
pour  procéder  aux  arrestations  nécessaires,  demanda  que  le  Comité  central 
révolutionnaire  ordonnât  lui-même  l'arrestation  d'un  certain  nombre  de 
suspects,  dont  la  liste  était  déposée  sur  le  bureau,  en  tête  desquels  figurait 
le  citoyen  Tranchelahausse  ;  il  fut  fait  droit  à  leur  requête; 

8°  Ordonna  que  le  sieur  Laroche,  notaire,  membre  de  la  section  de  la 
Butte-des-Moulins,  fût  conduit  sous  bonne  et  sûre  garde  en  son  domicile, 
pour  fermer  les  fenêtres  de  son  appartement  et  être  ramené  en  la  maison 
d'arrêt  ; 

9°  Passa  à  l'ordre  du  jour  sur  les  observations  de  plusieurs  citoyens  de 
la  section  du  Mail  à  l'égard  du  citoyen  Bagnéris,  en  se  basant  sur  ce  que 
les  Comités  de  salut  public  avaient  le  droit  de  procéder  à  l'épuration  de 
leurs  membres  ; 

10°  Entendit  la  lecture  par  Varlet  de  quelques  articles  préliminaires 
aux  chefs  d'accusation  contre  la  faction  liberticide,  ouvrit  la  discussion 
sur  l'acte  général  énonciatif  et  adjoignit  à  la  commission  le  citoyen  Rous- 
selin  comme  ayant  des  connaissances  importantes  sur  cet  objet  ; 

11"  Ayant  pris  connaissance  d'une  lettre  adressée  de  Lons-le- Saunier, 
le  27  mai  1793,  au  citoyen  Bonven,  commis  au  bureau  de  la  guerre,  ordonna 
sa  mise  en  état  d'arrestation  et  l'apposition  des  scellés  sur  ses  papiers. 

Ainsi  qu'il  est  loisible  de  le  constater,  toutes  les  délibérations  prises  par 
le  Comité  central  révolutionnaire  depuis  le  2juin  mentionnent  l'élaboration. 


cij  INTRODUCTION 

par  les  soins  de  commissaires  nommés  à  cet  effet,  de  l'acte  d'accusation 
contre  les  dt^putés  Girondins  ;  mais  ce  travail  n'aboutissait  pas,  quoique 
le  Comité  de  salut  public  n'eût  cessé  de  réclamer  cet  acte  d'accusation. 
Le  5  juin,  les  membres  du  Comité,  chargés  de  la  correspondance,  écrivirent 
à  la  Commune  en  déclarant  que  malgré  toules  leurs  instances,  ils  n'avaient 
rien  reçu  et  qu'en  conséquence  ils  allaient  présenter  à  la  Convention  leur 
rapport  concluant  à  la  non  existence  des  pièces  à  l'appui  de  ces  dénon- 
ciations, si  elles  ne  leur  parvenaient  pas  immédiatement. 

Cette  lettre  fut  renvoyée  séance  tenante  par  le  Conseil  général  de  la 
Commune  au  Comité  central  révolutionnaire,  qui  répondit  aux  lieu  et  place 
du  Conseil,  en  faisant  observer  que  l'existence  d'un  complot  pour  former 
une  nouvelle  Assemblée,  dissoudre  celle  qui  existait,  marcher  sur  Paris  et 
anéantir  cette  ville,  ne  pouvait  être  révoquée  en  doute,  que  cela  ressortait 
d'ailleurs  des  menaces  des  députés,  mis  en  état  d'arrestation  à  la  sollicita- 
tion du  peuple  de  Paris,  que  le  Comité  central  révolutionnaire  s'était  occupé 
de  rassembler  tous  les  faits  et  toutes  les  pièces  à  l'appui  d'un  décret  d'accu- 
sation, mais  que  par  suite  de  la  besogne  immense  qui  incombait  au  Comité, 
ce  travail  ne  serait  terminé  que  dans  quelques  jours  et  qu'il  y  aurait  de 
l'injustice  à  ne  pas  accorder  ce  délai. 

Cette  lettre,  reproduite  par  M.  Aulard,  dans  son  Recueil  des  actes  du 
Comité  de  salut  public,  t.  IV,  p.  452,  d'après  le  rapport  de  Barère,  du 
6  juin,  est  attribuée  à  tort  au  président  du  Conseil  général  de  la  Com- 
mune; elle  émane  du  Comité  insurrectionnel  et  porto  la  signature  bien 
connue  de  Marquet,  son  président.  Nous  ferons  l'emarquer  à  ce  propos  que 
nombre  d'historiens  ont  confondu  le  Conseil  général  révolutionnaire  de  la 
Commune  et  le  Comité  central  révolutionnaire  ;  ce  sont  deux  assemblées 
distinctes  qui  ont  fonctionné  simultanément,  non  seulement  pendant  les 
trois  journées  insurrectionnelles,  mais  plusieurs  jours  api'ès.  Les  actes 
émanés  du  Conseil  général  de  la  Commune  sont  durant  cotte  période 
signés  du  vice-président,  c'est-à-diie  de  Destournelles,  remplacé  quelque- 
fois par  Caillieux,  Marino  et  Defavannes,  tandis  que  ceux  du  Comité  cen- 
tral révolutionnaire  portent  la  plupart  du  temps  les  signatures  do  Marquet, 
de  Loys,  do  Varlet  et  de  Marchand,  ces  trois  derniers  à  titre  provisoire,  qui 
n'appartenaient  ni  les  uns  ni  les  autres  au  Conseil  général  de  la  Commune. 

Pour  revenir  k  la  réclamation  par  lo  Comité  de  salut  public  de  l'acte 
d'accusation  contre  les  députés  Girondins,  le  (conseil  général  de  la 
Commune,  dans  une  séance  tenue  le  5  juin,  invita  le  Comilé  central 
l'évolulionnaire  à  rendre  compte  des  mesures  qu'il  avait  prises  pour  so 
procurer  les  preuves  des  attentais  commis  par  Guadet,  Brissot,  Vergniaud 
et  autres  députés  mis  en  état  d'arrestation.  En  présence  de  cette  mise  en 


INTRODUCTION  cii.j 

demeure,  le  Comité  déposa  son  rapport,  aussi  vague  que  possible.  Il 
annonça  la  nomination  d'une  Commission  chargée  de  recueillir  toutes  les 
pièces  nécessaires  au  décret  d'accusation  qui  devait  être  lancé  et  déclara 
qu'on  aurait  bientôt  suffisamment  de  preuves  pour  faire  prononcer  contre 
eux  les  peines  qu'ils  méritaient.  Le  Conseil  général  de  la  Commune  prit 
acte  de  ces  déclarations  et  de  son  côté  décida  qu'il  serait  nommé  dans  son 
sein  une  Commission  pour  rédiger  les  plaintes  du  peuple  contre  les 
députés  en  arrestation. 

Evidemment  le  Comité  central  révolutionnaire,  dont  les  jours,  pour 
ne  pas  dire  les  heures,  étaient  comptés,  ne,  pouvait|  donner  qu'une 
réponse  évasive  au  sujet  d'une  besogne  qu'il  ne  lui  appartenait  plus  de 
mener  à  bonne  fin. 

La  dernière  manifestation  du  Comité  qui  avait  fait  et  dirigé  l'insur- 
rection du  31  mai  fut  une  sorlo  de  blâme  infligé  aux  administrateurs  du 
Département  de  Police  à  l'occasion  des  plaintes  que  venaient  d'adresser 
au  Comité  plusieurs  citoyens  de  la  Bulte-des-Moulins,  sous  le  coup  d'un 
mandat  d'arrêt.  Par  une  lettre  datée  du  5  juin,  signée  de  Marquet, 
président,  et  de  Tombe,  fils  aîné,  secrétaire,  le  Comité  rappelait  aux 
administrateurs  de  la  Police  que  la  loi  exigeait  que  les  personnes  mises 
en  état  d'arrestation  fussent  traitées  d'une  manière  digne  d'hommes  libres 
et  faisait  connaître  que  les  citoyens  de  la  section  de  la  Bulte-des-Moulins, 
arrêtés  la  veille,  se  plaignaient  des  rigueurs  exercées  contre  eux;  d'ailleurs, 
ces  citoyens,  que  le  Comité  leur  envoyait  pour  être  interrogés,  leur  diraient 
comment  l'on  s'était  comporté  à  leur  égard. 

Les  papiers  du  Comité  central  révolutionnaire  parvenus  jusqu'à  nous 
ne  contiennent  aucune  pièce  qui  puisse  nous  renseigner  exactement  sur 
l'époque  à  laquelle  cessa  d'exister  ce  Comité  ;  fort  heureusement  cette 
lacune  est  comblée  à  l'aide  de  l'attestation  suivante  qui  fut  déHvrée  à  Jean- 
Bapiiste-IIenri  Tell-Clémence,  l'un  des  membres  du  Comité  central,  par 
Rais.son,  secrétaire  de  l'Assemblée  des  autorités  constituées  du  Départe- 
ment et  des  sections  de  Paris,  qui  se  réunit  le  6  juin  sous  la  présidence  de 
Dufourny. 

Voici  la  notification  officielle  qui  fut  faite  à  cette  date  : 

«  Les  membres  du  Comité  central  révolutionnaire  nommés  par  le  peuple 
et  les  cantons  du  Uépartoment  de  Paris,  réunis,  annoncent  à  leurs  commet- 
tants, en  présence  du  peuple  et  des  autorités  constituées,  qu'ils  cessent 
d'exercer  le  pouvoir  révolutionnaire,  dont  l'action  leur  avait  été  confiée. 
L'Assemblée  leur  en  donne  acte  et  déclare  qu'ils  ont  bien  mérité  du  peuple 
du  Département  de  Paris. 


civ  INTRODUCTION 

«  Délivré  au  citoyen  J.  B.  Henri  Tell-Clémence,  membre  du  Comité 
central  révolutionnaire,  établi  le  31  mai,  par  moi  soussigné,  secrétaire  de 
l'Assemblée  des  autorités  constituées  du  Déparlement  et  des  sections  de 
Paris.  »  (Dossier  Clémence,  F'  4649). 

Signé  :  Raisson; 

L.  P.  DuFouRNY,  président. 

Du  reste,  ce  même  jour,  Barère,  dans  son  rapport  présenté  à  la  Conven- 
tion au  nom  du  Comité  de  salut  public,  proclama  que  le  véritable  Comité 
révolutionnaire  était  la  Convention,  une  et  indivisible  comme  la  République, 
et  que  tous  les  Comités  extraordinaires,  autres  que  ceux  de  surveillance 
établis  contre  les  étrangers  et  les  Comités  de  salut  public,  devaient 
disparaître. 

Ainsi  prit  fin  le  Comité  central  révolutionnaire  qui  prépara  et  dirigea 
avec  un  esprit  de  suite  vraiment  remarquable  le  mouvement  du  31  mai; 
mais  la  cessation  de  ses  fonctions  ne  fut  que  momentanée,  il  ne  larda  pas 
à  revivre  sous  un  aulre  nom,  celui  de  Comité  de  Salut  public  du  Dépar- 
tement de  Paris,  comité  dont  la  création  fut  décidée  dans  l'Assemblée 
générale  des  commissaires  des  autorités  constituées  du  Département  et  des 
sections  de  Paris,  réunis  aux  Jacobins  le  8  juin  1793.  D'après  le  programme 
arrêté  dans  cette  Assemblée  générale,  le  Comité  en  question  devait  : 
1°  communiquer  avec  les  Comités  de  salut  public  et  de  surveillance  de  la 
Convention  nationale  pour  les  grandes  mesures  qui  embrasseraient  l'état 
général  de  la  République  ;  2°  prendre  des  informations  exactes  sur  les  senti- 
ments républicains  des  sections  et  des  communes  du  Département  de  Paris  ; 
3*  entretenir  une  corespondance  suivie  avec  les  Comités  de  salut  public  de 
tous  les  départements,  pour  être  instruit  par  ce  moyen  de  leur  situation 
politique  et  de  l'esprit  y  régnant;  4°  se  concerter  avec  les  autorités  consti- 
tuées pour  agir  méthodiquement  et  réprimer  sans  mouvement  convulsif 
les  intrigues  aristocratiques;  S°  connaître  par  ses  rapports  avec  les  Comités 
de  surveillance  des  sections  et  des  communes  les  perturbateurs  et  gens 
suspects  et  les  signaler  au  Département  de  Police;  6°  s'instruire  soigneu- 
sement de  la  quantité  d'hommes  armés  disponibles  dans  le  département  de 
Paris  ;  7°  se  renseigner  exactement  sur  la  quantité  des  vivres  et  des  munitions 
de  guerre,  sur  leur  état  et  leur  nature;  8°  surveiller  et  accélérer  l'organi- 
sation de  l'armée  révolutionnaire.  Le  Comité  de  salut  public  du  Dépar- 
tement de  Paris  devait  se  renouveler  par  tiers;  il  établit  son  siège  au 
collège  des  Quatre-Nations.  Nous  retrouvons  parmi  ses  membres  la  plupart 
de  ceux  qui  faisaient  partie  du  Comité  central  révolutionnaire,  notamment 
Loys,  de  la  section  de  la  Butte-des-Moulins;  Tell-Clémence,  de  la  section 


INTRODUCTION  cv 

de  Bon-Conseil;  Fournerot,  de  la  section  des  Qiiinze-Vingls;  Marchand, 
de  la  section  du  Mont-Blanc;  Génois,  de  la  section  des  Amis  de  la  Patrie; 
Marquet,  de  la  section  de  Bonne-Nouvelle;  Mocssard,  de  la  section  du  Mail; 
AVendIing,  de  la  section  de  lu  Ilalle-au-Blé.  Le  premier  président  du 
nouveau  Comité,  élu  le  8  juin,  fut  Marquet,  qui  avait  également  occupé 
la  présidence  au  Comité  central  révolutionnaire.  Pour  bien  marquer  le  lien 
qui  le  rattachait  au  Comité  insurrectionnel,  le  Comité  de  salut  public  du 
Département  de  Paris  adopta  comme  sceau  un  cachet  de  forme  ovale,  por- 
tant pour  emblème  un  serpent  expirant,  au-dessus  duquel  se  lisaient  ces 
mots  :  Comité  de  salut  public,  et,  dans  le  bas  :  Révolution  du  31  mai, 
et,  en  exergue  :  Département  de  Paris.  L'un  des  premiers  actes  du  nouveau 
Comilc  fut  d'adjoindre  à  Varlet  et  Dunouy,  qui  devaient  s'occuper  de  la 
rédaction  de  l'acte  énonciatif  des  complots  des  députés  détenus,  les  citoyens 
Peyre  et  Loys,  celui-ci  spécialement  chargé  de  la  recherche  et  de  l'analyse 
des  lettres.  Le  Comité  continua  également  les  pouvoirs  attribués  à  la  Com- 
mission d'inspection  dos  Postes  par  le  Comité  central  révolutionnaire. 

Le  43  juin  seulement,  la  Convention,  en  présence  des  attaques 
passionnées  des  députés  Girondins  restés  libres,  mise  en  demeure  par 
Danton  de  s'expliquer  catégoriquement  au  sujet  des  journées  des  31  mai 
et  \"  juin  et  d'en  prendre  la  responsabilité,  plutôt  que  de  paraître  avoir 
agi  sous  la  pression  des  événements,  rendit,  sur  la  proposition  deCoulhon, 
un  décret  déclarant  et  proclamant  que,  dans  les  journées  des  31  mai,  {"'  et 
2  juin,  les  citoyens  de  Paris  avaient  puissamment  concouru  à  sauver  la 
liberté  et  à  maintenir  l'unité  et  l'indivisibilité  de  la  République.  A  partir 
de  ce  moment  jusqu'au  9  thermidor,  les  journées  des  31  mai  et  2  juin 
furent  officiellement  consacrées  comme  journées  nationales  ;  le  décret  du 
28  floréal  an  II  les  mit  au  rang  des  fêtes  célébrées  chaque  année  par  la 
République,  au  même  litre  que  le  14  juillet  1789,  le  10  août  1792  et  le 
21  janvier  1793.  Lorsque  le  décret  du  18  frimaire  an  III  fit  rentrer  à 
la  Convention  les  survivants  des  Girondins,  c'est-à-dire  les  73  députés 
mis  en  état  d'arrestation  de  juin  à  octobre  1793,  et  lorsque  un  autre 
décret  du  19  ventôse  eût  rapporté  celui  pnr  lequel  la  Convention  avait 
jadis  institué  une  fêle  commémorative  de  ces  journées,  en  ordonnant  une 
enquête  sur  la  conduite  des  chefs  et  auteurs  de  cette  Révolution,  l'on  vit 
se  produire  au  sein  des  sections  de  Paris  un  mouvement  très  prononcé 
de  protestation  contre  l'insurrection  du  31  mai,  qui  se  traduisit  par  la  pré- 
sentation à  la  Convention,  du  20  au  21  ventôse,  de  nombre  d'adresses  dont 
les  auteurs  désavouèrent  ces  journées,  autrefois  jugées  si  admirables,  que 
l'on  qualifia  d'affreuses,  de  désastreuses,  d'épouvantables.  Rien  n'est  plus 
curieux  que  d'assister  à  la  volte-face  de  certaines  sections,  autrefois  très 


cïj  INTRODUCTION 

montagnardes,  qni  lors  du  31  mai  avaienl  délégué  plusieurs  de  leurs 
membres  audomilé  conlral  révolutionnaire  et  qui  ensuite  s'empressèrent  de 
réclamer  un  châtiment  exemplaire  pour  les  auteurs  et  instigateurs  des  jour- 
nées du  31  mai  et  du  2  juin.  De  ce  nombre  est  la  section  du  Mont-Blanc  : 
celle-ci  félicita  la  Convention  du  retour  dans  son  sein  des  honorables  et 
malheureuses  victimes  des  31  mai  et  2  juin,  elle  désavoua  formellement 
ces  aifrouses  journées  qui  n'avaient  été  que  l'ouvrage  des  factieux,  des 
Pache  et  autres  conspirateurs,  poussant  à  la  barre  de  la  Convention  des 
attroupements  séditieux  pour  lui  arracher  la  proscription  des  représen- 
tants fidèles  et  courageux  ;  tel  avait  été  l'ouvrage  de  ces  tigres  altérés  de 
sang,  provocateurs  ou  instruments  des  massacres  de  septembre,  qui  peu 
de  temps  avant  le  31  mai,  avaient  froidement  délibéré  à  la  Mairie  eu 
présence  du  Maire  sur  l'assassinat  de  22  représentants.  Cette  section 
repentante  ne  se  fit  pas  faute  de  dénoncer  ses  anciens  délégués,  Marchand, 
déjà  arrêté,  et  Auvray,  ex-commandant  de  bataillon,  encore  libre,  tous 
deux  membres  du  Comité  d'insurrection  établi  à  la  Mairie  pour  l'exécution 
de  ces  désastreuses  journées.  Une  autre  section,  celle  de  l'Unité,  qui  avait 
envoyé  Milhois  et  Rousselin  à  ce  même  Comité,  était  la  même  section 
qui,  dans  un  rapport  sur  les  différentes  délibérations  qu'elle  avait  prises 
à  cette  époque,  mettant  en  évidence  les  crimes  de  la  municipalité  de  Paris, 
des  Jacobins  d'alors  et  de  tous  leurs  complices,  déclarait  que  le  peuple 
de  Paris,  trompé  par  ses  oppresseurs,  ne  laisserait  plus  se  reproduire 
ces  affreuses  journées  qui  avaient  plongé  la  République  dans  le  deuil, 
où  l'on  avait  vu  une  partie  du  peuple,  servir,  sans  s'en  douter  et  aveugle- 
ment, la  révolte  de  la  municipalité  de  Paris  et  des  Jacobins  contre  la  repré- 
sentation du  peuple  souverain.  La  section  de  la  Fontaine  de  Grenelle, 
qui  comptait  un  délégué  (Laugier)  au  Comité  central  révolutionnaire,  ne 
manqua  pas  do  désavouer  les  funestes  journées  des  31  mai  et  2  juin, 
où,  disait-elle,  d'audacieux  et  perfides  magistrats  conduisirent  la  force 
armée  jusqu'aux  portes  de  l'enceinte  où  siégeait  la  représentation  nationale, 
et  elle  assura  que  la  Convention  n'avait  plus  à  craindre  le  retour  de 
pareilles  violences. 

Si  les  sections  qui  avaient  participé  à  l'insurrection  du  31  mai  par 
l'envoi  de  leurs  délégués,  repoussèrent  toute  complicité  avec  les  factieux,  à 
plus  forte  raison  celles  qui  à  ce  moment-là  s'étaient  abstenues  et  n'avaient 
pris  aucune  part  à  l'insurrection  désavouèrent-elles  les  auteurs  de  ce 
mouvement. 

Ainsi  la  section  du  Bonnet  de  la  Liberté  protesta  contre  l'attentat 
effréné  commis  au  préjudice  de  l'intégrité  de  la  représentation  nationale 
par  ceux  qui,  abusant  du  nom  de  la  Commune,  provoquèrent  le  rassem- 


INTRODUCTION 


CTIJ 


blemenl  inconscient  des  Parisiens,  et  elle  demanda  la  punition  des  auteurs 
et  des  complices  de  la  conjuration  du  31  mai,  sans  plus  épargner  le  chef  de 
la  Municipalité  que  le  président  du  Directoire  du  Département  pour  leur 
parlicipation  à  la  RévoluLion. 

La  section  dos  Gardes-Françaises  décida,  le  20  ventôse,  qu'elle  se 
rendrait  le  lendemain  en  masse  à  la  Convention  pour  proclamer  qu'elle 
n'avait  pris  aucune  part  à  la  journée  du  31  mai,  que  des  conspirateurs 
avaient  osé  présenior  comme  le  vœu  de  la  majorité  dos  liabilanls  de  Paris. 
11  serait  facile  de  multiplier  les  exemples  do  ce  mouvement  de  réaction 
qui  se  produisit  en  l'an  III  et  qui  amena  l'arrestation  des  Varlet,  des 
Marchand,  des  Clémence  et  autres  Montagnards,  qui,  après  avoir  été  des 
instruments  de  terreur  et  de  proscription,  devinrent  suspects  à  leur  tour  et 
connurent  les  angoisses  de  la  captivité  dans  les  prisons  de  la  Force,  du 
Plessis  et  de  la  Bourbe,  où  ils  avaient  envoyé  tant  de  partisans  de  la 
Gironde. 


ALEXANDRE  TUETEY. 


14  Juillet  1910. 


ADDITIONS 


I 

Quoique,  à  raison  de  la  faveur  marquée  avec  laquelle  Chaumette  accueillit 
le  Comité  insurrectionnel  de  l'Évêché,  lors  du  1"  avril,  le  procureur  de 
la  Commune  passe  pour  être  l'un  des  auteurs  des  journées  des  31  mai  et 
2  juin,  néanmoins  M.  Braesch,  dans  son  introduction  aux  Papiers  de 
Chaumette,  p.  74,  déclare  qu'au  moment  décisif  Chaumette  eut  une  atti- 
tude assez  peu  honorable,  lui  qui  avait  jusqu'alors  marché  à  fond  contre 
la  Gironde,  et  il  ajoute,  à  propos  de  ses  Mémoires  sur  la  révolution  du 
31  mai,  p.  101,  que  Chaumette  joua  un  rôle  des  plus  effacés,  et  qu'en 
réalité  il  semble  que  sa  conduite,  dans  ces  circonstances  critiques,  ait 
été  des  plus  prudentes.  Nous  n'avions  rencontré  au  cours  de  nos  recher- 
ches aucun  document  qui  put  nous  fixer  sur  ce  point,  el,  ne  pouvant,  ni 
infirmer,  ni  confirmer  cette  assertion,  nous  nous  étions  abstenus  de  porter 
un  jugement,  mais  nous  avons  découvert  depuis  le  témoignage  important 
de  l'un  des  membres  les  plus  actifs  du  Comité  central  révolutionnaire, 
Marchand,  qui,  lors  du  procès  de  Chaumette,  écrivit  à  Fouquier-Tinville, 
la  lettre  suivante,  laquelle  ne  peut  laisser  subsister  aucun  doute  sur  la 
nature  de  la  participation  de  Chaumette  aux  événements  du  31  mai. 

Comité  de  surveillance  du  Département  de  Paris. 

Marchand  à  l'accusateur  public  près  le  Tribunal  révolutionnaire. 

Frère  et  ami, 

Obligé  de  partir  à  l'instant  pour  l'approvisionnement  it'Orléans,  Je  crois  de  mon 
devoir  de  déclarer  : 

Que,  comme  membre  du  Comité  central  révolutionnaire  au  31  mai,  j'ai  vu  Cliaumette 
faire  tous  ses  efTorts  pour  entraver  cette  révolution  glorieuse,  dénoncer  à  cbaque  instant 
toutes  les  mesures  que  le  salut  public  exigeait,  crier,  pleurer,  s'arracher  les  cheveux  et 
faire  les  plus  violents  efforts  pour  persuader  que  le  Comité  central  opérait  la  contre- 
révolution.  Sa  conduite  était  telle  qu'on  l'eût  pris  dans  des  moments  pour  un  furieux. 

Chaumette,  au  moment  où  chargé  par  le  Comité  central  révolutionnaire  de  rendre 
compte  au  Conseil  général  de  la  sortie  de  la  Convention,  des  menaces  faites  à  Hanriot, 
etc.,  au  moment  ou  j'annonçais  en  son  nom  que  le  Comité  allait  enfin  user  des  dernières 
ressources  qui  lui  restaient  et  que  les  scélérats  seraient  arrêtés  dans  une  heure,  ou  que 
tous  les  membres  du  Comité  seraient  égorgés,  cria  en  plein  Conseil,  à  la  contre  révolu- 
tion !  cri  qui  n'empêcha  pas  le  peuple  de  sortir  et  de  se  porter  vers  les  Thuileries  pour 
être  témoin  des  efforts  des  membres  du  Comité,  entre  les  mains  duquel  il  avait  mis  sa 
confiance. 

Amitié,  fraternité. 

Marchand, 

Membre  du  Comité  de  surveillance  du  Département. 


ex  ADDITIONS 


II 


•L'une  des  premières  mesures  adoptées,  au  début  même  du  mouvement 
insurrectionnel  du  31  mai,  par  le  Comité  central  révolutionnaire,  fut 
l'établissement  d'une  Commission  d'inspection  des  Postes,  qui  reçut  le 
mandat  d'ouvrir  et  de  saisir  toutes  lettres  jugées  suspectes,  et  qui  continua 
à  fonctionner  lorsque  le  Comité  central  devint  le  Comité  de  surveillance 
du  Département  de  Paris.  C'est  parmi  ces  correspondances  interceptées 
que  nous  avons  recueilli  une  lettre,  adressée,  le  7  juin,  par  un  député  (1), 
selon  toute  apparence  du  parti  modéré,  à  l'un  de  ses  collègues;  ce  député, 
spectateur  impuissant  de  l'émeute,  décrit  toutes  les  péripéties  de  la  journée 
dramatique  du  2 juin;  son  récit  est  dans  sa  simplicité  une  page  émou- 
vante, tout  à  fait  vécue,  qui  mérite  d'être  sauvée  de  l'oubli  : 

V  Paris,  7  juin,  l'an  2  de  la  République, 

Je  vous  ai  écrit,  mon  cher  collègue,  le  dernier  du  mois.  Je  vous  apprenais  que  le 
tocsin  et  la  générale  s'étaient  fait  entendre  dans  plusieurs  quartiers  de  Paris,  dès  le 
matin  du  31  mai  ;  le  tocsin  ne  cessa  qu'à  4  heures  du  soir.  Vous  aurez  su  par  les 
papiers  publics  quel  était  le  but  de  ce  mouvement  révolutionnaire;  la  suppression  de 
la  Commission  des  12,  chargée  de  découvrir  les  conspirateurs  contre  la  Convention 
nationale,  et  encore  le  décret  d'accusation  contre  les  membres  qui  composaient  cette 
Commission,  ce  qui  a  fait  penser  que  ceux  qui  ont  voulu  et  veulent  encore  la  dissolu- 
tion de  la  Convention,  ont  beaucoup  contribué  à  exciter  cette  insurrection.  Malgré  ces 
signes  d'alarmes,  Paris  fut  très  tranquille.  Tous  les  citoyens  se  rendirent  en  armes 
dans  leurs  sections  et  un  très  grand  nombre  entourèrent  la  Convention.  L'appareil 
pouvait  donner  des  inquiétudes  à  quelques  vrais  amis  de  la  Liberté,  néantmoius  la 
délibération  de  la  Convention  alla  son  train,  à  cela  près  que  les  tribunes  ne  voulaient 
laisser  parler  personnes  du  côté  droit,  qui  voulaient  dénoncer  les  trames  liberticides 
qui  s'ourdissaient  dans  un  Comité  révolutionnaire,  qui  se  disait  revêtu  des  pleins  pou- 
voirs des  habitants  de  Paris,  qui  avait  dans  la  nuit  supprimé  la  municipalité  et  recréée 
ensuite.  Lanjuinais  persistait  pour  faire  connaître  toutes  les  horreurs  qui  ont  suivi  et 
qui  lui  avaient  été  dénoncées,  Legendre  le  menaça  de  le  jeter  du  haut  en  bas  de  la 
tribune.  Une  députation  de  l'assemblée  qui  avait  eu  lieu  à  l'Evêché,la  nuit  précédente, 
vint  déclarera  la  Convention  qu'elle  avait  arrêté  que  les  ouvriers  qui  seraient  en  réqui- 
sition permanente  recevraient  40  sols  par  jour  d'indemnité,  et  la  Convention  approuva 
celte  mesure.  La  Commission  des  18  fut  supprimée,  sans  qu'il  fût  possible  d'exécuter 
oinq  décrets  qui  ordonnaient  que  Rabaut-Saint-Etienne,  l'un  des  membres  de  cette 
Commission  des  12,  ferait  son  rapport  avant  de  prononcer  la  suppression,  mais  un 
certain  côté,  fortement  secondé  des  tribunes,  opposa  une  telle  résistance,  par  des 


(1)  Ce  député  apparlenait  sans  aucun  doute  à  la  région  de  l'Ouest,  il  parle  de  son  intervention 
en  faveur  de  Lanjuinais  aux  eûtes  de  Pilastre  (député  de  Maine-et-Loire),  de  Duchatel  (des  Deux- 
Sèvre.s).  Il  est  permis  de  conjecturer  qu'il  s'agit  de  Pierre-Marie  Dclaunay,  jeuno,  député  de  Maine- 
et-Loire,  car  sa  lettre  est  accompagnée  d'une  enveloppe  portant  l'adresse  de  la  citoyenne  épouse 
du  citoyen  Delaunay,  le  jeune,  député  à  la  Convention  nationale,  rue  des  Forges,  à  Ailgers. 


ADDITIONS  cxi 

vociférations  et  des  menaces  continuelles,  qu'ils  arrachèrent  un  décret,  malgré  les 
réclamations  de  l'appel  nominal,  qui  aurait  peut-  être  décidé  autrement;  tout  se  faisait 
dans  le  tumulte.  Héraut  de  Sechelles,  qui  tenait  le  fauteuil,  mettait  aux  voix,  pronon- 
çait les  décrets,  et  la  plupart  des  membres  ignoraient  ce  qui  se  passait,  même  dans 
l'Assemblée.  Ce  fut  aussi  dans  le  tumulte  que  l'on  rapporta  le  décret  qui  réservait  aux 
députés  quelques  tribunes.  Le  nombre  des  étrangers  pétitionnaires  des  différentes 
sections  était  immense;  il  était  au  moins  très  difficile  de  connaître  la  majorité  par 
assis  et  levé;  les  réclamations  faites  à  ce  sujet  ayant  été  vaines,  plusieurs  membres 
déclarèrent  qu'ils  ne  pouvaient  prendre  part  aux  délibérations. 

Le  lendemain,  la  tranquillité  régna  dans  cette  ville  jusqu'à  six  heures  du  soir;  la 
Convention  avait  levé  la  séance,  lorsque  les  sections  de  Beauconseil  et  de  la  Butte 
vinrent  entourer  la  Convention  avec  des  canons  et  des  armes;  plusieurs  députés  de  la 
Montagne,  instruits  de  ce  mouvement  et  de  son  objet,  se  rendirent  à  la  salle  de  la 
Convention,  mais  très  peu  de  députés  du  côté  droit  se  trouvèrent  à  cette  séance  qui 
n'avait  pas  été  indiquée  ;  une  députation  se  présenta  et  demanda,  de  la  manière  dont 
on  ordonne,  le  décret  d'accusation  contre  les  12  membres  de  la  Commission  et  contre 
24  autres  membres  de  la  Convention,  auxquels  on  joignait  les  ministres  Clavière  et 
Lebrun,  néantmoins  la  Convention  ordonna  le  renvoi  de  la  pétition  au  Comité  de 
salut  public,  pour  lui  faire  le  rapport  de  la  dénonciation  dans  trois  jours'  et  ordonna 
que  les  pièces  de  conviction  y  seraient  déposées  dans  24  heures. 

Je  passe  plusieurs  détails,  quoique  intéressants,  mais  qui  me  mèneraient  trop  loin. 
La  séance  fut  levée  à  minuit,  la  force  armée,  venue  pour  appuyer  la  pétition,  se 
retira. 

Tout  ce  qui  s'est  passé  jusqu'au  dimanche  2  juin,  quoique  très  alarmant  pour  la 
liberté,  n'est  rien  en  le  comparant  avec  ce  qui  a  eu  lieu  ce  jour;  que  les  dmes  républi- 
quaines  et  les  vrais  amis  de  la  Liberté  ont  souffert  dans  celte  malheureuse  journée!.... 
•  A  l'ouverture  de  la  séance,  une  députation  des  corps  constitués  de  Paris  se  présenta  à 
la  barre,  et  malgré  le  décret  de  la  veille  qui  avait  renvoyé  au  Comité  de  salut  public 
la  pétition  contre  les  membres  accusés,  cette  députation  dit  qu'elle  venait  pour  la 
dernière  fois  demander  le  décret  d'accusation  contre  les  12  et  les  24,  qu'elle  l'attendait 
sur-le-champ,  sinon  annonça  que  la  vengeance  du  peuple  serait  terrible.  —  Nous  fûmes 
encore  assez  forts  pour  maintenir  la  dignité  de  la  Convention,  en  passant  à  l'ordre  du 
jour  motivé  sur  le  décret  de  la  veille.  —  Alors  les  membres  de  la  députation  se  reti- 
rèrent furieux,  menaçant  du  poing  les  députés  du  côté  droit  et  en  disant  que  les  têtes 
des  députés  proscrits  se  promèneraient  le  soir  dans  Paris.  —  Lanjuinais  eut  le  courage 
de  monter  à  la  tribune  pour  dévoiler  tous  les  complots  liberticides,  il  fut  menacé,  hué 
et  insulté  par  les  tribunes  et  des  députés  d'un  certain  côté.  Drouet  osa  menacer  un 
député,  homme  d'Etat,  qui  réclamait  la  parole  pour  Lanjuinais,  de  lui  brûler  la  cer- 
velle ;  de  la  tribune  où  il  était  monté,  il  voulait  sortir  son  pistolet  de  la  poche,  il  en  fut 
empêché.  Legendre  se  jetta  sur  Lanjuinais  et  voulut  le  précipiter  de  la  tribune. 
Pilastre,  Duchàtcl,  moi  et  quelques  autres  volèrent  à  son  secours,  les  mouvements  de 
la  Montagne  nous  annonçaient  la  scène  douloureuse  dont  nous  devions  être  témoin. 

A  trois  heures,  toutes  les  issues  de  la  Convention,  de  la  cour  et  du  jardin  furent 
exactement  gardées  et  entourées  par  une  force  armée  immense;  des  canons  étaient 
tournés  contre  elle,  un  était  placé  dans  la  porte  d'entrée,  la  bouche  tournée  du  côté 
de  la  Convention;  les  portes  les  plus  près  d'elle  furent  gardées  par  3  à  4,000  volontaires 
engagés  pour  la  Vendée,  qu'on  venait  de  faire  revenir  de  Ruel  et  de  Courbevoye,  où  ils 
étaient  restés  sans  doute  à  dessein.  Dès  lors,  il  ne  fut  plus  possible  de  sortir  de  la  salle 
de  notre  séance  pour  ses  plus  pressants  besoins;  plusieurs  députés, ayant  voulu  prendre 
l'air  aux  fenêtres,  furent  mis  en  joue,  notamment  Fonfrède,qui  était  venu  à  la  Conven- 
tion en  bonnet  de  nuit  et  la  tête  embouréc.  Boissy  d'Anglas  fut  maltraité,  sa  chemise 
déchirée.  Les  réclamations  faites  par  plusieurs  hommes  d'Etat  contre  cette  tyrannie 


cxij  ADDITIONS 

furent  sans  effet,  mais  le  gros  Lacroix  ayant  été  lui-même  insulté,  sa  voix  fut 
entendue,  on  décréta  qu'attendu  le  défaut  de  liberté,  le  temple  des  lois  serait  fermé  et 
que  la  Convention  sortirait  en  masse,  son  président  en  tête;  nous  parvînmes  jusque 
dans  la  cour,  toute  remplie  d'hommes  armés,  le  président  (Héraut  de  Séchelles,  par 
intérim)  parla  au  commandant  au  nom  de  la  Convention,  rendit  compte  du  décret;  le 
commandant  osa  répondre  du  ton  le  plus  menaçant,  il  dit  qu'on  sortirait  aux  condi- 
tions qu'on  lui  livrerait  les  12  et  les  24  dénoncés  par  les  autorités  constituées;  sur  la 
réponse  qu'on  ne  pouvait  prendre  cet  engagement,  il  cria  aux  armes,  mit  le  sabre  à  la 
main,  ainsi  que  la  cavalerie  qui  l'accompagnait,  fit  prendre  la  mèche  aux  canonniers,  et 
les  représentants  du  peuple  furent  couchés  enjoué La  Convention  se  retira,  se  pré- 
senta à  l'autre  issue  de  la  cour,  aux  quatre  issues  du  jardin,  par  aucune  il  lui  fut  pos- 
sible de  sortir,  à  toutes  il  y  avait  des  canons  et  des  fusils  dirigés  contre  elle.  Le  jardin 
était  entouré  en  dedans  et  au  dehors  par  une  triple  ligne  de  gens  armés.  Dans  cet  état 
de  liberté  la  Convention  rentra,  prononça  l'arrestation  des  membres  dénoncés,  en 
excepta  trois  sur  la  proposition  de  Marat  (1).  Je  vous  observe  que  très  peu  de  membres 
prirent  part  à  cette  délibération,  que  la  pluspart  déclarèrent  ne  pouvoir  délibérer, 
attendu  le  défaut  de  liberté,  mais  ceux  qui  délibéraient  disaient  qu'ils  étaient  parfai- 
tement libres. 

Depuis  cette  malheureuse  journée,  je  suis  malade  avec  la  fièvre,  obligé  de  garder 
la  chambre,  ce  récit  se  sent  de  mon  état,  vous  aurés  de  la  peine  à  me  lire. 

Quis  talia  fando, 
Temperet  a  lacrymis. 

Les  dénonciateurs  n'ont  rien  pu  remettre  jusqu'à  ce  jour  au  Comité  de  salut  public 
contre  ceux  qu'il  leur  a  plu  de  dénoncer  et  qui  sont  pour  la  plupart  détenus.  D'autres, 
à  ce  que  j'ai  oui  dire,  ont  trouvé  le  secret  de  s'échapper,  malgré  la  clôture  des  barrières, 
et  de  porter  des  nouvelles  de  cette  horrible  tyrannie  dans  les  départements,  plusieurs 
députés  en  ont  fait  autant.  Portés-vous  bien,  mon  ami,  donnés-moi  des  nouvelles  du 
païs. 

Arch.  nat.,  BB^  77,  3«  liasse,  pièce  84. 


ALEXANDRE   TUETEY. 


^ 


(1)  Le  fait  est  exact,  les  trois  députés  en  question  étaient  Dusaulx,  Ducos  et  Lanthenas. 


/  / 


REPERTOIKE  GENERAL 


DES   SOURCES  MANUSCRITES 


DE 


L'HISTOIRE  DE  PARIS 


PENDANT  LA  RÉVOLUTION  FRANÇAISE 


CHAPITRE  PREMIER 

JOURNÉES   HISTORIQUES   DE   LA   RÉVOLUTION 
ET   ÉVÉNEMENTS   POLITIQUES 


IS.  —  Journées  du  lO  mars,  du  31  mai,  des  1"  et  S  juin 
l'7'93.  —  Arrestation  et  mise  hors  la  loi  des  Girondins. 
—  JLeur  procès  et  leur  exécution.  —  Expulsion  et  retour 
des  7*1  députés  proscrits  [suile). 


L.  —  RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION 
DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS  (IJqS-AN  III). 
—    ATTRIBUTION    d'iNDEMNITBS    (AN    III). 

AMYON, 

Député  du  Jura. 

1.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Jean  Lacoste,  Juge  de  paix  de  la  section 
de  la  Montagne,  assisté  des  citoyens  Mot- 
tet  et  Joiierl,  membres  du  Comité  révolu- 
tionnaire de  cette  section,  rue  d'Argen- 
teuil,  n»  t89,  au  domicile  du  citoyen 
Chevalier,  député  de  la  Sarlhe  à  la  Con- 
vention nationale,  et  levée  des  scellés 
T.  IX. 


apposés  sur  un  placard  contenant  les  pa- 
piers d'Amyon,  député,  après  déclaration 
du  sieur  Chevalier,  portant  qu'il  était 
très  satisfait  de  cette  opération,  «  qu'il 
ne  serait  peut-être  plus  tourmenté  par 
les  Anglais,  mais  qu'il  les  craignoit  tou- 
jours »,  examen  de  ces  papiers,  parmi 
lesquels  se  trouvent  plusieurs  lettres  de 
famille  et  une  adresse  des  citoyens  ar- 
més dans  le  département  du  Jura  pour 
résister  à  l'oppression,  annexés  au  pro- 
cès-verbal. 

8  frimaire  an  II. 
Copie  conforme  et  originaux  signés(7 pièces), 
A.  N.,  F^  4579. 

1 


CHAPITRE  I«^  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


2.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  légis- 
lation, ordonnant  le  remboursement  de  la 
somme  de  302  livres  14  sols  pour  les  loyers 
de  la  chambre  qu'occupait  Amyon,  député 
du  département  du  Jura,  pendant  le  temps 
de  sa  détention. 

24  ventôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  IV.,  F'  4579. 

ANDRÉÏ, 

Député  de  la  Corse. 

3.  —  Cerlilicut  des  administrateurs  au 
Département  de  Police,  constatant  que 
d'après  les  recherches  faites  et  les  relevés 
des  registres  d'écrou  des  maisons  d'arrêt 
de  Paris,  le  nommé  Andréï,  député  de  la 
Corse,  décrété  d'accusation,  ne  s'est  ren- 
contré dans  aucune  de  ces  maisons  d'ar- 
rêt, où  il  n'a  point  été  incarcéré,  s'étant 
soustrait  au  décret  d'accusation. 

24  pluviôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  ?■>  4579. 

4.  —  Pétition  dU  citoyen  Godefroy  au 
Comité  de  sûreté  générale,  exposant  que 
depuis  le  mois  de  septembre  1793,  les 
scellés  sont  apposés  sur  les  papiers  et 
effets  du  citoyen  Andréï,  dans  le  logement 
garni  que  ce  député  occupait,  à  raison  de 
40  livres  par  mois,  rue  Saint-Honoré,  au 
coin  de  la  rue  Saint-Nicaise,  et  qu'il  se 
trouve  privé  de  la  jouissance  de  ce  loge- 
ment, demandant  la  levée  des  scellés,  alin 
de  pouvoir  toucher  le  loyer  de  cet  appar- 
tement, qui  court  depuis  le  mois  de  sep- 
tembre, et  rentrer  en  possession  de  ses 

meubles. 

14  floréal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4579. 

î).  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Etienne  Delcher  et  de  Marc-Antoine 
lîaudot,  députés  et  commissaires  de  lu 
Convention  nationale,  au  domicile  du  ci- 
toyen Andréï,  rue  Honoré,  n°  143,  dans 
une  chambre  au  4=  étage  donnant  sur  la 
rue  Nicaise,  levée  des  scellés  sur  une 
armoire  en  placard  et  une  commode,  oîi 
se  sont  trouvés  un  certain  nombre  de 
papiers  suspects,  notamment  des  corres- 
pondances de  Paoli  et  d'autres  individus. 


pour  la  plupart  en  langye  italienne,  qui, 
après  examen,  sont  emportés  par  les  com- 
missaires, et  note  en  est  laissée  au  sieur 
Fantin,  juge    de   paix   de   la  section  des 

Tuileries. 

4  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,V''  4579. 

6.  —  Pétition  d'Antoine  Andréï,  député  de 
la  Corse,  au  Comité  de  sûreté  gériérale,  ex- 
posant que  la  tyrannie  de  Robespierre  fit 
décréter  d'accusation,  les  28  juillet  et 
3  octobre  1793,  un  certain  nombre  de 
députés,  et  qu'il  n'a  jamais  su  le  motif 
d'une  pareille  oppression,  ne  dissimulant 
pas  la  grande  détresse  où  il  se  trouve 
avec  une  santé  délalirée,  et  demandant  la 
restitution  de  ses  eflets  existant  chez  le 
citoyen  (iodefroy,  rue  Honoré,  au  coin 
de  la  rue  Nicaise,  avec  arrêté  du  Comité, 
faisant  droit  à  sa  demande. 

13  nivôse  an  III. 
Original   signé   et  copie    (2  pièces),    A.  N., 
V  4579. 

7.  —  Pétition  d'Antoine  Andréï,  dé- 
puté de  la  Corse,  aux  Comités  de  salut 
public  et  de  sûreté  générale,  exposant 
qu'il  a  été  décrété  d'accusation,  le  3  oc- 
tobre 1793,  sans  avoir  su  jamais  pour  quel 
motif,  mis  ensuite  hors  la  loi,  qu'il  est 
absolument  sans  ressources  et  hors  d'état 
de  subsister,  ne  pouvant  tirer  aucun  se- 
cours de  son  département,  attendu  qu'il 
est  au  pouvoir  des  Anglais,  et  sollicitant 
le  payement  de  son  indemnité  de  repré- 
sentant, ainsi  que  les  Comités  l'ont  décidé 
pour  son  collègue  Vallée,  du  département 
de  l'Eure,  avec  arrêté  des  Comités  réunis 
de  salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation, ordonnant  le  payement  de  l'in- 
demnité qui  lui  est  due  en  qualité  de 
représentant  du  peuple,  depuis  le  dernier 
payement  effectué  jusqu'à  ce  jour. 

28  nivôse  an  III. 

Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  F'  4579. 

Extrait  du  registre  des  arrêtés  particuliers  du 
Comité  de  sûreté  générale,  A.  N.,  AF*ii  277, 
fol.  102t. 

8.  —  Lettre  d'Antoine  Andréï,  accu- 
sant réception  de  la  loi  du  18  ventôse, 
pur   laquelle  la  Convention,  en    rendant 


HÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCADCÉHES 


justice  à  son  républicanisme,  le  rappelle 
dans  son  sein. 

(Ventôse  an  III.) 
Original  signé',  A.  iV.,  AA  51, 


1142: 


9.  —  Pétition  du  citoyen  Godefroy 
aux  Comités  réunis  de  salut  public,  de 
sûreté  générale  et  de  législation,  à  l'effel 
d'obtenir  le  payement  de  la  somme  de 
640  livres,  pour  16  mois  de  loyer  du  local 
occupé  par  les  scellés  du  citoyen  Andréï, 
député  de  la  Corse,  ladite  pétition  apos- 
lillée  par  Antoine  Andréï,  avec  arrêté  des 
Comités  l'éunis,  portant  que  la  Trésorerie 
nationale  payera  640  livres  pour  les  t6  mois 
de  loyer  dus  au  citoyen  Godefroy  par  le 
représentant  du  peuple  Andréï  pendant 
sa  mise  hors  la  loi. 

5  messidor  an  III. 
Original  sifçné  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  V  4579. 

AUBRY, 

Député  du  Gard. 

10.  —  Décret  de  la  Convention  natio- 
nale, ordonnant  l'arrestation  immédiate 
des  représentants  du  peuple  Aubry  et 
Lomont,  du  général  Miranda  et  du  nommé 
Gault,  ex  commissaire  des  guerres  et  ex 
secrétaire  du  Comité  de  salut  public  au- 
près du  député  Aubry,  ainsi  que  l'appo- 
sition des  scellés  sur  leurs  papiers,  et 
chargeant  le  Comité  de  sîlreté  générale  de 
l'exécution  dudit  décret. 

30  vendémiaire  an  IV. 
Copie  conforme,  A.  N,,  F'  4582. 
Ed.  Procés-verbal  de  la  Convention  nationale, 
t.  LXXI,  p.  237. 

i\,  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  chargeant  le  citoyen  Moulin, 
officier  de  paix,  de  mettre  à  exécution  le 
décret  d'arrestation  contre  le  représen- 
tant du  peuple  .Vubry,  lui  enjoignant  d'ap- 
poser les  scellés  sur  ses  papiers  et  l'auto, 
risaiit  à  requérir  la  force  armée. 

30  vendémiaire  an  IV. 
Copie  conformo,  A.  N.,  V  4582. 

12.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  portant  que  la  Comipisgion  des 


administrations  civiles,  police  et  tribu- 
naux fera  restituer  au  représentant  du 
peuple  Aubry  les  sommes  qui  lui  ont  été 
enlevées  par  la  municipalité  de  Paris. 

9  brumaire  an  IV. 

Copie  collationnée,  A.  N.,  V  4582. 

BABEY, 

Député  du  Jura. 

in.  —  Lettre  de  M.  Vitet,  lils  du  dé- 
puté de  Lyon,  à  son  cousin  Habey,  député 
du  Jura,  exposant  la  situation  critique 
dans  laquelle  se  trouve  son  père,  qui  a 
été  obligé  de  se  réfugier  à  Lyon,  chassé  de 
la  campagne,  où  il  se  trouvait  pour  sa 
santé,  par  des  vexations  atroces,  déclarant 
qu'il  n'est  point  coupable  de  conspiration 
contre  la  patrie,  ni  de  complicité  avec  les 
auteurs  de  l'insurrection  de  Lyon,  qu'il 
n'a  jamais  eu  de  correspondance  ni  de 
relations  avec  Cbasset  et  Birotteau,  ajou- 
tant que  l'une  de  leurs  maisons  a  été 
dévastée  par  les  bombes  et  qu'ils  vivent 
dans  le  plus  triste  état,  par  suite  de  la 
disette  des  vivres  et  de  la  misère  résul- 
tant d'un  siège  meurtrier. 

21  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  iV.,  F'  4584. 

14.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation, statuant  sur  les  réclamations  du 
citoyen  Babey,  etordonnant  :  1°  la  radiation 
de  son  nom  sur  la  liste  des  émigrés  du 
département  du  Jura;  2°  le  payement  de 
la  somme  de  3,733  livres  10  sols,  produit 
de  la  vente  de  ses  meubles  à  Lons-le- 
Saunier;  3°  la  restitution  de  ses  linge,  lils 
garnis  et  mobilier,  en  nature,  ou  suivant 
la  valeur  de  l'estimation  ;  4»  la  restitution 
de  tous  frais,  loyers  et  fermages  perçus 
par  les  receveurs  des  domaines  nationaux; 
b«  la  résiliation  de  tous  baux  laits  par  les 
administrateurs  de  district;  6»  la  mise  à 
la  charge  du  Trésor  public  des  frais  de 
scellés,  de  garde  et  d'administration. 

20  pluviôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F''  4584. 


CHAPITRE  i".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


BAILLEUL, 

Député  de  la  Seine- Inférieure. 

13.  —  Procès- verbal  dressé  par  le  Co- 
mité de  surveillance  de  la  section  Nord 
de  la  ville  de  Provins  à  l'occasion  de  l'ar- 
restation à  Saint-Hilliers  d'un  particulier 
qui,  ayant  d'abord  refusé  de  faire  con- 
naître son  identité,  a  déclaré  se  nommer 
Bailleul,  député,  décrété  d'arrestation  et 
cherchant  son  salut  dans  la  fuite,  et  a  de- 
mandé à  écrire  une  lettre  au  représentant 
Du  Bouchet,  lequel  a  ordonné  de  le  garder 
en  lieu  sûr,  avec  renonciation  des  papiers 
saisis  sur  la  personne  dudit  Bailleul,  no- 
tamment des  fragments  d'un  passeport 
déchiré  par  Bailleul,  et  d'un  itinéraire  à 
suivre  dans  sa  fuite,  de  plusieurs  lettres 
galantes,  d'un  morceau  de  musique  teint 
de  sang,  que  l'on  présume  être  du  sang 
de  Capet,  intitulé  :  «  Adieu  de  la  prési- 
dente de  Tourville  »,  lesquels  papiers  sont 
remis  à  la  gendarmerie  avec  une  canne  à 
sabre,  une  paire  de  pistolets,  un  mou- 
choir à  moucher,  un  mouchoir  de  col  en 
soie,  un  gant  de  peau  de  daim,  une  paire 
de  boucles  de  jarretières,  de  la  poudre  et 
des  chevrotines. 

8  octobre  1793  (clos  le  9  octobre,  à  10  heures 
du  matin). 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4584. 

16.  —  Lettre  de  M.  Du  Bouchet,  repré- 
sentant du  peuple  en  mission  à  Provins,  à 
ses  collègues,  annonçant  la  translation  à 
Paris,  sous  bonne  et  sûre  escorte,  du 
sieur  Bailleul,  député  de  la  Seine-Infé- 
rieure, qui,  pour  éviter  l'effet  du  décret 
d'arrestation  lancé  contre  lui  «  et  ses  pa- 
reils, le  3  de  ce  mois,  avait  jugé  à  propos 
de  gagner  le  large  »,  et  qui  a  cherché 
avec  sa  loyauté  ordinaire  à  pressentir  son 
opinion,  en  l'engageant  à  tout  pacifier, 
c'est-à-dire  en  d'autres  termes,  faciliter  son 
évasion,  déclarant  <<  que  les  montagnards 
n'entendent  pas  raillerie  et  ne  composent 
pas  avec  leur  devoir»,  et  ajoutant  qu'ils 
déblayent  pas  mal  dans  ce  département, 
la  terre  de  la  liberté,  des  aristocrates, 
royalistes,  robinocrates,  ci-devant  nobles, 
prêtres  réfractaires  et  perturbateurs,  pa- 
rents d'émigrés,  etc.,  font  de  bonnes  prises 


en  argenterie,  mais  ne  trouvent  que  peu 
de  fusils  de  calibre. 

8  octobre  1793. 
Autographe,  A.  N.,  V'  4584. 

17.  _  Réquisition  de  M.  Du  Bouchet,  re- 
présentant du  peuple,  au  commandant  de 
la  gendarmerie  à  Provins,  à  l'effet  de  se 
rendre  à  Paris  et  d'y  conduire,  sous  bonne 
et  sûre  escorte,  le  sieur  Bailleul,  député 
de  la  Seine-Inférieure,  et  de  le  traduire 
au  Comité  de  sûreté  générale  sous  sa 
responsabilité  personnelle. 

8  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,V<  4584. 

18.  —  Requête  des  maire  et  officiers 
municipaux  de  Saint-Hilliers  au  président 
de  la  Convention  nationale,  exposant  que 
par  leurs  soins,  le  8  octobre  courant,  le 
nommé  Bailleul,  député,  décrété  d'arres- 
tation, a  été  arrêté  et  conduit  au  Comité 
de  surveillance  de  Provins,  et  attendu  que 
ce  député  est  le  3=  personnage  suspect 
qu'ils  ont  fait  arrêter  et  que  ces  arres- 
tations se  font  la  nuit,  réclamant  le  rem- 
boursement des  30  livres  payées  pour 
assurer  la  garde  des  personnes  arrêtées, 
et  priant  de  leur  faire  savoir  si  le  député 
Bailleul  a  été  reconduit  à  Paris. 

(19  octobre  1793.) 
Original  signé,  A.  N.,  F''  4584. 
Renvoyé   au   Comité   de   sûreté   générale,  le 
28' jour  du  \"  mois  de  l'an  2.   Signé  :  Ramel. 

19.  —  Interrogatoire  subi  devant  le 
Tribunal  révolutionnaire  par  Jacques- 
Charles  Bailleul,  député  de  la  Seine-Infé- 
rieure, arrêté  à  Provins,  le  8  octobre, 
lequel  a  déclaré  à  Cl. -Emmanuel  Dobsent, 
juge  au  Tribunal,  qu'il  n'avait  aucune 
réponse  à  donner  aux  questions  qui  pour- 
raient lui  être  posées,  attendu  qu'il  n'y 
avait  pas  de  décret  d'accusation  contre 
lui,  pas  plus  que  de  décret  le  traduisant 
devant  le  Tribunal  révolutionnaire,  et  qu'il 
n'avait  pas  à  reconnaître  les  papiers  saisis 
sur  sa  personne  qui  lui  étaient  présentés, 
attendu  qu'ils  auraient  dû  être  renvoyés 
au  Comité  de  sûreté  générale. 

26  frimaire  an  II. 
Original,  signé   de    Dobsent  et  de  Bailleul, 
A.  N.,  F'  4584. 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAHCÉRÉS 


20.  —  Mémoire  juslificalif  de  Kailleul 
aux  Comités  de  salut  public  et  de  sûreté 
générale,  donnant  des  détails  au  sujet 
de  son  arrestation  à  Provins,  et  décla- 
rant qu'il  n'a  nullement  voulu  échapper 
à  la  loi,  que,  si  l'on  peut  lui  reprocher  sa 
fuite,  il  l'a  suffisamment  expiée  par  ce 
qu'il  a  souffert,  ayant  été  jeté  dans  un 
cachot,  chargé  de  fers,  qu'on  ne  lui  a 
ôtés  que  lorsque  ses  bras,  sur  le  point 
d'être  ensanglantés,  ne  lui  permettaient 
plus  d'endurer  la  douleur  que  ces  fers  lui 
causaient,  ajoutant  qu'il  a  pu  se  tromper 
mais  qu'il  est  loin  d'être  coupable  d'aucun 

crime. 

27  pluviôse  an  II. 

Original  signé,  A.  N.,  F'  4584. 

Renvoyé  au  Comité  de  sûreté  générale  par 
le  Comité  (le  salut  public,  le  4  ventôse  an  II, 

21.  —  Précis  historique  de  la  vie  de 
Jacques-Charles  Bailloul,  député  à  la  Con- 
vention nationale,  depuis  le  commence- 
ment de  la  Révolution,  adressé  à  l'un  de 
ses  amis  qu'il  ne  désigne  pas,  précis  dans 
lequel  il  proclame  n'avoir  dû  sa  nomination 
à  la  Convention  qu'à  son  zèle  aussi  pur  et 
désintéressé  qu'infatigable;  n'avoir  jamais 
eu  de  relations  avec  les  hommes  con- 
damnés comme  chefs  d'un  parti  contre- 
révolutionnaire,  n'avoir  entretenu  au- 
cune correspondance  sur  les  affaires 
publiques,  et  avoir  constamment  voulu  la 
République, une  et  indivisible,  et  que  s'il 
s'est  trompé  sur  les  moyens  de  l'affermir, 
la  faute  doit  en  être  attribuée  à  sa  raison 
et  non  à  son  cœur. 

27  pluviôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4584. 

22.  —  Pétition  de  Railleul,  député, 
au  Comité  de  siireté  générale,  retraçant 
les  circonstances  de  son  arrestation  à 
.Saint-llilliers,  près  de  Provins,  arrestation 
en  quelque  sorte  provoquée  par  lui-même 
pour  obéir  ù  la  loi,  déclarant  que  depuis 
il  mois  il  est  détenu  à  la  Conciergerie,  lui 
seizième  dans  une  chambre  où  l'air  cir- 
cule à  peine,  près  d'une  infirmerie  mal- 
saine, au  milieu  de  fièvres  qui  ont  enlevé 
nombre  de  prisonniers,  se  plaignant  d'é- 
touffements  quolidiens  qui  lui  inspirent 
les  craintes  les  plus  vives  sur  sa  santé,  et 


demandant  sa  tran.slation  dans  une  mai- 
son d'arrêt,  telle  que  la  Force,  rappelant 
qu'il  u  fait  remettre  à  ses  collègues  un 
abrégé  de  ce  qu'il  a  fait  pour  la  liberté 
depuis  le  commencement  de  la  Révolution. 

9  ventôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  458t. 

23.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  décidant  que  le  citoyen  Rail- 
leul, membre  de  la  Convention  nationale, 
mis  en  arrestation  par  décret  du  '.i  oc- 
tobre (v,  st.),  sera  transporté  de  la  Con- 
ciergerie, où  il  est  détenu,  dans  la  maison 
d'arrêt  du  Luxembourg,  et  confiant  l'exé- 
cution de  cet  arrêté  au  maire  de  Paris. 

29  ventôse  an  II. 
Copie,  A.  N.,  V  4584. 

24.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
représentants  Rréard  et  Laloy,  chargés  de 
la  levée  des  scellés  apposés  chez  les  dé- 
putés détenus  ou  mis  hors  la  loi,  rue  des 
Moineaux,  maison  de  la  Réunion,  n»  423, 
au  domicile  de  Bailleul,  député,  levée 
des  scellés,  avec  examen  de  ses  papiers, 
d'où  ont  été  extraits  deux  carions,  dans 
lesquels  ont  été  mis  diverses  pièces  con- 
cernant, tant  la  correspondance  de  Bail- 
leul dans  son  déparlement  que  ses  opi- 
nions, projets  et  autres  papiers  relatifs  à 
divers  Comités  de  la  Convention,  qui  ont 
été  emportés  par  les  commissaires,  à 
l'effet  d'être  examinés  et  analysés,  avec 
décision  des  députés,  laissant  à  Jean-An- 
toine-Guillaume Bailleul,  frère  du  député 
et   gardien   des  scellés,  la  jouissance  du 

mobilier. 

9-11  prairial  an  II. 
Original,  signé   de   Bréaid,    Lalov,    .1.   La- 
coste,   juge    de    paix,    J.-.Ant.-G.    Bailleul    et 
Uousscl  jeune,  secrétaire,  A.  N.,  F'  45S4. 

2ii.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
statuant  sur  les  réclamations  du  député 
Bailleul,  et  ordonnant  le  remboursement 
de  la  somme  de  423  livres  18  sols,  pour 
l'indemniser  des  diflérenles  sommes  qu'il 
a  été  obligé  de  payer  pendant  14  mois  de 
détention,  avec  l'état  de  ces  débours,  écrit 
de  la  main  de  Jacques-Charles  Bailleul, 
comprenant  300  livres  pour  une  année  de 


(( 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


loyer  resté  à  sa  charge  pendant  la  mise 
sous  scellés  de  ses  papiers,  le  surplus  (soit 
123  livres  18  sols)  pour  la  location  de  son 
lit  à  la  Conciergerie. 

3,  7  ventôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conrmmc  (2  pièces), 
A.N.,  1"  4584. 

BLAD, 

Député  du  Finistère. 

26.  —  Lettre  du  sieur  Palis,  chirur- 
gien auxiliaire  de  la  marine  à  Brest,  au 
Comité  de  salut  public,  se  plaignant  des 
agissements  du  député  Blague  ou  Blad, 
qui  égarait  l'opinion  publique  et  disait 
dernièrement,  dans  une  de  ses  lettres,  que 
l'insurrection  du  département  du  Finis- 
tère était  un  prétendu  délit,  déclarant  que 
ce  représentant  est  un  Ifiche  ou  un  traître, 
que  ses  mensonges,  ses  exagérations  ont 
animé  le  peuple  contre  la  Montagne,  au 
point  que  la  fête  républicaine  du  10  août 
est  devenue  une  fédération  analogue  à 
celle  de  Caen,  dénonçant  en  outre  les 
trames  qui  sont  ourdies,  les  livres  sterling 
du  ministre  Pitt  semées  en  abondance,  les 
Anglais  prisonniers  qui  se  promènent  dans 
le  port  et  insultent  à  la  modestie  répu- 
blicaine par  un  faste  insolent,  signalant 
notamment  leurs  propos,  d'après  les- 
quels, le  jour  de  la  Fédération,  l'un  d'eux 
aurait  dit  que  la  farce  était  finie,  et  de- 
mandant le  transport  de  ces  faquins  ail- 
leurs. 

13  .loiit  1793. 

Original  signé,  ^.  iV.,  FM601. 

Renvoyé  au  Comité  de  sûreté  générale  par  le 
Comité  (!e  salut  public,  le  30  août  1793. 

27.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
Blad,  député,  au  Comité  de  silreté  géné- 
rale, à  l'effet  de  se  justifier  d'avoir  apposé 
.sa  signature  à  la  déclaration  du  0  juin, 
qui  a  servi  de  base  au  décret  d'arresta- 
tion rendu  contre  lui,  affirmant  n'avoir 
signé  cette  déclaration  que  par  condes- 
cendance et  sans  en  avoir  lu  seulement 
le  premier  paragraphe,  et  l'avoir  réclamée 
à  Dcperret  afin  de  biffer  sa  signature, 
mais  que  celui-ci  refusa  de  se  rendre  à  son 
désir,  en  alléguant  que  cette  pièce  serait  dé- 
chirée ou  brillée  le  jour  môme,  qu'elle  fut 


trouvée  chez  lui  lors  de  son  arrestation, 
laisant  sa  profession  de  foi  et  jurant  que 
l'idée  odieuse  du  fédéralisme  n'est  jamais 
entrée  dans  son  cirur,  et  qu'il  a  frémi 
d'indignation  à  l'idée  qu'un  semblable 
projet  ait  pu  être  formé  lors  de  la  réunion 
coupable  de  Caen. 

21   brumaire  an  II. 
Origin.ll  signé,  A.  N.,  F'  4601. 

28.  —  Requête  du  sieur  Joseph-Simon 
Codineau  au  Comité  de  sûreté  générale, 
exposant  qu'il  a  loué,  quai  Voltaire,  n°  10, 
au  député  Blad  un  appartement  meublé 
sur  lequel  ont  été  apposés  les  scellés,  et 
demandant,  conjointement  avec  ledit  Blad, 
la  levée  des  scellés,  afin  de  pouvoir  dis- 
poser de  cet  appartement,  où  les  effets  se 
perdent  par  la  poussièie  et  les  vermines, 
le  sieur  Blad  consentant  à  ce  qUe  ses 
malles  soient  transportées  où  le  Comité 
jugera  à  propos. 


21  ventôse  an  II. 
Originaux  signés  (i  pièces),  A.  N.,1'' 


IGOl. 


29.  —  Renvoi  par  le  Comité  de  sûreté 
générale  à  la  Commission  des  adminis- 
trations civiles,  police  et  tribunaux,  du 
sieur  Vatinel,  gardien  des  scellés  apposés 
au  domicile  du  représentant  Blad,  quai 
Voltaire,  n°  10,  suivant  attestation  du  Co- 
mité révolutionnaire  de  la  section  de  la 
Fontaine-de-Crenelle,  pour  le  payement 
de  son  salaire. 

21  frimaire  an  III. 
Extrait  du   registre  des   arrêtés   particuliers 
du   Comité   de   sûreté   générale,   A.  N.,  AF'lI 
277,  fol.  916. 

30.  —  Lettre  de  Blad,  représentant  du 
peuple,  à  ses  collègues  des  Comités  de 
salut  public  et  de  sûreté  générale,  décla- 
rant que,  plus  occupé  des  affaires  publi- 
ques que  des  siennes,  il  a  négligé  jusqu'ici 
de  réclamer  l'indemnité  accordée  aux 
députés  détenus  pendant  le  règne  de  la 
tyrannie  décemvirale,  et  joignant  la  note 
des  frais  extraordinaires  occasionnés  par 
.sa  détention,  qui  s'élèvent  à  la  somme  de 
3,672  livres,  savoir  :  au  tapissier  Legendre, 
200  livres  pour  location  de  2  lits  restés 
sous  les  scellés;   1,612  livres  pour  loyer 


RÉCLAMATIONS  Et  JÙSTIFiCATlON  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


de  son  app.irtement  durant  13  mois,  dues 
au  citoyen  tlodineau,  et  1,800  livres  au 
gardien  des  scellés  pendant  12  mois. 

13  messidor  an  III. 
Oiiginaux  signés  (2  pièces^,  A.N.,  V  iCOI. 

ni.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  do 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation, ordonnant  In  remboursement  de 
In  somme  de  3,672  livres  réclamée  par  le 
représentant  Blad,  tant  pour  la  location 
de  2  lits  que  pour  le  loyer  de  son  appar- 
tement et  les  frais  de  garde  de  ses  scellés. 

15  messidor  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4001. 

BLANQUI, 
Député  des  Alpes-Maritimes. 

32.  —  Lettres  de  Blanqui  à  un  cor- 
respondant ahonyme  dos  Alpes-Maritimes 
(pfobablement  Olivier,  procureur  général 
syndic),  exposant  ses  vues  politiques  au 
milieu  de  la  crise  violente  que  traverse  la 
Convention,  et  déclarant  que,  dans  le  mo- 
ment présent,  vouloir  parler  raison  serait 
se  servir  d'un  langage  inintelligible,  en- 
gageant son  correspondant  à  tenir  la  main 
au  gouvernail  le  plus  fortement  possible 
dans  l'espoir  de  gagner  tous  le  port  de  la 
République,  une  et  indivisible. 

12,  15,  16,  20  juin  1793. 

Originaux   signés  (4   pièces),  et  un  imprimé. 

.\  la  lollre  du  16  juin  est  joint  le  manifeste 
ihipiimé  de  Lasourue,  en  dale  du  8  juin;  la 
lelire  du  15  jiiin  ne  renfei-jne  que  ces  mois  : 
«  Adieu,  citoyen,  pent-êtie  pour  toujours.  »  Ces 
lettres,  saisies  pur  l'administration  épurée  des 
Alpes-Marillmes,  furent  envoyées,  le  2  floréal 
an  11,  par  le  représentant  RIcord  et  qualiliées 
d'iniprol)ation  des  journées  des  31  mai,  2  et 
3  juin,  et  tout  à  fait  contraires  à  la  vérité. 

33.  —  Lettres  de  Blanqui  à  Olivier,  procu- 
reur général  syndic  des  Alpes-Maritimes, 
et  Raynaud,  président  du  district  de  Nice, 
traçant  la  ligne  de  conduite  à  suivre  pour 
son  département,  à  la  suite  des  événements 
qui  viennent  de  se  produire,  déclarant 
qu'étant  fils  ptiinés  do  la  France,  ils  doi- 
vent rester  simples  spectateurs,  d'autant 
plus  que  leur  territoire  est  envahi  et  que 
leur  unique  souci  doit  être  de  chasser  les 
l'iémonlais,  annonçant  que  de  graves  évé- 


nements se  préparent,  que  les  déparle- 
ments de  l'ancienne  Bretagne  etNormandie 
menacent  de  se  porter  sur  Paris  à  la  tête 
de  30,000  hommes  et  que  la  France  est 
dans  le  chaos  et  l'anarchie,  que  c'est  tout 
ce  que  l'on  doit  à  la  trop  fameuse  journée 
du  31  mai  et  aux  suivantes.  . 

8  juillet  1793. 
Originaux  signés  (2  pièce»),  A.  N.,  V  4603. 

34.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
lîlanqui  au  président  du  Comité  de  sûreté 
générale,  à  l'eflet  de  dénoncer  l'infdme 
manœuvre  dont  il  a  été  victime  de  la 
part  des  agents  scélérats  d'une  faction 
abominable,  qui  lui  ont  extorqué  sa  si- 
gnature pour  l'appliquer  à  une  protesta- 
tion e.xécrable  et  contre-révolutionnaire, 
qu'il  n'a  connue  que  le  jour  où  elle  fut 
lue  à  la  tribune  de  la  Convention,  décla- 
rant que  ses  sentiments  de  patriotisme  et 
de  républicanisme  sont  consignés  dans 
ses  papiers  dont  il  sollicite  l'examen. 

7  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4603. 

3j.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
Blanqui  à  son  compatriote  Veillon,  ex  dé- 
puté extraordinaire  des  Alpes-Maritimes, 
à  Nice,  expliquant  comment  il  a  été  in- 
duit, à  l'instigation  de  Chauvet  et  de  Lan^' 
juinais,  intrigant  et  traître  déclaré,  à 
signer  une  sorte  de  cerlilîout  insignifiant 
et  sans  conséquence,  auquel  a  été  subs- 
tituée une  protestation  abominable,  dé- 
clarant qu'il  se  trouve  à  la  Force  dans  le 
môme  bàliment  que  six  de  ses  collègues, 
et  qu'il  attend  avec  impatience  le  jour  do 
sa  délivrance. 

8  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4603. 

3(3.  —  Procés-verbal  de  transport  de 
Joseph-Elieime  Delcher  et  Marc-Antoine 
Baudot,  députés  et  commis.saires  de  la 
Convention,  au  domicile  du  citoyen  Blan- 
qui, député,  rue  Honoré,  n°  73,  levée  des 
scellés  et  examen  des  papiers  trouvés  dans 
un  secrétaire,  consistant  en  correspon- 
dances de  Nice  et  de  Montpellier,  notant- 
ment  une  lettre  en  italien,  du  ^"t  juillet 
1793,    par   laquelle    on    le   remercie   des 


8 


CHAPITRE  1".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


éclaircissements  par  lui  donnés  sur  les 
journées  des  31  mai,  1"  et  2  juin,  un  ma- 
nifeste imprimé  de  Lasource,  député  du 
Tarn,  papiers  que  les  commissaires  ont 
emportés. 

29  prairial,  l"  messiJor  an  II. 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  W.,F'  4603. 

37.  —  Lettre  écrite  de  la  maison  des 
Fermes  générales,  rue  de  Grenelle-Saint- 
Ilonoré,  par  Blanqui  à  ses  collègues,  ex- 
posant qu'à  la  suite  do  son  arrestation,  le 
3  octobre,  les  scellés  ont  été  apposés  sur 
ses  effets  et  qu'il  s'est  trouvé  dans  la  né- 
cessité de  payer  pendant  H  mois  un 
gardien  à  3  livres  par  jour,  et  un  loyer  de 
70  livres  par  mois,  et  demandant,  la  visite 
de  ses  papiers  étant  consommée,  à  garder 
auprès  lui  ses  effets,  qui  peuvent  être 
contenus  dans  une  malle,  tout  ce  qu'il 
avait  de  précieux,  soit  en  assignats,  soit  en 
autres  objets,  venant  de  lui  être  volé, 
par  effraction,  à  la  suite  du  bris  des  scellés. 

18  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,V  4603. 

38.  —  Réclamation  par  Dominique 
rtlanqui,  député  des  Alpes-Marilimes,  à 
ses  collègues  des  Comités  de  salut  public, 
de  sûreté  générale  et  de  législation,  d'une 
somme  de  7,784  livres  12  sols,  savoir  : 
886  livres  12  sols  pour  12  mois  et  20  jours 
de  loyer  pendant  sa  détention;  832  livres 
pour  un  gardien  de  scellés,  à  raison  de 
r>0  sols  par  jour,  et  6,000  livres  représen- 
tant le  montant  du  vol  commis  à  son  pré- 
judice, son  appartement  ayant  été  forcé, 
les  scellés  brisés,  le  secrétaire  ouvert  et 
les  assignats  et  bijoux  qu'il  possédait 
ayant  été  dérobés,  avec  arrêté  des  Co- 
mités réunis,  ordonnant  le  rembourse- 
ment de  cette  somme  au  député  lîlaiiqui. 

1 1  germinal  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  ¥'•  4C03. 

BLAUX, 

Député  de  la  Moselle. 

39.  —  Lettre  de  Blaux,  député  de  la 
Moselle,  à  se.s  collègues,  exposant   qu'il 


est  complètement  ruiné  et  sans  ressources, 
que  la  maison  de  sa  femme  à  Valen- 
ciennes  a  été  brûlée,  une  autre  à  Mons 
confisquée,  que  sa  maison  à  lui,  à  Sarre- 
guemines,  est  en  ce  moment  aux  mains  de 
l'ennemi,  qui  a  juré  de  tout  brûler  sur 
son  passage,  ajoutant  que  la  vie  lui  est  à 
cliarge  et  qu'il  s'en  débarrasserait  lui- 
même,  s'il  n'avait  pas  à  sauver  son  hon- 
neur compromis  par  la  signature  qu'il  a 
donnée  à  un  acte  qui  devait  rester  secret 
et  n'être  publié  que  du  consentement  una- 
nime de  tous  les  signataires,  déclarant 
qu'il  a  reconnu  que  les  mesures  prises 
les  31  mai,  1"  et  2  juin  étaient  néces- 
saires, mais  que  ce  n'est  que  ce  qui  s'est 
passé  depuis  qui  l'en  a  convaincu,  qu'il  le 
dit,  parce  que  c'est  sa  pensée  et  non  par 
crainte  de  la  mort. 

5  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N..  F'  4603. 
Renvoyé  au  Comité  de  sûreté  générale,  5«  jour, 
2«  décade,  1"  mois. 

40.  —  Certificat  de  l'écrou  dans  la 
maison  d'arrêt  de  Metz  de  la  femme  du 
repi'ésentant  Blaux,  par  ordre  du  direr- 
loire  du  Département. 

13  octobre  1793. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4603. 

41.  —  Lettre  des  administrateurs  des 
Postes  et  Messageries  au  Comité  de  sûreté 
générale,  l'avisant  de  l'arrivée  d'un  pa- 
quet de  Metz  à  l'adresse  du  citoyen  RIaux, 
député  à  la  Convention  nationale,  rue  de 
Courlye,  que  le  facteur,  informé  de  l'ar- 
restation de  ce  député  à  la  Force,  n'a  pas 
cru  devoir  laisser  le  paquet,  et  deman- 
dant des  instructions  à  cet  égard,  le  paquet 
en  (|uostion  est  réclamé  par  le  citoyen  Karr, 
député  de  la  ville  de  Sarrebruck  à  la  Con- 
vention, comme  lui  étant  destiné,  avec 
lettre  du  Comité  de  sûreté  générale  aux 
représentants  du  peuple  près  l'armée  de 
la  Moselle,  leur  envoyant  l'un  des  impri- 
més contenus  dans  ce  paquet  et  deman- 
dant leur  avis,  avec  un  imprimé  contenant 
un  mémoire  adressé  aux  représentants  do 
la  Moselle  par  les  otages  du  pays  de 
Nassau,    détenus   au    refuge    de    Metz,  et 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


une  pt'lition   des   députés  de  Sarrebruck 
et  Saint-Jean. 

23*  jour  du  l"  niiiis  de  l'an  II 
(14  octobre  1793.) 
Original  siyné,  minute  et  imprimé  ^3  pièces), 
A.  N.,  V  4603. 

42.  —  Lettre  des  administrateurs  du 
déparlement  de  la  Moselle  au  Comité  de 
salut  public,  signalant  la  conduite  sus- 
pecte du  représentant  Blaux,  qu'ils  dé- 
noncent comme  un  mandataire  infidèle, 
comme  un  vil  courtisan  du  despotisme,  et 
déclarant  que  si  les  délits  dont  il  s'est 
rendu  coupable  ne  sont  pas  suffisants 
pour  le  faire  considérer  comme  l'un  des 
complices  de  Brissot,  ils  appellent  un 
examen  scrupuleux  et  crient  vengeance. 

18  brumaire  an  II. 
Oritjinal  signé,  A.  N.,  F'  4603. 
Renvoj'é   au    Comité   de   sûreté   générale  par 
celui  de  salut  public,  le  5  frimaire  an  II. 

43.  —  Lettre  de  Blaux,  député,  à  ses 
collègues  du  Comité  de  surveillance  de  la 
Convention  nationale,  annonçant  avoir  lu 
dans  le  journal  du  18  courant  la  mention 
de  l'envoi  de  4  commissaires  chez  les  dé- 
putés, dont  les  papiers  ont  été  mis  sous 
scellés,  pour  retirer  ceux  qui  concernent 
les  Comités,  déclarant  avoir  été  chargé,  de 
concert  avec  Riihl,  de  préparer  la  réunion 
d'un  grand  nombre  de  communes  à  la 
France  dans  les  districts  de  Sarreguemines 
(•tBitche,et  que  son  projet  de  décret  a  été 
renvoyé  au  Comité  de  salut  public,  et  ob- 
servant qu'au  moment  où  il  a  été  arrêté, 
il  se  proposait  de  porter  à  ce  Comité 
toutes  les  délibérations  de  ces  communes, 
qui  doivent  se  trouver  dans  ses  papiers 
mis  sous  scellés. 

20  pliiviù.se  an  II  (Grande  Force). 
Original  signé,  A.  N.,  V  4603. 

44.  —  Arrcté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  autorisant,  sur  la  demande  du 
député  Vernerey,  le  Comité  de  surveil- 
lance de  la  section  des  Tuileries  à  procéder 
il  la  levée  des  scellés  apposés  sur  ses 
papiers  appaitenant  au  citoyen  Blaux, 
député,  en  arrestation,  replacer  silrement 


et  convenablement   lesdits   papiers,  et  y 
réapposer  les  scellés. 

Primidi  décadi  pluviôse  an  II. 
Copie,  A.  N.,  F'  4603. 

4').  —  Déclaration  du  directoire  du  dé- 
parlement de  la  Moselle,  portant  qu'ayant 
appris  l'arrestation  du  citoyen  Blaux,  à 
Paris,  il  a  cru  devoir,  dans  l'intérêt  de  la 
chose  publique,  faire  arrôler  la  citoyenne 
Blaux,  son  épouse,  et  faire  apposer  les 
scellés  sur  ses  papiers. 

19  fructidor  an  II. 
Copie  collationnée,  A.  N.,  V  4603. 

46.  —  Lettre  de  Nicolas-François  Blaux, 
député  du  département  de  la  Moselle,  à 
ses  collègues  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, exposant  que,  décrété  d'arrestation 
le  3  octobre  1793,  il  a  été  conduit  le  7  à 
la  Force,  où  de  l'infirmerie  il  a  été  mis 
dans  la  galerie  de  la  dette,  puis  transféré 
successivement  aux  Madelonnettes,  aux 
Bénédictins  anglais,  à  la  Ferme  et  aux 
Ecossais,  et  qu'indépendamment  du  loyer 
de  son  logement,  il  a  été  obligé  de  payer  la 
location  du  mobilier  des  chambres  par 
lui  occupées,  sans  compter  les  gratifica- 
tions données  journellement  aux  con- 
cierges et  guichetiers  pour  avoir  leurs 
bonnes  grâces  et  des  chambres  moins 
malsaines,  et  les  salaires  des  commission- 
naires pour  se  procurer  au  dehors  ce  qui 
lui  était  nécessaire,  et  réclamant  le  mon- 
tant du  loyer  de  son  appartement  pen- 
dant 12  mois  28  jours,  soit  776  livres,  plus 
17,")  livres  pour  l'impression  de  sa  justifi- 
calion  et  l'achat  de  celles  de  ses  collègues, 
plus  290  livres  pour  remplacer  des  cu- 
lottes de  drap,  gants  de  poil  de  lapin,  bas 
de  laine  blancs  rongés  en  son  absence  par 
les  arlisons,  en  outre  18  livres  pour  le 
rachat  d'exemplaires  du  Journal  des  dé- 
crets des  6  derniers  mois  de  1793,  auquel 
il  était  abonné,  enfin  3,560  livres  pour  la 
dépense  extraordinaire  occasionnée  par 
l'arrestation  de  sa  femme,  à  Metz,  où  elle 
s'était  réfugiée  avec  ses  deux  filles,  ayant 
dû  abandonner  sa  maison  de  Sarregue- 
mines qui  a  élé  pillée,  le  tout  s'élevant  à 
la  somme  de  4,819  livres. 

3  fructidor  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4603. 


)b 


CrtAPItflE  [''.  —  JOUftNÉKS  HISTORIQUES  DE  LA  nËVOLlltlO.X 


47. — Arrêté  des  Comités  réunis  de  sûreté 
générale,  de  salut  public  et  de  législation, 
statuant  sur  la  réclamation  du  citoyen 
Blaux,  député  de  la  Moselle,  et  ordonnant 
le  payement  de  4,819  livres  pour  les  perles 
qu'il  a  subies  et  les  dépenses  qu'il  a  été 
obligé   de    faire   pendant   le  temps  de  sa 

détention. 

20  fructidor  an  111. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4C03. 

BLAVIEL, 

Député  du  Lot. 

48.  —  Procfts-verbal  de  transport  d'An- 
toine-Pierre-Marie Pasté,  secrétaire-com- 
mis du  Comité  de  sftreté  générale,  en  vertu 
d'ordre  du  Comité,  du  i"  germinal,  au 
domicile  du  député  Bluviel,rue  des  Vieux- 
Augustins,  n"  H,  et  d'apposition  des  scel- 
lés sUr  ses  papiers. 

2  germinal  on  II. 
Original  signé   et   copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  FJ  4603. 

49.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
l'rançois-liaptisle  Dericquehem,  inspecteur 
de  police,  cbargé,  par  ordre  du  Départe- 
ment de  Police,  d'arrêter  et  de  condnire  à 
la  maison  d'arrêt  du  Luxembourg  le  dé- 
puté Blaviel,  en  son  domicile,  n°  11,  rue 
dos  Vieux-Auguslins,  avec  réponse  du  ci- 
toyen Pierre  Ferrieux,  perruquier,  décla- 
rant que  ledit  Blaviel  a  été  arrêté  le 
1"'  germinal  et  se  trouve  détenu  au  Luxem- 
bourg. 

3  germinal  an  II.  miniiil. 
Original  signé,  A.  N.,  l"  4 003. 

50.  —  Lettre  de  Blaviel,  député  du 
département  du  Lot,  aux  Comités  de  salut 
public  et  de  sûreté  générale,  renouvelant 
ses  lettres  des  premiers  jours  d'octobre  et 
désavouant  formellement  l'apposilion  de 
sa  signature  au  bas  d'une  protestation 
dont  il  a  toujours  ignoré  le  contenu,  qui 
a  été  l'ofrot  d'une  surprise  vt  d'un  véri- 
table abus  de  confiance,  déclarant  qu'il  a 
toujours  été  antifédéraliste  et  que  son  er- 
reur lui  semble  avoir  été  suffisamment 
punie  par  une  détention  de  prés  de  neuf 
mois,  et  sollicitant  sa  mise  en  liberté  pro- 
visoire, à  l'effet  de  pouvoir  suivre  un  trai- 


tement nécessaire  en  raison  de  son  état 
de  santé,  de  plus  en  plus  critique. 

23  prairial  atl  II. 
(maison  d'arriH  du  Luxembourg.) 
Original  signé,  A.  iV.,  FI  4G03. 

51.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  ordonnant  Id  leVêe  des  scellés 
au  domicile  de  Blaviel,  l'un  des  représen- 
tants mis  en  liberté  provisoire  pour  réta- 
blir leur  santé  et  vaquer  à  leurs  affaires 
domestiques,  et  procès-verbal  de  levée 
desdits  scellés  sur  une  armoire  en  placard, 
en  présence  dudit  Blaviel,  par  deux  mem- 
bres du  Comité  révolutionnaire  de  la  sec- 
tion de  Brutus. 

4,  8  brumaire  an  III. 
Copie  conforme  et  original  signé  (2  pièce."), 
A.  N.,  F'  4G03. 

BOHAN, 

Député  du  Finistère. 

,*)2.  —  Lettre  de  Bolian,  représentant 
du  peuple,  détenu,  au  Comité  de  sûreté 
générale,  exposant  qu'il  relevait  d'une 
maladie  de  poitrine,  lorsqu'il  fut  incar- 
céré, le  3  octobre,  que  le  régime  bomicide 
des  prisons,  où  il  s'est  vu  privé  de  tous 
les  secours  de  l'art,  même  du  clioix  do 
ses  aliments,  a  tellement  aggravé  son  état 
que  bientôt  son  mal  sera  sans  ressource, 
et  que  son  bras  qu'il  n'a  pu  jianser  con- 
venablement sera  bientôt  perclus,  et  de- 
mandant, à  moins  que  le  Comité  ne  veuille 
transformer  le  décret  d'arrcslation  rendu 
contre  lui  en  décret  de  mort,  l'envoi  de 
commissaires  pris  dans  son  sein,  avec  un 
officier  de  santé  pour  constater  son  état, 
dans  l'espoir  que,  d'après  leur  rapport,  on 
lui  permettra  de  rester  en  arrestation 
dans  Paris,  sur  parole  et  sans  gendarme. 

18  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  ï"  4601. 

!')3.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
membres  du  Comité  révolutionnaire  du 
1"  arrondissement  (section  de  la  Répu- 
blique), en  vertu  d'un  ordre  du  Comité  de 
sûreté  générale,  au  domicile  du  député 
liolian,  rue  de  la  .Madeleine,  n»  20,  en  sa 


HËCI.AMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTES  INCAIICÉRÉS 


11 


présence,  et  de  levée  des  scellés  apposés 
sur  SCS  effets. 

7  brumaire  an  III. 
Original  signô,  A.  A'.,  F'  4G04. 

î)4.  —  Mémoire  de  Bohnn,  représenlanl 
du  peuple,  à  ses  collègues  des  Comités 
do  sûreté  générale,  de  salut  public  et  de 
législation,  exposant  qu'incarcéré  le  3  oc- 
tobre 1"93,  il  a  été  mis  en  liberté  provi- 
soire le  29  vendémiaire  an  111,  que,  dans 
cet  intervalle  d'un  an  19  jours,  il  a  payé 
pour  son  loyer,  rue  de  la  Madeleine, 
429  livres,  et,  à  la  Force,  tant  au  4»  étage 
du  bâtiment  neuf  qu'à  l'inlirmerie,  pour 
son  loyer  81  livres,  que,  délogé  précipi- 
tamment du  bâtiment  neuf  et  obligé  de 
partager  le  lit  d'un  de  ses  collègues  au 
rez-de-chaussée,  il  fut  forcé  d'acheter 
pour  ainsi  dire  un  autre  cachot  et  de 
payer  100  livres  au  gardien  pour  être 
admis  à  l'infirmerie,  qu'on  le  fit  sorlir 
de  l'infirnierie  avec  8  de  ses  collègues, 
et  qu'il  obtint  à  prix  d'urgent  de  s'installer 
dans  une  chambre  délabrée  du  bâtiment 
.  de  la  dette,  qu'il  dut  également  payer 
pour  obtenir  des  gardiens  les  adoucisse- 
ments que  sa  sauté  exigeait,  payer  encore 
pour  faire  transporter  successivement  ses 
elfets  aux  Madolonnellcs,  aux  Bénédic- 
tins anglais,  à  la  maison  des  Fermes  et 
aux  Carmes,  déclarant  que  pendant  sa 
détention  ses  vêlements,  notamment  un 
habit  du  plus  beau  drap  bleu,  une  houpe- 
lande  et  un  manteau  de  drap  bleu  furent 
littéralement  rongés  par  les  vers,  esti- 
mant à  300  livres  la  dépense  de  leur  rem- 
placement et  sollicitant  le  remboursement 
de  tous  ses  frais  qui,  d'après  son  évalua- 
tion, se  montent  à  99C  livres  5  sols,  et 
qui,  d'après  un  calcul  plus  exact,  font  un 
lotal  de  902  livres  11  sols  8  deniers,  avec 
arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale,  or- 
donnant le  payement  de  cette  somme. 

20,  27  pluviôse  an  III. 
Orif-'iiial    signé    et    copie    conforme,   A.   N., 
V  400i. 

BONET, 

Député  de  la  Haule-Loirc. 

l)"t.   —   Lettre    de   Chaudron- lloussau, 
représentant  du  peuple  en  mission   dans 


l'Ariège  et  les  Pyrénées-Orientales,  à  la 
Convention  nationale,  dénonçant  la  con- 
duite de  Itonctet  Cassanyès,  qui  ont  placé 
à  la  tête  des  administrations  civiles,  dos 
vivres  et  des  fourrages,  tous  les  fédéra- 
listes et  contre  révolutionnaires,  et  décla- 
rant en  particulier  que  Ronet  a  présidé  la 
première  des  assemblées  fédéralisles  de 
l'Aude,  cil  l'on  s'est  coalisé  avec  Bor- 
deaux, Lyon,  Toulon  et  Marseille,  et  dans 
laquelle  ont  été  arrêtées  la  scission  arec  la 
Convention  et  la  levée  d'une  force  dépar- 
tementale pour  marcher  contre  Paris, 
ajoutant  qu'il  en  a  entre  les  mains  la 
preuve  matérielle. 

14  ventôse  an  II. 
Extrait  conforme,  A.  N.,  F'  4008. 

■)6.  —  Pétition  de  Bonet,  député  de  la 
Haute-Loire,  à  ses  collègues  composant 
les  trois  Comités  de  gouvernement,  à  l'ef- 
fet d'obtenir  réparation  des  dommages 
matériels  qu'il  a  éprouvés,  dans  ses  pro- 
priétés foncières  et  mobilières,  notamment 
des  dilapidations,  ravages  et  destructions 
de  tout  genre  que  les  terroristes  ont 
exécutés  et  fait  exécuter  sur  ses  propriétés 
dans  le  district  de  Monistrol,  où  la  muni- 
cipalité a  fait  acquérir,  sous  le  nom  d'un 
particulier,  et  possède  actuellement  un 
terrain  couvert  d'arbres  superbes  qui,  en 
1789,  eût  été  vendu  12  à  ir.,000  livres  et 
qu'elle  a  acquis  pour  00  livres  en  assi- 
gnats, sollicitant  la  nomination,  par  les 
représentants  en  mission  dans  la  llaulc- 
Loire,  de  commissaires  à  l'effet  de  procé- 
der contradictoirement  avec  lui  ou  ses 
fondés  de  procuration  à  restimation  des 
pertes  par  lui  éprouvées,  pour  que  l'on  ne 
puisse  croire  qu'il  a  abusé  des  droits  que 
lui  a  donnés  le  malheur  pour  surprendre 
la  religion  de  ses  collègues. 

Après  le  20  ventôse  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4C08. 

57.  —  .\rrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
décidant  que  Bonet,  député  de  la  Haute- 
Loire,  sera  réintégré  dans  ses  biens  meu- 
bles et  immeubles  non  vendus,  que  les 
frais  de  scellés  et  de  séquestre  demeureroiit 
à  la  charge  de  la  Uépubliquc,  que  les  re- 


12 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


présentants  en  mission  sont  autorisés  à 
nommer  des  commissaires  à  l'effet  de  pro- 
céder, de  concert  avec  ledit  Ronet,  à  l'es- 
timation des  dilapidations  et  vols  commis 
dans  ses  biens,  et  de  prendre  connais- 
sance des  ventes  frauduleuses  de  terrains, 
que  les  autorités  constituées  se  sont  fait 
adjuger  au  mépris  de  la  loi. 

1"  Hoi-éal  an  III. 
(p«r  erreur  l"  thermidor  an  III.) 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4608. 

88.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
statuant  sur  la  réclamation  de  Bonet,  dé- 
puté de  la  Haute-Loire,  et  fixantà  10,000  li- 
vres le  chiffre  de  l'indemnité  qui  lui  sera 
payée  pour  les  pertes  énoncées  dans  sa 
pétition. 

14   (Iméal  an  IH. 

Copie  conforme,  A.  N.,  F"  4608. 

BRESSON, 

Député  des  Vosges. 

59.  —  Adresse  de  la  société  des  Mon- 
tagnards ou  antifédéralistes  de  Mirecourt 
à  la  Convention  nationale,  annonçant 
l'arrivée  de  Jean-Raptisle  Bresson,run  des 
députés  du  département,  à  Darney,  lieu 
de  son  domicile,  déclarant  qu'elle  n'a  pas 
encore  la  preuve  des  propos  infâmes  qu'il 
aurait  tenus,  mais  que  sa  présence  à  Darney 
est  un  poison  dangereux,  et  engageant  la 
Convention  à  faire  vérifier  les  faits  et  ne 
plus  accorder  de  passeports  aux  députés 
de  la  plaine,  attendu  qu'ils  ne  s'en  servent 
que  pour  aller  corrompre  l'esprit  public 
dans  les  départements. 

18  août  179.1. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4616. 

60.  —  Lettre  du  conseil  d'administra- 
tion du  district  de  La  Marche  au  président 
de  la  Convention  nationale,  exprimant  ses 
craintes  au  sujet  de  la  présence,  à  La 
Marche,  et  de  la  conduite  suspecte  du  dé- 
puté Jean-Rapliste-Marie-François  Bresson, 
qui  n'a  fait  qu'une  apparition  fugitive, 
déclarant  avoir  lieu  de  trouver  extraor- 
dinaire l'éloignementde  ce  député  du  sein 
de  la  Convention  dans  un  temps  orageux. 


d'autant  plus  que,  dissipant  un  temps 
précieux  en  courses  vagabondes,  il  n'est 
point  malade,  rappelant  enfin  qu'il  n'a 
point  volé  la  mort  du  tyran,  et  qu'il  ap- 
partient à  la  caste  des  ci-devant  privilé- 
giés, circonstances  dignes  d'êlre  consi- 
dérées dans  un  temps  où  le  républicain 
est  si  souvent  trompé  par  des  ennemis 
astucieux  ou  perfides. 

27  août  1793. 

Original  signé,  A.  N.,  V  4616. 

Renvoyé  au  Comité  de  sûreté  générale,  le 
2  septembre  1793,  l'an  I"'  de  la  République 
française  :  Périès,  cadet. 

61. —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûrelé  générale  et  de  législation, 
statuant  sur  la  réclamation  du  représen- 
tant Rresson  et  décidant  :  1°  la  mainlevée 
du  séquestre  établi  sur  la  partie  de  ses 
propriétés  qui  n'a  point  été  vendue;  2»  le 
payement  de  la  somme  de  1,600  livres 
pour  les  fermages  et  loyers  de  ses  biens 
perçus  par  la  nation  pendant  deux  ans  ; 
.3°  le  payement  d'une  autre  somme  de 
2,400  livres  pour  indemnité  de  la  vente 
d'une  partie  de  sa  maison  et  de  ses  meu- 
bles, ainsi  que  de  l'enlèvement  de  son 
argenterie  et  de  ses  armes;  4°  la  remise 
de  son  traitement  de  représentant  du 
peuple  depuis  le  dernier  payement  qui  lui 
en  a  été  fait. 

27  nivôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4616. 
Reçu  l'original.  Signé  :  Bresson. 

BRONEL, 

Député  de  l'Hérault. 

62.  —  Arrêté  du  Comité  de  sftrelé  géné- 
rale, ordonnant  de  lever  les  scellés  appo- 
sés au  domicile  de  Brunel  et  de  Rouyer,  ci- 
devant  commissaires  de  la  Convention  na- 
tionale dans  le  déparlement  de  Rhône-el- 
Loire,  et  de  perquisitionner  dans  leurs  pa- 
piers, à  l'effet  d'y  rechercher  une  décla- 
ration du  citoyen  Buiron-tiaillard ,  qui 
aurait  été  déposée  entre  les  mains  de 
ces  commissaires,  pour  la  restituer,  et 
chargeant  Voulland  de  celte  opération, 
l'autorisant  à  faire  extraire  le  sieur  Brunel 
de  la  maison  d'arrêt  oi'i  il  est  détenu  pour 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTlflCATlON  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉnÉS 


13 


y  assister,  et  à  le   faire    réintégrer   dans 
ladite  maison  d'arrêt. 

!•'  frimaire  an  II. 
l'.xtrait   du   registre  de»  mandats  d'arrêt  du 
Comité  de  sûreté  générale,  A.  A'.,  AF*II  290, 
fol.  31  V. 

63.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, ordonnant  le  transfèreraent  provi- 
soire de  Brunel  à  la  maison  des  Orties,  et 
chargeant  de  l'exécution  du  présent  le 
commandant  de  gendarmerie  près  du  Co- 
mité. 

27  pluviôM  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4619. 

64.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législa- 
tion, statuant  sur  la  réclamation  du  repré- 
sentant Brunel  et  ordonnant  le  payement 
de  la  somme  de  1,450  livres  pour  frais  de 
loyer,  frais  extraordinaires  dans  les  pri- 
sons où  il  a  été  détenu,  et  autres  sommes 
qu'il  a  été  obligé  de  débourser  pendant 
sa  détention. 

27  pluviôse  an  III. 
Extrait  du  registre  des  arrêtés  particuliers  du 
Comité  de  sûreté  générale,  A.  N.,  AF*n  277, 
fol.  1U9. 

CAZENEUVE, 

Député  des  Hautes-Alpes. 

65.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par  Ca- 
zeneuve  et  Serre,  députés  des  Hautes- 
Alpes,  et  Marbos,  député  de  la  Drôme,  au 
Comité  de  sûreté  générale,  à  l'effet  d'obte- 
nir la  levée  des  scellés  apposés  sur  leurs 
papiers  depuis  12  jours,  en  raison  des 
frais  de  gardiens  établis  par  la  section  des 
Piques,  que  leurs  moyens  ne  leur  per- 
mettent pas  de  supporter. 

9*  jour  de  la  3»  décade  du  \"  mois  de  la  Ré- 
publique (20  octobre  1793). 
Original  «igné,  A.  N.,  V  4635. 

66.  — Délibération  du  Comité  des  finan- 
ces, renvoyant  au  commissaire  des  admi- 
nistrations civiles,  police  et  tribunaux, 
autorisé  à  cet  effet,  la  pétition  du  citoyen 
Véron,  qui  réclame  son  payement  comme 
gardien  des  scellés  apposés  au  domicile 


de  Cazeneuve,  député,  pétition  renvoyée 
aux  Comités  de  sûreté  générale  et  des  ins- 
pecteurs de  la  salle. 

25  floréal  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  AA  10,  n"  425. 

67.  —  Déclaration  du  Comité  révolu- 
tionnaire de  la  section  des  Piques,  attes- 
tant que  André  Véron  a  été  constitué  gar- 
dien des  scellés  apposés,  le  18  vendémiaire, 
chez  le  citoyen  Cazeneuve,  rue  des  Ma- 
thurins,  lors  de  son  arrestation,  que,  de- 
puis cette  époque,  il  continue  ses  fonc- 
tions, et  qu'il  a  reçu  du  ministre  de  la 
justice  une  somme  de  186  livres,  acompte 
de  ce  qui  doit  lui  revenir  de  sa  place  de 

gardien. 

28  floréal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  10,  n»  425. 

68. —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
statuant  sur  la  réclamation  du  citoyen 
Cazeneuve  et  ordonnant  le  rembourse- 
ment de  la  somme  de  1,300  livres,  pour  le 
loyer  de  son  appartement  et  du  lit  qu'il  a 
occupé  pendant  les  treize  mois  qu'a  duré 

sa  détention. 

6  pluviôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4635. 

CHASTELLAIN, 

Député  de  l'Yonne. 

69.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Etienne  Delcher  et  Marc-Antoine 
Baudot,  députés  et  commissaires  de  la 
Convention,  rue  de  l'Echelle,  n»  542,  au 
domicile  du  citoyen  Chastellain,  député  à 
la  Convention  nationale,  dans  une  chambre 
au  4«  étage,  et  levée  des  scellés  qui  avaient 
été  apposés  sur  un  bureau  par  les  ci- 
toyens Louis  Charvet  et  Thomas-Charles 
La  Barre,  membres  du  Comité  révolu- 
tionnaire de  la  section  des  Tuileries,  exa- 
men des  papiers  y  contenus,  se  composant 
de  lettres  particulières  toutes  insigni- 
fiantes, et  afin  d'éviter  les  frais  dispen- 
dieux d'un  loyer  et  de  garde  des  scellés, 
ledit  bureau,  constituant  tout  le  mobilier 
de  Chastellain,  est  descendu  dans  l'appar- 
tement qu'occupait  Rabaut  Saint-Etienne 


H 


CHAPITRE  1".  —  JOLRNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  UÉVÛUUTIQN 


au  second  étage,  compris  sous  les  mêmes 

scellés, 

!  5  prairial  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4643. 

70.  —  Certificat  du  secrétaire  greffier 
de  la  justice  de  paix  de  la  section  des 
Tuileries,  constatant  que  le  sieur  Nicolas 
Fleureau,  portier  de  la  maison  habitée 
par  le  député  Chastellain,  a  été  chargé  de 
la  garde  des  scellés,  le  4  thermidor  an  II 
jusqu'au  22  pluviôse  an  HI,  jour  de  la 
levée  desdits  scellés. 

14  frucliilor  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  ¥">  4643. 

COUPPÉ, 

Député  des  Côtes-du-Nord. 

71. —  Pétition  de  Gabriel  Couppé,  dé- 
puté des  Côtes-du-Nord,  au  président  de 
la  Convention  nationale,  exposant  que  do 
tous  les  signataires  de  la  protestation  du 
6  juin  1793,  il  est  le  seul  privé  de  son 
indemnité  de  représentant,  et  que  le  Co- 
mité des  inspecteurs  ne  veut  pas  prendre 
sur  lui  de  délivrer  ses  mandats,  sous  pré- 
texte que  le  citoyen  Coupard,  l'un  des 
suppléants,  a  été  appelé  et  siège  à  la 
Convention,  faisant  observer  qu'il  lui 
semble  juste  que  ce  suppléant  occupe  la 
place  vacante  par  le  décès  de  Loncle,  et 
demandant  le  payement  de  son  indemnité 
depuis  le  jour  de  son  arrestation,  ce  qui  est 
de  toute  justice,  croyant  devoir  épargner 
à  ses  collègues  le  tableau  des  misères 
qu'il  a  souffertes. 

G  frimaire  an  III. 
Autographe,  A,  K-.V  4655. 

72.  —  Rapport  de  Danjou,  député  de 
l'Oise,  au  Comité  des  décrets  et  procès- 
verbaux  sur  la  pétition  de  G.  Couppé,  ex 
député  des  Côtes-du-Nord,  renvoyée  au 
Comilé  par  décret  du  6  frimaire,  décla- 
rant que,  tant  que  le  décret  du  l"  juillet 
1793,  qui  établissait  que  Couppé  en  aban- 
donnant son  poste,  avait  volontairement 
abdiqué  ses  fonctions  de  député,  ne  sera 
pas  révoqué,  il  ne  pourra  prétendre  au 
titre  de  représentant  du  peuple,  ni  par 
conséquent   à  son  indemnité,  concluant 


au  renvoi  de  la  pétition  au  Comité  de  sû- 
reté générale,  réuni  à  celui  de  législation, 
avec  arrêté  du  Comité  des  décrets,  adop- 
tant ces  conclusions. 

13  frimaire  an  III. 
Original  signé  et  extrait  conforme  (2  pjèces), 
A.  N.,  FI  4655. 

73.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
citoyens  Barré,  agent  national,  et  Louis 
Radot,  officier  municipal  de  Villejuif,  chez 
le  citoyen  Dernier,  logeur,  où  ils  ont  été 
fort  surpris  de  trouver  un  individu  por- 
teur d'une  carte,  sur  laquelle  étaient  ins- 
crits ces  mots  :  G.-M.  Coupé,  représentant 
du  peuple  français,  d'autant  plus  que  celte 
maison  était  le  lieu  de  refugi;  «  de  pres- 
que tous  les  aventuriers,  les  plus  mal 
vêtus,  les  plus  douteux  »,  et  comme  ce 
député  ne  leur  était  point  connu,  ils  ont 
cru  devoir  le  faire  accompagner  d'un  gen- 
darme au  Comité  de  sûreté  générale,  ledit 
particulier  leur  ayant  répondu  à  ce  sujet: 
«  Vous  savez  ce  que  vous  avez  à  faire, 
faites  votre  devoir.  » 

9  prairial  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4655. 

COKBF.L, 
Député  du  Morbihan. 

74.  —  Procès-verbal  de  transport  d'un 
commissaire  du  Comité  révolutionnaire  du 
I"  arrondissement,  rue  de  la  Madeleine, 
n"  26,  au  domicile  du  citoyen  Corbel,  dé- 
|)Ulé  à  la  Convention  nationale,  et  de  levée 
des  scellés  apposés  sur  une  malle,  avec 
remise  de  la  clef  de  cette  malle  au  citoyen 

Corbel. 

9  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4653. 

dabray-[doublet]  , 

Député  des  Alpes-Maritimes. 

7o.  —  Lettre  de  Dabray,  député  des 
Alpes-Marilimes,  au  président  de  la  Con- 
venlion  nationale,  exposant  qu'il  a  été 
poursuivi  par  le  Sénat  de  Nice,  sous  l'an- 
cien régime,  comme  partisan  de  la  régé- 
nération française,  et  qu'en  raison  des 
4  adresses  à  ses  concitoyens  qu'il  joint  à 


HÉCLAMAÎIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


sa  lelUe,  le  despote  de  Tgriii  a  tflis  sa  tiHe 
à  prix  et  a  enyojé  des  émissaires  pour 
l'assassiner,  déclarant  avoir  été  égaré  par 
la  perfidie  d'un  ancien  cpllôgue  qui  a 
amené  son  arrestation,  et  demandant  que 
m  cprrespondance ,  interceptée  par  les 
commissaires  de  l'armée  d'Italie,  soit  au 
plus  tôt  renvoyée  aux  Comités  de  sûreté 
géuérale  ou  de  salut  public,  pour  que  la 
pureté  de  ses  sentiments  soit  connue. 

3  ocloLre  1793. 
Original    signé    et    placards   de   Dabray  im- 
primés sous  le  tilre  d'adresse  à  se?  conciloyens 
(a  pièces),  A.  AT.,  I"  4659. 


78.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  au  Co- 
mité de  sûreté  générale  par  Dabray,  dé- 
puté des  Alpes-Maritimes,  à  l'elFet  de  jus- 
tifier sa  conduite  et  de  prouver  quil  a  été 
circonvenu  par  Blanqui,  l'un  de  ses  col- 
lègues, qui,  de  concert   avec  Lanjuinais, 
lui  lit  signer  un  écrit  sans  qu'il  pût  le  lire, 
écrit  qu'il  ne  croyait  pas  avoir  le  carac- 
tère  d'une  protestation,  sollicitant,  puis- 
qu'il n'a  pu  obtenir  la  permission  de  garder 
les   arrêts    chez   lui,   l'aulorisation    pour 
Charles  Aufré,  son  homme  d'affaires,  de 
venir  le  voir  quelquefois  et  de  lui  porter 
un  peu  de  linge,  et  priant  de  liùter  l'ex- 
pédition de  son  affaire. 

•  '■•jour  de  la  3»  décade  du  1er  mois  de  lan  II 
(l2ocloLre  1793). 
Original  signé,  .1.  n.,vi  4g59. 

''.  —  Lettre  de  Dabray,  député  des  \l- 
pes-Maritimes,  au  président  du  Comité  do 
sûreté  générale,  exposant  qu'admis  le 
^3  mai  a  la  Convention,  après  un  voyage 
de  2M  lieues,  il  s'est  laissé  entraînera  mé- 
'•onnaltre  un  instant  la  vérité,  mais  qu'il  a 
tlemontré  son  innocence  dans  un  mémoire 
onvoyé  au  Comité  et  qui  ne  lui  est  proba- 
hloi.ient  point  parvenu,  faisant  observer 
'|u  ailles  avoir  tout  sacrilié  à  la  Hévolu- 
lion,  le  despotisme  le  poursuit  en  mettant 
»a  lete  a  prix  et  la  République  l'empri- 
sonne. 

.  25  brumaire  an  II 


"8.  —  Lettres  écrites  de  la  Force  par 
Dabray,  député  des  Alpes-Maritimes,  a«x 
Comités  de  salut  public  et  de  sûreté  gé- 
nérale, exposant  la  situation  très  précaire 
où  il  se  trouve,  par  suite  des  charges  dont 
il   est  grevé,   s'étant    engagé   à   donner 
600  livres,  pendant  ja  durée  de  la  guerre, 
pour  la   formation  du  !«'  bataillon    des 
Alpes-Maritimes,  devant  en  outre  entrete- 
nir  son   neveu   et   4  sœurs,  un   homme 
(1  anaires  qu'il  a   amené  à   Paris,  jiayer 
2  loyers,  l'un  à  la  Force,  l'autre  à  l'hôtel 
des  Tuileries,_qui  lui  coûte  plus  de  100  li- 
vres par  mois,  ne  pouvant  même  recevoir 
les  lettres  chargées  à   son   adresse,  qui 
depuis   plus  de  3  mois  sont  à  la  Poste, 
demandant  par  justice  et  par  humanité 
que  l'on  bâte  sa  mise  en  liberté. 

13  venlôae  an  II. 
Originaux    signés    (2  exemplaires  du  même 
texte),  A.  N.,  F'  .'i659. 

70.  —  Lettre   de  Dabray,    dépulé   des 
Alpes-.Maiitimes,  au  Comité  de  salut  pu- 
blic, dépeignant  l'état  déplorable  oft  il  se 
trouve,  ayant  été  d'abord    entassé,  avec 
ses  compagnons,  au  nombre  de  07,  dans 
une  chambre  destinée  à  des  condamnés 
transiérés  à    Bicêtre,  puis  logé  dans  un 
rez-de-chaussée    humide    et   malpropre, 
manquant  du  nécessaire,  quelquefois  même! 
d'eau,  et  sollicitant  la  levée  de  ses  scellés, 
pour  lui  permellre  de  subvenir  à  ses  be- 
soins et  de  pourvoir  à  ses   affaires   qui 
empirent  de  jour  en  jour. 

4  lloréal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4659. 


80.  —  Pétition  de  Charles  Aufré,  de- 
meurant rue  Honoré,  n"  7a,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  exposant  que,  le  IS  ven- 
démiaire an  H,  il  a  été  nommé  par  les 
citoyens  Couvreur,  commissaire  de  police 
de  la  section  du  Muséum,  et  Sadous,  offi- 
cier de  paix,  gardien  des  scellés  apposés 
chez  Dabray,  député  des  Alpes-Marilimes, 
et  qu'il  s'est  présenté  maintes  fois,  soit  au 
Département,  soit  à  sa  section,  soit  à  celle 
du  Muséum,  pour   obtenir  le    payement 
des   frais  de  garde,  qu'il  a  été  renvoyé 
continuellement   de   l'un   à  l'autre,  sann 
pouvoir  obtenir   de  réponse   décisive,   et 


16 


CHAPITRE  I".  —  JOURNEES  HISTORIQUES  DE  LA  REVOLUTION 


soHicitanl  ce  payement  qui  lui  est  abso- 
lument nécessaire  pour  sa  subsistance. 

13  floréal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,F''  4659. 

81.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Etienne  Delcher  et  Marc-Antoine 
Baudot,  députés,  commissaires  de  la  Con- 
vention, rue  Honoré,  n°  73,  au  domicile 
de  Dabray,  député,  dans  une  chambre  au 
3«  étage  du  pavillon  de  gauche,  levée  des 
scellés  et  examen  des  papiers  contenus 
dans  un  secrétaire,  où  il  ne  s'est  trouvé 
que  quelques  lettres  insignifiantes  et  des 
imprimés,  mais  aucune  correspondance 
dudit  Dabray  pendant  le  temps  qu'il  est 
resté  à  la  Convention. 

2  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,F''  4659. 

82.  —  Lettre  écrite  de  la  prison  des 
Madelonnettes  par  Dabray,  député  des 
Alpes-Maritimes,  aux  Comités  de  salut 
public  et  de  sûreté  générale  réunis,  expo- 
sant qu'il  est  resté  pendant  3  mois  dans 
le  bâtiment  neuf  de  la  Force,  entassé  avec 
plus  de  60  personnes,  a  été  transféré,  en 
raison  de  son  état  de  santé  dans  le  dépar- 
tement de  la  dette  et  qu'il  vient,  ce  malin 
même,  d'être  envoyé  aux  Madelonnettes 
avec  tous  ses  collègues,  dans  un  local  qui 
ne  donne  même  pas  à  chacun  2  pieds  can-és, 
où  il  ne  tardera  pas  cà  succomber,  en  raison 
«  des  grandes  chaleurs  et  de  la  vermine 
que  les  criminels  appelés  pnî/ieua;  viennent 
d'y  laisser»,  déclarant  qu'il  attend  de  la 
justice  et  de  l'humanité  de  ses  collègues 
quelque  soulagement  à  ses  peines,  et  ajou- 
tant que  "  si  tous  les  détails  en  étaient 
connus,    leur    indignation    serait   à   son 

comble  ». 

27  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4659. 

83.  —  Lettre  écrite  de  la  maison  des 
Fermes  par  Dabray,  député  des  Alpes- 
Maritimes,  aux  Comités  de  salut  public  et 
de  sûreté  générale,  exposant  que  ses  effets 
restés  sous  les  scellés,  à  l'hôtel  des  Tuile- 
ries, ont  été  confiés  à  la  garde  de  son  homme 
d'affaires,  et  que  son  collègue  Blanqui, 
qtii  habite  le  même  hôtel,  vient  d'y  être 


volé  avec  effraction  de  portes  et  bris  de 
scellés,  et  demandant,  comme  ses  effets 
représentent  une  valeur  de  8,000  livres, 
l'autorisation  de  les  vérifier,  avec  le  con- 
cours du  juge  de  paix,  et  de  les  faire 
transporter  à  son  logis  actuel,  ou  de  les 
consigner  entre  les  mains  de  quelque 
personne  sûre. 

17  fructidor  an  II. 
Originaux  signés  (2  exemplaires  de  la  mémo 
lettre),  A.  N.,  F^  4659. 

84.  —  Lettre  de  Dabray,  député  des 
Alpes-Maritimes,  aux  Comités  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
exposant  (ju'ayant  été  arrêté  le  3  octobre 
1793,  comme  signataire  de  la  déclaration 
relative  aux  journées  des  31  mai,  1"  et 
2  juin,  les  scellés  furent  apposés  à  son 
domicile  avec  un  gardien  qui  y  est  resté 
jusqu'au  5  brumaire  dernier,  par  consé- 
quent 379  jours,  réclamant  le  rembourse- 
ment (le  ces  frais  de  garde  qui  s'élèvent 
à  1,137  livres  et  le  montant  des  loyers  par 
lui  payés  à  la  Force,  soit  67  livres  et  demi, 
au  total  1,204  livres,  ne  prétendant  pas 
exiger  les  frais  de  transport  de  son  lit  et 
de  ses  bardes  dans  7  différentes  prisons, 
ainsi  que  ceux  qu'il  a  dû  s'imposer  pour 
se  procurer  quelque  petite  aisance,  en 
ayant  oublié  le  chiffre,  avec  arrêté  des 
Comités,  ordonnant  le  payement  audit 
Daliray  de  1,204  livres  10  sols,  tant  ])our 
frais  de  garde  des  scellés  qu'autres  sup- 
portés pendant  sa  détention. 

2  ventôse  an  III. 
Original   signé   et  copie  (2  pièces),  A.  N., 
V  4659. 

85.  —  Lettre  de  Dabray,  représentant 
du  peuple  français,  à  son  ami  Jean  Ray- 
naud,  à  Nice,  annonçant  que  la  section  de 
Montreuil  s'était  déclarée,  le  10lloréal,en 
permanence,  mais  que,  les  sections  ayant 
improuvé  sa  démarche,  ses  arrêtés  avaient 
été  cassés  et  on  lui  avait  ordonné  de  se 
dissoudre,  que  les  Comités  doivent  leur 
faire  un  rapport  sur  la  situation  générale 
de  la  Franco,  après  lequel  des  mesures 
rigoureuses  seront  prises  pour  en  imposer 
à  jamais  à  tous  les  ennemis  de  la  Répu- 
blique, ajoutant  qu'il  envoie    au   citoyen 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


17 


Audibert  le  rapport  sur  la  conspiration  du 
29  germinal  et  le  discours  de  Thibaudeau 
pour  centraliser  le  gouvernement. 

1 1  noréal  an  III. 
Original  signé,  A.  K,  F'  4659. 

DAUNOU, 
Député  du  Pas-de-Calais. 

80.  —  Lettre  de  Daunou,  représentant 
du  peuple,  au  Comité  de  sûreté  générale, 
exposant  que  les  scellés  ont  été  apposés, 
le  7  octobre  1793,  non  seulement  sur  ses 
papiers,  mais  encore  sur  la  porte  exté- 
rieure de  son  appartement,  maison  Virgi- 
nie, rue  Honoré,  n°  330,  qu'il  a  réclamé 
plusieurs  fois  la  levée  de  ces  scellés  et 
qu'il  renouvelle  sa  réclamation,  alin  de 
pouvoir  rentrer  de  suite  dans  son  apparte- 
ment, conformément  au  déci'et  rendu  le 
2  brumaire  par  la  Convention,  avec  arrêté 
du  Comité,  ordonnant  la  levée  des  scellés. 

3,  4  brumaire  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  F''  4662. 

87.  —  Procès-verbal  de  transport  d'un 
commissaire  du  Comité  révolutionnaire  du 
2"  arrondissement,  rue  Honoré,  n"  ISIS, 
maison  Virginie,  meublée,  au  domicile  du 
citoyen  Daunou,  et  levée  des  scellés  en  sa 
présence  sur  la  porte  d'une  chambre  au 
3'  au-dessus  de  l'entresol,  n"  7,  et  dans  la 
chambre  même,  sur  une  bibliothèque,  sur 
une  commode  en  bois  de  rose  à  filets  de 
cuivre,  et  sur  une  armoire  pratiquée  dans 
le  mur. 

5  brumaire  an  III. 
Original  signé, ..4.  iV.,  I"  4GG2. 

88.  —  Lettre  de  Daunou  à  la  Commis- 
sion des  administrations  civiles,  police  et 
tribunaux,  accusant  réception  de  l'expé- 
dition du  décret  du  18  frimaire  an  III,  qui 
le  rappelle  au  sein  de  la  Convention  natio- 
nale. 

30  frimaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  49,  n»  1413. 

89.  —  Réclamation  par  le  représentant 
du  peuple  Daunou,  pour  dédommagement 
des  pertes  par  lui  éprouvées  durant  sa 
détention,  depuis  le  8  octobre  1793  jusqu'au 

T.  IX. 


3  brumaire  an  III,  de  la  somme  de  950  li- 
vres, savoir  :  500  livres  pour  le  loyer  de 
son  appartement,  durant  12  mois  et  demi, 
à  raison  de  40  livres  par  mois  :  100  livres, 
pour  la  garde  des  scellés,  suivant  quittance 
annexée  à  sa  réclamation,  et  350  livres 
pour  frais  de  prisons,  effets  perdus  dans 
les  transfèrements,  habillements  et  autres 
effets  rongés  par  les  vers,  tant  sous  les 
scellés  de  l'apparlement  garni,  rue  Honoré, 
que  sous  ceux  apposés  sur  un  autre  ap- 
partement du.  môme  député,  rue  Jacques, 
avec  arrêté  des  Comités  de  salut  public, 
de  sûreté  générale  et  de  législation,  or- 
donnant le  remboursement  de  la  somme 
de  950  livres. 

13  germinal  an  III. 
Originaux  signés  et   copie  (3  pièces),  A.  N., 
V  4062. 

DELAMAHRE, 

Député  de  l'Oise.  ' 

90.  — Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
statuant  sur  les  réclamations  du  citoyen 
Delamarre,  député,  et  ordonnant  le  rem- 
boursement de  la  somme  de  1,572  livres 
pour  différents  frais,  avances  et  déboursés 
par  lui  faits  pendant  les  10  mois  de  sa 

détention. 

12  germinal  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4666. 

91.  — Lettre  de  Delamarre  à  la  Com- 
mission des  administrations  civiles,  po- 
lice et  tribunaux,  accusant  réception  du 
décret  en  date  du  19  germinal  qui  l'envoie 
en  mission  dans  les  départements  du 
Nord  et  du  Pas-de-Calais. 

4  floréal  an  III. 
Original  .•signé,  A.  N.,  AA  48,  n»  1379. 

DELLEVILLE, 

Député  du  Calvados. 

92.  —  Attestation  du  sieur  Gallois  consta- 
tant que  le  citoyen  Philippe  Delleville  a 
quitté  Paris  le  15  Janvier  1793,  ainsi  qu'il 
résulte  de  la  déclaration  de  la  femme  Hé- 
rault, tenant  l'hôtel  d'Auvergne,  quai  de 
la  Vallée,  chez  laquelle  il  demeurait,  que 


18  CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


toutes  recherches  sont  demeurées  infruc- 
tueuses et  qu'il  n'est  certainement  plus 

H.  p3.ns 

Sans  date  (fin  1793). 
Original  signé,  A.  IV.,  F'  4668. 

DERAZEY, 

Député  de  l'Indre, 

93.  _  Ordre  du  Département  de  Police 
à  l'officier  de  paix  Massard  d'arrêter  et 
de  conduire  à  la  Force  le  citoyen  De- 
razey,  député  de  l'Indre,  domicilié  rue 
Saint-Honoré,  n°  374,  avec  réquisition  au 
commissaire  de  police  de  la  section 
d'apposer  les  scellés  sur  ses  papiers  et 
d'en  dresser  procès- verbal,  avec  note  de 
Massard,  portant  que,  recherche  faite  de  la 
demeure  du  citoyen   Derazey,  il  n'a  pu  la 

demeurer. 

7  octobre  1793. 
Original,  signé  de  MM.  Dangé,  N.  Froidure, 
Baudrais    et    Mennessier,     administrateurs    au 
Département  de  Police,  A.  N.,  I"  4670. 

94.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, chargeant,  en  e.xéculion  du  décret  du 
3  octobre,  les  citoyens  Delalou  et  Ber- 
trand, avec  adjonction  d'un  membre  du 
Comité  révolutionnaire  de  la  section  des 
Piques,  d'arrêter  et  de  conduire  à  la  Force 
Derazey,  député,  ou  à  défaut  de  place,  dans 
toute  autre  maison  d'arrêt  jusqu'à  nouvel 
ordre,  en  mettant  les  scellés  sur  ses  pa- 
piers, si  fait  n'a  été. 

30  frimaire  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4670- 

9o.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Etienne  Delcher  et  Marc-Aiiloine 
Haudot,  députés,  commissaires  de  la  Con- 
vention nationale,  rue  Saint-Honoré,  n»  374, 
au  domicile  du  citoyen  Derazey,  député 
de  la  Convention,  dans  une  chambre  au 
rez-dc-chausséc  au  fond  de  la  cour,  levée 
des  scellés  et  examen  des  papiers  trouvés 
dans  un  secrétaire,  parmi  lesquels  deux 
lettres  de  Châtillon-sur-Indre,  une  liasse 
de  pétitions  à  renvoyer  au  Comité  des 
domaines,  et  la  notice  des  décrets  rendus 
au  rapport  du.  Comité  de^l'ordinaire  des 
linances  pour  les  contributions  publiques, 
ont  été  emportés  par  les  commissaires  qui 


ont    laissé    quantité    d'imprimés    el   de 
lettres  insignifiantes. 

6  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4G70. 

96.  —  Renvoi  par  le  Comité  de  sûreté 
générale  à  la  Commission  des  administra- 
tions civiles,  police  et  tribunaux  de  la 
citoyenne  Briant,  gardienne  des  scelles  ap- 
posés chez  le  représentant  Derazey,  sui- 
vant certificat  du  Comité  révolutionnaire 
du  !<"•  arrondissement, pour  le  payement 
de  ses  frais  de  garde. 

i"  frimaire  an  III. 
Extrait  du  registre  des  arrêtes  particuliers  du 
Comité  de  sûreté  générale,  A.   N-,   AF*il  277, 
fol.  855. 

97.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  el  de  législa- 
tion, statuant  sur  la  réclamation  du  ci- 
toyen Derazey,  député  de  l'Indre,  et  ordon- 
nant le  remboursement  de  la  somme  de 
1,419  livres,  tant  pour  frais  de  loyer  que 
pour  la  garde  des  scellés  chez  lui  apposés, 
auquel  arrêté  sont  annexées  les  quittances 
délivrées  par  Marie-Jeanne  d'Arcq,  veuve 
de  François  Macart,  premier  commis  des 
domaines  nationaux,  les  20  nivôse  an  II  et 
8  frimaire  an  III,  de  la  somme  de  6o0  livres 
et  de  celle  de  707  livres,  tant  pour  le  loyer 
de  son  appartement  que  pour  résiliation 
du  bail,  ainsi  que  le  bail  de  cet  apparte- 
ment, du  20  septembre  1792. 

8  ventôse  an  III. 
Copie  conforme  et  originaux  signés  (4  pièces), 
A,  N.,  V  4670. 

DESCAHPS, 

Député  du  Gers. 

98.  _  Procès-verbal  de  transport  de 
Louis-François  Beffara,  commissaire  de 
police  de  la  section  du  Mont-Blanc,  rue  el 
maison  garnie  du  Mont-Blanc,  en  l'appar- 
tement au  premier  au-degsus  de  l'entre- 
sol, qu'occupait  Bernard  Descamps,  re- 
présentant du  peuple,  et  levée  des  scel- 
lés y  apposés  le  8  octobre  1793. 

6  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N,,  F^  4671, 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAHCÉIIÉS 


99.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de  sa- 
lut imblic,  de  sûreté  générale  et  de  légis- 
lation, statuant  sur  la  réclamation  du 
citoyen  Descamps,  député,  et  ordonnant 
le  payement  de  la  somme  de  96S  livres 
pour  le  remboursement  des  différentes 
dépenses  qu'il  a  été  obligé  de  faire  pen- 
dant sa  détention, comme  frais  de  scellés, 
loyers. 

27  pluviôse  an  III. 
Copie  collationnée,  A.  N.,  F"  46"  1. 

DUBUSG, 

Pépiifè  de  l'Elire. 

100.  —  Lettre  de  Dubusc,  député  du  dé- 
partement de  l'Eure,  au  Comité  de  sûreté 
générale,  reconnaissant  que,  séduit  par 
des  apparences  trompeuses  que  servaient 
trop  bien  la  pusillanimité  de  son  carac- 
tère et  la  faiblesse  de  son  âge,  il  a  eu  le 
malheur  de  signer  la  déclaration  qui  a 
excité  l'animadversion  de  la  Convention, 
entraîné  par  l'exemple  sans  la  connaitre, 
exprimant  tous  ses  regrets  de  cette  erreur, 
de  cette  faiblesse,  et  affamant  n'avoir 
.jamais  rien  écrit  dans  son  département 
qui  pût  tendre  le  moins  du  monde  à  le 
soulever  contre  la  Convention,  l'uniié  et 
l'indivisibilité  de  la  République. 

1 1  brumaire  an  II. 
Original  signé,  A.  If.,  V  4683. 

101.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, décidant  la  levée  des  scellés  dans 
l'appartement  occupé  par  le  représentant 
Dubusc,  l'un  de  ceux  à  qui  la  Convention 
a  accordé  la  liberté  provisoire  pour  ré- 
tablir leur  santé  et  vaiuer  à  leurs  aftaires 
domestiques,  et  procès-verbal  de  levée  des 
scellés  par  le  sieur  Pierlot,  commissaire 
du  Comité  révolutionnaire  du  10»  arron- 
dissement. 

i,   12  brumaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  'i6S3. 

102.  —  Réclfimation  par  Charles-Fran- 
çois Dubusc,  député  de  l'Euro,  d'une  somme 
de  702  livres  10  sols,  soit  de  67  livres lOsols, 
que  l'on  a  exigées  de  lui  pour  son  logement 
dans  la  maison  d'arrêt  de  la  Force,  et  de 
033  livres  qu'il  a  payées  p(]ur  le  loyer 
de  son  logement  dans  Paris  pendant  les 


10 

13  mois  de  sa  détention,  avec  arrêté  i|cs 
Comités  réunis  de  salut  public,  de  sûreté 
générale  et  de  législation,  ordonnant  le 
payement  de  la  somme  de  702  livres  10  sols 
pour  frais  de  son  logement  et  pour  celui 
qu'il  a  occupé  durant  s^  détention. 

24  ventôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,Fi  4083.  ' 

DUGUÉ  d'asSÉ, 

Député  de  l'Orne. 

103.  —  Lettre  du  ministre  de  la  guerre 
au  Comité  de  sûreté  générale,  l'avisant, en 
réponse  à  sa  demande,  que  le  député  ex- 
traordinaire du  département  de  l'Orne  qui 
s'est  présenté  pour  avoir  les  2  pièces  de 
canon  que  la  loi  du  3  Juin  accorde  k 
cha(iuo  départcmenl,  se  nomme  Dugué 
d'Assé,  et  que,  sur  son  refus  do  livrer  les 
2  pièces,  ce  député  a  insisté  en  manifes- 
tant sa  surprise  qu'on  ait  douté  un  instant 
du  i)alriotismo  qui  l'animait,  <b;rlarant 
(|U'i|  a  donné  l'ordre  au  comniandant  do 
l'Arsenal  de  suspendre  la  livraison,  avec 
post-scriptum  de  Dupin,  adjoint  de  la 
3"  division,  annonçant  que  le  convoi  n'est 
point  parti  et  ne  partira  point,  et  que  les 
traîtres  seront  déjoués. 

30  juillet  1793. 
Original,  signé  de  Dupin  pour  le  minisire, 
A.  N.,  F'  4686. 

loi.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Noël-François  Couvreur,  commissaire  de 
police  de  la  sectinn  du  Muséum,  rue  d'Ar- 
genteuil,  n"  30,  au  domicile  du  citoyen 
Dugué  d'Assé,  député  de  l'Orne,  dans  une 
chambre  au  i"  élage,  au  fond  de  la  cour, 
donnant  sur  un  jardin,  où  s'est  trouvé  le 
citoyen  Dugué,  à  côté  de  son  feu,  indisposé 
par  suite  d'un  mal  de  jambe,  lequel  a  dé- 
claré être  prêt  à  obéir  h  la  loi,  et,  après 
apposition  dos  scellés  .sur  ses  papiers  ren- 
fermés dans  une  petite  armoire,  remise 
de  la  personne  du  sieur  Dugué  d'Assé  aux 
mains  du  sieur  Sadous,  officier  de  paix, 
qui  s'en  est  chargé. 

7  octobre  1793. 
E»pédition  conforme,  A,  l«.,  F'  4680. 


éo 


CHAPITRE  ^^  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  REVOLUTION 


105.  —  Lettre  de  Dugué  d'Assé,  prison- 
nier à  la  Force,  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, exposant  l'embarras  dans  lequel 
il  se  trouve  par  suite  de  sa  captivité  depuis 
4  mois,  ayantacquis,  le  17  juin  1791,  pour 
34,000  livres  de  biens  nationaux  dans  le 
district  de  Bellème,  et  ne  pouvant  faire 
honneur  à  ses  engagements,  ces  biens 
allaient  ôlre  revendus  par  folle  enchère,  et 
demandant,  soit  un  sursis  à  la  vente,  soit 
sa  mise  en  liberté  immédiate,  attendu 
qu'il  n'a  que  8  jours  devant  lui,  observant 
qu'il  est  très  peu  fortuné  et  père  de  quatre 
enfants,  dont  deux  n'ont  pas  attendu  la 
réquisition  pour  voler  à  la  défense  de  la 

patrie. 

8  pluviôse  an  H. 
Original  signé,  A.  iV.,  F'  4C86. 

106.  —  Lettre  de  Dugué  d'Assé,  prison- 
nier à  la  Force,  au  Comité  de  législation, 
au  sujet  de  l'exécution  du  décret  qui  or- 
donne d'extraire  des  papiers  des  députés 
détenus  les  pièces  appartenant  aux  diffé- 
rents Comités,  déclarant  avoir  chez  lui 
plusieurs  pièces  de  cette  nature,  comme 
rapporteur  du  Comité  de  législation,  et 
présumant  qu'il  sera  présent  à  la  levée 
des  scellés,  faisant  connaître,  en  tout  cas, 
son  désir  d'y  assister,  attendu  qu'un  pauvre 
diable  de  sans-culotte  lui  a  confié  des  titres 
de  créance,  sa  seule  fortune,  avec  lettre  du 
Comité  de  législation  à  celui  de  sûreté  gé- 
nérale, transmettant  copie  de  cette  pièce 
ot  demandant  s'il  n'y  aurait  pas  d'incon- 
vénient à  proposer  de  décréter  en  général 
que  les  députés  détenus  seront  appelés  à 
la  levée  des  scellés,  ordonnée  par  le  décret 
du  18  pluviôse. 

19,  24  pluviôse  an  II. 
Original   signé,  copie   conforme   et  original, 
signé  de  Carabacérès,  Oudot  et  Bezard,  A.  N., 
AA4i),  n"  1415,  F' 4686. 

107.  —  Lettre  de  Dugué  d'Assé,  député 
de  l'Orne,  au  Comité  de  sûreté  générale, 
se  plaignant  des  procédés  de  l'administra- 
tion de  Police  qui  vient  de  le  dépouiller  de 
704  livres  en  assignats,  et  de  21  livres  en 
numéraire,  lesquelles,  avec  les  00  livres 
qu'elle  lui  a  laissées,  constituent  toute  sa 
fortune,  et  ([ui,  cette  nuit,  entre  une  heure 
et  deux  heures,  lui  a  de  nouveau  enlevé 


ses  ciseaux,  son  canif,  et  ne  lui  a  laissé, 
pour  lui  et  ses  collègues,  qu'un  couteau 
pour  cinq,  et  déclarant  avoir  besoin  du 
plus  prompt  secours. 

24  floréal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4686. 

108.  —  Lettre  de  M.  Dugué  d'Assé,  pri- 
sonnier dans  la  maison  des  Fermes,  au 
Comité  de  sûreté  générale,  se  plaignant 
des  nouvelles  vexations  qu'on  lui  fait 
subir,  ainsi  qu'à  ses  compagnons  d'infor- 
tune, notamment  de  ce  qu'un  seul  perru- 
quier ait  le  privilège  exclusif  de  les  accom- 
moder au  nombre  de  plus  de  60,  décla- 
rant qu'il  ne  se  fera  jamais  raser,  s'il  est 
contraint  à  se  servir  de  cet  individu,  et 
priant  ses  collègues  de  mettre  lin  à  ces 
indignités  et  d'envoyer  des  commissaires 
pris   dans   leur   sein    pour    s'en     rendre 

compte. 

28  thermidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4686. 

109. —  Procès-verbal  de  transport  de  Nico- 
las Marcillac,  assisté  du  sieur  Claude-Louis 
Louvet,  membre  du  2«  Comité  révolution- 
naire, rue  d'Argenteuil,  n»  189,  au  domi- 
cile du  citoyen  Dugué  d'Assé  et  en  sa  pré- 
sence, lequel  ayant  reconnu  que  les  scellés 
apposés  sur  une  armoire  à  côté  de  la  che- 
minée étaient  ceux  d'une  autorité  consti- 
tuée de  la  section  du  Muséum,  mais 
n'étaient  pas  le  sceau  du  Comité  révolu- 
tionnaire de  ladite  section,  s'est  retiré. 

7  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4686. 

110. — Arrêté  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, décidant,  sur  la  réclamation  de 
Dugué  d'Assé,  que  la  Commission  des 
administrations  civiles,  police  et  tribunaux 
fera  restituer  au  représentant  Dugué  d'Assé 
les  sommes  qui  lui  ont  été  enlevées. 

9  brumaire  an  III. 
Copie  coUationnée,  A.  N.,  V  4686. 

m. —  Pétition  de  Jacques-Claude  Dugué 
d'Assé,  député  de  l'Orne,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  à  l'effet  d'obtenir  le  rem- 
boursement de  la  somme  de  6oo  livres 
9  sols,  soit  b80  livres  9  sols,  montant  du 


RIÎCLAMATIONS  ET  Jl  STIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAHCIÎRfe 


l 


loyer  de  son  appartement  à  Paris,  rue 
d'Argenteuil,  n'OO,  pendant  les  12  mois  et 
20  jours  qu'a  duré  su  détention,  eu  égard 
à  l'apposition  des  scellés,  et  7b  livres  (jue 
l'administration  des  prisons  lui  a  fait 
payer,  à  raison  de  la  livres  par  mois,  en 
novembre  et  décembre  1793,  et  22  livres 
10  sols  pour  chacun  des  mois  de  janvier  et 
février,  bien  ((u'il  fournil  son  lit  et  linge, 
avec  arn'té  des  Comités  réunis  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
ordonnant  le  payement  de  cette  somme  de 
055  livres  9  sols  par  lui  déboursée. 

25,  27  pluviflsean  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  F'  1686. 

DULAURE, 

Député  du  Puy-de-Dôme. 

112.  —  Arrêté  du  Comité  do  sflreté  géné- 
rale, chargeant  le  commandant  de  la  force 
armée  de  mettre  sur  le  champ  en  état 
d'arrestation  à  la  Conciergerie  le  citoyen 
Dulaure,  député  du  Puy-de-Dôme. 

•  30' jour  du  1<"  mois  de  l'an  II  (21  octobre  179.3). 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  '1686. 

H.'î.  —  F.ettre  do  M.  Hotot  du  .Mesnil, 
lieutenant-colonel,  commandant  la  1'"  di- 
vision de  la  gendarmerie  nationale,  au 
ministre  de  l'intérieur,  rendant  com|ite 
de  l'exécution  des  ordres  à  lui  donnés  en 
vue  de  l'arrestation  du  député  Dulaure, 
déclarant  avoir  envoyé  à  son  dernier  do- 
micile connu,  rue  du  Théâtre-Français,  où 
l'on  a  appris  qu'il  demeurait  depuis  un 
mois  à  Chaillot,  qu'un  brigadier  de  gen- 
darmerie s'y  est  transporté  sur  le  champ 
et  s'est  rencontré  avec  un  gendarme, chargé 
de  la  même  mission  par  le  Comité  de 
sûreté  générale,  que  ce  brigadier  s'est 
adressé  à  la  femme  du  citoyen  Dulaure, 
qui  l'a  assuré  de  l'absence  do  son  mari, 
ainsi  qu'à  un  autre  député,  logé  dans  lu 
même  maison,  qui  lui  a  remis  ime  décla- 
ration dont  il  envoie  copie. 

i<"  jour  (lu  2'  mois  de  l'an  II  (22  oclobro  HO,"!). 
Original  signé,  A.  .V.,  F'  4680. 

114.  —  Déclaration  de  Pénières,  député, 
attestant  que  le  citoyen  Dulaure,  son  col- 


21 

léguo,  se  promenant  avec  lui,  a  entendu 
un  vendeur  de  journaux  crier  l'acte  d'ac- 
cusation rendu  contre  un  député  du  Puy- 
de-Dôme, et  qu'il  l'a  quitté  à  l'instant  pour 
aller  s'informer  d'une  manière  positive  du 
nom  et  des  motifs  du  député  accusé,  qu'a- 
lors il  était  presque  nuit. 

1"  jour  du  2' mois  de  l'an  II  (22  octobre  1793). 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4680. 

115.  —  Lettre  de  Dulaure,  représentant 
du  peuple,  à  la  Commission  des  adminis- 
trations civiles,  police  et  tribunaux,  accu- 
sant réception  de  l'extrait  du  décret  du 
18  frimaire  qui  le  rappelle  dans  le  sein  do 
la  Convention. 

2  nivôse  an  III. 
Original  signé,  A.N.,  AA  49,  n»  1415. 

110.  — Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  la  levée  des  scellés 
apposés  chez  Dulaure,  maison  Périno,  à 
Chaillot,  par  le  Comité  révolutionnaire  du 
l"  arrondissement. 

7  nivôse  an  III. 
Original,    signe    de     Matliieu ,     Monmayou, 
Boudin,    Garnier    (de    l'Aulie),      Bourdon    (<le 
l'Oise)  et  Lomont,  A.  N.,  V  4686. 

1 17.  —  Réclamation  par  Dulaure,  repré- 
sentant du  peuple,  au  Comité  do  sûreté 
générale,  d'une  indemnité  pour  une  partie 
des  pertes  qu'il  a  éprouvées,  savoir  : 
1»  2.000  livres,  représentant  le  i)rix  d'une 
valise,  contenant  ce  qu'il  avait  de  plus 
précieux  en  linge  de  toute  espèce  et  habits, 
valise  déposée  par  sa  femme  et  son  col- 
lègue Pénières  au  bureau  des  diligences 
de  Paris  et  expédiée  à  Pontarlier,  ofi  elle 
s'est  perdue,  ayant  été  indubitablement 
pillée, comme  c'est  l'usage;  2°  750  livres  re- 
présentant 15  mois  du  loyer  d'un  apparte- 
ment à  (Chaillot,  maison  Perine,  pendant 
sa  proscription,  les  scellés  apposés  sur 
une  pièce  de  cet  appartement  contenant 
ses  papiers  et  sa  bibliothèque  l'ayant  em- 
pêché de  le  Iquer,  avec  arrêté  du  Comité 
de  sûreté  générale, ordonnant  le  rembour- 
sement de  la  somme  do  2,750  livres  au 
citoyen  Dulaure,  tant  pour  la  perle  de  sa 


se 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


valise,  contenant  linge  et  hîiliils,que  pour 
le  loyer  de  sou  appartement. 

20,  27  germinal  an  lll. 
Original  signé  et  copie  (2  p.),  4.K.,  F'-'iCSd. 

DUSAULX, 
Député  de  Paris. 

H8.  —  Lettre  de  Dusaulx  à  David,  dé- 
puté à  la  Convention,  membre  du  Comité 
de  sûreté  générale,  le  jniant  de  prendre 
connaissance  de  la  lettre  qu'il  a  écrite  au 
Comité,  ajoutant  que,  comfne  David  con- 
naît mieux  qu'un  autre  ses  ptincipes  et  sa 
conduite,  il  remet  avec  confiance  ses  in- 
térêts eiltre  les  mains  de  son  collègue. 

6  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  48,  n»  1380. 

H9.  —  Lettre  du  représentant  du  peuple 
Dusaulx  à  la  Commission  des  administra- 
lions  civiles,  police  et  tribunaux,  accusant 
réception  du  décret  qui  le  concerne. 

10  brumaire,  1  nivôse  an  III. 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  A'.,   AA  48, 
n"  1380;  AA  50,  n"  1416. 

ESTADENS, 

Député  de  la  Haute-Garonne . 

120.  —  Pétition  d'Esladens,  député  de  la 
Haute-Garonne,  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, exposant  que,  mis  en  état  d'arres- 
tation le  7  octobre  1793,  il  a  dû  payer  le 
gardien  des  scellés  mis  sur  ses  papiers, 
pendant  un  an  et  21  jours,  à  raison  de 
S  livres  par  jour,  et  réclamant  le  rem- 
boursement de  la  somme  de  1,905  livres 
par  lui  payée  à  cet  effet,  avec  quittance  de 
1 ,930  livres  délivrée  par  le  sieur  Rosse- 
lange,  gardien  des  scellés,  et  arrêté  des 
Comités  réunis  de  salut  public,  de  sûreté 
générale  et  de  législation,  ordonnant  le 
remboursement  de  cette  somme  de  1,930 
livres. 

20  nivo.se,  21  venlôse  an  III. 

Originaux  signés  et  copie  conforme  (4  pièces), 
A.  N.,  V  4701. 

121.  —  Gertilicalde  Ruiiii  et  MarkowsUi, 
officiers  de  santé  des  prisons  et  des  mai- 
sons d'arrêt  du  Département  de  Paris,  at- 
testant que  le  citoyen  Antoine  Esladens, 


député  de  la  Haute  Garonne,  détenu  dans 
la  maison  d'arrêt,  dite  les  casernes  des 
Carmes,  est  attaqué  d'un  Hiumalisino  qui 
lui  cause  des  douleurs  violentes,  ôle  le 
sommeil  et  dérange  l'appétit,  et  que  celte 
maladie  exige  un  trailemenl  convenable 
et  surtout  des  bains  cliauds,qui  sont  d'une 
nécessité  absolue. 

5  vendémiaire  an  III. 
Original  signe,  A.  A'.,  F''  4775'. 

122.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, déciduht,  sut  les  attestations  des 
ûfliciors  de  santé,  que  les  représentants 
du  peuple  Rouzet  et  Estadens,  députés  de 
la  Haute-Garonne,  détenus  par  mesure  de 
sûreté  générale  cà  la  caserne  des  Carmes, 
seront  transférés ,  sous  bonne  et  sûre 
garde,  dans  la  maison  d'arrêt  de  la  rue 
de  Cbaronne,  et  qu'ils  pourront,  en  y  al- 
lant, passer  à  leurs  domiciles,  à  Paris, 
pour  y  prendre  les  efl'ets  dont  Ils  auront 

besoin. 

6  vendémiaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  A'.,  F''  4775^. 

423.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation, statuant  sur  les  réclamations 
d'Estadens,  député,  et  ordonnant  le  rem- 
boursement de  la  somme  de  780  livres 
pour  le  loyer  de  l'appartement,  sur  lequel 
ont  été  apposés  les  scellés  pendant  l'es- 
pace de  13  mois. 

1""  pluviôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  A'.,  I""  4701. 

FAURE, 

Député  de  la  Seine  Inférieure. 

124.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
Faure,  député  de  la  Seine-Inférieure,  à 
Guffroy,  son  collègue,  reconnaissant  qu'il 
a  eu  le  mallieur  de  signer  sans  le  lire 
l'écrit  qui  a  donné  lieu  à  son  arrestation, 
parce  (ju'on  lui  avait  assuré  que  c'éluit 
simplement  un  procès-verbal  de  ce  qui 
s'était  passé  dans  les  premiers  jours  de 
juin,  le  priant  de  jeter  les  yeux  sur  un 
vieillard  infirme  qui  a  près  de  70  ans,  et 
déclarant  qu'en  raison  des  violents  rbu- 
matismes  auquel  il  est  sujet,  le  séjour  dans 


nKtUMATlONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉf-ÙTÉS  IIVCARCIÎRIÎS 


2:< 


une  prison  fst  Un  ci'Ui'l  suiiplkc  [loilr  lui, 
ajoiitantqu"éti'ahgeràloUtéspritd'inlrigue, 
il  A  cru  tjuc  les  opinions  étaient  libres,  au 
point  qu'il  a  rogarclô  rottime  une  souvc^ 
raine  injusliee  l'acte  d'arcusation  contre 
Marat,  et  qu'il  ne  l'a  point  voté. 

27  brumaire  an  II. 
Oiîginal  siané,  A.  S'.,  AA  50,  n"  l'i18. 

12u.  —  Lettre  de  h'aure,  député  de  la 
.Seine-inférieure,  détenu  dans  la  maison 
des  Fermes,  aU  président  du  Comité  de 
sûreté  générale,  se  plaignant,  à  l'exemple 
de  beaucoup  de  ses  collègues,  du  projet 
de  leur  transfèrement  dans  les  anciennes 
maisoils  d'arrêt,  outrageant  pour  eux,  si 
l'on  redoute  les  complots  qu'ils  pourraient 
tramer,  déclarclnt  que,  dans  la  69''  année 
de  son  âge,  il  a  besoin  de  remèdes  et  par- 
ticulièrement de  bains  d'eau  de  mer  pour 
des  rhumatismes  et  des  étourdissements 
qui  l'affligent  depuis  plus  de  20  ans,  et 
qu'il  avait  l'habitude  d'en  jirendre  chaque 
année,  sollicitant  Un  congé,  à  charge  de 
se  représenter  à  première  réquisition  du 
Comité,  ajoutant  qu'il  est  esclave  de  sa 
parole,  et  qu'un  vieux  plébéien  français 
vaut  bien  un  aristorrale  romain. 

22  fructidor  an  II. 
Original  si^né,  A.  N.,  f  470l 

120.  —  Héclauialion  par  FaUre,  député 
de  la  Seibe-lnférlenre,  d'une  Somme  de 
202  livres,  do  deUX  couteaux  et  d'une  paire 
de  ciseaux  qui  lui  ont  été  enlevés  par  l'tid- 
ministratioii  de  Police,  pendant  (|U'II  était 
prisonnier  dans  la  maison  de  sanlé  de 
Moni|iHn,  et  hrrCté  du  Comité  de  sflrelé 
générale,  ordonnant  la  reslitullon  de  la 
somnu.'  et  des  obj(!ls  en  question,  pro- 
priété du  citoyen  Faure,  par  tolls  déposi- 
tiiiCes  d'iceUx. 

18  pluviôse  an  III. 
Original   .signé   et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  A'.,  F'  4703. 

127.  —  Pétition  de  Pierre-Joseph-Denis- 
fiuillaume  Fauie,  dépiilé  de  la  .Seine-lii- 
férieure,  aUt  CrtlTiitês  de  salut  public,  de 
snrelé  généhlle  et  de  législation,  à  l'rlïet 
d'obletiir  le  rembourgenient  :  1"  de  310  li- 


vres t.t  sols  jiar  lui  payées  pour  le  loyef 
de  l'appartement  qu'il  occupait,  rue  des 
Malhurins,  cloilre  Saint-Benoît,  pendant 
les  12  mois  20  jours  de  sa  détention; 
2»  de  7."!  livres  par  lui  payées  à  l'aditiitiis- 
triition  des  prisons,  à  raison  de  l!i  livroft 
par  mois,  en  novembre  et  décembre  1793. 
et  de  22  livres  10  sols  pour  les  mois  de 
janvier  et  février  1794,  quoiqu'il  supportAt 
les  frais  de  couchage  et  de  linge,  avec 
arrêté  des  Comités  réunis,  ordonnant  le 
remboursement  des  391  livres  13  sols,  tant 
pour  le  loyer  de  soft  appartement  que 
pour  dépenses  faites  par  Faure  dans  lit 
prison  pour  le  prix  de  sa  chambre  durahl 
sa  détention. 

29  pluviôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.N.,P  4703. 

FAYE, 

Député  de  la  Haute-Vienne. 

128.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph  DelchCr  et  Marc-Antoine  BaUdot, 
députés,  commissaires  de  la  Convention 
nationale,  cour  du  Manège,  au  domicile 
du  citoyen  Fuye,  député,  levée  des  scellés 
apposés  dans  uUe  chambre  au  premier 
étage  ayant  vue  sur  le  jardin  des  Tuile- 
ries, examen  des  papiers  trouvés  dans  un 
secrétaire,  notamment  :  1°  d'une  lettre 
du  citoyen  Rebeyrol,  du  23  février  1793, 
réclamant  un  projet  de  Constitution  et 
déclarant  qu'il  a  été  flatté  de  trouver  les 
opinions  de  Faye  conformes  aux  siennes 
au  sujet  de  Louis  XVI;  2"  d'une  lettre  du 
citoyen  Sulpicy,  de  Saint-Vrieix,du  18  jan- 
vier 1793,  où  il  est  dit  que  le  nombre  deS 
ennemis  n'effraye  pas  les  citoyens,  mais 
que  la  situation  de  la  capitale  et  celle  des 
représentants  les  affligent  et  les  irritent, 
qu'il  est  instant  que  l'Assemblée  prenne  un 
parti  afin  d'en  imposer  pour  toujours  aux 
révolutionnaires  et  aux  factieux;  3»  d'une 
lettre  sans  signature,  du  29  juillet  1793, 
à  l'adresse  du  citoyen  Paye,  où  il  est  dit  : 
(.  J'ai  sru  l'histoire  de  Marat,  il  faut  avoiter 
que  celte  femme  craignait  bien  peu  la  mort 
jmitr  e.têcutcr  de  tels  projets.  Dieu  veuille 
avoir  ion  Ame  et  consoler  sa  famille  »,  les- 


24 


CHAPITRE  !•'.  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


(]uelles  lettres  ont  éU-  eniporti^es  par  les 
commissaires. 

4  prairial  an  II. 
Original  signtS  A.  N.,  F"  1704. 

129.  —  Lettre  de  Faye,  député  de  la 
Haute- Vienne,  au  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, déclarant  que,  mis  en  état  d'arresta- 
tion le  21  août,  et  retenu  prisonnier  dans 
sa  chambre  jusqu'au  21  germinal  an  II,  il 
fut  transféré  à  la  maison  d'arrêt  du  Luxem- 
bourg, en  vertu  du  décret  du  3  octobre, 
quoiqu'il  n'eût  point  signé  les  déclara- 
tions des  0  et  19  juin,  faisant  observer 
que  malgré  cela  l'administration  de  Police 
l'a  envoyé  à  la  maison  des  Fermes,  et  que 
le  bruit  court  qu'il  va  encore  être  trans- 
féré dans  une  autre  maison  de  détention, 
et  observant  que  son  âge,  les  douleurs  de 
goutte  qu'il  ressent  continuellement,  de- 
mandent certains  soins,  étrangers  au  ré- 
gime des  prisons,  sollicitant  en  consé- 
quence sa  réintégration  dans  son  domicile. 

21  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  53,  n»  1496. 

130.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation, statuant  sur  les  réclamations 
du  représentant  Faye,  et  décidant  le  paye- 
ment de  la  somme  totale  de  15,918  livres 
pour  indemnité  des  dépenses  et  pertes 
que  lui  a  occasionné  son  arrestation. 

17  fructidor  an  III. 
Copie  conforme,  ^.  iV.,  F'  4704. 

FAYOLLE 

Député  de  la  Drame. 

131.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  que  les  scellés  seront 
levés  chez  le  représentant  Fayolle,  avec 
procès-verbal  de  transport  d'un  membre 
du  Comité  révolutionnaire  du  10«  arron- 
dissement au  domicile  dudit  Fayolle,  rue 
de  Beaune,  maison  de  France,  n»  629,  et 
levée  desdits  scellés  en  présence  de  ce 
député. 

4,  11  brumaire  an  III. 
Extrait  conforme  et  original  signé  au  verso, 
A.  N.,  F^  4704. 

132.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  que  les   effets  pris  au 


citoyen  Fayolle,  député  à  la  Convention, 
pondant  sa  détention  à  la  Force,  dans  la 
nuit  du  24  au  25  floréal,  lui  seront  rendus 
par  l'administration  de  Police  de  Paris. 

19  brumaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4704. 

133.  —  Lettre  de  Fayolle,  représentant 
en  mission  dansles  départements  de  l'Ain, 
du  Mont-Blanc,  de  l'Isère,  de  la  Drôme, 
des  Hautes-Alpes  et  de  l'Ardèche,  à  la 
Convention  nationale,  sollicitant  un  congé 
de  3  mois,  en  raison  de  l'altération  de  sa 
santé  par  un  séjour  de  13  mois  dans  les 
prisons,  de  13  à  la  Convention  et  de  la 
nécessité  où  il  s'est  trouvé  de  négliger  ses 
affaires  pendant  tout  ce  temps. 

25  messidor  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  50,  n"  1418. 

FERROUX, 

Député  du  Jura. 

134.  —  Procôs-verbal  de  transport  de 
M.  François  Desbordes,  commissaire  de 
police  de  la  section  Mutius-Scévola,  as- 
sisté du  sieur  Moura,  inspecteur  de  police, 
porteur  d'un  ordre  du  Département  de 
Police,  à  l'effet  d'arrêter  et  écrouer  au 
Luxembourg  le  député  Ferreux,  au  domi- 
cile dudit  Ferroux,  rue  du  Four,  n»  174, 
auquel  a  été  signifié  l'ordre  en  question, 
et  qui  a  manifesté  son  étonnement  de  ce 
(juc  l'ordre  fût  émané  du  Déparlement  de 
Police,  atlendu  que,  comme  député,  il  était 
sous  l'inspection  seulement  des  Comités 
de  salut  public  et  de  sûreté  générale, 
mais  qu'il  obéissait  en  se  réservant  d'en 
référer  auxdits  Comités,  apposition  des 
scellés  sur  une  chiffonnière  à  sept  tiroirs, 
où  ont  été  réunis  les  papiers  dudit  Fer- 
roux,  qui  est  remis  au  sieur  Moura  et  à  la 
force  armée  pour  le  conduire  à  la  maison 
d'arrêt  du  Luxembourg. 

3,  4  germinal  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  470G. 

135.  —  Renvoi  par  le  Comité  de  sûreté 
générale  à  la  Commission  des  adminis- 
trations civiles,  police  et  tribunaux,  pour 
le  payement  à  la  citoyenne  Liez,  femme 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAHCÉRÉS 


I.ii'baud,  des   frais  do   garde   des   scellés 
apposés  chez  le  citoyen  Ferroux,  député. 

5  frimaire  an  III. 
Extrait   du   registre  des    arrêtés   particuliers 
du  Comité  de  sûreté  générale,  A.N.,  AF'll  277, 
fol.  863. 

FLEUKY, 

Député  des  Côtes-du-Nord. 

13(5.  —  Certificat  de  la  Société  popu- 
laire de  la  commune  de  Quintin,  district  de 
Saint-Rrieuc,  attestant  qu'Honoré  Fleury, 
leur  concitoyen ,  s'est  toujours  montré 
zélaleur  do  la  Révolution,  qu'il  a  été  prési- 
dent do  ladite  Société  et  n'y  a  manifesté  que 
des  principes  anti-aristocratiques,  qu'il  a 
été  le  commandant  en  chef  du  bataillon 
de  la  commune  et  qu'il  a  apporté  le  plus 
grand  zèle  pour  l'observation  des  règles 
de  la  discipline  et  le  maintien  du  bon 
ordre,  et  que  son  activité  dans  les  fonc- 
tions qui  lui  ont  été  confiées  lui  méritèrent 
le  vœu  presque  unanime  des  assemblées 
primaires  pour  représenter  la  commune 
à  l'Assemblée  électorale,  dans  laquelle 
il  a  été  élu  représentant  du  peuple,  avec 
lettre  d'envoi  de  ce  certificat,  par  laquelle 
les  président  et  secrétaire  déclarent  que 
leur  témoignage  ne  saurait  être  suspect, 
personne  dans  leur  commune  n'ayant 
souscrit  aucun  acte  tendant  au  fédéralisme, 
et  qu'ils  sont  de  francs  et  purs  républi- 
cains. 

28»  jour  du  l"  mois  de  l'an  II  et  8«  jour  de  la 
2"  décade  du  l'^mois  (19  octobre  1793). 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  N  ,  V  4738. 

137.  —  Certificat  de  la  municipalité  de 
Quintin,  district  do  Sainl-Rrieiic,  attestant 
([uo  le  citoyen  Honoré  Fleury,  natif  de 
leur  commune,  a  donné,  dés  le  commen- 
cement de  la  Révolution,  dos  marques  du 
plus  pur  civisme,  qu'il  s'est  montré  lon- 
nonii  des  aristocrates  et  prêlres  réfrac- 
tairos,  qu'il  fut  choisi  un  an  avant  son 
départ  pour  Paris  en  qualité  de  comman- 
dant de  la  garde  uiitionalo,  qu'il  a  montré 
un  zèle  infatigable  pour  son  instruction,  et 
que  ses  concitoyens  lui  ont  témoigné  leur 
reconnaissance  en  le  nommant  leur  dé- 
puté à  la  Convention,  avec  lettre  d'envoi 
de  ce  certificat  au  Comité  de  sûreté  géné- 


rale par  lo  bureau  permanent  do  Quintin. 
qui  déclare  que  leur  commune  est  d'autant 
moins  suspecte  qu'elle  s'est  constamment 
refusée  aux  vives  sollicitations  de  fédéra- 
lisme qui  lui  ont  été  adressées. 

9°  jour  de  la  3"  décade  du  1*'  mois  de  l'an  II 
et  2"  jour  de  la  f»  décade  du  2°  mois  de  l'an  II 
(20,  23  octobre  1793). 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  S.,  F'  4738. 

138.  —  Lettre  d'Honoré  Fleury  au  Co- 
mité de  sûreté  générale,  déclarant  que, 
pondant  sa  détention  à  la  Force,  les  ad- 
ministrateurs (le  Police  lui  ont  enlevé  tOO  li- 
vres en  assignats,  un  couteau  et  des  ci- 
seaux, et  en  demandant  le  remboursement 
et  la  restitution. 

27  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  53,  n»  1491. 

139.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  aux  administrations  de 
Police  de  restituer  au  citoyen  Honoré 
Fleury,  représentant  du  peuple,  la  somme 
do  100  livres  on  assignats,  un  couteau  et 
dos  ciseaux,  qui  lui  avaient  été  enlevés 
par  ces  administrations. 

3  frimaire  an  III. 
Extrait   du  registre  des  arrêtés   particuliers 
du  Comité  de  sûreté  générale,  A .  A'. ,  AF'll  277, 
fol.  858. 

140.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation ,  statuant  sur  la  réclamation 
d'Honoré  Fleury  et  ordonnant  le  rembour- 
sement de  la  somme  de  455  livres  qu'il  a 
été  obligé  de  payer  pondant  les  12  mois 
et  23  jours  do  sa  détention. 

27  pluviôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4738. 

FOREST, 

Député  de  Rhône- et-Loire. 

141.  —  Lettre  de  M.  Verne,  juge  au  tri- 
bunal du  district  de  Roanne,  à  M""  Fo- 
rest,  déclarant  qu'il  a  été  aussi  affecté  que 
surpris  de  l'arrestation  de  son  mari,  qu'il  a 
toujours  vu  lutter  contre  les  abus  et  contre 
les  classes  ci-devant  privilégiées,  mais  que 
cette  arrestation  ne  saurait  être  pour  elle 
un  sujet  d'alarme,  ayant  probablement  été 


1S 


CHAPitllE  1*'.  -  JOUflNËËS  ttJStOfiiOtJÈS  DE  LA  RÊVOlUTlON 


motivCé  pdf  rinsuirccliort  de  l.yoïi,  qui 
touche  à  sa  On,  et  par  les  senlimelits  trop 
librement  exprittiés  pnr  M.  Forest,  lecjuel 
aufa  cédé  à  un  prcfliior  niouvemenl  et 
n'aura  pas  lai'dé  à  reconnaître  son  erreur, 
njoutanl  que  la  Convention  saura  recon- 
naître ses  qualilés  et  eh  tiendra  cnmtite. 

3  août  1793. 
Original  sigtio,  A.  N.,  V'  4709. 

Ii2.  —  Lettre  de  Forest,  député  de 
niiône-el-Loire,  Il  ses  collègues  du  Comité 
de  sûreté  générale,  exposant,  pour  sa 
justification,  qu'originaire  de  Roanne  et 
non  de  Lyon,  il  a  beaucoup  contribué 
à  y  faire  accepter  la  Constitution  et  à 
faire  rejeter  les  sollicitations  de  la  com- 
mission contre-révolutionnaire  établie  à 
Lyon,  recohnaissant  toutefois  qu'au  début 
il  vit  avec  chagrin  ce  qui  s'était  passé 
lors  des  journées  du  31  mai  et  du  2  juin, 
mais  qu'il  se  garda  bien,  comme  tant 
d'autres,  de  faire  imprimer  et  publier  ce 
qu'il  pensait,  et  qu'il  se  borna  aux  confi- 
dences de  l'amitié,  que  depuis,  ayant  vu  les 
mouvements  que  les  députés  fugitifs  exci- 
taient dans  les  départements,  il  changea 
sur  le  champ  d'opinion  et  de  langage,  af- 
firmant qu'il  n'a  jamais  eu  aucune  cor- 
respondance avec  Lyon,  où  il  ne  connaît 
même  personne,  et  qu'il  n'a  jamais  eu  de 
t'elalions  arec  Chasset,  accusé,  qui  est  de 
Vlllefranehe,  et  demandant  un  tdtmc  à  sa 
captivité  qui  dure  depuis  3  mois. 

30  septembre  1793. 
Original  .lignS,  A.  A'.,  t"'  170'J. 

143.  —  Lettre  de  Fol-est,  député  de 
Rhône-et-Loire,  au  Comité  do  siireté  gé- 
nérale, protestant  contre  sa  détention, 
ajoutant,  à  cet  effet,  quelques  observations 
aux  moyens  de  justilicalion  contenus 
dans  la  lettre  par  lui  adressée  au  Comité 
le  30  septembre,  déclarant  notamment 
qu'on  ne  peut  eh  aUcune  façon  établir  sa 
complicité  avec  les  députés  accusés,  aU.^- 
quels  il  n'a  jamais  parlé,  reconnaissant 
avoir  vu  avec  chagrin  ce  qui  s'était  passé 
les  31  mai,  1"  et  2  juin,  mais  ne  s'en  être 
expliqué  contldentlcllemont  qu'à  des  amis. 

(Sans  date.) 
Ollgmal  sighë,  A.  N.,  AA  53,  n"  1491. 


Hk  —  Observations  de  Forest,  député 
à  la  Convention  nationale  par  le  départe^ 
ment  de  Rhône-et-Loire,  sur  le  décret 
d'arrestation  prononcé  contre  lui  le  1 1  juillet 
ainsi  que  contre  d'autres  dé[nités  de  ce 
département,  décret  motivé  par  des  lettres 
qu'il  avait  écrites  à  ses  amis  de  Roanne, 
invoquant,  si  l'on  veut  lui  faire  un  crime 
de  ces  lettres  confidentielles,  la  Déclara- 
tion des  Droits  de  lliomme  qui  donne  à 
rha([ue  citoyen  le  droit  de  manife.sler  sa 
pensée,  expliquant  les  ternies  dont  il  s'est 
servi  au  sujet  de  la  Constitution,  «  faite  à 
coups  de  hache  »,  déclarant  enfin  que  si 
les  membres  de  la  Montagne  veulent  la 
République,  une  et  indivisible,  il  la  veut 
aussi,  et  que  ce  n'est  que  sur  la  route  à 
suivre  qu'il  s'est  trouvé  en  désaccord  avec 
eux. 

Sans  date  (fin  1793). 

Original  signé,  A.  A'.,  F'  4709. 

fi:;.  —  Observations  de  Forest,  député 
de  Hhône-et-Loire,  à  ta  Convention,  sur 
son  arrestation,  exposaiit  qu'il  n'a  jamais 
participé  à  aucun  complot,  que,  sexagé- 
naire et  goutteux,  il  menait  une  vie  très 
retirée,  que  s'il  était  très  assidu  à  la  Con- 
vention, il  n'allait  que  là,  qu'on  l'a  bien 
invité  à  signer  la  proteslalion  dU  mois  de 
juin,  qualifiée  déclaration,  qu'il  s'y  est 
refusé,  n'ayant  môme  pas  voulu  la  voir, 
rappelant  que  les  fonctions  de  président 
du  tribunal  de  son  district,  par  lui  exer- 
cées avant  sa  nomination  de  dé|iuté,  justi- 
fient assez  son  civisme,  insistant  enfin 
pour  que  son  arreslatlon  prenne  fin  et 
qu'il  soit  rappelé  an  sein  de  la  Conven- 
tion. 

(17  venlôse  an  II). 

Original  signe,  A.  N.,  V  4709. 

lin.  —  Pétition  de  Forest,  député  de 
niiône-el-Loire,  aux  Comités  de  gouverne- 
ment, exposant  que,  dit  0  août  1793  an 
24  brumaire  an  II,  pat-  suite  d'une  gt-ave 
attaque  de  goutte,  le  Comité  de  sftrelé  gé- 
néiale  l'a  auloiisé  à  rester  rlie/.  lui  sous 
la  gai'de  de  deux  gendarmes,  h.  seS  frais, 
et  qu'il  a  debour.sc  dOO  livres  pont-  le 
payement  de  ces  geiidarhies,  à  raison  de 
3  livles  phr  jour,  et  qu'il  a  même  nourl'i 
CCS   2   gehdarlnes,  quoiqu'il   n'y  fût   pas 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIt^tCATION  DES  DËPUTÉS  iNCAnCKRhîS 


27 


obligé,  déclarant  que  dans  l'intervalle  du 
24  brumaire  an  II,  jour  où  il  fut  jeté  pour 
la  seconde  fois  dans  la  prison  du  Luxeni- 
bours, jusqu'au  2  brumaire  an  TU,  jour  de 
sa  sortie,  il  a  dû  conserver  son  loyer  à 
raison  de  80  livres  par  mois,  et  payer  880 
livres  pour  H  mois,  sollicitant  le  rembour- 
sement de  ses  dépenses,  avec  quittances  à 
l'appui  et  arrêté  des  Comités  réunis  do 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
,?islation,  décidant  le  payement  de  i,;j40 
livres  au  citoyen  Forest  poui-  les  dépenses 
([u'il  a  été  obligé  de  faire  pendant  les 
m  jours  de  sa  détention. 

12  fructidor  an  III. 
Originaux  signes  et  copie  conforme  (7  pièces), 
A.  N.,  F^  4701). 

QARILHE, 

Député  de  VArdèche. 

117.  —  Ordre  du  Déparlement  de  Po- 
lice au  citoyen  Leclerc,  préposé,  d'arrêter 
et  de  conduire  à  la  Force  le  citoyen 
Carillie,  député  à  la  Convention  natio- 
nale, domicilié  rue  de  CaUmartin,  n"  3013, 
avec  réquisition  au  commissaire  de  po- 
lice de  la  section  d'apposer  les  scellés 
sur  ses   papiers. 

9  octobre  1793. 
Original,  signé  <le  Gagnant,  Michel  et  Ileus- 
sée,  ailministrateurs  au  Département  de  Police, 
A.  N.,  F'  4715. 

148.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  portant  que  le  citoyen  Garillie, 
député  à  la  Convention  nationale,  mis  en 
état  d'arrestation  par  décret  du  3  octobre, 
sera  sur-le-cbamp  arrêté  et  conduit  dans 
la  maison  de  détention  du  Luxembourg, 
que  les  scellés  seront  apposés  sur  ses  pa- 
piers et,  qu'après  perquisition,  ceux  de 
ces  papiers  qui  paraîtront  suspects  se- 
ront apportés  au  Comité 

3  vcnlùse-(3  germinal)  an  II. 
Original,   signé  de   V'oulland,    Elie   Lacoste, 
Lavicomterie,    Duliarran    et    Louis    (du     Ba<i- 
Uliin)  et  copie  conforme  (2  p.),  A.  iV.,F''47l5. 

149.  —  Lettre  de  Privat-Garillie  au  Co- 
mité de  sûreté  générale,  déclarant  que, 
(|Uoiqu'!iyant  prolité  de  l'indulgence  ou 
de  l'oubli  dont  on  a  usé  à  l'égard  des  dé- 


putés signataires  de  la  déclaration  du 
6  juin,  il  n'a  jamais  eu  l'intention  de  Se 
soustraire  à  la  loi,  mais  que  depuis  2  mois 
il  est  atteint  d'une  maladie  grave  qui 
exige  un  régime  absolument  incompa- 
tible avec  celui  des  maisons  d'arrêt,  aUssi 
que  l'envoyer  en  prison  dans  l'état  où  il  se 
trouve,  c'est  pour  ainsi  dire  l'envoyer  ù  la 
mort,  et  demandant  que  l'on  mette  les 
scellés  sur  ses  papiers  et  qu'on  lui  donne 
un  garde  jusqu'à  ce  qu'il  .soit  en  état  de 
se  rendre  à  la  maison  d'arrêt  sans  danger 
pour  sa  santé. 

8  germinal  an  II. 
Original  .signé,  A.  N.,  AA  50,  n"  1421. 

\r,0.  —  Procès-verlial  de  transport  au 
domicile  du  citoyen  Garillie,  ruedeBeaune, 
n"  029,  du  sieur  Compagnie,  membre  du 
Comité  révolutionnaire  de  la  section  de 
la  Foiitaine-de-Grenelle,  auquel  la  dame 
Uoiron,  maîtresse  de  la  maison  dite  Mai- 
son de  France,  a  déclaré  n'avoir  pas  vu  le 
citoyen  Garillie  depuis  le  16  novembre 
(v.  st.),  qu'il  venait  la  voir  de  tehips  en 
temps,  mais  que,  depuis  12  jout-s,  elle 
n'avait  pas  entendu  farler  de  lui,  qu'elle 
ne  sait  où  il  est,  ni  quelle  est  sa  demeure, 
et  qu'à  ce  sujet  elle  ne  peut  fournir  aucun 
renseignement. 

12  germinal  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F^  4715. 

GÉRENTE-[OLlVtER], 

Député  de  la  Drôtric  et  de  Vavcluse. 

lai.  —  Lettre  d'Olivier-Gérente,  député, 
à  ses  collègues,  recortnaissaiit  avoir,  le 
6  juin,  signé  une  déclaration  telidttnt  à 
désapphiUver  les  journées  dtl  31  mal  et 
du  2  juin,  â  prolester  même  contre  ces 
journées,  niais  que  l'el-rcul-  dans  l.liiuelle 
il  est  tombé  pouvait  s'expliquer  et  même 
se  justifier,  et  que  dès  que  l'acte  constitu- 
tionnel fut  soUinis  à  la  discussiOtt,  il  S'y 
rallia  complètement,  et,  dès  lors,  regat-da 
sa  signature  comiilc  nulle  et  non  avenue, 
m  même  toutes  les  démarches  en  vue  de 
l'aneanlisseiiient  de  celle  déclaration,  in- 
voquant d'ailleurs  le  téliiOigtlage  de  Ses 
co-dépulés  et  tlfe  la  Société  populdire  de  sa 


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CHAPITRE  I".  —  JOURINÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


commune,  fondée  par  lui,  proteslant  do 
ses  sentiments  à  l'égard  de  la  Conven- 
tion nationale,  s'étant  toujours  identifié 
avec  la  majorité  et  n'ayant  cessé  de  gémir 
sur  les  divisions  qui  agitaient  la  repré- 
sentation nationale. 

5  octobre  1793. 

Original  signé,  A.  N.,  F'  47745«. 

Un  post-scriptum,  daté  du  8  octobre,  de  la 
main  de  la  femme  de  Gérente,  fdit  connaître 
qu'au  moment  où  son  mari  se  disposait  à  envoyer 
cette  lettre,  le  décret  qui  le  met  en  arrestation  a 
été   exécuté,  et  qu'il  a  été  transféré  à  la  Force. 

1">2.  —  Procès-veibal  de  transport  de 
Jean-Baptiste  Legangneur,  commissaire  de 
police  de  la  section  de  l'Unité,  rue  Jacob, 
maison  de  Danemark,  au  domicile  du  ci- 
toyen Olivier-Gérente,  et  levée  des  scellés 
apposés  dans  son  appartement  ayant  vue 
sur  la  rue  Sainl-Renoît,  examen  des  pa- 
piers trouvés  dans  un  secrétaire,  dans  une 
malle  et  une  armoire,  d'où  sont  retirées 
.3  lettres,  datées  de  Carpentras,  des  10, 
29  mai  et  20  juillet  1793,  qui  sont  remises 
au  citoyen  Dubarran,  député,  lequel  s'en 
est  chargé,  en  présence  dudit  Olivier-Gé- 
rente, qui  est  emmené  à  la  Force  par  le 
gendarme  Guénault,  avec  les  3  lettres  en 
question,  l'une  d'elles  rendant  compte  de 
l'état  du  district  de  Carpentras,  où  rien  ne 
peut  faire  craindre  la  contre-révolution, 
où  l'aristocratie  est  nulle  et  où  le  seul 
sentiment  dangereux  qui  y  gouverne  le 
peuple  est  le  fanatisme  religieux. 

G«  jour  de  la  1"  décade  du  2«  mois  de  l'an  II 
(G  brumaire  an  II). 
Originaux  signés  (4  pièces),  A.  N.,  F''  4774-''. 

153.  —  Note  de  Martinel,  député  de  la 
Drôme,  transmettant  à  son  collègue  Guf- 
froy,  membre  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, au  nom  de  la  citoyenne  Olivier-Gé- 
rente, trois  pièces  à  la  décharge  de  son 
mari,  détenu  à  la  Force,  avec  prière  de 
les  mettre  sous  les  yeux  du  Comité  et  de 
son  rapporteur,  lesdites  pièces  étant  des 
extraits  des  délibérations  dC  la  Société  ré- 
publicaine et  du  Conseil  général  de  la 
commune  de  Pernes  (Vaucluse),  attestant 
qu'Olivier-Gérente  a  constamment  mani- 
festé son  attachement  à  la  Révolution  et 
servi  la   cause    de   la  Liberté,   qu'il   n'a 


écliap[)é  que  par  miracle  au  glaive  assassin 
des  prêtres  fanatiques  et  des  ci-devant 
nobles  dent  il  était  l'enuerai  prononcé, 
avec  une  copie  des  lettres  que  leur'  a 
écrites  Olivier-Gérente. 

(Sans  date.) 

Original  signé  et  extraits  conformes  (4  pièces), 
A.  N.,  FM774°'- 

En  tète  de  la  note,  se  trouve  cette  mention  : 
A  remettre  à  Amar,  pour  son  rapport. 

154.  —  Pétition  adressée  de  la  maison 
d'arrêt  des  Bénédictins  anglais  au  Comité 
de  sûreté  générale  par  Olivier-Gérente, 
député  à  la  Convention  nationale,  à  l'effet 
de  protester  contre  l'arrestation  depuis 
trois  mois  et  l'incarcération  à  la  maison 
d'arrêt  des  Anglaises,  rue  de  Lourcine,  de 
sa  femme,  dont  la  conduite  civique  et  les 
senlimenls  patriotiques  sont  attestés  par 
la  Société  populaire,  le  Comité  de  surveil- 
lance et  le  Conseil  général  de  la  comnume 
de  Pernes,  lieu  de  sa  résidence,  qui  ne 
s'est  jamais  laissée  abattre  par  les  outrages 
et  les  menaces  de  l'aristocratie  et  du  fa- 
natisme réunis,  qui  a  tenu  à  le  suivre  à 
Paris  pour  veiller  par  elle-même  à  ce  que 
trois  de  ses  fils  reçussent  une  éducation 
républicaine,  dépeignant  l'état  malheu- 
reux où  il  se  trouve,  avec  plusieurs  enfants 
en  bas  âge  abandonnés  à  eux-mêmes,  pri- 
vés de  tout  secours  par  leur  détention 
respective,  avec  sa  santé  totalement  dé- 
labrée. 

9  thermidor  an  II. 

Original  signé,  en  double  (2  pièces),  A.  A'., 
F'  4722. 

135.  —  Réclamation  par  Olivier-Gérente 
des  objels  pris  à  sa  femme  lors  de  son  in- 
carcération aux  .\nglaises,  rue  de  Lour- 
cine, par  les  commissaires  de  la  Commune 
conspiratrice,  savoir  :  de  124  livres  en 
assignats,  de  couteau,  ciseaux  et  canif,  et 
d'une  somme  de  19  livres  qu'elle  fut  obli- 
gée de  payer  pour  la  voiture  qui  l'amena 
à  la  maison  d'arrêt,  avec  arrêté  du  Comité 
de  sûreté  générale,  ordonnant  la  restitu- 
tion des  objets  et  des  assignats  saisis  sur 
la  personne  de  la  citoyenne  Olivier-Gé- 
rente, lors  de  son  arrestation. 


iii  nivose  an 


III. 


Original   signé  et   copie  conforme  (2  pièces'!, 
A.  N.,  F'' 4715. 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


29 


I 


l!j6.  —  Arrêti'  du  Comité  tic  sùrelé  gé- 
néiale,  décidant  de  proposer  à  la  Conven- 
tion nationale  le  représentant  du  peuple 
Olivier-Gérente,  pour  aller  en  mission 
dans  les  départements  du  Gard  et  de  l'Hé- 
rault. 

23  germinal  an  III. 

Original,  signé  do  Auguis,  Delécloy,  Guffroy, 
Uovère,  Clauzel,  Alex.  Ysabeau,Sevestre,  Cour- 
lois  et  Calés,  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  FT  4774^9. 

GIRAULT 

Député  des  Côles  du-Nord. 

157.  —  Cerlilicat  de  la  Société  popu- 
laire des  Sans-Culottes  de  Dinan  (Côtes- 
du-Nord),  déclarant  pour  répondre  à  l'ac- 
cusation portée  contre  le  sieur  Girault, 
député,  détenu  à  la  Force,  qui  aurait  per- 
verti l'esprit  de  l'un  des  députés  du  peuple 
de  cette  commune  à  la  fête  solennelle  du 
10  août,  que  ce  député  nommé  Le  Bour- 
guignon n'a  point  parlé  au  citoyen  Girault 
l)endant  son  séjour  à  Paris,  et  attestant, 
en  outre,  que  "depuis  le  commencement  de 
la  Uévolution,  Girault  a  constamment 
donné  les  preuves  les  plus  éclatantes  du 
civisme  le  plus  épuré  et  du  patriotisme  le 
plus  ardent,  avec  lettre  de  la  Société  popu- 
laire au  Comité  de  sûreté  générale,  an- 
nonçant la  délivrance  du  certificat  du 
civisme  et  de  l'énergie  républicaine  dé- 
ployés à  Dinan,  par  Girault,  qui  lui  ont 
mérité  les  suffrages  du  peuple  avec  les 
fonctions  de  maire,  que  d'ailleurs  le  Comité 
peut  interroger  le  sieur  Le  Bourguignon 
se  trouvant  actuellement  à  Paris,  chargé 
d'une  mission  près  de  la  Convention. 

11  nivôse  an  II. 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  N.,  V  472G. 

158.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Jean  Jolly,  ci-devant  commissaire  de  police 
de  la  section  de  la  Fidélité,  rue  de  la  Mor- 
tellerie,  n°  46,  au  domicile  de  Claude-Jo- 
seph Girault,  représentant  du  peuple, 
naguèrcs  détenu  dans  la  maison  des  Ursu- 
lines  anglaises,  et  levée  des  scellés  qu'il 
avait  apposés,  le  4  octobre  1703,  sur  les 
meubles  et  effets  dudit  Girault. 

0  brumaire  an  III. 
Expédition  conforme,  A.  N.,  V  4726. 


Iu9.  —  Lettre  de  Girault,  député  des 
Côtes-du-Nord,  l'un  des  71,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  exposant  qu'il  n'avait 
pour  revenu  qu'une  ancienne  pension  des 
Affaires  étrangères,  avec  un  traitement 
d'activité  dans  la  marine,  de  2,000  livres 
chaque,  que  13  mois  d'une  détention  extrê- 
mement dispendieuse,  joints  aux  frais  d'un 
gardien  de  scellés  et  au  dommage  occa- 
sionné dans  ses  effets,  le  mettent  dans  la 
nécessité  de  réclamer  un  dédommagement 
de  ses  pertes,  estimées  1,800  à  2,000  livres, 
et  déclarant  s'en  remettre  sur  ce  point 
à  la  justice  du  Comité. 

4  nivôse  an  III. 
Original  signé,  A.  JV.,  AA  53,  n"  1491. 

100.  —  Réclamation  par  C.-J.  Girault, 
député  des  Côtes-du-Nord,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  du  remboursement  des 
dépenses  extraordinaires  occasionnées  par 
sa  détention,  savoir:  1»  pour  le  salaire  et 
l'entretien  d'une  femme  de  ménage,  gar- 
dienne des  scellés  apposés  à  son  domicile 
durant  13  mois,  à  75  livres  par  mois,  940  li- 
vres ;  2°  pour  le  loyer  de  son  apparte- 
ment pendant  le  même  temps,  167  livres  ; 
3°  pour  le  payementà  l'administration  des 
prisons  de  l'emplacement  de  son  lit  pen- 
dant les  4  premiers  mois,  67  livres  10  sols, 
sans  compter  les  extorsions  sans  nombre, 
les  frais  de  transfèrements  successifs,  les 
pertes  et  dommages  causés  à  ses  elfets 
par  la  vermine,  se  montant  à  une  somme 
équivalente,  avec  arrêté  des  Comités  réunis 
de  salut  public,  de  sûreté  générale  et  de 
législation,  ordonnant  le  payement  de  la 
somme  de  1,167  livres  10  sols,  tant  pour 
les  salaire  et  nourriture  d'un  gardien  de 
scellés  que  pour  autres  sommes  qu'il  a  été 
obligé  de  débourser  pendant  le  temps  de 
sa  détention. 

22  pluviôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  I"  4726. 

161.  —  Réclamation  remise  au  Comité 
de  sûreté  générale,  en  faveur  du  citoyen 
Gouverneur,  ex  commissaire  des  anciens 
Comités  de  gouvernement  (envoyé  en  mis- 
sion dans  les  Côtes-du-Nord  par  le  Comité 
de  salut  public),  par  le  citoyen  Girault, 


% 


CHAPITRE  1".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  REVOLUTION 


député  des  Côtes-du-Nord,  lequel  Gouver- 
neur avait  été  dénoncé  par  la  section  de 
la  Halle-au-Blé  comme  terroriste,  désarmé 
et  arrêté,  avec  attestation  du  civisme  dudit 
Gouverneur  par  Girault. 

18  prairial  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  47ÎC. 

(ilROUST, 
Député  (VEure-el-Loir. 

162.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, eu  égard  à  la  mise  en  liberté  du 
représentant  du  peuple  Jacques-Charles 
Giroust,  ordonnant  la  levée  des  scellés 
dans  les  appartements  occupés  par  lui, 
tant  dans  la  commune  de  Paris  que  dans 
tout  autre  département. 

23  nivôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4728. 

GRENOT, 

Député  du  Jura. 

163.  —  Procès-verlial  de  perquisition  h 
l'efTet  de  s'assurer  de  la  personne  du  ci- 
toyen Grenot,  député  du  Jura,  par  le  pré- 
posé Petit,  qui  s'est  présenté  rue  du  Bac, 
n°  18,  où  une  citoyenne  du  nom  de  La- 
louette  lui  a  déclaré  que  ledit  Grenot  a 
quitté  depuis  un  an  son  logement  de  la 
rue  du  Bac  et  est  allé  demeurer  rue  de 
Lille,  n»  526,  d'où  il  est  sorti  il  y  a  6  mois, 
et  qu'on  croyait  qu'il  habitait  du  côté  du 
Palais  de  l'Egalité. 

4  germinal  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4732. 

164.  —  Lettre  de  Grenot,  député  du 
Jura, l'un  des  71  députés  décrétés  d'arres- 
tation, au  Corpité  de  sûreté  générale,  an- 
nonçant que,  son  intention  étant  de  se 
transporter  dans  la  maison  d'arrêt  où  il 
doit  être  incarcéré,  il  partira  par  l'une 
des  premières  diligences  où  il  pourra  se 
procurer  une  place,  celle  qui  se  mettra 
en  route  le  14  ou  le  15  courant,  et  qu'aus- 
sitôt arrivé  il  ira  au  Comité  pour  qu'on 
lui  indique  la  maison  où  il  doit  se  rendre. 

(Sans  date,  brumaire  an  III.) 

Original  signé,  A.  N.,  I"  4732. 

Une  note  de  Bourguignon,  secrétaire  du  Co- 
mité, porte  ces  mots  :  «  Reçu  la  présente  lettre, 
le  17  brumaire,  l'an  3»  île  la  République  ». 


163.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  qu'il  sera  proposé  ii  la 
Convention  nationale  d'investir  le  repré- 
sentant du  peuple  Grenot,  envoyé  }i 
l'armée  de  l'Ouest,  des  pouvoirs  donnés 
aux  représentants  envoyés  dans  le  dépar- 
tement d'Ille-et-Vilaine. 

10  ventôse  an  III. 

Original,  signé  de  Guffroy,  Perrin,  Clauzel, 
Bourdon  de  l'Oise,  Boudin,  Rovère,  Auguis, 
Mathieu,  Legendre,  et  copie  conforme  (2  pièces), 
.4.  JV.,  F'  4732. 

GUITER, 

Député  des  Pyrénées  Orientales. 

166.  —  Lettre  de  J.  Guiter,  député,  au 
Comité  de  sûreté  générale,  annonçant  qu'il 
attend  chez  lui,  rue  d'.Vrgcnleuil,  n"  '.», 
liôlel  de  France,  les  ordres  du  Comité 
pour  l'exécution  du  décret  du  8  octobre 
qui  ordonne  sa  mise  en  état  d'arrestation 
dans  une  maison  d'arrêt,  que  toujours 
prêt  à  obéir,  il  ne  lui  a  manqué  jusqu'à 
présent  que  de  connaître  le  local  dans  le- 
quel il  devra  ôlrc  enfermé.   . 

G  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4737. 

167.  —  Procfes-verbal  de  transport  de 
commissaires  de  la  section  delà  Montagne, 
assistés  du  sieur  Lobréau,  inspecteur  de 
police,  rue  d'Argenleuil,  n"  9,  hôtel  de 
France,  au  3«  étage,  où  s'est  trouvé  le 
citoyen  Guiter,  député  des  Pyrénées-Orien- 
tales, qui  est  désigné  dans  l'arrêté  du 
Département  de  Police  du  9  octobre, 
comme  habitant  rue  Traversière,  hôtel 
d'Artois,  que  ledit  député  a  quitté  depuis 
le  2  juillet,  sans  intention  de  se  soustraire 
à  la  loi,  puisqu'il  a  indiqué  lui-même  sa 
nouvelle  adresse  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, apposition  des  scellés  sur  un  se- 
crétaire renfermant  des  papiers,  d'où  le 
sieur  Guiter  a  été  autorisé  d'extraire  un 
porlefouille  contenant  318  livres  en  assi- 
gnats,' 2  bonnets  de  nuit,  4  clietnises, 
3  paires  de  bas  et  quelques  mouchoirs,  et 
remise  de  la  personne  du  sieur  Guiter  au 
citoyen  Lobreau,  qui  s'est  chargé  de  le 
conduire  à  la  Force. 

11  octobre  1793.) 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4'737. 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  J.NCARCÉnÉS 


31 


108.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  la  levée  des  scellés  apposés 
iiu  domicile  du  représentant  du  peuple 
(iuiter,  et  procès-verbal  de  la  levée  des 
scellés  apposés  rue  d'Argenteuil,  n"  9,  en 
présence  dudil  (iuiter,  par  les  citoyens 
Louvet  et  Lepelletler,  commissaires  du 
Comité  révolutionnaire  du  2«  arrondisse- 
ment. 

•i,  5  bruiiiuii'c  an  III. 

Copie  conforme  cl  original  signé  (2  pièces), 
A.  N.,  l"  4737. 

169.  —  Autorisation  donnée  |)ar  Bcne- 
zech,  ministre  de  l'intérieur,  au  citpyen 
Dovaine,  à  l'ellct  de  remettre  au  repré- 
sentant du  peuple  (iuiter  les  pièces  (pi'ii 
réclame  et  <(ui  se  trouvent  dans  les  papiers 
du  Comité  de  législation,  avec  récépissi''  do 
Guiter. 

17,  21  frimaire  an  IV. 
Original  sijjné,  A.  N,  AA  50,  n"  1  i'25. 

HECQUET 

Député  de  la  Seine-Inférieure. 

170.  —  Pétition  de  Hecquet,  député  de 
la  Seinc-luférieure,  au  Comité  de  sûreté 
■générale,  exposant  que,  le  3  octobre  1793, 

lors  de  son  arrestation  dans  l'une  des 
salles  du  Palais  nalional,  il  remit  au  ci- 
toyen Cliriston,  alors  commandant  en  chef 
de  la  section  armée  des  Quinze-Vingts,  de 
service  à  la  Convention,  deux  pistolets  de 
demi  arçon,  à  chacun  un  canon,  garnis  en 
acier  poli,  bien  Unis  et  absolument  sem- 
blables, et  que,  rappelé  aux  fonctions  de 
représentant  du  peuple  par  décret  du 
18  frimaire,  il  réclame  la  restitution  de 
CCS  [)istolets,  avec  arrêté  du  Comité  de 
sûreté  générale,  ordonnant  la  remise  des 
deux  pistolets  désignés  dans  la  pétition 
du  citoyen  llecqucl. 

13  nivôse  an  ill. 
Original,  signé  de   Hecquet,   conn-esigné   de 
Malliieu,    Monmayou,    Ijomnnt    et    Oarnicr  de 
l'Aube,   et  copie  conforme   (3   pièces),    A.   N., 
V  W41. 

171.  —  Pélilion  de  Charles-Robert  Hec- 
quet, député  de  la  Seine-Inférieure,  au 
Comité  de  sûreté  générale,  sollicitant  le 
remboursement  :  1°  de  498  livres  10  sols 
par  lui  payées  durant  les  12  mois  20  jours 


de  sa  déteotion  pour  le  loyer  de  l'apparte- 
ment qu'il  occujjait  rue  de  Lille,  n°607; 
2°  de  73  livres  i)ayées  à  l'aduiinistratipn 
des  prisons,  à  raison  de  15  livres  par  mois 
pour  les  mois  de  novembre  et  décembre 
1793,  et  de  22  livres  10  sols  par  mois  pour 
ceux  de  janvier  et  février  1794,  avec  arrêté 
du  Comité  de  sûreté  générale,  ordonnant 
le  payement  de  573  livres  10  sols  pour  te- 
nir compte  au  citoyen  Hecquet  des  dllft'i- 
rentes  sommes  (ju'il  a  été  obligé  de  payer 
])cndant  sa  détention. 

27  pluviôse  an  III. 
Original    signé   et  copie   conforme,   A.   N., 
F' 4741. 

.lAHY, 

Députe  de  la  Loire-Inférieure. 

172.  —  l'iDcès-vorbal  de  transport  de 
Hréard  et  Laloy,  dé[)utés  et  commissaires 
de  la  Convention  nationale,  rue  Helvétius, 
n"  022,  chez  le  citoyen  Honoré,  où  logeait 
le  représentant  Jary,  détenu  à  la  Force, 
et  levée  des  scellés  apposés  sur  un  secré- 
taire et  une  commode  par  le  citoyen  ïou- 
blanc,  commissaire  de  police  de  la  section 
de  la  Montagne,  décédé  depuis  environ 
3  mois,  examen  des  papiers,  desquels  ont 
été  distraits  et  emportés  par  lesdits  Bréard 
et  Laloy  un  paquet  cacheté,  portant  pour 
suscription  :  Testament  de  Jary,  un  paquet 
de  lettres  formant  sa  correspondance  avec 
différentes  communes,  diverses  pétitions 
à  la  Convention  et  un  cachet  de  bureau 
portant  pour  empreint»  des  sigties  pros- 
crits de  féodalité. 

25  prairial  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4749. 

LACROIX, 

Député  de  la  Haute-Vienne. 

173.  —  Lettre  do  M.  (Jobier,  ministre  de  la 
justice,  au  juge  de  paix  de  la  section  de  la 
Fontaine-de-Orenelle,  envoyant  une  exjié- 
dition  en  forme  des  trois  décrets  du  21  août, 
qui  ordonnent  l'arrestation  de  six  députés 
et  l'apposilion  des  scellés  sur  leurs  pa- 
piers, quatre  de  ces  députés,  les  citoyens 
Rivaud,  Soulignac,  Lacroix  et  Lesterpt- 
Beauvais,  habitant   quai   Voltaire,   n°  17, 


32  CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


sur  la  section  de  la  Fontaine-de-Grenelle, 
et  lettre  du  même  au  président  du  Comité 
de  surveillance  de  celte  section,  annon- 
çant qu'il  vient  d'écrire  aux  administra- 
teurs de  Police  et  au  lieutenant-colonel 
de  gendarmerie  Du  Mesiiil,  à  l'effet  de 
faire  relever  par  des  gendarmes  les  trois 
citoyens  préposés  à  la  garde  des  citoyens 
Soulignac,  Rivaud  et  Lacroix,  mis  en  état 
d'arrestation. 

21,  23  août  1793. 
Originaux    signés  (griffe,   2  pièces),  A.  N., 
1"  4756. 

174.  _  Procès-verbal  de  transport  des 
membres  du  Comité  de  surveillance  de  la 
section  de  la  Fonlaine-de-Grenelle ,  au 
domicile  des  citoyens  Lacroix,  Soulignac 
et  Rivaud,  députés,  quai  Voltaire,  ri"  17, 
apposition  des  scellés  dans  l'appartement, 
à  l'entresol,  occupé  par  les  sieurs  Souli- 
gnac et  Lacroix,  et  dans  celui  au  premier 
étage  par  le  sieur  Rivaud,  lesquels  sont 
mis  en  état  d'arrestation,  confiés  d'abord 
à  la  garde  des  citoyens  Gelin,  Paris  et 
Duchêne,  puis  de  3  gendarmes,  recon- 
naissance et  levée  des  scellés  en  présence 
de  Gay-Vernon,  député,  avec  examen  des 
papiers  de  ces  députés,  se  trouvant  dans 
un  coffre  pratiqué  sous  une  croisée,  où 
il  ne  s'est  rien  trouvé  de  contraire  aux 
intérêts  de  la  République,  et  décharge 
donnée  aux  gardiens. 

21,  23  août,  17  septembre  1793,  6  vemlc- 

miaire  an  IIL 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4756. 

175.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  de  procéder,  en  présence 
de  Gay-Vernon,  député,  à  la  reconnaissance 
des  scellés  sur  les  papiers  de  Lacroix, 
Rivaud  et  Soulignac,  mis  en  état  d'arres- 
tation, attendu  qu'ils  ont  reçu  congé  de  la 
maison  qu'ils  habitent,  et  ne  peuvent  em- 
porter leurs  papiers  qu'autant  qu'ils  ob- 
tiendront la  levée  desdits  scellés,  et  pres- 
crivant également  la  môme  opération  pour 
ceux  de  Lesterpt-Beauvais. 

16  septembre  1793. 
Original,  signe  de  Mojse  Bayle,  Ruhl,  Bou- 
clier Saint-Sauveur,  Vadier,  Panis  et  Lcbas,  et 
scellé,  A.  N.,  F'  4756. 


LAPLAIGNE, 

Député  du  Gers. 

176.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Louis-François  Beffara,  commissaire  de 
police  de  la  section  du  Mont-Blanc,  en 
vertu  d'ordre  présenté  par  François-Ni- 
colas Blanchard,  l'un  des  secrétaires 
commis  du  Comité  de  sûreté  générale, 
au  domicile  de  Laplaïgne,  député  du 
Gers,  rue  et  maison  garnie  de  Mirabeau, 
où  le  sieur  Michel  Haldon-Beaulieu,  y 
demeurant,  leur  a  appris  que,  le  jour 
môme,  à  une  heure  un  quart,  le  citoyen 
Laplaïgne  est  rentré,  a  payé  ce  qu'il  de- 
vait et  est  parti,  que  d'ailleurs  depuis  le 
commencement  de  juin  et  dans  le  cou- 
rant du  même  mois,  Laplaïgne  avait  fait 
emporter  ses  malles,  qu'il  a  seulement 
laissé  dans  l'appartement  des  brochures 
et  imprimés  par  lui  reçus  de  la  Conven- 
tion, ce  qui  a  été  reconnu  exact. 

6  août  1793. 

Original,  signé  de  Beffara,  A.  N.,  F'  4765. 

177.  —  Déclaration  du  sieur  J.  Cap- 
martin,  commissaire  député  du  canton 
de  Mauvezin  (Gers),  reçue  par  le  Comité 
de  sûreté  générale,  portant  qu'il  a  mandat 
de  mettre  sous  les  yeux  de  la  Convention 
une  lettre  imprimée,  signée  Laplaïgne, 
député  du  Gers,  parvenue  mystérieuse- 
ment à  la  municipalité  du  Chef-lieu,  à  l'a- 
dresse du  président  des  assemblées  pri- 
maires, qui  en  fit  faire  lecture,  lettre  qui, 
en  raison  des  expressions  qu'elle  con- 
tient, a  excité  l'indignalion  et  a  été  dé- 
chirée pour  témoigner  à  son  auteur  le 
mépris  que  l'on  a  pour  ses  productions, 
déclaration  accompagnant  le  dépôt  de  cet 
écrit  sur  le  bureau  de  la  Convention,  pour 
qu'elle  pèse  dans  sa  sagesse  les  mesures  à 
prendre  à  l'effet  de  s'assurer  de  la  personne 
du  citoyen  Laplaïgne,  afin  que  par  ses  écrits 
ou  autres  moyens  il  ne  puisse  nuire  à  la 

République. 

7  août  1793. 

Original  signé,  avec  imprimé,  déchiré  par  le 
milieu  (2  pièces),  A.  A'.,  F^  4765. 

178.  —  Lettres  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale au  Comité  révolutionnaire  de  la 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAHCÉHÉS  :t:i 

le  second,  ayant  déménagé  bien  avant  le 
décret  lancé  contre  lui.  a  tout  emporté,  et 
qu'aucune  opération  n'a   été  faite  à  son 

sujet. 

4  germinal  an  11. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4765. 


section  du  Mont-Blanc,  l'invitant  à  faire 
constater  par  un  procès-verbal  l'évasion 
du  député  Laplaïgne,  si  le  fait  annoncé 
est  exact,  afin  que  le  Comité  puisse 
prendre  des  mesures  ultérieures  à  son 
égard,  et  au  Comité  des  décrets,  accom- 
pagnant l'envoi  de  pièces  qui  constatent 
cette  évasion,  attendu  que  cet  objet  le 
regarde,  avec  iiccusé  de  réception  par  le 
Comité  des  décrets,  qui  s'empressera  d'en 
délibérer  et  fera  sur  cet  objet,  le  lende- 
main ou  le  surlendemain,  son  rapport  à 
la  Convention. 

16,  18  septembre  1793. 
Copies  conformes  et  original,  signé  de  Monnel 
et  Battelier  (3  pièces),  A.  N.,  ¥^  4765. 

179.  —  Lettre  du  Comité  de  siirelé  gé- 
nérale au  général  commandant  la  garde 
nationale,  lui  rappelant  qu'aux  termes  de 
l'article  4-  du  décret  du  3  octobre,  les  dé- 
putés signataires  des  protestations  des  0 
et  19  juin  doivent  être  mis  en  état  d'ar- 
restation, et  le  requérant  d'arrêter  le.s 
citoyens  Laplaïgne,  Descamps  et  Moysset, 
députés  du  Gers,  encore  eu  liberté,  les 
deux  premiers,  logeant  bôtel  et  rue  du 
.Mont-Blanc,  n"  (H,  et  le  dernier,  rue  d'An- 
lin,  n"  4. 

5  octobre  1793. 
Minute,  A.  N.,  V  4765. 

180.  —  Déclaration  du  Comité  révolu- 
tionnaire de  la  section  du  Mont-Blanc  au 
Comité  de  sûreté  générale,  (xirtant  que  le 
citoyen  I.aplaïgne  dont  l'arrestation  avait 
élr  annoncée,  vient  de  se  soustraire  à  la 
••-iirveillance  des  deux  gardiens  placés 
auprès  de  sa  personne. 

0  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4765. 

181.  —  Lettre  du  Comité  n'yolutioniiairc 
de  la  section  du  .Mont-Blanc  en  réponse  à 
une  lettre  du  "2  germinal  an  II,  au  sujet 
des  députés  décrétés  d'accusation,  décla- 
rant qu'il  n'y  en  avait  que  deux  dans  la 
section,  Laplaïgne,  du  (Jers,  rue  du  Mont- 
Blanc,  et  Julien,  de  Toulouse,  rue  George, 
que  le  premier,  d'abord  mis  par  le  Comité 
en  état  d'arrestation  cliez  lui,  avec  deux 
gardiens,  a  été  constitué  prisonnier  dans 
une  maison  d'arrêt  d'eux   inconnue,  que 

T.  IX. 


182.  —  Réclamation  par  Laplaïgne,  dé- 
puté du  Gers,  incarcéré  pendant  plus  de 
12  mois  :  1»  d'une  somme  de  1,200  livres 
pour  12  mois  de  loyer,  payée  au  citoyen 
Beaulieu,  principal  locataire  de  la  maison 
du  Mont-Blanc,  ci-devant  Mirabeau,  depuis 
le  3  octobre  1793  jusqu'à  sa  mise  en  li- 
berté ;  2°  d'une  somme  de  90  livres  qu'il  a 
payée  à  la  Force  pour  frais  de  gîte  et  de 
logement  dans  les  i  premiers  mois  de  sa 
détention,  avec  arrêté  des  Comités  réunis 
de  salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  lé- 
gislation, statuant  sur  cette  réclamation  et 
ordonnant  le  remboursement  de  1,290  li- 
vres pour  les  din'érenles  sommes  qu'il  a 
été  obligé  de  payer,  tant  pour  le  loyer  de 
l'appartement  qu'il  occupait  que  pour  ce- 
lui de  la  prison  pendant  sa  détention. 

24  pluviôse  an  III. 
Original   signé  et  copie  conforme   (2  pièces), 
A.  N.,  F'  4765. 

1.ADRENCE, 

Député  de  la  Manche. 

183.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  de  procéder  à  la  levée 
des  scellés  cliez  le  citoyen  Laurence,  et 
procès-verbal  de  transport  du  sieur  Sevray, 
membre  du  4"  Comité  rêv(dutionnaire,rue 
Honoré,  n"  403,  section  des  Gardes-Fran- 
çaises, au  domicile  du  sieur  Laurence,  et 
levée  des  scellés  en  sa  |)résence  et  eu  pré- 
sence de  la  citoyenne  Duval,  principale 
locataire. 

4,  7  brumaire  an  III. 
Copie  conforme   et  original  signé  (2  pièces), 
.V.  JV.,  F''  4708. 

I.AURENCKOT. 

Dépulé  du  Jura. 

184.  —  Lettre  de  Hoyer,  député  de  l'Aiiy, 
Salmon,  député  de  la  Sartbe,  Fayolle,  dé- 
puté de  la  Drome,  Amyon,  député  du 
Jura,  Periès,  cadet,  et  Tournicr.  députés 

3 


H 


CHAPITRE  I".  -  JOUHNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


de  l'Aude,  Estadens,  député  de  la  Haute-Ga- 
ronne, Blanqui,  député  des  Alpes-Mari- 
liines,  détenus  à  la  Force,  dans  la  même 
chambre  que  Laurenceot,au  Comité  de  sû- 
reté générale,  déclarant  que,  leur  collègue 
étant  malade  depuis  plusieurs  jours,  ils  ont 
fait  appeler  le  médecin  de  la  Force  pour 
constater  son  étal,  et  en  raison  du  relard 
apporté  à  la  délivrance  d'un  certificat, 
priant  d'autoriser  ledit  Laurenceot  à  se 
faire  transporter  dans  son  appartement, 
et  conjurant  le  Comité  de  se  hâter,  dans 
la  crainte  où  ils  sont  que  le  moindre  délai 
ii(!  leur  cause  le  chagrin  de  voir  périr 
sous  leurs  yeux  leur  collègue  sans  pou- 
voir lui  procurer  les  secours  nécessaires. 

4  pluviôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4768. 

185.  —  Lettre  de  FayoUe,  Periès,  cadet, 
Royer,  Estadens,  Blanqui,  Salmon,  Tour- 
nier  et  Amyon,  députés,  à  Vadier,  prési- 
dent de  la  Convention  et  du  Comité  de 
sûreté  générale,  déclarant  que  leur  com- 
pagnon de  chambre,  Laurenceot,  est  at- 
teint depuis  15  jours  d'une  fièvre  tenace, 
que  le  médecin  de  la  maison  l'a  visité  et 
lui  a  conseillé  de  se  rendre  à  l'infirmerie, 
chose  impraticable,  les  malades  y  étant 
entassés  au  point  qu'il  n'en  sort  aucun 
convalescent,  que  le  certificat  délivré  la 
veille  par  le  médecin  conseille  de  le 
transférer  dans  une  maison  de  santé  ou 
dans  son  appartement,  mais,  comme  les 
maisons  de  santé  coûtent  plus  que  ne 
comporte  l'indemnité  d'un  député,  Lau- 
renceot demande  à  être  transporté  chez 
lui,  sous  telle  surveillance  qu'on  jugera  à 
propos,  et  joignant  leur  prière  à  celle  de 
Laurenceot,  afin  que  leurs  collègues  qui 
jouissent  de  leur  liberté  veuillent  bien  se 
rappeler  l'événement  du  malheureux  Dou- 
blet. 

10  jjluviùse  an  II. 

Original  signé,  A.  A'.,  F'  4768. 

Pierre-Philippe  Doublet,  député  de  la  Seine- 
Inférieure,  était  mort  à  la  Force  le  4  frimaire 
an  II. 

186.  —  Lettre  du  républicain  J.  Uiclit,- 
lot,  greffier  de  la  Force,  au  président  de 
la  Convention  nationale,  le  prévenant  que 
le  citoyen  Laurenceot,  député,  étant  ma- 


lade, ainsi  que  le  constate  un  cerlifiral 
joint  à  sa  lettre,  demande  à  être  transféré 
chez  lui  pour  se  faire  traiter  sous  la  garde 
d'un  sans-culotte,  ou  dans  une  maison  du 
santé  sous  la  responsabilité  du  chef  de  la- 
dite maison,  avec  certificat  de  Thierry  cl 
Soupe,  médecin  et  chirurgien  ordinaire 
des  prisons,  atlestant  que  le  député  Lau- 
renceot, âgé  de  30  ans  et  détenu  à  la 
Force,  est  atteint  depuis  10  jours  d'une 
fièvre  double  tierce,  maladie  très  opiniAtre 
peadant  l'hiver,  attendu  que  dans  cette 
saison  l'humeur  de  la  transpiration  se 
porte  de  la  circonférence  au  centre,  cliiue 
souvent  on  n'obtient  une  guérison  radi- 
cale   que    lorsque    la    belle    saison    est 

arrivée. 

10  pluviôse  an  II. 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  i\'.,  F'  4768, 

187.  —  Procès- verbal  de  transport  de 
Joseph-Etienne  Delcher  et  Marc-Antoine 
Baudot,  députés,  commissaires  de  la  Con- 
vention nationale,  rue  Thomas-du-Louvre, 
au  domicile  du  citoyen  Laurenceot,  levée 
des  scellés  apposés  dans  une  chambre  au 
•2«  étage  sur  la  cour,  examen  des  papiers, 
se  trouvant  dans  un  secrétaire  à  cylindre, 
parmi  lesquels  mention  est  faite  d'une 
lettre  à  l'adresse  du  citoyen  Martin,  lieu- 
tenant-colonel en  second  au  12«  bataillon 
du  Jura,  d'une  pétition  de  Léonard 
Kzahmer,  commandant  de  bataillon  d'in- 
valides, d'un  portefeuille  noir  sur  lequel 
est  inscrit:  Comité  de  la  guerre,  contenant 
plusieurs  pièces  à  remettre  audit  Comité, 
d'observations  sur  la  position  des  salines 
du  Jura,  du  manuscrit  d'un  ouvrage  inti- 
tulé :  le  Patriote  français,  d'une  liasse  du 
pétitions,  d'une  pétition  du  citoyen  New- 
bourg,  à  renvoyer  au  Comité  des  secour.-^, 
toutes   pièces  que  les  commissaires   ont 

emportées. 

12  prairial  an  II. 
Original  aigné,  A.  N.,  V  4768. 

188.  —  Certificat  des  officiers  munici- 
paux, membres  du  Conseil  général  de  la 
commune  d'Arbois,  attestant  que  le  citoyen 
Laurenceot  a  donné  depuis  la  Révolution 
des  preuves  du  plus  ardent  patriotisme,  qu'il 
s'est  enrôlé  l'un  des  premiers  dans  la  garde 
nationale,  où  il  était  chef  de  légion,  à  l'ar- 


HÉr.l.AMATIONS  KT  JUSTlli-ICATlON  UES  DÉPUTÉS  IMiAUCEUES 


Xi 


rivée  iIl'.s  ordres  pour  la  s(;coiide  rôtjuisi- 
lioii,  et  rendit  ses  épauleltes  pour  partir 
aux  frontières,  qu'il  s'y  trouvait  en  qualité  de 
commandant  on  second,  lorsque  les  élec- 
teurs du  Jura  l'appelèrent  ù  la  Convention 
nationale,  que  sur  ces  entrefaites  Désiré 
I.aurenceot,  son  frère,  commandant  du 
l'  bataillon  du  Jura  sur  le  lUiin,  étant 
tombé  malade  et  revenu  mourir  à  Arbois, 
ni  cette  considération  ni  les  larmes  de  son 
épouse  qu'il  laissa  avec  plusieurs  enfants 
en  bas  âtte  ne  l'empèclièrent  de  remplir  le 
vœu  de  ses  concitoyens. 

22  prairial  an  II. 
Original  signé,  A.  A'.,  F'  4768. 

189.  —  Certificat  de  civisme  délivré  au 
citoyen  Henri  Laurenceot,  député  à  la 
Convention,  par  la  Société  populaire  d'Ar- 
bois,  qui  déclare  que  Laurenceot  s'est 
montré  dés  le  principe  de  la  llévolulion 
l'ami  zélé,  le  plus  ferme  soutien  de  la 
liberté,  qu'enrôlé  dans  la  garde  nationale 
on  l'a  vu  au  cri  de  la  patrie  en  danger,  en 
aoiit  1792,  abdiquer  le  poste  de  clief  de 
légion  pour  s'enrôler  en  qualité  de  volon- 
laire,  que  c'est  à  ses  discours  brillants  de 
patriotisme  aussi  bien  qu'à  ses  dons  géné- 
reux en  faveur  des  défenseurs  de  la  patrie 
cl  des  parents  dos  volontaires  qu'est  dû 
«■n  partie  l'oiirôlement  d'un  grand  nombre 
lie  ses  concitoyens,  qu'à  son  départ  pour 
les  frontières,  sourd  à  la  voix  de  sa  femme 
et  de  ses  enfants,  il  s'occupait  uni(iuenient 
de  consoler  les  parents  des  braves  défen- 
seurs de  la  patrie. 

27  prairial  an  II. 
Original  .signé,  A.  .V.,  F'  4768. 

190.  —  Lettre  du  re|irésentanldu  peuple 
Laurenceot,  en  mission  dans  le  déparle- 
ment de  Loir-et-Cher,  à  son  collègue  Lo- 
niont,  membre  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, demandant  son  avis  au  suji^t  de  la 
mise  en  liberté  de  prêtres  réfractaires, 
âgés  et  infirmes,  détenus  à  Blois,  qui  ne 
lui  semblent  point  dangereux  et  qu'il  re- 
lâcherait, s'il  n'écoutait  (jue  la  sensibililé 
de  son  cœur  et  le  cri  môme  de  l'Iiumanité, 
annonçant  qu'il  a  lancé  une  proclamation 
pour  arrêter  les  progrès  du  fanatisme  et 


a  pris  également  des  mesures  pour  assurer 
les  subsistances,  ayant  fait  arrêter  14  agi- 
tateurs qui  ont  voulu  s'insurger  et  violer 
le  droit  sacré  de  propriété. 

2()  pluviôse  an  111. 
Original  signé,  A.  IV.,  F'  4768. 

191.  —  Lettre  du  représentant  du  peuple 
Laurenceot,  en  mission  dans  le  départe- 
ment de  Loii'-ot-Clier,  aux  Comités  de  salut 
public  ot  de  sûreté  générale,  adressant  la 
proclamation  qu'il  a  cru  devoir  faire  aux 
citoyens  de  ce  département,  on  raison  des 
troubles  qui  y  sont  journellement  excités, 
sous  prétexte  de  la  liberté  de  l'exercice  des 
cultes,  et  ajoutant  qu'il  lui  a  paru  néces- 
saire d'ordonner  aux  agents  nationaux  des 
difl'éronts  districts  de  vendre  sans  délai 
les  ci-devant  églises,  seul  moyen  propre  à 
arrêter  les  mouvements  insurrectionnels 
occasionnés  par  la  possession  et  jouissance 
de  CCS  églises. 

1 1  germinal  an  III. 
Original    signé,    copie   et    placard    imprime 
(3  pièces),  A.  JV.,  F'  4768. 

192.  —  F>ettre  du  représentant  du  peuple 
Lauroncoot,  en  mission  dans  les  départe- 
ments de  Loir-et-Cher,  du  Cher  et  de  la 
Nièvre,  aux  Comités  de  salut  public  et  do 
sùreié  générale,  annonçant  son  arrivée  à 
Bourges,  le  22  germinal,  déclarant  qu'il 
compte  procéder  le  28  à  l'épuration  des 
autorités  constituées,  qu'il  a  suspendu  les 
séances  de  la  Société  populaire,  où  domi- 
naient les  partisans  do  la  terreur  et  de 
l'oppression, et  qu'il  espère  mettre  un  terme 
au  règne  des  Jacobins,  manifestant  sos 
inquiétudes  au  sujet  dos  subsistances,  la 
iliselte  étant  extrême  et  la  cupidité  des 
cullivatouis  incalculable,  le  discrédit  des 
assignats  à  son  comble,  attendu  que  l'on 
donne  pour  six  livres  en  monnaie  métal- 
lique ce  que  l'on  vend  à  peine  100  livres 
en  assignats,  ajoutant  qu'il  a  fait  une 
adresse  aux  cultivateurs  en  les  menaçant 
des  sévérités  de  la  loi. 

25  germinal  an  III. 
Original  signé,  en   double,  avec  placard  im- 
primé en  datedu24  germinal  (3  pièces),  A.  N., 
V  4768. 


36 


CHAPITRE  i".  —  JOUUNKES  HlSTOHlOUËS  DE  I.A  HÈVOLUTION 


l'J'i.  —  I-oltredu  représentant  du  peuple 
l.aurencoot,  on  mission  dans  le  Loir-ot- 
(llier,  le  Cher  et  la  Nièvre,  aux  Comités  de 
sûreté  générale,  de  salut  public  et  de  légis- 
lation, annonçant  que,  dès  qu'il  a  eu  con- 
naissance de  la  loi  tjui  ordonne  lo  désarme- 
ment des  individus  prévenus  d'avoir  par- 
ticipé aux  horreurs  commises  pendant  l.i 
tyrannie  antérieure  au  9  thermidor,  il  a 
sur  le  champ  donné  les  ordres  les  plus 
prompts  pour  sa  mise  à  exécution,  et  des- 
titué le  président  et  greffier  du  tribunal 
criminel,  avec  l'arrêté  qu'il  a  pris  à  ce 
sujet  le  25  germinal,  et  circulaire  aux  ci- 
toyens et  administrateurs  des  districts  des 
3  départements,  contenant  l'arrêté  pris  le 
24  germinal  par  Laurenceot,  relativement 
au  désarmement.. 

26  germinal  an  III. 
Original  signé  et  placards  imprimés  (3  pièces), 
A.  A'.,  F'  4'i68. 

194.  —  Lettre  du  représentant  du  peuple 
Laurenceot,  en  mission  dans  les  départe- 
ments de  Loir-et-Cher,  du  Cher  et  de  la 
Nièvre,  écrite  de  Nevers  au  Comité  de 
salut  public,  exposant  que  s'il  a  tardé 
à  se  rendre  à  Bourges,  c'est  qu'il  a  été 
retenu  dans  h;  Loir-et-Cher  par  des  mou- 
vements inquiétants  qui  se  sont  produits 
dans  les  districts  de  Mer  et  de  Mondou- 
blcau,  et  ont  été  provoqués  par  lu  question 
des  subsistances  et  le  fanatisme,  ainsi  que 
pur  les  incursions  des  chouans,  qui  ont  été 
défaits  le  20  germinal  dans  un  combat, 
ou  20  d'entre  eux  restèrent  sur  le  champ 
de  bataille  et  27  furent  faits  prisonniers, 
déclarant  que  le  département  de  la  Nièvre 
a  été  plus  qu'aucun  autre  victime  de  l'ar- 
bitraire et  de  la  tyrannie,  (jue  son  collègue 
Cuilleraardel  a  laissé  d'excellents  souve- 
nirs chez  les  bons  citoyens  qu'il  a  délivrés 
de  la  domination  des  dilapidateurs  et  des 
hommes  de  sang,  rappelant  enfin  que  ses 
pouvoirs  expirent  le  9  du  présent  mois. 

(Floréal  an  III). 
Extrait,  A.  A.,  F-  47118. 

I.E    BRETON, 

Député  d Ille-ct.-Vilaine. 

195.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Pierre    Dumeige,  commissaire   de   police 


de  la  section  de  Bon-Conseil,  avec  le  ci- 
toyen Massard,  officier  de  paix,  chargé 
d'arrêter  et  de  conduire  à  la  Force  le 
citoyen  Le  Breton,  député  à  la  Convention, 
en  son  domicile,  rue  Saint-Sauveur,  n»  11, 
dans  une  chambre  au  deuxième  étage,  où 
s'est  trouvée  une  citoyenne  qui  a  dit  se 
nommer  Julienne  Pe'lé,  domestique  du 
sieur  Le  Breton,  laquelle  a  déclaré  que 
celui-ci  était  sorti  de  chez  lui,  le  jeudi 
précédent,  sur  les  10  heures  1/2  du  matin, 
pour  se  rendre  à  la  Convention,  que  de- 
puis cette  époque  il  n'avait  point  reparu 
et  qu'elle  n'en  avait  reçu  aucune  nou- 
velle ;  après  perquisilion,  qui  n'a  donné 
aucun  résultat,  apposition  des  scellés  sur 
les  croisées  du  cabinet  du  sieur  Le  Breton, 
donnant  sur  la  rue  Saint-Sauveur,  où  sont 
renfermés  tous  ses  papiers,  au  bas  duquel 
procès-verbal  figure  une  déclaration  du 
commissaire  de  police  de  la  même  sec- 
tion, du  3  germinal  an  H,  portant  qu'il 
ne  connaît  pas  dans  son  arrondissement 
de  citoyen  Derazey,  chez  lequel  il  est 
chargé  d'apposer  les  scellés. 

9  octobre  1793. 

Copie  conforme,  A.  A'.,  F'  4774*. 

196.  —  Requête  et  mémoire  de  Joseph- 
Hippolyte  Perret,  demeurant  à  Passy, 
butte  de  l'Etoile,  au  Comité  de  sûreté 
générale  et  à  l'administration  de  Police, 
exposant  qu'en  qualité  de  principal  loca- 
taire de  la  maison  sise  à  Paris,  rue  Saint- 
Sauveur,  n°  H,  il  a  loué  un  appartement 
au  sieur  Le  Breton,  dépulé,  et  ijuc  pur 
suite  de  l'apposition  des  scellés  sur  la 
porte  d'un  cabinet,  où  sont  renfermés  ses 
papiers,  il  ne  peut  relouer  l'appartement, 
ni  disposer  de  ses  meubles,  et  demandant 
la  levée  des  scellés  par  le  commissaire  de 
police,  qui  réunira  ces  papiers  et  les  ren- 
fermera dans  un  secrétaire  ou  une  cas- 
sette. 

9  pluviôse  an  II. 
Originaux  signes  (2  pièces),  A  .  N.,  V'  477i' . 

197.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Bréard  et  Laloy,  députés  et  commissaires 
de  la  Convention  nationale,  section  Bon 
Conseil,  rue  Saint-Sauveur,  n"  7,  au  se- 
cond étage,  où  logeait  Le  lireton,  député 


RECLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DfiS  DÉPUTÉS   INCARCÉRÉS 


:n 


en  fuite,  et  après  levée  des  scellés  par 
Claude-P>ançois  Paillard,  commissaire  civil 
de  la  section,  examen  des  papiers  trouvés 
dans  un  cabinet,  desquels  ont  été  dis- 
traites plusieurs  pièces  à  remettre  aux 
ilivers  Comités  de  la  Convention. 

5  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  .V.,  F'  ■4774*. 

198.  —  Déclaration  du  sieur  Valleton, 
secrétaire-greffier  pour  le  sieur  Necard, 
concierge  de  la  maison  d'arrêt  des  Fermes, 
attestant  que  Roch- Pierre -François  Le 
Breton,  député  du  département  d'Ille-et- 
Vilaine,  est  détenu  dans  ladite  maison  et 
s'y  trouve  encore  actuellement. 

9  fructidor  an  II. 
Original,  signé   et   scellé  du  concierge  de  la 
maison   d'arrêt  des  Fermes,  A.  W.,  FM774*. 

199.  —  Etat  des  sommes  dont  le  citoyen 
I-e  Breton,  député  d'Ille-et- Vilaine,  a  souf- 
fert préjudice,  par  l'effet  du  décret  d'ar- 
restation prononcé  contre  lui  le  3  oclolire 
179.'i,  et  dont  il  réclame  le  remboursement, 
savoir  :  700  livres  pour  le  loyer  de  son 
appartement,  36  livres  pour  frais  de  pro- 
cédure afin  empêcher  la  distraction  et 
vente  des  objets  mobiliers  que  le  principal 
locataire  avait  dans  son  appartement,  800 
livres  pour  la  perte  d'elfets  confiés' à  des 
mains  infidèles,  200  livres  pour  frais  de 
garde  d'une  autre  partie  plus  considé- 
rable d'effets  confiés  à  une  autre  per- 
sonne, non  compris  dans  cette  évaluation 
son  ménage  pillé  à  Fougères,  lors  de  l'in- 
vasion des  rebelles  de  la  Vendée  dans  ce 
malheureux  pays  ;  avec  arrêté  des  Comités 
n'unis  de  salut  public,  de  sfireté  générale 
et  de  législation,  orilonnant  le  payement  de 
1,730  livres  à  Le  Breton  pour  le  rembour- 
sement des  différentes  sommes  qu'il  a  été 
obligé  de  payer,  comme  frais  de  scellés 
et  autres,  pendant  sa  détention. 

22  pluviôse  an  III. 
Original  signé  et  copie   conforme  |2  |ilèces), 
A.  N.,  V'  17748. 

LEFEBVRE, 

Député  de  la  Loire-lnfériaure. 

200.  —  Lettre  du   sieur   (iuérin,  agent 
national  de  la   commune   n'^volulionnuire 


de  Tours,  au  Comité  de  sûreté  générale,  # 
lui  donnant  avis  que  le  citoyen  Lefebvre, 
député  de  la  Loire-Inférieure,  s'est  pré- 
senté, la  veille  au  .soir,  au  Conseil  de  la 
commune,  qui  a  décidé  de  le  faire  con- 
duire devant  le  Comité,  et  qu'en  consé- 
quence le  sieur  Lefebvre  est  parti,  ce  ma- 
tin, accompagné  du  citoyen  llamart,  no- 
table. 

4  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  IV.,  F'  4774" 

LEFEBVRE, 

Député  de  la  Seine-Inférieure. 

201.  — Requête  de  la  femme  du  citoyen 
Lefebvre,  député  de  la  Seine-Inférieure 
à  la  Convention  nationale,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  à  l'effet  d'obtenir  la  levée 
des  scellés  apposés  sur  les  papiers  de  son 
mari,  d'une  part,  pour  ne  pas  différer 
plus  longtemps  la  vérification  de  ces  pa- 
piers, si  quelques-uns  d'entre  eux  étaient 
de  nature  à  l'inculper;  d'autre  part,  pour 
que  le  citoyen  Lefebvre  puisse  avoir  la 
libre  disposition  de  ses  papiers,  tant  en 
raison  de  ses  affaires  personnelles  que  de 
celles  de  différents  particuliers,  qui  lui 
avaient  confié  leurs  intérêts,  avec  arrêté 
du  Comité  de  sûreté  générale,  ordonnant 
de  lever  ces  scellés  et  d'envoyer  au  Comité 
les  papiers  qui  paraîtront  suspects. 

30  vendémiaire  an  II. 
Original,  signé  do  la  femme  de   Lefebvre,  et 
autre,  signé  do  Guffroy,  A.  N.,  V'  4774". 

202.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
Lefebvre,  député  do  la  Seine-Inférieure,  à 
ses  collègues  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, avouant  que,  égaré,  trompé  un  ins- 
tant, il  a  signé  là  déclaration  du  6  juin, 
qu'il  a  désavouée  cent  fois  dans  son  Ame 
avant  de  leur  adresser  une  rétractation 
formelle,  mais  déclarant,  pour  sa  justifi- 
cation, qu'il  a  été  dans  son  pays  le  pre- 
mier et  le  plus  ardent  apôtre  de  la  liberté 
et  de  l'égalité,  ennemi  juré  des  préjugés 
et  de  la  tyrannie,  il  a  avili  et  terrassé  les 
nobles,  les  prêtres  et  les  gens  de  justice, 
et  prêché  publiquement  la  haine  des  rois, 
ajoutant  qu'il  a  acquis  et  payé  de  ses 
deniers  des  domaines  nationaux  et  con- 
tribué volontairement  aux  frais  d'équipe- 


:i8 


CHAPITIIK  l■^  —  JOIIHNEES  IIISTOISKJI'F.S  l»E  I.A  HÉVol.l  TION 


«  ment  de  ses  frères  d'armes  qui  allaient 
combattre  les  rebelles  de  la  Vendée  et  de 
l'Eure,  se  plaignant  enlin  de  gémir  depuis 
un  mois  sous  le  poids  des  fers  et  sous  le 
fardeau  plus  accablant  encore  d'une  sus- 
picion affreuse,  sollicitant  la  prompte 
levée  de  ses  scellés,  sous  lesquels  se  trou- 
vent les  papiers  de  deux  braves  sans- 
culottes  de  son  pays,  (lui  l'avaient  chargé, 
quelques  jours  avant  sa  détention,  de  la 
liquidation  de  plusieurs  créances. 

i)  brumaire  an  II. 
Copies  conformes  (en  quadruple  exemplaire, 
4  pièces),  A.  N.,  V  4771". 

203.  —  Lettre  de  la  femme  Lefebvre  à 
la  Convention  nationale,  accompagnant 
l'envoi  d'une  copie  de  la  lettre  adressée 
par  son  mari  au  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, et  priant  de  hâter  la  levée  de  ses 
scellés,  sous  lesquels  sont  les  papiers  de 
plusieurs  pauvres  citoyens  qui  l'avaient 
chargé,  quelques  jours  avant  son  arres- 
tation, de  poursuivre  la  liquidation  de  di- 
verses créances,  et  déclarant  qu'elle  ne 
pourrait  se  consoler  d'être  séparée  de  son 
époux,  si  elle  ne  comptait  pas  sur  son 
innocence  et  sur  la  justice  du  Comité  et 
de  la  Convention. 

18  brumaire  an  II. 
Original  signé  (en  double),  A.  N.,  F'  4771". 

204.  —  l'rocés-verbal  de  transport  do 
François  Lemaître,  commissaire  du  Comité 
de  surveillance  révolutionnaire  de  la  sec- 
tion des  Gardes-Françaises,  au  domicile 
du  citoyen  Lefebvre,  député,  levée  des 
scellés  et  e.xamen  des  papiers  avec  autant 
d'attention  que  de  scrupule,  déclaration 
portant  qu'il  ne  s'est  trouvé  aucuns  pa- 
piers suspects  ni  hostiles  à  la  Révolution 
sous  aucun  rapport,  qu'au  contraire  ces 
papiers  annoncent  de  la  part  du  citoyen 
Lefebvre  un  attachement  sincère  à  la  Ré- 
volution et  une  confiance  marquée  dans 
le  nouvel  ordre  de  chose  par  les  acquisi- 
tions de  domaines  nationaux  qu'il  a  faites 
avec  les  deniers  provenant  du  rembourse- 
ment d'un  bien  fonds  par  lui  vendu,  dé- 
charge des  scellés  donnée  à  la  femme 
Lefebvre,  et  réinlégialion  dudit  Lefebvre, 
présent  à  l'opération,  dans  la  maison  de 


la  Force  par  le  gendarme  Noél  qui  l'avait 
amené. 

28  brumaire  an  II. 
Copie  conforme,  A.  JV.,  V  4774". 

20'd.  —  Requête  de  la  femme  Lefebvre  à 
la  Convention  nationale,  à  l'effet  d'obtenir 
que  son  mari  malade  soit  transféré  dans 
une  maison  de  santé,  de  telle  sorte  que  si 
elle  a  la  douleur  de  le  perdre,  elle  ait  au 
moins  la  consolation  de  lui  avoir  rendu 
les  derniers  services  qu'une  femmi'  hon- 
nête doit  à  son  époux. 

24  messidor  an  II. 
Original  signé  (en  double),   2  pièces-,  .4,  N., 
F'  4774". 

200.  —  Pétition  de  Lefebvre,  député  de 
la  Seine-Inférieure,  aux  Comités  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législation, 
réclamant  le  remboursement  du  loyer  de 
l'appartement  qu'il  occupait,  rue  Saint- 
Honoré,  n»  270,  qu'il  a  payé  durant  1  an 
et  20  jours,  c'est-à-dire  pendant  sa  dé- 
tention, se  montant  à  422  livres  4  sols 
6  deniers,  et  des  sommes  exigées  par 
l'administration  des  prisons,  soit  30  livres 
pour  les  2  premiers  mois,  et  45  livres  pour 
les  2  suivants,  bien  qu'il  se  soit  fourni  de 
draps  et  d'un  lit,  arrêté  des  trois  Comités 
réunis,  ordonnant  le  payement  de  la 
somme  de  497  livres  4  sols  0  denici's,  tant 
pour  le  loyer  dudit  Lefebvre  que  |m)ui'  les 
frais  de  la  chambre  qu'il  a  occupée  jien- 
dant  sa  détention. 

11,15  germinal  an  111. 
Original  signé  et  copie   conforme  (2  pièces), 
A.  JV.,  I"  4774". 

MAISSE, 

Dcpulé  des  Basses-Alpes. 

207.  —  Lettre  de  Maisse,  député  des 
Rasses-Alpes,  détenu  au  Luxembourg,  aux 
administrateurs  de  Police,  renouvel.inl  la 
demande  qu'il  leur  avait  adressée  à  l'etlet 
de  retirer  de  la  poste  une  lettre  chargée  ù 
son  nom,  soit  en  l'y  faisant  accompa- 
gner d'un  gendarme,  soit  en  permettant 
à  un  notaire  d'entrer  nu  Luxembourg  pour 
recevoir  sa  procuration,  demande  restée 
sans  réponse,  et  faisant  remarquer   que 


HÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAUCÉItÉS 


:t'.i 


celte  lettre,  se  trouvant  à  la  poste  depuis 
près  (11!  2  mois,  court  le  risfiue  ilc  s'égarer. 

2  frimaire  an  II. 
Original  signé,  A.  IV.,  Pi  47743'. 

208.  —  Requête  des  représentants  du 
I)euple  Maisse  et  Peyre  au  Comité  de  sû- 
reté fiénérale,  à  l'effet  d'obtenir  une  in- 
demnité pour  le  loyer  de  leur  appartement 
pendant  les  375  jours  qu'a  duré  leur  dé- 
tention, indemnité  qui  doit  être  portée  à 
1,188  livres,  à  laquelle  ils  croient  avoir 
d'autant  plus  de  droits  qu'ils  ont  plusieurs 
fois  sollicité  la  levée  des  scellés  apposés 
sur  leurs  papiers,  aliii  de  quitter  leur  aj)- 
partement  et  de  no  pas  payer  un  loyer 
inutile,  avec  arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  légis- 
lation, décidant  le  payement  au  sieur 
.Vlaissc  de  la  somme  de  1,188  livres,  tant 
pour  son  loyer  que  pour  les  frais  de  scellés 
durant  sa  détention. 

1.5  ventôse  an  III. 
Original  .signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 

.4.  N.,  F' 47743'. 

MARBOS, 

Député  de  la  Drame, 

209.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  que  la  malle  et  les  effets 
du  représentant  .Marbos ,  député  de  la 
Drôme,  qui  se  trouvent  déposés  au  Comité, 
lui  seront  rendus  parla  Commission  char- 
gée de  l'examen  des  comptes  du  citoyen 
Pigeau. 

22  brumaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4774^3. 

MASSA, 

Député  des  Alpes -Maritimes. 

210.  —  Déclaration  de  Massa,  député 
des  Alpes-Maritimes,  écrite  à  la  Mairie, 
attestant  n'avoir  apposé  sa  signature,  à  la 
re(|uète  de  Lanjuinais,  qu'à  un  certificat 
(|ui  ne  contenait  que  riiistori(iue  des  évé- 
nements arrivés  les  .31  mai,  1°'' et  2  juin, 
et  désavouant  complètement  la  protesta- 
tion (lu'oii  lui  reproche  d'avoir  signé, 
ayant  [lassé  la  journée  du  2  juin  chez  le 
citoyen  Joire,  rue  Saint-Ja('ques,(|ui  l'avait 
invité  à  manger  la  soupe,  déclarant  qu'il 


ne  songeait  guère  à  calomnier  les  mouve- 
ments (les  31  mai,  1"  et  2  juin,  ni  les 
décrets  de  la  Convention  qui  s'en  suivirent, 
attendu  qu'il  regardait  cette  crise  comme 
la  régénération  de  la  Dépublique  et  l'avait 
toujours  proclamée  comme  telle  dans  ses 
discours  et  ses  lettres,  son  département 
donnant  enlin  comme  preuve  de  la  pureté 
de  ses  sentiments,  que  lors  de  sa  nomi- 
nation de  maire,  les  aristocrates  égaraient 
tellement  l'esprit  de  la  population  qu'il 
faillit  être  massacré  et  que  son  propre 
frère  fut  tué  d'un  coup  de  pistolet  par  l'un 
des  satellites  des  aristocrates. 

4  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  V  il'iV*. 

211.  —  Lettre  de  Massa,  député  des 
Alpes-Maritimes,  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, exposant  qu'il  relève  à  peine  de  la 
lièvre  tierce,  se  trouve  très  faible,  et  ne 
respire  qu'un  air  méphytique,  étant  dans 
une  chambre  à  la  Force  où  les  détenus 
sont  entassés  les  uns  sur  les  autres  au 
milieu  de  toutes  sortes  d'ordures,  ajou- 
tant qu'il  aurait  besoin  de  prendre  très 
souvent  du  bon  bouillon  et  qu'il  ne  peut 
en  avoir  que  très  rarement  et  du  mauvais, 
et  sollicitant,  en  raison  de  son  mauvais 
état  de  santé,  la  faveur  d'être  mis  en 
arrestation  à  son  domicile. 

5  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  V^  4774'». 

212.  —  Lettre  de  Massa,  député  des  Al- 
pes-Maritimes, au  président  de  la  Conven- 
tion nationale,  déclarant  que  l'existence 
qu'il  traîne,  depuis  le  3  octobre,  dans  la 
maison  de  la  Force,  est  des  plus  doulou- 
reuses, et  lui  adressant  copie  du  mémoire 
justificatif  qu'il  a  envoyé  au  Comité  de 
sûreté  générale,  dans  la  crainte  que  ce 
mémoire  ne  soit  point  parvenu,  affirmant 
de  nouveau  qu'il  est  républicain  et  que  sa 
vie  n'a  été  qu'une  lutte  continuelle  contre 
l'arbitraire  et  le  despotisme,  comme  en 
témoignent  ses  notes  critiques  sur  l'ouvrage 
de  Beccara  et  un  écrit  sur  l'abus  des 
procès,  rappelant  qu'au  début  de  la  Révo- 
lution la  Société  populaire  de  Menton 
trouva  en  lui  et  en  ses  frères  l'un  de  ses 
plus  ferme?  appuis,  et  qu'il  fut  successi- 


K» 


CHAI'ITHK  I".  —  JOUHNÉES  HISTOHIQIJES  DE  I.A  KÉVOLITION 


vement  nommé  maire  de  Menton,  membre 
de  l'Assemblée  électorale  réunie  à  Nice  et 
iléputij  à  la  Convention  nationale. 

7«  jour  du  2»  mois  de  l'an  II  (28  octobre  17'J3)' 
Original  signé,  A.  JV.,  F^  4774". 

2)3.  —  Adresse  de  la  Société  populaire 
du  Fort-Hercule,  rédigée  par  son  Comité 
de  surveillance,  à  la  Convention  natio- 
nale, demandant  le  châtiment  des  trois 
députés  des  Alpes-Maritimes,  complices  de 
l'infAme  Brissot,  comme  signataires  des 
protestations  des  6  et  19  juin  1793,  démas- 
quant la  conduite  et  les  menées  de  Huffin 
Massa,  de  Menton, intrigant  tartuffié,  maire 
fédéraliste  de  Menton,  qui  s'était  proposé 
d'envoyer  l'immense  argenterie  des  églises 
de  cette  ville  sur  la  IHviera  de  Cènes,  pro- 
jet qui  échoua  grâce  aux  pati-iotes,  décla- 
rant que  ce  Massa  a  toujours  été  considéré 
comme  un  égoïste,  un  tartuife,  qui  a  cons- 
tamment dirigé  ses  vues  liberticides  vers  le 
rétablissement  du  despotisme  et  de  l'arbi- 
traire, entretenant  une  correspondance 
secrète  avec  le  comte  Lascaris,  émigré, 
réfugié  à  Saorgio. 

11  frimaire  an  II. 

Original  signé,  A.  N.,  1"  4774^8. 

Renvoyé  au  Comité  de  sûreté  générale  par 
celui  de  salut  public,  le  12  nivôse  an  II. 

A  cette  adresse  sont  annexées  des  copies  de 
délibérations  et  de  proclamations  de  la  munici- 
palité de  Monaco,  des  28  février,  1,  2  mars  1793 
Il  dossier). 

214.  —  Lettre  des  administrateurs  au 
Département  de  Police  au  citoyen  Bault, 
concierge  de  la  Force,  l'invitant  à  prévenir 
le  député  Massa  qu'il  ne  dépend  pasd'eu-x 
de  faire  lever  les  scellés  apposés  sur  ses 
effets  lors  de  son  arrestation,  et  qu'il  iloit 
nécessairement  adresser  ses  réclamations 
au  Comité  de  silreté  générale,  qui  peut  seul 
donner  des  ordres  à  cet  eft'et. 

9  floréal  an  II. 
Original,  signé  de  Benoit   et    Remy,  A.  N., 

V  477438. 

21a.  —  Lettre  de  Massa,  député  des 
Alpes-Maritimes,  prisonnier  à  la  Force, 
au  Comité  de  stîreté  générale,  exposant 
ijue  parmi  ses  papiers  mis  sous  les  scellés 
le  lendemain  de  son  arrestation  se  trou- 


vent les  pièces  justificatives  d'une  créance 
que  lui  et  ses  frères  ont  sur  la  nation, 
créance  sujette  à  liquidation,  qu'il  s'est 
adressé  le  5  germinal  au  Département  de 
Paris,  dont  les  administrateurs,  alléguant 
leur  défaut  de  pouvoirs,  l'ont  invité  à 
s'adresser  au  Comité  de  silreté  générale, 
ce  (ju'il  fait  en  priant  de  prendre  le  plutôt 
possible  sa  demande  en  considération. 

12  floréal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F^  477i=«. 

216.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Marc-Antoine  Baudot  et  Joseph-Etienne 
Delchcr,  députés,  commissaires  de  la  (Con- 
vention nationale,  rue  Saint-Honoré,  n°75, 
au  domicile  du  citoyen  Massa,  dans  un  pa- 
villon à  droite,  au  3«  étage,  en  une  chambre 
ayant  vue  sur  la  cour,  levée  des  scellés  et 
e.xamen  des  papiers  existant  dans  un  se- 
crétaire, une  caisse  et  une  armoire  en 
placard,  où  il  ne  s'est  trouvé  que  des  im- 
primés, des  lettres  particulières  insigni- 
fiantes, avec  des  habits  et  du  linge  qui 
sont  restés  sous  les  scellés. 

3  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  ¥^  4774'*. 

217. —  Lettre  écrite  de  la  maison  des 
Fermes  par  Massa,  député  des  Alpes-Mari- 
times, au  Comité  de  sûreté  générale,  récla- 
mant sa  malle  cl  ses  effets  qui  se  trouvent 
entre  les  mains  du  gardien  de  ses  scellés 
et  qu'on  refuse  de  lui  rendre  sans  autori- 
sation du  Comité,  qui  assurément  ne  vou- 
dra pas  permettre  que,  sous  d'aussi  fri- 
voles prétextes,  l'on  convertisse  en  saisie 
ce  qui  n'a  été  qu'une  simple  mesure  de 
prudence,  et  qu'au  mépris  de  tous  les  prin- 
cipes de  justice  on  le  dépouille  de  sa  pro- 
liriété. 

14  fructidor  an  II. 

Original  signé,  A.  N..  F^  4774^'. 

218.  —  Lettre  écrite  de  l'ancien  hôtel 
des  Fermes  au  Comité  de  sûreté  générale 
par  Massa,  député  des  Alpes-Maritimes, 
exposant  que  l'appartement  de  son  col- 
lègue Blanqui,  voisin  du  sien,  vient  d'être 
forcé  et  dévalisé,  et  dans  la  crainte 
d'éprouver  le  même  sort,  ce  qui  le  rédui- 
rait à  la  nudité,  ayant   dans  cet  apparlr. 


HKCLAMATIONS  i;T  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCKKKS 


M 


ment  son  linge,  ses  habits  et  tous  ses 
i^nets,  sollicitant  la  permission  de  relirer 
sa  malle,  ses  livres  et  ses  effets,  dont  il  a 
d'ailleurs  un  véritable  besoin  et  qui  sont 
totalement  étrangers  à  l'objet  des  scellés; 

17  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774=*. 

219.  —  Lettre  de  la  section  du  Comité 
de  sûreté  générale,  chargée  de  la  corres- 
pondance, aux  administrateurs  des  Postes, 
transmettant  et  appuyant  la  réclamation 
par  le  citoyen  Massa,  leur  collègue,  de 
pièces  qui  lui  ont  été  expédiées  par  la 
poste  le  10  floréal,  et  qu'il  a  inutilement 
demandées  au  citoyen  Guyot,  chargé  de 
retirer  les  lettres  de  la  Convention  et  de 
ses  membres,  et  les  invitant  à  faire  con- 
naître entre  les  mains  de  qui  se  trouvent 
les  pièces  en    question,   afin  de  pouvoir 

les  retirer. 

4  vendémiaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  477-4='. 

220.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  que  tous  scellés  qui  au- 
raient pu  être  apposés  sur  les  papiers  et 
effets  au  domicile  du  citoyen  Massa,  dé- 
liulé  des  Alpes-Maritimes,  seront  levés  par 
la    municipalité    du   lieu,    au  vu  de   cet 

arrêté. 

27  frimaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.N.,  V  4774=*. 

221.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  légis- 
lation ,  statuant  sur  la  réclamation  de 
Miissci,  député  des  Alpes-Mari  limes,  et  or- 
donnant le  remboursement  de  la  somme 
de  1228  livres,  tant  pour  les  frais  des 
scellés  apposés  chez  lui  que  pour  le  loyer 
do  sa  prison  durant  sa  détention. 

1"  ventôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4774='. 

MKRCIKR, 

Député  de  Seineel-Oise. 

222.  —  Invitation  du  sieur  Lardy,  com- 
missaire de  police  de  la  section  du  Pan- 
théon-Français, aux  administrateurs  du 
Département  de  Police,  à  l'elTet  d'auto- 
riser la  citoyenne  l.ouise-Marie-Anne  Ma- 


chard,  femme  de  Louis-Sébastien  Mercier, 
député  à  la  Convention  nationale,  demeu- 
rant rue  Saint-Jacques,  n"  103,  à  voir  son 
mari,  détenu  à  la  Force,  s'il  n'est  au  secret. 

8  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774*2. 

223.  —  Certificat  du  Comité  révolution- 
naire de  la  section  du  Panthéon-Français, 
(léclarant  sur  les  réclamations  des  2  gar- 
diens placés  chez  le  citoyen  Mercier,  dé- 
puté à  la  Convention  nationale,  rue  Saint- 
Jacques,  qu'ils  sont  autorisés  à  se  faire 
payer  depuis  le  5  octobre  1793  jusqu'au 
8  frimaire  an  II,  à  raison  de  3  livres  par 
jour,  attendu  qu'ils  n'ont  pas  été  nourris. 

8  frimaire  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  10,  n"  427. 

224.  —  Lettre  du  Comité  révolution- 
naire de  la  section  du  Panthéon  français 
au  citoyen  Dumont,  chef  du  bureau  des 
décrets  de  la  Convention  nationale,  décla- 
rant que  le  Comité  de  sûreté  générale, 
ayant  ordonné  que  le  citoyen  Mercier 
resterait  en  état  d'arrestation  chez  lui, 
sous  la  garde  de  deux  sans-culottes,  et 
l'ayant  envoyé  depuis  à  la  Force,  n'avait 
rien  décidé  au  sujet  des  deux  gardiens,  ce 
qui  faisait  qu'ils  s'y  trouvaient  encore, 
mais  que  le  Comité  en  a  retiré  un,  ce  qui 
ne  doit  préjudicier  au  payement  des  deux" 
gardiens, avec  ordre  aux  Commissaires  de 
la  Trésorerie  nationale  de  leur  faire  payer 
la  somme  de  414  livres. 

2 1  frimaire  an  II. 
Original   signé  et  minute  (2  pièces),    A.  N., 
AA  10,  n"  427. 

223.  —  Lettre  de  la  femme  du  représen- 
tant Mercier  au  Comité  de  sûreté  générale, 
se  plaignant  de  ce  que  les  scellés  apposés 
sur  les  papiers  de  son  mari,  détenu  depuis 
plus  de  8  mois,  les  privent,  elle  et  son  père, 
de  l'usage  des  contrats  qui  se  trouvent 
sous  ces  scellés  et  les  mettent  dans  l'im- 
possibilité de  percevoir  leurs  modiques 
revenus,  demandant  que  la  commission 
chargée  d'examiner  les  papiers  des  dé- 
putés détenus  procède  à  cet  examen,  dont 
son  mari  n'a  rien  à  craindre. 

1  messidor  an  H. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4774", 


42 


CIIAI'nitK  I'.  —  JUIUNKKS  HISTOIUQUKS  1»K  LA  HKVOI.iniON 


226.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
représentants  Bi-éard  et  Laloy,  commis- 
saires de  la  Convention,  au  domicile  du 
député  Mercier,  détenu  k  la  Force,  rue 
Jacques,  n"  103,  maison  dite  cloilre  Saint- 
Klienne-des-Grés,  au  3"  étage,  levée  des 
scellés  apposés  sur  2  secrétaires,  une  petite 
armoire,  une  commode,  en  présence  d'An- 
toine-Henry Colas,  juge  de  paix  de  la  sec- 
tion du  l'anlliéon,  recherche  et  examen 
des  papiers  par  lesdits  commissaires,  qui 
ont  emporté  d'un  secrétaire  difTérentes 
lettres,  notes  et  opinions  relatives  à  la 
Révolution  pour  les  examiner  à  loisir, 
de  même  plusieurs  lettres  et  notes  trou- 
vées dans  une  commode,  d'où  ont  été 
retirés  et  remis  à  la  femme  Mercier,  sur 
sa  demande,  un  contrat  de  rente  à  son 
pfofit,  et  3  quittances  de  contribution 
patriotique  nécessaires  pour  percevoir 
ses  revenus  ;  levée  des  scellés  sur  une 
chambre  au  4«  étage,  formant  la  bi- 
bliothèque dudit  Mercier,  et  examen  des 
papiers  y  trouvés. 

19-24  messidor  an  II. 
Origiiial  signé,  A.  N,,  V'  /i774*^ 

227.  —  Décret  de  la  Convention  na- 
tionale, renvoyant  au  Comité  de  sûreté 
générale  l'examen  de  la  question  soulevée 
par  suite  du  maintien,  depuis  un  an,  d'un 
gardien  de  scellés  chez  le  représentant 
Mercier,  gardien  placé  par  la  section  du 
Panthéon-Français,  avec  lettre  du  Comité 
de  sûreté  générale  à  la  Commission 
chargée  de  la  levée  des  scellés  et  de 
l'examen  des  papiers  des  députés  en  état 
d'arrestation,  la  priant  de  lui  fournir  des 
renseignements  sur  l'état  dans  lequel  elle 
a  laissé  les  scellés  chez  Mercier  et  la 
consigne  donnée  aux  gardiens. 

27,  29  fructidor  an  II. 
Copies   collalionnées  (2  pièces),    A.   N.,  V 

228. —  Lettre  de  la  Commission  chargée 
de  l'examen  des  papiers  de  Robespierre  et 
de  ses  complices  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, déclarant  que  leur  collègue  Mer- 
cier n'a  jamais  été  présumé  par  la  loi 
complice  de  Robespierre,  et  en  cnnsé- 
(juence   que  la  Commission  n'a  pas  été 


chargée  de  lever  les  scellés  apposés  chez 
lui  il  y  a  prés  d'un  an. 

!"■■  complémentaire  an  II. 
Original  signé,  A.  JV.,  V  4774". 

229.  —  Lettre  de  Mercier,  député  de 
Seine-ct-Oise,à  ses  collègues,  adressant  le 
procès-verbal  de  son  arrestation,  duquel 
il  résulte  que  deux  gardiens  sont  restés 
chez  lui  près  de  13  mois,  que  sa  femme  a 
été  obligée  de  leur  fournir  bois,  lit  et  chan- 
delle, et  qu'ils  s'étaient  tellement  rendus 
les  maîtres  dans  son  logis,  que  sa  femme 
a  été  obligée  d'en  sortir  après  avoir,  pro- 
testé contre  leurs  procédés,  et  réclamant 
le  remboursement  de  110  livres  payées  à 
l'un  des  gardiens,  de  90  livres  10  sols 
payées  aux  prisons  de  la  Force,  à  raison 
de  2  mois  à  22  livres  10  sols  et  3  mois  ù 
lo  livres,  plus,  de  600  livres  pour  bois, 
chandelles,  réparations  de  carreaux  cassés 
et  dégradation  de  ses  meubles,  avec  arrêté 
des  Comités  réunis  de  salut  public,  de 
sûreté  générale  et  de  législation,  ordon- 
nant le  payement  de  la  somme  deSOO  livres 
10  sols,  pour  les  frais  de  gardien,  frais 
payés  aux  prisons  de  la  Force  et  pour  les 
différentes  dégradations  dans  le  mobilier 
du  représentant  Mercier. 

3  ventôse  an  III. 
Original  signé  et  copie   conforme  (2  pièces)^ 

.■l.A'.,FM774". 

230.  —  Dénonciation  au  Comité  de  sûreté 
générale,  par  le  représentant  Merlino,  de 
la  conduite  du  représentant  .Mercier,  en 
mission  à  la  papeterie  de  Ruges,  lequel  en 
présence  des  500  ouvriers  qui  y  sont 
occupés, prêchejournellement  le  royalisme 
et  le  fanatisme  ;  le  royalisme,  en  disant 
que  depuis  Adam  il  ne  s'était  pas  perpétré 
un  crime  plus  atroce  (|ue  celui  commis 
par  une  troupe  de  factieux  réunis  en 
Convention  nationale,  qui  avaient  fait 
guillotiner  le  Roi,  mais  que  Louis  XVII 
était  là  ;  le  fanatisme,  en  prévenant  les 
ouvriers  des  jours  de  dimanche  et  en  les 
forçant  d'aller  à  la  messe,  invitation  du 
Comité  de  sûreté  générale  au  représentant 
Pressavin  de  se  rendre  auprès  de  lui  pour 
prendre  connaissance  du  rapport  de  .Mer- 


ItKCI.AMAriO.NS  KT  JUSTIFICATION  hKS  ItKl'UTKS  I.XCAHCKHKS 


4:t 


liiio  sur  ces  faits,  son   témoignage  à  ce 
sujet  étant  invoqué. 

4  germinal  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774". 

231.  —  Lettre  de  Mercier,  député  de 
.Stîiiio-et-Oise,en  mission  à  la  papeterie  de 
Ituges,  ù  l'un  de  ses  collèjjues,  à  l'effet  de 
se  justifier  des  calomnies  répandues 
contre  lui  par  Pressavin,  qui  avait  pré- 
tendu qu'il  prêchait  ici  l'arislocralie  et  le 
royalisme,  déclarant  que  Pressavin  n'est 
qu'un  brouillon,  un  mauvais  et  méciiant 
collèt<ue,  et  ajoutant  comme  profession  de 
loi,  (|ue  quant  à  lui,  il  est  aussi  éloigné 
(lu  despotisme  royal  et  nobiliaire  que  du 
despotisme  populaire,  et  qu'il  hait,  à  la 
ni.Tnière  d'Horace,  le  profane  vulgaire, 
surtout  quand  ce  vulgaire  se  mêle  de 
politique,  et  qu'il  veut  le  gouvernement 
des  sages  et  non  celui  des  fous. 

6  germinal  an  III. 
Original  .signé,  A.  N.,  I"  477i»2. 

232.  —  Lettre  des  Commissaires  de  la 
Trésorerie  aux  Comités  réunis  de  sûreté 
générale,  de  législation  et  des  finances, 
déclarant  avoir  fait  effectuer,  le  7  ventôse 
précédent,  d'urgence  et  à  présentation,  le 
■payement  d'un  mandat  de  iiOO  livres  10  sols 
au  profit  du  représentant  Mercier,  pour 
indemnité  des  pertes  qu'il  avait  éprouvées 
pendant  sa  (létenlion,etdcmandantrenvoi 
d'un  diqjlicata,  ce  mandat  s'étant  trouvé 
adiré  par  suite  du  payement  effectué 
avant  que  les  formalités  aient  été  accom- 
plies, afin  de  régulariser  l'acquit  qui  a  été 
retiré  du  représentant  Mercier. 

1 1  prairial  an  III. 
Original  signé,  A.  A'.,  I"  i774<-. 

233.  —  Ordre  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale à  son  archiviste,  de  remettre  au  re- 
présentant du  peuple  .Mercier  les  papiers 
et  notes  qui  ont  été  mis  sous  les  scellés 
lors  de  sa  proscription,  dont  il  donnera 
récépissé. 

18  fructidor  an  III. 
Copie  conforme,  A.  A'.,  I"  4774»2. 

234.  —  Récépissé  délivré  au  bureau  des 
Archives  du  Comité  de  .sûreté  générale 
par  Mercier,  député,  du  procés-verbal  de 


son  arreslation,  dressé  par  la  section  du 
Panlhéon-Fi  ançais. 

22  fructidor  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4774*2. 

23K.  —  Etat  des  pièces  concernant  le 
citoyen  Mercier,  représentant  du  peuple, 
déposées  aux  archives  du  ministère  de  là 
police  générale,  au  nombre  de  13,  avec 
note  en  marge, portant:  écrit,  le  4  frimaire 
an  VII,  au  citoyen  Le  Mercier,  envoi  de  la 
copie  de  l'état  ci-joint,  et  lui  est  proposé, 
s'il  le  désire,  de  lui  remettre  les  pièces, 
l'ordre  ayant  été  donné  en  conséquence 
au  chef  du  bureau  des  Archives. 


Minute,  A.  N.,  F'  4774*2_ 
MICHET, 

Député  de  Bhône-et-Loire. 

236.  —  Certificat  de  M.  B.  du  Mesnil, 
capitaine  commandant  la  gendarmerie 
près  les  tribunaux,  attestant  que  les  ci- 
toyens Damant,  Julien  et  Dagoury,  gen- 
darmes, ont  gardé  à  vue  le  citoyen  Michel. 
député,  depuis  le  12  juillet  jusqu'au  22  à 
9  heures  du  soir,  et  que  ces  gendarmes 
ont  éprouvé,  pendant  la  durée  de  leur 
garde,  le  plus  grand  malaise,  qu'ils  ne  se 
sont  jamais  couchés  et  qu'ils  ont  été  obli- 
gés de  se  nourrir  à  plus  de  frais  qu'ils  no 
l'auraient  désiré,  attendu  la  cherté  des 
vivres,  surtout  dans  le  quartier  où  de- 
meure le  citoyen  Michel,  et  qu'enfin  leur 
service  journalier  a  été  fait,  malgré  la 
pénurie  d'hommes  où  le  corps  se  trouve, 
et  priant  le  Comité  de  sûreté  générale 
d'allouer  à  chacun  de  ces  gendarmes  l'>  li- 
vres par  jour  pour  leur  service  tant  à  litre 
d'indemnité  que  pour  frais  de  nourriture 
durant  11  jours,  avec  bon  du  Comité  pour 
paiement  des  165  livres  représentant  celte 
dépense,  et  un  étal  jour  par  jour  de  la 
dépense  des  gendarmes  pour  leur  nour- 
riture. 

22,  23  juillet  1793. 

Original  signé,  A.  N.,  AA  50,  n"  1428. 

237.  —  Délibération  du  Conseil  exécutil 
provisoire,  décidant  l'ordonnancement  sur 
la  Trésorerie  nationale  de  la  somme  de 
IOî;  livres  pour  le  montant  des  frais  de 


44 


r.llAPlTHI::  I".  —  JOl!HNKES  HISTOMIQIIES  DE  lA  RÉVOLUTION 


garde  et  de  nourriture  de  trois  gendarmes, 
••U-iblis  pendant  11  jours  à  la  garde  du  ci- 
toyen Michel,  député,  suivant  la  fixation 
(lu  Comité  de  sûreté  générale. 

2C  juillet  1793. 
Extrait  conforme,  signé  de  Deforgues,  A.N., 
\K  10,  n°  /i02. 

238.  —  Déclaration  de  Desseule,  officier 
de  paix,  portant  que  les  citoyens  Pierre- 
Eraiiçois  Buisson,  Denis  BaïUy  et  Cheva- 
lier, gendarmes,  sont  constitués  gardiens 
auprès  du  citoyen  Michet,  député  à  la 
Convention  nationale,  transféré  à  la  mai- 
son nationale  du  Luxembourg,  et  y  reste- 
ront Jusqu'à  nouvel  ordre. 

26  juillet  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  10,  n"  402. 

239.  —  A<lresse  de  Michet,  député  de 
nhône-et-Loire,  envoyée  de  la  prison  du 
Luxembourg  à  la  Convention  nationale,  à 
l'effet  d'obtenir  le  retrait  du  décret  qui  a 
ordonné  son  arrestation,  et,  en  attendant, 
le  renvoi  de  cette  adresse  à  un  Comité,  l'au- 
torisation de  recevoir  les  imprimés  qui  se 
ilistribuent  aux  membres  de  la  Conven- 
tion, ses  lettres  et  des  journaux, invoquant, 
pour  sa  justification,  qu'il  n'a  aucune 
relation  avec  Lyon,  aucun  rapport  avec 
Chasset,  ce  qui  a  motivé  sa  mise  en  accu- 
sation, et  déclarant  que  le  district  de  Vil- 
lefranche,  au(iuel  il  appartient,  est  animé 
d'un  tout  autre  esprit  (|ue  la  ville  de 
Lyon,  et  qu'à  son  instigation  la  commune 
de  Jullienas.de  ce  district,  a  formellement 
rejeté  l'arrêté  du  département  de  Rhône- 
»>l-Loire  qui  invitait  les  citoyens  à  se  for- 
mer en  assemblées  primaires  pour  déli- 
bérer sur  les  événements  des  3d  mai  et 
2  juin. 

28  juillet  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774*5. 

240.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, portant  (ju'attendu  que  le  député 
.Michet  est  actuellement  détenu  au  Luxem- 
bourget  qu'il  est  inutile  de  le  faire  garder 
par  des  gendarmes,  en  raison  des  frais, 
les  gendarmes  investis  de  sa  sui-veillance 
en  sont  déchargés. 

"-  31  juillet  1793. 

Copie  conforme,  A.  i\'.,  F'  4774*'', 


241.  —  Lettre  adressée  de  Villefranche 
aux  citoyens  députés  de  Rbône-et-Loire 
pour  le  citoyen  Michet,  l'un  d'eux,  rue 
Saint-Honoré,  maison  Bénard,  n°  30  (pro- 
bablement par  sa  femme),  au  sujet  du 
règlement  de  ses  affaires  et  notamment 
de  la  vente  d'un  domaine,  que  Michet  éva- 
luait loO,OOft  livres  et  dont  on  lui  offrait 
110,000  livres,  l'informant  qu'un  acompte 
a  été  donné  pour  ce  qui  est  dû  à  la 
nation  et  que  les  impositions  de  1791  sont 
payées,  mais  que  Je  district  n'a  rien  versé 
de  ce  qu'il  lui  doit,  priant  d'indif[uer 
quelles  sont  les  dettes  à  payer. 

Sans  date  (juillet  1793). 
Original  non  signe,  A.  N.,  F'  4774*'. 

242.  —  Certificat  de  M.  B.  du  Mesnil,  colo- 
nel de  la  gendarmerie  près  les  tribunaux, 
attestantque  les  citoyens  Bailly,  Buisson  et 
Chevalier,  gendarmes,  ont  relevé,  le  22  juil- 
let, trois  de  leurs  camarades  étant  de  garde 
auprès  du  citoyen  Michet,  déplité,  et  sont 
restés  jusqu'au  31  juillet,  jour  où  ils  ont 
été  décliargés  de  leur  garde,  et  que,  ces 
Irois  gendarmes  ayant  reçu  pour  indem- 
nité 5  livres  par  jour  chacun,  il  est  juste 
d'accorder  la  même  indemnité  à  ceux  qui 
leur  ont  succédé. 

8  août  1793. 
Original  signé,  A.  A'.,  AA  U),  n"  402. 

243.  —  Pétition  de  .Michet,  député  en 
arrestation  à  la  Conciergerie,  au  Comité 
de  sûreté  générale,  exposant  qu'il  lui  est 
tombé  sur  les  mains  une  humeur  dont  les 
ravages  sont  tels  qu'il  ne  peut  se  servir 
de  la  main  gauche  et  que  le  bon  air,  l'exer- 
cice et  les  bains  sont  les  seuls  remèdes 
applicables  dans  cette  maladie  grave,  cau- 
sée par  sa  détention,  demandant  sa  mise 
en  liberté,  ou  tout  au  moins  la  constala- 
tion  de  son  état  par  les  [lersonnes  de  l'art 
(|ue  le  Comité  désignera  pour  établir  la 
nécessité  de  son  transfèrenient  dans  une 
maison  de  santé,  ou  de  son  arrestation 
chez  lui  sous  la  garde  d'un  gendarme. 

1 1  frimaire  an  II. 
Original   signé    et    i-npic    (2  pièces),  ^4.   N., 
V  4774*". 


HÉCI.AMATIO.NS  Et  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS  4;> 


■iii.  —  l.elUf  de  Micliet,  d(ipul('!,  à  Va- 
ilier,  prôsideul  duCoinilt'  de  sftreté  i,'éné- 
rale,  invoquant  son  humanité  et  sa  justice 
au  sujet  de  l'adresse  qu'il  a  envoyée  au 
Comité,  il  y.  a  Ib  jours,  et  dont  il  joint  la 
copie,  déclarant  que,  quoiqu'il  soit  à  la 
Cuncieiiierie,  il  n'est  pas  un  grand  cou- 
pable et  ne  s'explique  pas  le  maintien  de 
son  incarcération,  sous  le  prétexte,  pa- 
rait-il, que  Chasset  est,  comme  lui,  de 
Villefranclie,  et  demandant  sa  mise  en 
liberté,  ou,  si  elle  se  trouve  différée,  ré- 
clamant les  secours  que  sa  santé  exigo. 

22  frimaire  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  Pi  ■1774* ■. 

245.  —  Arrêté  des  Comités  réunis  de 
salut  public,  de  sûreté  générale  et  de  légis- 
lation, statuant  sur  les  réclamations  de 
Michet,  député  du  département  de  Rhônc- 
et-[jOire,  et  ordonnant  le  remboursement 
de  la  somme  de  1,000  livres  de  dépense 
extraordinaire,  tant  pour  frais  de  loyer 
que  pour  le  payement  dans  les  différentes 
prisons  des  chambres  qu'il  a  occupées 
pendant  son  arrestation. 

2  venlôse  an  III. 
Extrait  du  registre  des  arrêtés  particuliers  du 
Comité  de   sûreté  générale,  A.  N.,  AF*II  277, 
fol.  1162. 

MOYSSET, 

Député  du  Gers. 

240.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
I.onis-l'ranrois  lielîara,  commissaire  de 
police  de  la  section  du  Mont-lîlanc,  à  la 
requête  de  Jean  Moyssct,  représentant  du 
peuple,  rue  d'Antin,  n°  921,  maison  garnie 
t(!nue  par  Antoine  Villemant,  et  levée 
dos  scellés  apposés  sur  la  porte  de  sou 
appartement. 

7  brumaire  au  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774*'. 

247.  —  Réclamation  par  Moysset,  député 
du  (iers,  aux  Comités:  1°  de  la  somme  de 
SliO  livres,  représentant  les  frais  de  loyer 
l't  le  salaire  des  gaidiens  de  scelli'spar  lui 
supportés,  avec  arrêté  des  Comités  réunis 
de  salut  public,  de  sûreté  générale   et  de 


législation,  ordonnant  le  remboursement 
de  cette  somme. 

26  pluviôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  ?•>  4774". 

OBELIN, 

Député  (Tllle-et-Vilaine. 

248.  —  Requête  de  la  dame  Esnoul, 
femme  Obelin,  au  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, à  l'effet  d'obtenir  la  levée  des  scellés 
apposés,  rue  Saint-Nicaise,  n»  ÎJ06,  sur 
l'appartement  de  son  mari,  dont  elle  désire 
se  rapprocher,  attendu  que  l'éloignement 
du  lieu  de  sa  détention  (la  Force),  en- 
traîne chaque  jour  beaucoup  d'embarras, 
d'incommodités  et  de  retards  dans  le 
transport  des  choses  nécessaires  à  sa 
subsisUmce  et  aux  autres  besoins  (|u"uu<' 
santé  très  faible  lui  impose. 

15  frimaire  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774^». 

249.  —  Procès-verbal  de  Iranspnil  de 
Joseph- Etienne  Delcher  et  Marc-.\ntoine 
Raudot,  députés,  commissaires  de  la  Con- 
vention nationale,  rue  Nicaise,  au  domi- 
cile du  sieur  Obelin,  député,  levée  des 
scellés  et  examen  des  papiers  existant 
dans  une  commode  et  un  secrétaire,  où 
ils  n'ont  trouvé  qu'une  adresse  de  la  com- 
mune de  Mézières  à  la  Convention,  rela- 
tive aux  voiries  et  biens  communaux, 
[lièce  qu'ils  ont  emportée,  abstraction 
laite  d'une  quantité  d'imprimés  jetés  çà 
et  là  dans  le  cabinet  où  se  trouvaient  les 
meubles  désignés  plus  haut,  de  journaux, 
rapports  à  la  Convention  et  quelques  ma- 
nuscrits insignifiants,  mais  aucune  cor- 
respondance particulière. 

9  prairial  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,F''  4774^'. 

PERiÉs,  cadet. 
Député  de  l'Aude. 

250.  —  Lettre  de  Periès,  cadet,  député 
de  l'Aude,  au  Comité  de  sûreté  générale, 
rappelant  que,  le  17  tloréal  an  II,  le  ci- 
toyen Crapin,  administrateur  de  Police, 
vint  en  vertu  d'un   arrêté  du  Comité  du 


4» 


CIIAIMTUE  1".  —  JOLHNÉES  HISTORIUUES  DK  LA  HKVOLlJriON 


10  lloréal,  à  la  Foi-ce,  et  lui  prit  60  livres, 
(|ue,  le  3  octobre  1793,  on  lui  avait  égale- 
ment enlevé  à  la  Mairie,  sa  carte  de  député 
et  une  canne,  réclamant  la  restitution  de 
cet  argent  et  de  ces  objets,  en  alléguant 
que  plusieurs  de  ses  collègues  ont  béné- 
licié  d'un  acte  de  justice  analogue,  avec 
arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale,  or- 
donnant la  restitution,  par  Tadminislra- 
tion  de  Police,  de  l'argent  et  des  efTets 
saisis  aux  représentants  du  peuple  Pe- 
riès,  cadet,  et  Tournier,  de  l'Aude,  pen- 
dant leur  détention  à  la  Force. 

21  brumaire,  8  frimaire  an  III. 
Original  signé  et  copies  conformes  (3  pièces), 
A.  N.,  V  -47746". 

251.  —  Arrêté  des  Comités  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législa- 
lion, statuant  sur  les  réclamations  de  Periès, 
cadet,  député,  et  ordonnant  le  rembourse- 
ment de  la  somme  de  71o  livres  pour  le 
loyer  de  l'appartement  oii  ont  été  apposés 
les  scellés  pendant  l'espace  de  13  mois. 

'20  nivôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4774"''. 

PEYRE, 

Député  des  Basses-Alpes. 

252.  —  Lettre  de  Peyre,  député  des 
Basses-Alpes,  au  président  du  Comité  des 
inspecteurs  de  la  salle,  déclarant  nu'il  est 
sans  le  sol,  sujet  à  des  attaques  d'épilcpsie 
et  en  état  d'arrestation  (au  Luxembourg), 
réclamant  l'expédition  de  son  mandat  déjà 
demandé  par  son  collègue  Savornin,  man- 
dat qui  pourrait  être  adressé  à  la  ci- 
toyenne Maisse,  rue  de  Lille,  n"  120,  et 
ajoutant  (]ue  le  besoin  le  presse  au  point 
qu'il  ne  connaît  personne  à  (]ui  il  puisse 
emprunter. 

13  brumaire  an  II, 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774". 

2i)3.  —  Lettre  de  Peyre,  député  des 
Basses-Alpes,  au  Comité  des  inspecteurs 
de  la  salle,  exposant  que  par  sa  lettre  au 
président  du  Comité,  il  a  fait  connaître  le 
besoin  urgent  qu'il  éprouve  de  toucher 
l'indemnité  qui  lui  est  due,  que  sa  maladie 
augmente  ses   besoins  et  le  met  dans  la 


plus  terrible  des  détresses,  et  jiriaul  de 
faire  délivrer  son  mandat  à  la  citoyenne 
.Maisse,  sa  cousine,  qui  se  charge  de  re- 
mettre la  présente. 

13  brumaire  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,'F''  4774". 

254.  —  .Xrrété  du  Comité  des  inspec- 
teurs de  la  salle,  décidant  que  la  lettre  de 
Peyre,  membre  de  la  Convention,  mis  en 
état  d'arrestation,  sera  communi(iuée  au 
Comité  de  sûreté  générale,  pour  connaître 
son  avis  sur  la  question,  et  savoir  si  le 
Comité  des  inspecteurs  peut,  dans  la  si- 
tuation du  citoyen  Peyre,  lui  faire  délivrer 
des  mandats  pour  loucher  son  indemnité. 

13  brumaire  an  II. 
Extrait   conforme,  signé  de  Sergent,  A.  N., 
yi  4774". 

255.  —  Lettre  de  Peyre,  député  des 
Basses-Alpes,  détenu  au  Luxembourg,  au 
Comité  do  sûreté  générale,  lui  exprimant 
loule  sa  gratitude  pour  l'appartement 
séparé  qu'on  lui  a  accordé,  en  raison  des 
attaques  d'épilepsie  auxquelles  ilestsujel, 
faisant  appel  à  l'esprit  de  justice  Ju  Comité, 
et  demandant  sa  mise  en  liberté,  décla- 
rant pour  sa  justification  qu'il  a  désavoué 
et  désavoue  la  signature  par  lui  apposée  à 
un  écrit  qu'il  n'a  jamais  lu  et  ([u'il  croyait 
brûlé  depuis  longtemps,  ajoutant  qu'il  a 
toujours  vécu  à  l'écart,  éloigné  de  toute 
intrigue,  de  toute  cabale,  n'ayant  jamais 
assisté  à  aucun  conciliabule,  ni  cnlretenu 
de  correspondance,  sauf  avec  un  de  ses 
oncles  pour  ses  petites  all'aires  domes- 
tiques. 

22  brumaire  an  II. 
Original  signe,  A.  N.,  V  4774". 

256.  —  Lettre  de  Peyre,  député  de» 
Basses-Alpes,  adressée  du  Luxembourg  au 
Comité  de  sûreté  générale,  rappolantqu'il 
est  détenu  depuis  6  mois  et  que  dans  cet 
intervalle,  il  a  eu  des  attaques  d'épilepsie 
de  plus  en  plus  violentes  et  fréquentes,  le 
priant  d'avoir  ég;ird  à  sa  triste  situation  et 
de  lui  permettre  de  se  retirer  chez  lui  pour 
quelque  temps  sous  la  garde  d'un  gen- 
darme ou  d'un  sans-culotte,  pour  suivre 
un  régime  et  subir  une  opération  qu'il  ne 


RÉCf.AMATIONS  ET  JUSTIFlCATIOiN  DES  DÉl'LTliS  INCAIICÉIIÉS  il 


peut  |j1us  dillûier  k  raison  d'une  maladie 
chronique. 

10  germinal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  ¥^  477 i". 

2o7.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gi'- 
nérale,  statuant  sur  la  réclamation  du 
député  Peyre  et  ordonnant  le  rembourse- 
ment de  la  somme  totale  de  1,188  livres 
pour  frais  de  loyer  et  de  scellés  pendant 
sa  détention. 

15  ventôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N  ,  F'  4774". 

2.^8.  —  Arrêté  du  Coiuilé  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  (|u'il  sera  pi-oposé  à  la 
Convention  nationale  de  décréter  que  le 
représentant  Peyre  se  rendra  en  mission 
dans  les  départements  de  la  Haute-Loire 
et  de  la  Loïère,  et  qu'il  sera  à  cet  effet 
investi  des  mêmes  pouvoirs  que  les  repré- 
sentants du  peuple  en  mission  dans  les 
départements. 

18  floréal  an  III. 

Copie  conforme,  A.  N.,  F''  47741'. 

Celle  proposition  n'eut  point  de  suite,  on  voit 
en  effet  tpi'à  la  date  du  4  messidor  aji  III, 
Peyre,  ainsi  que  son  collègue  Maisse,  se  trou- 
vait en  mission  auprès  de  l'armée  des  Alpes 
et  d'Italie. 

OUEINNEC, 

Député  du  Finistère. 

2:)0.  —  Procès-verbal  de  transport  do 
Joseph-Etienne  Delcher  et  Marc-Antoine 
Baudot,  députés,  commissaires  de  la  Con- 
vention, rue  Honoré,  n»  48,  au  domicile 
du  citoyen  Queinnec,  député  à  la  Conven- 
tion nationale,  dans  une  chambre  au 
:;•  étage,  sur  la  cour,  et  levée  des  scel- 
lés apposés  sur  les  tiroirs  d'une  commode, 
où  il  n'a  été  trouvé  que  sa  correspondance 
avec  sa  femme,  ses  amis  et  |)lusieurs  au- 
torités constituées  de  son  département 
dans  les  meilleurs  principes  de  la  Hévo- 
lution,  avec  déclaration  constatant  que  le 
juge  de  paix  de  la  section  de  la  Halle-au- 
Blé,  malgré  une  invitation  réitérée,  n'est 
pas  venu  assister  les  commissaires,  attendu 
qu'il  est  en  fonctions  ailleurs,  ,iinsj  que 
ses  assesseurs. 

7  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V'  i774''. 


HABAUT-PO.MIEK, 

Député  du  Gard. 

260.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Noël-François  Couvreur,  commissaire  de 
police  de  la  section  du  Muséum,  rue  de 
l'Echelle,  n»  342,  au  domicile  de  Habaut, 
député  du  r.ard,à  l'entresol,  où  il  a  trouvé 
la  femme  dudit  Uabaut,  laquelle  lui  a  dit 
que  son  mari  était  absent  depuis  Jeudi 
dernier,  le  matin,  et  qu'elle  ignorait  oi'i  il 
s'était  retiré,  extraction  des  papiers  con- 
tenus dans  les  armoires,  qui  sont  ren- 
fermés dans  une  armoire  dans  le  mur, 
sur  laquelle  les  scellés  sont  apposés. 

7  octobre  1793. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F''  4086. 

201.  —  Arrêté  du  Comité  d'agriculture, 
portant  que  le  citoyen  Bourdon,  l'un  de 
ses  membres,  se  rendra  au  Comité  de 
sûreté  générale  pour  l'inviter  à  faire  le- 
ver les  scellés  apposés  sur  les  papiers 
de  Uabaut-Pomier,  membre  de  l'ancien 
Comité  d'agriculture ,  à  l'effet  d'en  retirer 
toutes  les  pièces  relatives  aux  rapports 
dont  il  a  pu  être  chargé  par  ce  Comité, 
avec  autre  arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale,  requérant  l'officier  civil  qui  a 
apposé  les  scellés  d'en  faire  la  levée  en 
présence  d'un  membre  du  Comité  d'agri- 
culture, pour  extraire  les  papiers  en 
question,  et  de  réapposer  les  scellés  sur 
les  papiers  appartenant  au  même  Habaut- 
Pomier. 

18  brumaire  an  II. 
Original,  signé  de    Boucher  Saint-Sauveur, 
président,    Moreau,    secrétaire,   et   copie   con- 
forme (2  pièces),  A.  N.,  F'  477486. 

202.  —  Lettre  de  Jacques-Antoine  Ha- 
baut, détenu  à  la  Conciergerie,  au  Comité 
de  silreté  générale,  demandant  la  levée 
des  scellés  apposés  sur  ses  papiers,  en  sa 
présence,  avant  la  fin  de  décembre  cou- 
rant (v.  st.),  la  restitution  des  assignats 
saisis  à  son  préjudice  chez  le  citoyen 
Paysac,  sur  lesquels  on  ne  lui  a  remis  que 
"jO  livres,  ainsi  que  des  62  livres  en  or,  de 
la  montre,  des  deux  chaînes  et  d'un  cachet 
gravé,  le  tout  en  or,  saisis  à  la  Concier- 
gerie. 

1"  nivôse  an  II. 

Original  signé,  A,  N.,  F'  4774»'. 


48  r.llAlMTHK  l".  -  JOURNÉES  HlSlOftlQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


263.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Klienne  Delcher  et  Marc-Antoine 
liaudol,  députés,  commissaires  de  la  Con- 
M'ntion,  au  domicile  de  Jacques-Antoine 
Uabaut,  dit  l'omier,  député  à  la  Conven- 
lion,  rue  de  l'Echelle,  n"  ;i42,  dans  une 
chambre  ù  fentresol,  ayant  vue  sur  la  rue, 
levée  des  scellés  et  examen  des  papiers 
trouvés  dans  une  armoire-placard,  des- 
quels ont  été  distraits  et  emportés  :  une 
petite  liasse  de  pétitions  à  renvoyer  au 
Comité  des  finances,  deux  autres  pétitions 
à  renvoyer  au  Comité  d'agriculture,  copie 
de  certificats  venant  d'Orléans  à  renvoyer 
au  Comité  des  assignats  et  monnaies,  une 
lettre  en  anglais  et  une  feuille  et  demie 
manuscrite  d'instructions  données  au  der- 
nier tyran  et  paraphées  par  les  représen- 
tants du  peuple,  en  laissantde  côtéquautilé 
d'imprimés,  de  distributions  de  la  Con- 
vention nationale  et  d'autres  pièces  insi- 
gnifiantes. 

2  messidor  an  II. 

Original  signé,  A.  JV.,  F'  4774"'. 

264.  —  Lettre  des  administrateurs  de  la 
Police  régénérée  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, l'informant  que,  s'étant  transportés 
à  la  Conciergerie  à  l'effet  de  procéder  au 
transfèrement  du  député  Rabaut-Poraier, 
y  détenu,  dans  la  maison  d'arrêt  des 
Fermes,  rue  du  Bouloi,  le  concierge  s'y 
est  opposé  en  motivant  son  refus  sur  ce 
que  l'ordre  (jui  lui  était  présenté  n'était 
signé  que  des  administrateurs  de  Police, 
mentionnant  seulement  celui  du  Comité 
de  sûreté  générale,  et  (ju'il  lui  fallait  un 
ordre  spécial. 

22  thermidor  an  IL 
Original,  signé  de  Gérôine  et  Iiecaiiius,/\.JV., 
F"  477.i««. 

26Î).  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant,  sur  la  pétition  de  Jac- 
ques-Antoine Rabaut,  que  les  effets  qui 
lui  ont  été  enlevés  lui  seront  rendus, 
chargeant  la  Commission  des  administra- 
tions civiles,  police  et  tribunaux  de  l'exé- 
cution dudit  arrêté  pour  tout  ce  qui  u'esl 
pas  déposé  au  bureau  du  Comité,  et  le 
renvoyant  pour  cet  objet  à  la  Commission 
des  trois  membres  qui  ont  In  snrveillancf 


de  la  levée  des  scellés  et  de  l'inventaire 
des  effets  en  dépôt  au  Comité. 

18  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774««. 

266.  —  Lettre  de  Jacques-Antoine  Ra- 
baut à  la  Commission  des  administrations 
civiles,  police  et  tribunaux,  accusant  ré- 
ception de  l'expédition  du  décret  du  2  bru- 
maire, qui  lui  donne  la  faculté  de  se  reti- 
rer dans  son  domicile  pour  y  rétablir  sa 

santé. 

26  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  53,  n"  1496. 

267.  —  Pétition  de  Jacques-Antoine  Ra- 
baut aux  Comités  de  saUil  public  et  de 
sûreté  générale,  réclamant  :  !•  pour  ses 
dépenses  chez  le  citoyen  Paysar,  durant 
deux  mois,  500  livres;  pour  les  assignats 
pris  dans  son  portefeuille,  1,000  livres; 
pour  ses  dépenses  en  prison  durant  onze 
mois,  et,  pour  excédent  de  loyer,  2,!)00  li- 
vres ;  2°  la  valeur  d'une  montre  en  or,  payée 
12  louis  en  numéraire,  et  d'une  voilure 
ayant  coûté  20  louis  en  assignats  ;  3°  le 
payement  eai  nature  des  effets  suivants  qui 
lui  ont  été  volés,  savoir  :  de  6  chemises  de 
toile  fine,  6  cravates,  12  mouchoirs  fins, 
4  paires  de  bas  de  soie,  2  de  fil,  un  man- 
teau, des  pantalons  et  un  gilet  de  drap,  un 
fusil  à  deux  coups,  une  paire  de  pisto- 
lets et  ceinture,  une  paire  de  bottes, 
2  paires  de  souliers,  une  carte  du  plan 
de  Paris,  et  déclarant  qu'il  ne  compte  pas 
les  pertes  ([ue  sa  détention  lui  a  occa- 
sionnées à  Montpellier,  n'ayant  pu  s'oc- 
cuper de  ses  affaires  domestiques,  avec 
arrêté  des  Comités  réunis,  faisant  droit  à 
ces  réclamations  et  ordonnant  le  paye- 
ment :  1°  de  4,000  livres;  2"  de  3,000  livres 
pour  la  montre  en  or;  3"  de  3,000  livres 
pour  la  voiture  et  les  effets  volés. 

5,  8  fructidor  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  JV.,  F'  4774"'. 

RIBERE.^U, 

Dépvtè  de  la  Charente. 

268.  —  Lettre  de  Ribereau,  député  de  la 
Charente,  à  la  Convention  nationale,  dé- 
clarant qu'il  se  trouve  au  nombre  de  ceux 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


49 


qui  oui  été  l'objet  d'un  décret  d'arresta- 
tion pour  avoir  signé  une  déclaration  au 
peuple  français  sur  les  événements  des 
derniers  jours  de  mai  et  des  premiers 
jours  de  juin,  que  ce  n'est  pas  le  moment 
do  se  disculper  d'un  fait, que  son  cœur  a 
cruellement  désavoué  et  qui  n'est  que  le 
fniit  passager  de  l'erreur  et  de  la  surprise, 
exposant  qu'il  est  alité  depuis  plus  d'un 
mois  et  demi,  en  proie  à  une  fièvre  pu- 
liide,  et  qu'il  ne  pourrait  être  incarcéré 
.  sans  danger,  et  demandant  à  rester  détenu 
chez  lui  sous  la  garde  d'un  gendarme, 
avec  certilicat  de  MM.  Le  Moine,  médecin  de 
la  ci-devant  faculté  de  Paris,  et  Marchais, 
membre  du  ci-devant  collège  de  chirurgie, 
constatant  que  le  citoyen  Ribereau,  de- 
meurant aux  Ecuries  d'Orléans,  rue 
Saiut-Thomas-du-Louvre,  est  malade  delà 
li('vre  depuis  le  12  août,  et  dans  l'impos- 
sibilité de  sortir  de  son  lit. 

4  octobre  1793. 
Originaux  signés  (2  pièces),  ^.  iV.,  F' 47718'. 

209.  —  Procès  verbal  de  transport  de 
Delcher  et  Baudot,  députés,  commissaires 
de  la  Convention,  rue  Thomas-du-Louvre, 
maison  ci-devant  dite  des  Ecuries  d'Or- 
léans, dans  la  chambre  habitée  par  le  ci- 
toyen Ribereau ,  au  second  étage  au- 
dessus  de  l'entresol,  ayant  vue  sur  la  cour, 
levée  des  scellés  et  examen  des  papiers 
trouvés  dans  un  secrétaire,  consistant 
en  lettres  particulières  insignifiantes  ou 
n'ayant  rapport  qu'à  des  affaires  de  mé- 
nage, sauf  une  lettre  venant  de  Barbe- 
zieux,  en  date  du  28  mai  1793,  que  les 
commissaires  ont  emportée. 

12  prairial  an  II. 
Original  signe,  A.  N.,  F'  4774". 

270.  —  Lettre  adressée  de  Passirac  à 
Ribereau,  député  à  la  Convention  natio- 
nale, par  le  sieur  (jrimaud,  son  fondé  de 
procuration,  lui  donnant  des  nouvelles 
de  ses  affaires,  annonçant  qu'à  la  mort 
de  sa  femme  il  a  fait  apposer  les  scellés 
en  présence  de  sa  mère  et  de  sa  belle- 
sœur,  et  qu'il  s'est  trouvé  1,112  livres 
10  sols  en  assignats,  qu'il  a  acheté  des 
boeufs  et  vendu  le  vin  dont  il  ne  reste 
qu'un  quart  de  vieux,  qu'il  craint  qu'en 
T.  IX. 


son  absence  les  rats  n'endommagent  les 
lits,  lui  envoyant  les  amitiés  de  sa  mère, 
de  ses  frères,  sœur  et  neveux,  et  ajoutant 
que  de  tous  ses  parents,  c'est  sa  sœur  qui 
est  la  plus  inquiète  sur  son  sort. 

9  thermidor  an  II. 
Original  signé,  A.  ;V.,  F'  47749'. 

271.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, renvoyant  à  la  Commission  des 
administrations  civiles,  police  et  tribu- 
naux, la  citoyenne  Genat,  constituée  gar- 
dienne des  scellés  apposés  au  domicile  de 
Ribereau,  député,  rue  Thomas-du-Louvre, 
pour  le  payement  de  son  salaire. 

15  frimaire  an  III. 
Extrait  du  registre  des  arrêtés  particuliers  du 
Comité  de  sûreté  générale,  A.  N.,  AF*ll  277, 
fol.  897. 

RICHOO, 

Député  de  l'Eure,'', 

272.  —  Décret  do  la  Convention  natio- 
nale, sur  la  dénonciation  faite  par  l'un  de 
ses  membres,  mettant  en  état  d'arresta- 
tion le  citoyen  Richou,  député  du  dépar- 
tement de  l'Eure. 

3  octobre  1793. 
Copie  coUationnée,  signée  de  Pons  de  Verdun 
et  Jagot.  secrétaires  de  la  Convention,  A.   N., 
V  4774'2. 

273.  —  Mémoire  justificatif  de  Louis- 
Joseph  Richou,  député  de  l'Eure,  à  ses 
collègues,  en  réponse  aux  inculpations  de 
son  collègue  Du  Roy,  qui  lui  reprochait 
ses  relations  avec  le  citoyen  L'Adam,  ad- 
ministrateur du  département  de  l'Eure, 
détenu  à  l'Abbaye,  et  d'avoir  écrit  contre 
Marat,  déclarant  qu'il  n'a  connu  le  citoyen 
L'Adam  qu'à  l'occasion  de  diverses  fourni- 
tures pour  l'équipement  des  dragons  de 
la  Manche,  envoyés  contre  les  rebelles  de 
la  Vendée,  qu'il  a  pu  se  tromper  sur  le 
compte  de  Marat  et  reconnaît  son  erreur, 
et  faisant  observer  qu'à  la  séance  du  2  juin, 
il  s'élança  le  premier  à  la  tribune  de  la 
Convention  pour  demander  un  décret 
d'arrestation  contre  les  32  députés. 

5  octobre  1793. 
Imprime,  A.  N.,  V  4774»2. 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


80 

274.  —  Lettre  adressée  de  la  prison  de 
la  Force  par  Louis-Joseph  Richou,  repré- 
sentant du  peuple,  à  ses  collègues  du 
Comité  de  sûreté  générale,  faisant  appel 
à  leurs  vertus  patriotiques,  à  leur  activité 
et  à  leur  justice  pour  le  prompt  examen  de 
son  affaire, et  démontrant,  par  le  mémoire 
imprimé,  intitulé  :  Louis-Joseph  liichon. 
dcpulé  de  l'Eure,  à  ses  collègues,  qu'il  Joint 
à  sa  lettre,  combien  le  zèle  du  citoyen 
Du  Roy,  son  collègue,  a  été  trompé  par  les 
apparences,  lorsqu'il  a  demandé  son  ar- 
restation, opérée  le  S  octobre,  à  10  heures 
du  soir. 

18'' jour  du  l"=''mois  de  l'an  II  (9  octobre  1793). 
Original  signé  et  imprimé  (2  pièces),  A.  N., 
F7  4774»2. 

275.  —  Lettre  de  Richou,  député,  détenu 
à  la  maison  d'arrêt  de  la  Force,  à  ses  col- 
lègues du  Comité  de  sûreté  générale,  ex- 
posant que,  depuis  huit  jours,  il  est  privé 
de  sa  liberté,  éloigné  de  sa  famille  et 
des  fonctions  sacrées  qui  lui  ont  été  con- 
fiées par  ses  concitoyens,  les  priant  d'en- 
tendre sa  justification,  et  déclarant  avoir 
les  pièces  probantes  des  faits  avancés  dans 
son  mémoire. 

21"  jour  du  \"  moisde  l'an  II  (12  octobre  1793). 
Original  signé,  A.  N.,  V  477492. 

276.  —  Lettre  de  la  femme  Richou  au 
citoyen  David,  représentant  du  peuple, 
l'un  des  membres  du  Comité  de  sûreté 
générale,  rappelant  à  son  souvenir  l'hon- 
nête et  malheureux  Richou,  député  de 
l'Eure,  détenu  injustement  à  la  Force 
depuis  le  5  octobre,  le  priant  de  jeter  un 
coup  d'oeil  sur  le  mémoire  justificatif 
qu'il  lui  a  adressé  à  l'effet  de  hâter  le 
rapport  de  son  affaire,  protestant  de  l'in- 
nocence de  Richou,  qui  n'est  déjà  que 
trop  malheureux,  étant,  ainsi  que  sa  fa- 
mille, ruiné  et  saccagé  parles  brigands  de 
la  Vendée. 

17  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4774". 

277.  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
Richou,  député  de  l'Eure,  au  président 
de  la  Convention  nationale,  exposant  qu'il 
est  détenu  et  que  les  scellés  ont  été  mis 
sur  ses  papiers,  sans  qu'il  ait  été  entendu, 


et  demandant  son  renvoi  devant  le  Co- 
mité de  sûreté  générale,  avec  prière  de 
faire  un  prompt  rapport  sur  sa  conduite, 
et  faisant  observer  qu'il  n'est  pas  du 
nombre  des  signataires. 

10"  jour  de  la  3«  décade  du  1"  mois  de  l'au  II 
(21  octobre  1793). 
Original  signé,  A.  N.,?''  4774". 

27g.  —  Lettre  de  Richou,  député  de 
l'Eure,  au  citoyen  Amar,  membre  du  Co- 
mité de  sûreté  générale,  déclarant  que  le 
citoyen  Du  Roy,  son  collègue,  qui  a  pro- 
voqué, le  3  du  mois  précédent,  son  arres- 
tation, a  été  trompé  par  les  apparences, 
ainsi  qu'il  est  constant  par  le  mémoire 
ci-joint,  distribué  le  5  à  la  Convention,  et 
qu'il  lui  a  démontré  son  erreur,  preuves 
écrites  en  main,  exprimant  le  regret  de  le 
voir  absent,  et  demandant  que  le  Comité 
s'occupe  de  son  affaire,  afin  de  le  rendre 
le  plutôt  possible  à  ses  fonctions  et  à  sa 
famille. 

3«jour  du  2«mois  de  l'an  II  (24  octobre  1793). 
Original  signé  et  imprimé  (2  pièces),  A.  N., 
l"!  477492. 

279.  _  Lettre  de  la  femme  Richou  au 
citoyen  Vadier,  l'un  des  membres  du 
Comité  de  sûreté  générale,  le  priant  d'in- 
tercéder en  faveur  du  malheureux  citoyen 
Richou,  qui, par  suite  de  l'accusation  d'un 
seul  de  ses  collègues  mal  informé,  est 
détenu  à  la  Force  depuis  le  5  octobre,  et 
déclarant  que  s'il  avait  pu  se  faire  en- 
tendre à  la  Convention  le  3  de  ce  mois,  il 
ne  serait  pas  prisonnier,  ayant  entre  les 
mains  les  preuves  matérielles  de  son  inno- 
cence, gémissant  de  ne  plus  pouvoir  péné- 
trer dans  sa  prison  et  adoucir  des  peines 
si  peu  méritées,  ajoutant  que  son  mari 
ne  se  rappelle  nullement  d'avoir  écrit 
contre  Marat  et  que  depuis  longtemps 
personne  plus  que  lui  ne  rendait  justice 
au  zèle  de  cet  excellent  patriote. 

29«jour  du  1"  mois  de  l'an  II  (26  octobre  1793). 
Original  signé,  ^.iV.,F'  477492. 

280.  —  Lettre  de  Richou,  député  de 
l'Eure,  à  son  collègue  Amar,  l'un  des  mem- 
bres du  Comité  de  sûreté  générale,  accom- 
pagnant l'envoi  de  la  copie  des  pièces  qui 


HÉGLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAHCÉHÉS 


;il 


prouvent  son  innocence,  notai)iment  de  sa 
correspondance  incrinainée  avec  le  dépar- 
tement de  l'Eure  en  insurrection,  ([uia  mo- 
tivé la  dénonciation  de  son  collègue  Du  Hoy, 
cette  correspondance  étant  antérieure  à 
l'insurrection  et  ne  roulant  que  sur  une 
opération  d'un  intérêt  général,  entamée 
[dus  de  y  semaines  avant  le  2  juin,  ajou- 
Uint  qu'il  ne  connaît  personne  dans  le  dé- 
partement de  l'Eure,  sauf  dans  le  district 
des  Andelys,  resté  lidèle  à  la  Convention, 
avec  lettre  de  la  femme  Pichou  au  même 
Amar,  le  priant  de  comparer  les  papiers 
qu'on  lui  adresse  avec  le  mémoire  justi- 
licatif  qu'elle  a  fait  distribuer  le  7  ou 
8  octobre  à  la  Convention  et  dont  elle  lui 
a  remis  elle-même  un  exemplaire  sous 
la  galerie  du  Comité. 

1  frimaire  an  II. 
Originaux  signés  (3  pièces),  A.  iV.,  F''4774'2. 

281.  —  Lettre  de  la  femme  Richou  au 
Comité  de  sûreté  générale,  représentant 
qu'à  l'époque  où  son  mari  fut  mis  en  état 
d'arrestation,  ils  avaient  pris  des  arran- 
gements pour  quitter  l'appartement  ([u'ils 
occupent  et  qui  est  bien  au-dessus  de 
leurs  facultés,  et  que  l'apposition  des 
scellés  les  a  obligés  à  y  rester,  demandant 
la  levée  de  ces  scellés  pour  ne  pas  pro- 
longer leur  gène,  transmettant  une  fois 
de  plus  des  preuves  de  l'innocence  de  son 
mari. 

6  frimaire  an  II. 
Original  signe,  A.  N.,  T''  4774'-^. 

282.  —  Mémoire  justilicatif  adressé  jiar 
llicliou,  député  de  l'Eure,  à  ses  collègues 
composant  le  Comité  de  sûreté  générale, 
en  réponse  à  la  dénonciation  calomnieuse 
lancée  contre  lui  depuis  son  arrestation 
par  le  citoyen  Pantin,  habitant  de  Cisors, 
fils  du  député  à  l'Assemblée  législative, 
son  ennemi  de  vieille  date,  ami  plutôt  des 
aristocrates  que  des  patriotes,  qui  s'était 
ligué  avec  eux  pour  attaquer  sa  nomina- 
tion en  qualité  de  maire  de  Gisors,  attes- 
tant avoir  piopagé  de  tout  son  pouvoir 
l'esprit  de  la  Révolution,  le  vrai  sans-culol- 
tisme  qui  lui  toujours  dans  son  cœur, 
avoir  déjà  combattu  le  fanatisme,  comme 
administrateur  du  district  des  Andelys  en 


1791,et  déclarant  qu'à  l'époque  du  10  août, 
il  avait  proposé  à  ses  collègues  le  vole 
d'une  adresse  d'adhésion  aux  travaux  do 
la  Législature,  (jui  fut  envoyée  à  Robert 
Lindet  et  approuvée,  qu'il  n'a  eu  de  rela- 
tion avec  le  sieur  Pantin  (|ue  pour  le  pro- 
téger contre  la  fureur  du  peuple,  irrité  par 
ses  sorties  violentes  contre  les  patriotes. 

Frimaire  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4774"^ 

283.  —  Lettre  du  sieur  Pantin,  comman- 
dant de  la  garde  nationale  de  Gisors,  au 
Comité  de  sûreté  générale,  rappelant  qu'il 
y  a  deux  mois  il  a  dénoncé  Uicliou,  député 
de  l'Eure,  créature  de  l'infâme  Buzot,  pour 
avoir  colporté  dans  la  commune  de  Gi- 
sors des  imprimés  émanés  des  presses 
fédéralistes  du  déparlement,  pour  avoir 
avili,  par  ses  propos,  la  représentation 
nationale,  pour  avoir  annoncé  faussement 
la  prise  de  Dunkerque  par  les  Anglais, 
alors  qu'ils  venaient  d'en  être  chassés,  et 
répétant  les  propos  tenus  par  Richou  au 
sieur  Mollard,  marchand  de  vin  à  Saint- 
Pierre-de-Longueville,  près  Vernon,  qui, 
ayant  vu  les  mains  de  ce  député  couvertes 
de  boutons  et  lui  ayant  deiiiandé  ce  qu'il 
avait,  en  obtint  cette  réponse  :  Ah  !  mon 
ami,  c'est  l'effet  de  l'émotion  que  m'a  fait 
éprouver  la  mort  de  ce  pauvre  Louis  XVI, 
depuis  ce  moment  je  ne  vis  plus,  je  languis, 
et  ajoutant  que  la  conduite  de  Richou 
l'avait  confirmé  dans  l'opinion  qu'il  avait 
été  un  intrigant,  un  buzotin,  un  conspira- 
teur, enlin  mettant  en  garde  contre  |es 
intrigues  d'une  citoyenne  appelée  Desfon- 
taines,  soi-disant  femme  de  Richou,  au- 
près de  la  Société  populaire  de  Gisors. 

23  nivôse  an  II. 
Original  signé,  A.  iV.,  F'  4774'^. 

284.  —  Lettre  de  Louis-Joseph  Richou, 
député  de  l'Eure,  à  ses  collègues  membres 
(lu  Comité  de  sûreté  générale,  reijouve- 
lant  ses  instances  pour  obtenir  le  dépôt  à 
la  Convention  du  rapport  qui  le  concerne, 
rappelant  que  la  ville  de  Gisors  a  été  la 
[iremière  à  adhérer  aux  journées  du 
31  mai  et  du  2  juin,  et  que  toul  le  district 
des  Andelys  a  suivi  cet  exemple,  priant 
d'interroger  sur  son  compte  les  estima- 


CHAPITRE  l«^  —  JOURNEES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


blés  frères  Lindet,  de  se  faire  représenter 
les  papiers  qui  sont  sous  les  scellés  où 
ron  trouvera  les  traces  honorables  de  ses 
travaux  et  les  preuves  non  équivoques  de 
son   civisme  et  de  son  amour  pour  ses 

semblables. 

11  ventôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N-.F''  477492. 

283.  —  Lettre  du  sieur  Crosnie'r,  capi- 
taine au  1"  bataillon  des  sections  armées 
de  Paris,  écrite  du  quartier  général  de 
IJouzonville,  au  représentant  du  peuple 
Richou,  réclamant  plusieurs  certificats, 
adresses  et  autres  pièces  qu'il  lui  avait 
confiées,  qui  attestent  son  civisme,  priant 
de  les  lui  renvoyer  ou  de  s'adresser  aux 
citoyens  Ehrmann  et  Soubrany,  décla- 
rant qu'il  va  rentrer  en  campagne  pour 
écraser  jusqu'aux  derniers  tyrans,  et  ad- 
jurant le  digne  et  brave  montagnard  au- 
quel il  s'adresse  de  ne  pas  refuser  la  ré- 
ponse qu'un  défenseur  de  son  pays  a  droit 
d'espérer  d'un  de  ses  fiers  représentants. 

18  ventôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,F'  4774»2. 

286.  —  Justification  du  citoyen  Richou, 
député  de  l'Eure,  adressée  de  la  Force  au 
citoyen  Rréard,  l'un  des  membres  du  Co- 
mité de  salut  public  aux  Tuileries,  petit 
.jardin,  affirmant  n'avoir  jamais  rien  dit, 
signé,  ni  écrit  qui  fût  opposé  à  la  Répu- 
blique, ni  qui  tendît  au  fédéralisme,  avoir 
manifesté  sa  haine  pour  la  tyrannie  en 
faisant  adopter  et  envoyer  par  le  district 
des  Andelys,  à  la  Législative,  une  adresse 
d'adhésion  et  de  félicitations  sur  la  jour- 
née du  10  août,  en  célébrant,  par  ses  dis- 
cours et  ses  écrits,  après  sa  nomination  à 
la  Convention,  les  martyrs  de  cette  jour- 
née, auxquels,  sur  sa  motion,  l'Assemblée 
électorale  a  rendu  les  honneurs  funèbres, 
sans  cérémonie  ecclésiastique,  dont  il  a 
composé  l'hymne  apologétique;  à  cette 
justification  sont  annexés  deux  imprimés, 
l'un  intitulé  :  Apothéose  des  guerriers  de  la 
liberté  et  de  Végalitc,  tués  aux  Tuileries,  le 
jour  de  saint  Laurent,  par  Louis-Joseph 
Richou,  à  Evreux,  de  l'imprimerie  de 
J.-J.  L'Ancellc;  l'autre  ayant  pour  litre  : 
Chant  patriotique  pour    la  fédération  des 


Andelys,   1792,   réimprimé  pour  l'Assem- 
blée électorale  de  l'Eure. 

25  floréal  an  II. 
Original  signé  et  imprimés  (3  pièces),  A.  N., 

28".  —  Lettre  écrite  de  la  Force  par 
Richou,  député  de  l'Eure,  aux  Comités 
réunis  de  salut  public  et  de  sûreté  géné- 
rale, déclarant  que  le  ciel  moins  nébu- 
leux qui  couvre  maintenant  notre  sainte 
Révolution,  le  jour  de  la  justice  et  de  la 
vertu  enfin  arrivé,  lui  ordonnent  de  récla- 
mer de  nouveau  l'examen  de  sa  conduite, 
qui  est  sans  tache,  demandant  qu'on 
s'occupe  de  lui  et  qu'on  éclaire  la  Con- 
vention sur  son  compte,  afin  qu'il  puisse 
être  libre  pour  le  jour  de  la  fête  à  l'Eternel, 
qu'il  désire  célébrer  avec  ses  collègues. 

28  floréal  an  II. 
Original  signé  (en  double),  A.  N.,  V  477492. 

288.  —  Lettre  du  Comité  révolutionnaire 
du  district  de  Thouars  au  Comité  de  sûreté 
générale,  accompagnant  l'envoi  de  19  let- 
tres écrites  par  Richou,  détenu  comme 
signataire  des  protestations  des  6  et  19 
juin  179.3  (style  esclave)  à  un  scélérat 
nommé  Martin,  commis  du  sieur  Brossier 
de  la  Charpagne,  receveur  du  district  de 
Thouars,  dont  la  guillotine  a  fait  justice, 
lettres  qui  prouvent  que  Richou  a  tantôt 
été  le  partisan  de  la  cour  et  de  tous  les 
grands,  et  tantôt  crié  contre  eux,  et  cela 
suivant  les  circonstances. 

16  prairial  an  II. 
Original  signé,  avec  les  19  lettres  de  1789  à 
1792(1  dossier),  A.  N.,  V  477492. 

289.  —  Lettre  de  Richou,  député  de 
l'Eure,  à  ses  collègues  des  Comités  de 
salut  public  et  de  sîireté  générale,  décla- 
rant qu'il  ne  peut  dissimuler  son  afflic- 
tion de  voir  si  longtemps  un  nuage  ré- 
pandu sur  son  civisme,  sur  son  amour 
pour  la  liberté,  l'égalité  et  la  République, 
affliction  qui  s'est  encore  accrue  d'une 
manière  cruelle  par  son  absence  de  la 
fête,  à  jamais  mémorable,  de  l'Eternel,  et 
qu'il  a  exprimé  ses  sentiments  dans  une 
hymne  composée  pour  la  circonstance, 
lettre  accompagnée  d'une  déclaration  de 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


la  femme  Richou,  attestant  que  celte 
hymne  a  été  composée  pour  les  seuls 
représentants  composant  les  deux  Comi- 
tés tle  salut  public  et  de  sûreté  générale. 

24  prairial  an  II. 

Original  signO,  A.  N.,  F^  4774". 

A  CRtte  lettre  est  jointe  l'hymne  en  question, 
intitulée  :  «  Effusion  de  cœur  d'un  bon  citoyen, 
détenu  à  l'occasion  de  la  fête  dd  l'Eternel,  sur 
l'air  des  Marseillais  ». 

290.  _  Lettre  de  Richou,  député  de 
l'Eure,  au  Comité  de  sûreté  générale,  se 
plaignant  de  languir  dans  les  fers  depuis 
Il  mois,  sa  conduite  en  prison  étant 
exemple  de  reproches,  comme  à  la  Con- 
vention, assurant  qu'il  n'a  jamais  élé 
d'aucun  conciliabule,  d'aucune  faction,  et 
que  son  collègue  Du  Roy  a  été  induit  en 
erreur,  lorsqu'il  l'a  accusé  d'avoir  corres- 
pondu avec  son  département  en  insurrec- 
tion, et  demandant  en  grâce  de  ne  point 
le  faire  transférer,  véritable  acte  de  cruauté 
pour  dos  malheureux  qui  ont  tant  souffert. 

22  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  477492. 

291.  _  Lctlre  de  Richou,  député  de 
l'Eure,  au  président  de  la  Convention,  se 
plaignant  de  soufirir  mille  morts  depuis 
un  an,  déclarant  qu'il  vient  d'apprendre 
que  le  Comité  de  stjreté  générale  va  le 
replonger  dans  une  maison  de  détention 
ordinaire,  alors  que  sa  translation  dans 
la  maison  des  Fermes  avait  été  un  inslant 
d'adoucissement  pour  lui,  et  demandant 
d'y  rester  provisoirement  ou  en  état  d'ar- 
restalion  chez  lui,  attestant  une  fois  de 
plus  qu'il  est  un  honnête  homme  et  n'a 
jamais  cessé  d'être  un  bon  républicain 
dans  le  sens  absolu  de  la  Convention. 

23  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,V^  4774'2. 

202.  —  Lettre  de  la  femme  Richou  au 
Comité  de  sûreté  générale,  exposant  que 
par  suite  de  la  maladie  de  la  gouver- 
nante de  son  fils,  qu'elle  a  été  obligée 
d'envoyer  à  l'Hospice  national  et  de  là  à 
celui  de  Saint-Louis,  elle  se  trouve  seule 
gardienne  des  scellés,  et  soUicilanl  la 
faveur  d'fitre  maintenue  en  celte  qualité, 
jusqu'à    la    fin   de   ses   imprévus   et  trop 


cruels  malheurs,  faveur  qui  a  été  accordée 
à  presque  toutes  les  femmes  des  députés 
détenus,  et  déclarant  que,  si  elle  ne  voit 
point  paraître  de  nouveaux  visages,  elle 
sera  tranquille. 

!)  vendémiaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F''  477492. 

293.  —  Lettre  de  Louis-Joseph  Richou, 
député  de  l'Eure,  détenu  aux  Ecossais, 
rue  Victor,  à  la  Convention  nationale,  se 
plaignant  d'ôtre  dans  les  fers  depuis  un 
an  et  d'éprouver  les  horribles  vexations  du 
régime  barbare  introduit  dans  les  maisons 
d'arrêt,  et  depuis  un  an  de  demander  jus- 
tice, sans  pouvoir  l'obtenir,  protestant 
contre  l'erreur  dont  il  a  été  victime,  à  la 
séance  du  3  octobre,  où  il  n'a  pu  être 
entendu,  affirmant  que  sa  conduite  pu- 
blique et  privée  est  sans  reproche,  avant 
comme  depuis  la  Révolution,  avant  comme 
depuis  son  arrestation,  et  réclamant  un 
prompt  rapport  sur  son  compte,  parce 
qu'il  ne  redoute  point  la  justice  de  la 
Convention  et  qu'il  l'invoque  au  contraire 
depuis  un  an  avec  l'impatience  de  la  dou- 
leur, la  sécurité  de  la  probité  et  du  ci- 
visme le  plus  pur. 

12  vendémiaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F''  47749=. 

294.  —  Lettre  de  Du  Roy,  député  de 
l'Eure,  à  ses  collègues  du  Comité  de  salut 
public,  de  sûreté  générale  et  de  législa- 
tion réunis,  rappelant  les  faits  par  lui 
imputés,  le  3  octobre  1793,  à  son  collègue 
Richou,  lui  reprochant  :  1°  d'avoir  écrit 
une  lettre  aux  administrateurs  du  dépar- 
ment,  avec  un  post-scriptum  contenant 
une  diatribe  contre  Marat;  2°  d'avoir  sol- 
licité l'un  de  ses  collègues  de  signer  l'acte 
du  0  juin,  quoique  ne  l'ayant  pas  signé 
lui-môme,  et  par  ce  fait  étant  plus  répré- 
hcnsible  que  ceux  qui,  cédant  à  l'impul- 
sion d'une  opinion  égarée,  avaient  eu  au 
moins  le  courage  de  prendre  la  respon- 
sabilité de  leur  action,  déclarant  d'ail- 
leurs n'avoir  obéi  à  aucun  sentiment  de 
haine  et  n'avoir  fait  que  remplir  un  de- 
voir pénible. 

2  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  477492. 


CHAPI'inK  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


293.  —  Requête  de  l.ouis-Joseph  Ri- 
chou,  député  de  l'Eure,  aux  Comités  réunis 
de  salut  public,  de  sûreté  générale  et  de 
législation,  à  l'effet  d'obtenir  le  rembour- 
sement de  la  somme  de  07  livres  10  sols 
exigée  de  lui  dans  la  maison  d'arrêt  de  la 
Force,  pour  location  de  la  chambre  qu'il  y 
occupait,  et  de  celle  de  1,300  livres  par 
lui  payée  pendant  sa  détention,  pour  le 
loyer  de  son  logement  dans  Paris,  avec 
arrêté  des  Comités  réunis,  statuant  sur 
celte  réclamation  et  ordonnant  le  paye- 
ment, au  citoyen  Ricliou,  de  1,307  livres 
10  sols,  tant  pour  son  loyer  que  pour  la 
chambre  qu'il  a  occupée  durant  sa  dé- 
tention. 

20,  24  ventôse  an  III. 

Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  F' 477492. 

296.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  de  proposer  à  la  Conven- 
tion nationale  le  représentant  du  peuple 
Itichou  pour  aller  en  mission  dans  les 
départements  du  Haut,  du  Bas-Rhin  et 
du  Mont-Terrjble,  le  représentant  Lau- 
rence pour  les  départements  de  la  Haute- 
(iaronne,  du  Gers  et  du  Tarn,  et  le  repré- 
sentant Besson  pour  les  départements  du 
Rec-d'Ambès  et  de  Lot-et-Garonne. 

23  germinal  an  III. 
Original,  .signé   de   Clauzel,  Ysabeau,   Mon- 
majou,    Révère,   Pémartin,  Marie-Jo-scph  Ché- 
nier  et  Tliibaudeau,  A.  N.,  V  illP-. 

297.  —  Pétition  de  la  députalion  du 
Ilaul-Rhin  au  Comité  de  sftrcté  générale, 
exposant  que  depuis  que  leur  collègue 
Rii'hou  est  dans  le  Haut-Rhin,  une  multi- 
tude de  réclamations  les  assiège,  énumé- 
rant  les  griefs  que  l'on  a  contre  Ricliou, 
les  anciens  membres  du  Conseil  souve- 
rain d'Alsace,  les  officiers  du  duc  de  W'ur- 
lemberg  sont  placés  dans  toutes  les  admi- 
nistrations contre  le  vœu  public,  les  lois 
sont  méprisées,  les  biens  nationaux  discré- 
dités, le  fanatisme  en  pleine  vigueur,  les  pro- 
cessions religieuses  faites  publi(|uement, 
l'arbre  de  la  liberté  coupé  à  Kaysersberg, 
les  patriotes  incarcérés  avec  éclat,  vili- 
pendés et  conspués,  les  prêtres  déportés 
et  les  émigrés  rentrant  en  foule,  distri- 
buant   les    proclamations    de    Condé    et 


les  bulles  d'excommunication  contre  les 
acquéreurs  de  biens  nationaux,  contre 
ceux  qui  logent  les  défenseurs  de  la  pa- 
trie, qui  leur  vendent  des  denrées  et 
acceptent  des  assignats  en  payement, 
enfin  la  discipline  militaire  se  relâchant 
partout,  l'embauchage  et  la  désertion  de- 
venant publics,  en  conséquence  deman- 
dant formellement  le  rappel  de  Hichou, 
qui,  s'il  eût  obéi  à  la  loi,  dût  dés  le  l"^''  du 
courant  être  rentré  dans  le  sein  de  l:i 
Convention  nationale. 

13  thermidor  an  III. 
Original,  signé  de  Ileubell,  Guitlard,  Rilter, 
Pnieger  et  Albert,  A.  N.^F''  4774»'. 

ROUTER, 

Député  de  l'Hérault. 

298.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Jean  Lacoste,  juge  de  paix  de  la  section 
de  la  Montagne,  ci-devant  Rutte-des-Mou- 
lins,  requis  par  Jean  Perrier,  secrétaire- 
commis  du  Comité  de  sûreté  générale,  rue 
d'Argenteuil,  n°  14,  au  domicile  du  ci- 
toyen Rouyer,  député,  dans  un  apparte- 
ment au  deuxième  étage,  occupé  en 
commun  par  lui  et  Jacques-Joseph  Vien- 
net,  député  de  l'Hérault,  membre  du 
Comité  de  la  guerre,  lequel  a  déclaré  que 
le  citoyen  Rouyer  n'était  pas  rentré 
depuis  le  matin,  perquisition  faite  dans 
les  meubles  et  apposition  des  scellés  dans 
le  tiroir  d'en  haut  d'un  secrétaire,  rempli 
de  lettres  des  années  1791  et  1792,  très 
nombreuses  et  dont  la  lecture  prendrait 
beaucoup  de  temps. 

2  août  1793. 
Expédition  conforme,  A.  N.,  F'  '1771'. 

299.  —  Mémoire  justificatif  de  Rouyer, 
député  du  département  de  l'Hérault,  dé- 
crété d'accusation,  à  la  Convention  na- 
tionale et  à  la  France  entière. 

(30  brumaire  an  II.) 
Imprimé,  in-4''  de  20  pages  (en  double  exem- 
plaire) A.  N.,  V  477F. 

300.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, portant  que  les  scellés  apposés, 
rue  d'Argenteuil,  chez  le  citoyen  Cheva- 
lier, sur  les  effets  appartenant  à  Rouyer» 


ltÉC(,.\MATIONS  KT  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


ri-devanl  député,  seront  levés  par  le  ci- 
toyen Lacoste,  juge  de  paix  de  la  section 
lie  la  Montagne,  et  que  les  papiers  seront 
apportés  au  Comité. 

6  frimaire  an  II. 
Extrait   du  registre  de»  mandats  d'arrêt  du 
Comité  de   sûreté   générale,  A.  "'      *'^*"  """ 
fol.  .37. 


A'.,  AF*n  290, 


301.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté 
i,'énérale,  renvoyant  à  la  Commission  des 
administrations  civiles,  police  et  tribu- 
naux le  citoyen  Pouzy,  constitué  gardien 
des  scellés  apposés  au  domicile  du  ci- 
toyen Rouycr,  représentant  du  peuple, 
par  procès-verbal  du  4  nivôse  an  II. 

21  nivôse  an  II. 
Extrait   du  registre  des   arrêtés  particuliers 
du  Comité    de   sûreté   générale,  A.  N.,  AF'll 
277,  fol.  907. 

302.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
représentants  Bréard  et  Laloy,  commis- 
saires chargés  de  la  levée  des  scellés  chez 
les  députés  détenus  ou  hors  la  loi,  rue 
d'.\rgenteuil,  maison  n"  12H,  dans  l'ap- 
partement qu'occupait  au  second  le  re- 
présentant Rouyer,  examen  et  description 
des  papiers  trouvés  dans  un  secrétaire, 
une  commode  et  une  petite  malle,  sa- 
voir :  1°  Trois  registres  intitulés  :  Jour- 
nal de  la  Commission  de  la  Convention 
nationale  dans  les  déparlements  mari- 
times méridionaux,  composée  des  citoyens 
Rouyer,  I.etourneur  et  Brunel,  contenant 
les  délibérations  de  cette  Commission, 
signées  des  commissaires,  du  27  janvier 
au  27  juillet  1793;  2''  14  liasses  conte- 
nant les  papiers  relatifs  aux  opérations 
des  représentants  du  peuple  et  par  eux 
recueillis  pendant  leur  mission,  dont 
toutes  les  pièces  sont  numérotées,  véri- 
llées  par  les  commissaires  qui  constatent 
les  déficits  ;  3°  5  liasses  intitulées  :  Pièces 
relatives  à  la  mission  que  j'ai  eue,  seul, 
député  par  mes  collègues,  pour  lever  une 
armée  do  12  .\  lo.OOO  hommes,  qui  ne 
sont  ni  numérotées  ni  paraphées  ;  4»  une 
liasse  de  52  cotes,  contenant  des  mé- 
moires, pétitions,  notes  et  observations, 
lettres,  copies  de  lettres,  délibérations  de 
corps  administratifs,  états,  mémoires  et 


lettres  de  soldats,  de  généraux  et  d'offi- 
ciers, le  tout  adressé  aux  représentants 
du  peuple    et  ])ar   eux  recueilli  pendant 
leur  mission  ;   5°  une  liasse  de  41  piècesi 
dont  40  exemplaires  imprimés  d'une  justi- 
fication publiée  par  Rouyer,  Brunel  ;  fi"  une 
liasse  de  1"»  pièces,  intitulée  :   Note    se- 
crète, remise  de  confiance  par  le  ministre 
de  la  marine  aux  commissaires  de  la  Con- 
vention, avec  prière  d'éviter  qu'il  en  soit 
pris  communication  et  de  vouloir  bien  la 
remettre  à  leur  retour,  pièces  qui  sont  ren- 
voyées cachetées  au  Comité  de  salut  public; 
7°  une  liasse  de  8  pièces,  l'une,  lettre  du 
sieur   Dugommler  et  papiers  concernant 
les  Iles  du  Vent;  8°  lettre  composée  d'une 
seule  pièce,  qui  est  une  lettre  adressée,  le 
?)  janvier  1792,  par  Auguste  de  Polignac  au 
député  Rouyer,  et  renvoyée  au  Comité  de 
sûreté  générale  ;  9°  une  liasse  de  mémoires 
relatifs    au    service    de   la   marine    dans 
les  ports  militaires,  à  la  formation  d'une 
flottille  destinée  à  la  défense  des  côtes, 
à    l'établissement    d'une    école    d'hydro- 
graphie, de  pétitions  et  états  de  service, 
le  tout  à  remettre  au  Comité  de  marine; 
10°  une  liasse  renfermant  des  lettres  et  péti- 
tions à  renvoyer  au  Comité  des  pensions; 
M»  réclamation  d'un  fournisseur  de  bois 
pour  la  marine,  qui  concerne  le  Comité  de 
l'examen  des  marchés;   12°  pétition  pour 
accélérer  la  fabrication  des  armes,  à  ren- 
voyer à  la  Commission  des  armes;  13°  pé- 
tition et  certificats  à  renvoyer  au  Comité 
des  inspecteurs  de  la  salle;  14»  état  des 
procès    criminels  poursuivis  au   tribunal 
de  Bézicrs,  mémoires  et  pétitions,  le  tout 
à    remettre    au    Comité    de    législation  ; 
15»   une   liasse   de  lettres,   mémoires  et 
pétitions,  notamment  d'observations  pré- 
sentées  par  les  sous-officiers  et  soldats 
invalides,  à  remettre  au  Comité  militaire  ; 
16°  pétition  du  secrétaire  de  l'ancien  gou- 
vernement   de    Lorraine,   à  renvoyer  au 
Comité  de  liquidation;  tous  lesquels  pa- 
piers, trouvés   pour   la   plupart   dans   la 
malle,  ont  été  emportés  par  les  commis- 
saires Bréard  et  Laloy  au  local  de  la  Com- 
mission du  18  pluviôse. 

5,  6  prairial  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4771'^ 


56 


CHAPITRE  I"^ 


JOURNEES  HISTORIQUES  DE  I.A  RÉVOLUTION 


303.  —  Renvoi  par  la  Convention  natio- 
nale à  ses  trois  Comités  de  salut  public, 
de  sûreté  générale  et  de  législation,  d'une 
lettre  de  Rouyer,  député  de  l'Hérault,  qui 
réclame  contre  le  décret  qui  l'a  mis  hors 
la  loi,  et  demande  à  être  compris,  en  ce 
qui  le  concerne,  dans  le  rapport  que  ces 
trois  Comités  doivent  faire,  sous  trois 
jours,  sur  les  représentants  du  peuple 
mis  hors  la  loi,  en  conformité  du  décret 
du  9  de  ce  mois. 

20  frimaire  an  III. 
Extrait    du    procès- verbal,   signé  do  Josepli 
Becker,  Porcher  et  Rovère,  A.  N.,  F'  4771^ 

304.  —  Déclaration  de  Rouyer,  député  de 
l'Hérault,  adressée  aux  Comités  de  sûreté 
1,'énérale,  de  législation  et  de  salut  public, 
établissant  que  les  pertes  par  lui  éprou- 
vées, pendant  le  temps  de  sa  persécution, 
s'élèvent  à  plus  de  30,000  livres,  soit  pour 
la  gestion  de  ses  biens,  à  raison  de  l'a- 
bandon de  leur  culture,  soit  pour  son 
mobilier,  et  qu'il  ne  saurait  évaluer  les 
sacrifices  qu'il  a  été  obligé  de  faire  pour 
se  dérober  aux  recherches  des  décemvirs 
qui  opprimaient  la  France,  et  déclarant 
borner  ses  réclamations  :  1°  au  prix  de  sa 
garde-robe  qu'il  a  été  obligé  de  renouveler 
en  entier,  n'ayant  conservé  que  l'habit 
qu'il  portait  lors  de  sa  fuite,  et  qu'il  évalue 
à  6,000  livres,  pour  habits,  uniforme,  épée, 
pistolets,  fusils  et  linge  de  toute  espèce; 
2°  à  deux  années  de  loyer  de  l'appartement 
qu'il  avait  à  Paris,  qu'on  lui  a  fait  payer 
70  livres  par  mois  pour  avoir  le  plaisir  de 
loger  deux  gendarmes  occupés  à  garder 
une  malle  contenant  les  papiers  de  la 
commission  qu'il  avait  eu  à  remplir,  soit 
1,080  livres;  3"  au  prix  d'une  voiture  qui 
lui  avait  coûté,  il  y  a  deux  ans,  2,200  li- 
vres; 4»  à  ses  débours  pour  se  rendre  à  son 
poste,  dont  il  était  éloigné  de  216  lieues, 
en  frais  de  poste  ou  nourriture,  soit  1,700  li- 
vres; îi»  au  prix  d'une  cinquantaine  de 
livres  d'histoire  et  de  marine,  et  autant 
de  gravures,  cartes  géographiques  ou  de 
marine  perdus,  évalués  1,000  livres,  le 
tout  montant  à  la  somme  de  12,580  livres, 
inférieure  à  la  valeur  réelle,  et  arrêté  des 
Comités  de  salut  public,  de  sûreté  géné- 
rale et  de  législation  réunis,  ordonnant  le 


remboursement  des  sommes  réclamées 
par  Rouyer,  soit  6,000  livres  pour  la  perte 
de  sa  garde-robe,  2,000  livres  pour  la 
voiture  qui  lui  a  été  prise,  1,700  livres 
pour  frais  de  poste  et  de  nourriture,  et 
1,000  livres  pour  ses  livres  et  cartes  perdus, 
soit  ensemble  12,,')80  livres,  qui  lui  seront 
payées  par  la  Trésorerie. 

15  germinal  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  F'  47713. 

ROUZET, 

Député  de  la  Haute-Garonne. 

305.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Jean-Baptiste  Marotte,  commissaire  de  po- 
lice de  la  section  des  Piques,  en  vertu 
d'arrôté  du  Comité  de  sûreté  générale, 
rue  Saint-Guillaume,  n»  5,  à  l'effel  de  pro- 
céder à  l'arrestation  du  citoyen  Rouzel, 
député  de  la  Haute-Garonne,  examen  et 
vérification  de  ses  papiers,  qui  ont  été 
placés  dans  une  cassette,  sous  scellés,  et 
emportés  au  Comité  de  sûreté  générale, 
avec  3  lettres  se  trouvant  dans  les  poches 
du  citoyen  Rouzet,  à  l'adresse  de  per- 
sonnes à  Bordeaux,  Lorient  et  Montpel- 
lier, et  de  deux  portraits  de  la  même  figure 
encadrés,  qu'on  emporte  également. 

28  ventôse  an  II. 
Expédition,   signée   de   Marotte,   A.  N.,    F' 
4775». 

306.  —  Procès-verbal  de  transport  d'E- 
tienne Arbellier,  officier  de  paix,  porteur 
d'un  mandat  d'arrêt,  décerné  le  7  octobre, 
contre  le  citoyen  Rouzet,  député,  rue 
Saint-Honoré,  n»  2ol3,  maison  Virginie,  à 
l'effet  de  se  renseigner  sur  ledit  Rouzet, 
avec  déclarations  de  la  femme  Foughasse, 
principale  locataire  de  cette  maison,  éta- 
blissant que  le  sieur  Rouzet  a  quitté  sa 
maison,  le  6  octobre,  et  a  emporté  tous 
ses  eifets,  et  de  Marie  Alibert,  veuve  du 
sieur  Marc  Noiin,  portière  de  la  mémo 
maison,  qui,  interpellée  sur  ce  que  pou- 
vait être  devenu  le  citoj'en  Rouzet  depuis 
son  départ,  a  répondu  que  son  domes- 
tique, venu  dans  sa  loge  il  y  a  2  ou  3  jours, 
lui  a  appris  que  son  maître  était  arrêté 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


depuis  15  jours  et  se  trouvait  aux  Carmes, 
rue  de  Vaugirard. 

7  germinal  an  II. 
Copie  conforme,  A.  iV.,  F'  4775^. 

307.  —  Lettre  de  Rouzet,  député  de  la 
Ilaute-Caronne,  détenu  à  la  maison  d'ar- 
rêt de  la  rue  de  Vaugirard,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  se  plaignant  de  n'avoir 
reçu  aucune  réponse  au  billet  par  lequel 
il  demandait  qu'il  lui  fût  permis  d'écrire 
à  sa  femme  et  d'en  recevoir  des  nouvelles, 
et  de  la  suppression  complète  de  sa  cor- 
respondance, déclarant  qu'étranger  à  toute 
intrigue,  il  n'a  entretenu  aucune  relation 
avec  aucun  des  députés  accusés,  ayant 
constamment  prêché  l'union  entre  les  pa- 
triotes, pour  assurer  leur  triomphe  contre 
les  ennemis  extérieurs  et  intérieurs  et, 
loin  de  discontinuer  depuis  le  2  juin  son 
travail  à  la  Convention,  s'étant  assidûment 
employé  aux  Comités  des  finances  et  de 
législation,  et  souvent  à  celui  de  salut 
public,  en  qualité  de  commissaire  de  celui 
de  législation,  de  manière  à  faire  plus  de 
rapports  à  la  tribune  qu'il  n'en  avait  fait 
dans  tout  le  cours  de  la  session,  ajoutant 
qu'il  attendra  avec  la  résignation  d'un 
bon  citoyen  les  décisions  que  le  bien  pu- 
blic inspirera  à  ses  collègues. 

8  germinal  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775^. 

308.  —  Lettre  de  Rouzet,  député  de  la 
Haute-Garonne,  au  Comité  de  salut  pu- 
blic, exposant  que  la  maison  d'arrêt  de  la 
rue  de  Vaugirard,  où  il  est  enfermé,  d'a- 
bord administrée  par  le  Comité  révolu- 
tionnaire de  la  section  de  Mutins  Scévola, 
a  passé  entre  les  mains  de  la  Police  et 
livrée  à  des  subalternes  qui  croient  se 
rendre  recommandables  par  leurs  exagé- 
tions,  si  bien  qu'il  se  trouve  dans  l'impos- 
sibilité de  suivre  la  moindre  partie  du  ré- 
gime qui  lui  est  prescrit  dans  son  état  de 
santé,  tr<''s  critique,  étant  miné  par  une 
fièvre  lente  et  en  proie,  depuis  plus  de 
dix  ans,  aux  douleurs  aiguës  du  rhuma- 
tisme, et  demandant  l'autorisation  de  faire 
venir  du  dehors  ce  que  sa  situation  exige, 
en  raison  de  ses  infirmités  corporelles, 
car,   ajoute-t-il,   élevé   durement,    ayant 


servi  sur  terre  et  sur  mer  dans  la  guerre 
de  1756,  la  frugalité  républicaine  fut  son 
apanage  dès  ses  premiers  ans. 

27  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  47753. 

309.  —  Lettre  de  J.-M.  Rouzet,  député 
de  la  Haute-Garonne,  au  Comité  de  sûreté 
générale,  exposant  que,  lorsqu'il  fut  écroué, 
le  28  ventôse,  dans  la  maison  d'arrêt  de  la 
rue  de  Vaugirard,  elle  était  pleinf,  qu'il 
fut  d'abord  placé  au  milieu  d'une  salle 
contenant  22  lits,  ensuite  près  d'une 
fenêtre,  souvent  ouverte  en  raison  du 
mauvais  air,  puis,  à  cause  de  son  état, 
transféré  dans  une  petite  chambre  sous 
le  couvert,  où  il  n'a  pu  depuis  3  mois  dor- 
mir qu'une  heure  ou  deux  sur  24,  con- 
sumé par  une  fièvre  lente,  déclarant  qu'eu 
égard  à  sa  répugnance  pour  les  remèdes, 
on  ne  lui  a  administré  que  quelques  cal- 
mants et  rafraîchissements,  qu'il  aurait 
besoin  de  prendre  les  bains  de  Dax  ou  de 
Bagnères-de-Luchon,  qui  l'auraient  sou- 
lagé, qu'à  défaut,  il  se  contenterait  de 
bains  et  d'autres  adoucissements,  obser- 
vant qu'étranger  à  toute  faction,  à  tout 
parti,  il  a  assidûment  rempli  ses  devoirs 
dans  les  Comités,  et  qu'à  52  ans  il  se  voit 
sans  fortune,  avec  la  crainte  de  laisser  sa 
femme  et  ses  enfants  dénués  de  toutes 
ressources. 

7  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4775'. 

310.  —  Certificat  de  Markowski,  officier 
de  santé  des  prisons  et  des  maisons  d'ar- 
rêt de  Paris,  attestant  que  le  citoyen 
Jacques-Marie  Rouzet,  député  de  la  Haute- 
Garonne,  est  attaqué  de  rhumatisme, 
d'une  fièvre  intermittente  et  de  maux  de 
nerfs  violents,  et  qu'il  demande  sa  trans- 
lation dans  la  maison  de  santé  Belhomme, 
pour  y  être  traité  convenablement. 

4  vendémiaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4775^ 

3M.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant,  sur  les  attestations  des 
officiers  de  santé,  que  les  représentants 
du  peuple  Rouzet  et  Estadens,  députés  de 
la  Haute-Garonne,  détenus  par  mesure  de 
sûreté  générale  à  la  caserne  des  Cannes, 


38 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  \A  RÉVOLUTION 


seront  transférés,  sous  bonne  et  sûre 
garde,  dans  la  maison  d'arrêt  de  la  rue 
(le  Charonne  et  qu'ils  pourront,  en  y  al- 
lant, passer  à  leurs  domiciles,  à  Paris, 
pour  y  prendre  les  effets  dont  ils  auront 

besoin. 

0  vendémiaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  JV.,  I-"'  1775^. 

312.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  la  levée  des  scellés 
dans  les  appartements  occupés  par  les 
représentants  du  peuple,  auxquels  la  Con- 
vention nationale  a  accordé  la  liberté  pro- 
visoire pour  rétablir  leur  santé  et  vaquer 
à  leurs  affaires  domestiques. 

4  brumaire  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4775^. 

313.  —  Déclaration  de  Lindet  et  Dyzès, 
portant  qu'il  se  trouve  au  Comité  de 
sûreté  générale  une  malle  au  nom  du  ci- 
toyen Rouzel,  député  de  la  Haute-Garonne, 
qui  renferme  des  papiers  réclamés  par  ce 
citoyen,  la  plupart  des  feuilles  imprimées 
et  distribuées  à  la  Convention  ou  concer- 
nant des  affaires  particulières,  avec  arrêté 
du  Comité,  ordonnant  de  restituer  la 
malle  en  question  au  citoyen  Rouzet,  qui 
en  donnera  décharge. 

9  frimaire  an  III. 
Original,  sig-né  de  R.-Th.  Lindet  et  Dyaè», 
et  copie  conforme  (2  pièces),  A.  JV.,  F'  4775'. 

ROYER, 

Député  de  VA  in. 

314.  —  Lettre  du  citoyen  Jonquoy,  com- 
missaire aux  accaparements  de  la  section 
de  fiuillaume-Tell,  au  Comité  de  sûreté 
générale,  le  priant  d'envoyer  l'inspecteur 
de  police  Soyer  cberchcr  le  citoyen  Royor, 
député  de  l'Ain,  à  la  prison  de  la  Force, 
pour  assister  à  la  levée  des  scellés  appo- 
sés à  l'entrée  de  sa  chambre,  afin  de  reti- 
rer les  plombs,  fers  et  cuivres  mis  en  ré- 
quisition, qui  doivent  être  livrés  dans  les 
magasins  de  la  nation. 

24  frimaire  an  II. 
Original  signé,  ^.  JV.,  F''  4775^. 

31!i.  —  Lettre  de  Royer,  député  de  l'Ain, 
détenu  à  la  Force,  à  son  collègue  Amar, 


membre  du  Comité  de  sûreté  générale, 
demandant  que  l'on  procède  le  plus  promp- 
leinenl  possible  à  la  levée  des  scellés  ap- 
posés sur  le  cabinet  où  sont  ses  papiers  et 
divers  objets  lui  appartenant,  à  raison  de 
l'absence  du  citoyen  F,a  Pallu,  chargé  de 
la  garde  de  ces  scellés,  qui  est  obligé  de 
se  rendre  dans  le  département  de  Saône- 
el-Loirc,  pour  affaires  pressantes,  dans  la 
crainte  des  accidents  qui  pourraient  se 

produire. 

27  nivôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4775^ 

31G.  —  Lettre  de  Royer,  député  de  l'Ain, 
détenu  dans  la  maison  d'arrêt  des  ci-de- 
vant Fermes  générales,  au  Comité  de  sû- 
reté générale,  déclarant  que,  depuis 
bientôt  12  mois,  les  scellés  sont  apposés 
sur  une  partie  de  l'appartement  qu'il  avait 
loué  pour  une  année  dans  la-  maison  des 
Petits-Pères,  près  la  place  des  Victoires 
nationales,  où  il  n'a  couché  qu'une  nuit, 
sollicitant  de  nouveau  la  levée  de  ces  scel- 
lés pour  plusieurs  raisons  :  1°  parce  qu'il 
paye  un  loyer  en  pure  perte,  les  effets 
autres  que  les  papiers  mis  sous  les  scellés 
pouvant  être  transportés  partout  où  il 
sera  en  état  d'arrestation  ;  2°  parce  qu'un 
gqrdicn  de  ces  scellés  lui  occasionne  une 
dépense  sans  aucun  avantage  pour  la  Ré- 
publique ;  3°  attendu  qu'il  y  a  un  réel 
danger  de  voir  les  scellés  brisés  par  des 
fripons  pour  s'approprier  ses  effets  et 
peut-être  fournir  aux  malveillants  l'occa- 
sion d'atroces  calomnies,  le  bris  des  scel- 
lés aux  domiciles  de  plusieurs  détenus 
plaidant  en  sa  faveur. 

18  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  JV.,  F''  47753. 

317.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
commissaires  du  Comité  révolutionnaire 
du  3"  arrondissement,  maison  et  enclos 
de  la  section  de  riUillnnme-Tell,  en  un  ap- 
partement au  2°  étage,  donnant  sur  une 
grande  cour  où  se  construisent  des  han- 
gars pour  le  service  des  postes,  qui  est 
occupé  par  le  citoyen  Royer,  et  levée  des 
scellés  y  apposés  en  présence  dudit  Royer. 

6  brumaire  an  III. 
Original  signé,  ^.  JV.,  F''  4775^ 


lŒCI.AMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


.19 


318.  —  Uequôte  de  Royer ,  député  de 
l'Ain,  aux  Comités  de  salut  public,  de 
sûreté  générale  et  de  légi.slation,  exposant 
que,  par  suite  de  sa  détention  qui  a  duré 
du  3  octobre  1793  au  18  frimaire  an  III,  il 
a  éprouve  une  perte  de  1390  livres,  et  de- 
mandant à  en  être  indemnisé,  avec  déci- 
sion du  Comité  de  sûreté  générale,  passant 
à  l'ordre  du  jour,  motivé  sur  ce  que  les 
représentants  du  peuple  qui  n'ont  pas 
quitté  Paris,  ([uoique  mis  en  élat  d'arres- 
tation, ont  été  |iayés  de  leur  indemnité, 
comme  tous  les  autres  représentants  du 
peuple. 

20  pluviôse  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  47753. 

319.  —  Arrêté  des  Comités  de  salut  pu- 
blic, de  sûreté  générale  et  de  législation, 
statuant  sur  la  demande  d'indemnité  des 
pertes  subies  par  le  citoyen  Itoyer,  député 
de  l'Ain,  pendant  sa  réclusion,  pertes  qu'il 
estime  à  1,Î)00  livres,  et  ordonnant  le 
payement  de  cette  somme  par  la  Trésore- 
rie nationale. 

8  venlose  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4775^. 

RUAULT, 
Député  de  la  Seine-Inférieure. 

320.  —  Rétractation  formelle  par  Ruault, 
député,  de  la  signature  par  lui  apposée  au 
bas  d'une  déclaration  prétendue  énoncia- 
live  des  faits  qui  se  sont  passés  les  31  mai, 
!"■  et  2  juin  derniers,  ledit  Ruault  faisant 
observer  qu'ayant  été  absent  par  congé  du 
20  mai  au  Cjuin,  il  n'a  pu  être  témoin  des 
événements  survenus  pendant  son  ab- 
sence, et  qu'il  n'a  signé  cette  déclaration 
que  sur  le  téjnoignage  exprès  de  plusieurs 
de  ses  collègues,  qu'elle  conlenait  la  vérité 
et  sous  la  condition  expresse  qu'elle  ne 
serait  rendue  publique  ni  imprimée,  à 
moins  qu'elle  n'eût  été  reconnue  vraie  et 
sincère  par  la  majorité  des  membres  de 
la  Convention. 

1"  août  1793. 
Original  aigné,  A.  N.,  F'  4775*. 

321.  —  Lettre  de  Ruault,  représentant 
du  peuple,  au  Comité  de  sûreté  générale. 


exposant  les  démarches  par  lui  faites  pour 
annuler  la  signature  qu'il  avait  apposée, 
à  peine  descendu  de  la  diligence,  lors  do 
son  retour,  le  Cjuin,  à  un  écrit  dont  on 
ne  lui  avait  pas  donné  le  temps  de  prendre 
connaissance,  qu'il  avait  prié  son  collègue 
Deperret,  dans  la  salle  môme  des  séances, 
de  lui  rendre  l'écrit  dont  il  élait  déposi- 
taire, pour  rayer  sa  signature,  que  celui- 
ci  s'y  était  durement  et  opiniâtrement 
refusé,  qu'à  la  suite  de  cet  incident,  il 
avait<.rédigé  et  remis  une  protestation  à 
Ali|uier,  président  du  Comité  de  sûreté 
générale,  qui  oublia  de  la  déposer,  pro- 
testation par  lui  renouvelée  au  début  du 
mois  d'août,  exprimant  tous  ses  regrets 
d'une  erreur  momentanée  et  demandant 
la  levée  de  ses  scellés,  sa  correspondance 
devant  prouver  qu'il  aime  la  pairie  et  la 
République  et  ne  fut  jamais  un  cons- 
pirateur. 

27'"  jour  du  l'^  mois  de  l'an  II  (18  octobre  1793). 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775*-. 

322.  —  Mémoire  justificatif  de  Ruault' 
député  de  la  Seine-Inférieure,  au  Comité 
de  sûreté  générale,  retraçant  les  circons- 
tances qui  l'ont  amené  à  donner  sa  signa- 
ture à  un  écrit,  qu'il  ne  connut  que  le  jour 
où  lecture  en  fut  donnée  à  la  tribune  et 
qu'il  désavoua  formellement  à  deux  re- 
prises, déclarant  avoir  pris  part  aux  déli- 
bérations de  la  Convention,  aux  travaux 
du  Comité  de  marine,  où  il  fit  plusieurs 
rapports  depuis  le  8  juin  jusqu'à  la  veille 
même  de  son  arrestation,  avoir  toujours 
vécu  loin  de  toute  intrigue,  de  toute  ca- 
bale, et,  lors  du  jugement  du  dernier 
tyran,  s'être  prononcé  contre  l'appel  au 
peuple,  demandant  la  levée  de  ses  scellés 
et  l'examen  de  sa  correspondance,  avec 
lettre  d'un  sieur  Planet,  transmettant  ce 
mémoire  et  rappelant  que,  depuis  trois 
mois,  le  citoyen  Ruault  a  abandonné  sa 
cure  d'Yvetot,  ce  qui  prouve  la  pureté  de 
ses  sentiments  et  son  patriotisme. 

26  l)rumaire  an  II. 
Originaux  signés  (2 pièces),  A.N.tV  4775*. 

323.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Jacques  Bunel,  membre  du  Comité  révo- 
lutionnaire de  la  section  de  Brutus,  ac- 


60 


CHAPITRE  l•^  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  lA  RÉVOLUTION 


compagne  du  citoyen  Cavanagh,  officier 
de  paix,  rue  de  Cléry,  n"  66,  au  domicile 
ihi  citoyen  Ruault,  détenu  à  la  Force, 
Ifiquel,  après  levée  des  scellés,  a  extrait 
les  7  pièces  dont  il  avait  besoin,  qui  ont 
été  mises  en  un  paquet  cacheté  du  cachet 
Judit  Ruault  et  portées  à  l'administration 
de  Police,  opération  suivie  de  la  réap- 
position  des  scellés. 

28  pluviôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4775*. 

324.  —  Procès-verbal  de  transp(îrt  des 
représentants  Rréard  et  Laloy  au  domi- 
cile du  citoyen  Ruault,  député,  détenu  à 
la  Force,  rue  de  Cléry,  maison  n°66,  levée 
des  .scellés  apposés  par  le  Comité  révolu- 
tionnaire de  la  section  de  Bru  tus,  avec  le 
cachet  de  Ruault,  sur  un  secrétaire,  exa- 
men des  papiers,  desquels  ont  été  extraits 
diverses  pièces  à  remettre  aux  différents 
Comités  de  la  Convention,  ainsi  que  plu- 
sieurs lettres  emportées  au  local  de  la 
Commission  par  les  commissaires,  qui  ont 
laissé  dans  une  chambre  plusieurs  im- 
primés de  distribution. 

2  messidor  an  II. 
Oriorinal  signé,  A.  JV.,  F''  4775*. 

.32.1.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
commissaires  du  Comité  révolutionnaire 
du  8«  arrondissement,  en  vertu  d'un  ar- 
rêté du  Comité  de  sûreté  générale,  du 
4  brumaire,  annexé  au  procès-verbal,  au 
domicile  du  citoyen  Ruault,  rue  de  Cléry, 
n°  66,  levée  des  scellés,  qui  avaient  été 
réapposés,  le  2  messidor  dernier,  en  pré- 
sence des  représentants  du  peuple  Rréard 
et  Laloy,  et  réintégration  du  sieur  Ruault 
en  sa  propriété. 

7  brumaire  an  III. 
Original  signé   et   copie  conforme  {2  pic'ccs), 
A.  JV.,  F'  4775*. 

SALADIN, 

Député  de  la  Somme. 

326.  —  Lettre  du  Conseil  général  de  la 
commune  de  Saint-Quentin  à  la  Conven- 
tion nationale,  adressant  et  dénonçant 
une  proclamation  des  deux  commissaires 
de  la  Convention  (Saladin    et   Pocholle), 


dans  le  département  de  la  Somme,  et  un 
arrêté  du  directoire  de  ce  déparlement, 
qui  ne  peuvent  produire  d'autre  effet  que 
de  favoriser  les  riches,  de  retarder  et  même 
d'entraver  les  opérations  du  recrutement, 
d'ailleurs  absolument  contraire  à  la  loi, 
permettant  aux  communes  d'adopter  le 
mode  qui  leur  parait  le  plus  convenable, 
avec  la  proclamation  en  question,  du 
23  mars  1793,  qui  annule  les  nominations 
faites  par  la  voie  du  scrutin  pour  le  four- 
nissement du  contingent  de  l'armée. 

28  mars  1793. 
Original  signé  et  placard  imprimé  (2  pièces), 
A.  A.,  F'  4775'2. 

327.  —  Lettre  de  la  Société  populaire 
de  Largentière  au  président  de  la  Con- 
vention nationale,  déclarant  applaudir  à 
l'arrestation  des  32  traîtres  qui  siégeaient 
à  la  Convention,  déplorant  l'assassinat  de 
Marat,  et  dénonçant  l'écrit  infâme  qui 
leur  a  été  adressé  de  Lyon,  intitulé  : 
Compte  rendu  et  déclaration  par  J.-B.-M. 
Saladin,  député  du  département  de  la  Somme, 
sur  les  journées  des  27  et  31  mai,  l"  et 
"i.  juin  1793,  qui  excita  la  plus  vive  indi- 
gnation, l'un  des  membres  ayant  proposé 
de  brûler  sur-le-champ,  au  milieu  de  la 
salle,  cet  écrit  incendiaire  et  rempli  de 
calomnies,  la  Société  adopta  une  autre 
motion,  tendant  à  ce  que  le  procès  fût 
fait  et  parfait  à  son  exécrable  auteur. 

2  août  1793. 

Original ,  signé  d'Arnaud ,  président  de  la 
Société,  A.  A'.,  F'  4775'-'. 

Henvoyé  au  Comité  de  siireté  générale,  le 
16  août  1793.  Signé  ;  Prriès. 

328.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Jean-Jacques  Fantin,  juge  de  paix  de  la 
section  des  Tuileries,  rue  de  l'Echelle, 
n°  ;J37,  au  domicile  du  citoyen  Saladin, 
député  cà  la  Convention  nationale,  dans 
une  pièce  au  3'  étage,  sur  la  cour,  oîi  il 
a  trouvé  une  citoyenne,  qui  a  déclaré  se 
nommer  Marie-Anne-Ilenrielte  Thuillior, 
femme  dudit  Saladin,  laquelle  a  certidé 
que  son  mari  n'avait  pas  couché  chez  lui, 
perquisition  est  faite  dans  les  papiers  exis- 
tant, tant  dans  la  bibliothèque  que  dans 
d'autres    cabinets   et    armoires,  où    il   ne 


HÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


61 


s'est  rien  rencontré  de  manuscrit,  et  est 
suivie  de  l'apposition  des  scellés. 

22  août  1793. 
Expédition  conforme,  A.  N.,  V  4086. 

329.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Antoine  Delcher  et  Marc-Antoine 
Baudot,  dépulés  et  commissaires  de  la 
Convention,  rue  de  l'Echelle,  n°  .ï07,  au 
domicile  du  citoyen  Saladin,  député,  dans 
une  chambre  au  3«  étage  sur  le  derrière, 
levée  des  scellés .  représentés  par  Marie- 
Anne-Hcnriettc  Thuillier,  femme  Saladin, 
gardienne  desdits  scellés,  examen  et  des- 
cription des  papiers,  qui  comprennent 
notamment  des  mémoires  et  pétitions  in- 
téressant les  Comités  de  législation  et 
d'instruction  publique,  2  liasses  de  mé- 
moires, pétitions  et  autres  papiers  à  ren- 
voyer au  Comité  de  sûreté  générale,  une 
liasse  de  mémoires,  notes  et  pétitions 
concernant  le  département  de  la  Seine- 
Inférieure,  une  liasse  de  papiers  relatifs 
à  la  mission  de  Saladin  dans  le  départe- 
ment de  la  Somme  avec  PochoUe,  plu- 
sieurs lettres,  non  signées,  écrites  de  Paris, 
en  avril  et  mai  1793,  donnant  des  rensei- 
gnements sur  la  situation  de  la  Conven- 
.  tion  et  sur  l'esprit  public,  entre  autres 
une  lettre  du  9  mai,  dans  laquelle  il  est 
dit  «  que  tout  va  mal,  que  la  tristesse  s'est 
emparée  de  toutes  les  âmes,  que  l'avenir 
ne  sera  pas  beau,  et  que  l'on  criait  dans 
tous    les    quartiers  :    Rendez-nous     nos 

18  livres  et  f le  camp»;  une  lettre  de 

Saladin,  datée  de  Paris,  le  21  mars  au 
soir,  donnant  différents  renseignements 
sur  les  armées  commandées  par  Miranda, 
Egalité  et  autres;  une  lettre  non  signée, 
datée  de  Paris,  le  7  avril,  contenant  di- 
vers renseignements  et  disant  notamment 
qu'il  a  été  raccourci  un  émigré  par  la 
guillotine;  une  autre  datée  de  Paris,  le 
17  avril,  dont  l'auteur  déclare  qu'il  s'of- 
fenserait de  ne  pas  être  du  nombre  des 
dénoncés,  que  tous  les  intrigants  de  la 
Montagne  veulent  la  destruction  de  l'As- 
semblée; une  lettre  de  Lavergne,  premier 
lieutenant-colonel  au  38°  régiment,  ayant 
Irait  à  l'armée  de  Longwy  ;  diverses  lettres 
d'Amiens  et  d'Abbeville,  notamment  une 
du  13  juin  1793,  relative  aux  journées  des 


31  mai,  l"'  et  2  juin,  toutes  lesquelles 
pièces  ont  été  emportées  par  les  commis- 
saires, qui  ont  laissé  quantité  d'imprimés, 
rapports,  discours,  projets  de  décrets, 
brochures  insignifiantes  et  lettres  d'af- 
faires. 

5,  6  prairial  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  477512. 

330.  —  Lettre  de  la  citoyenne  Saladin 
au  Comité  de  sûreté  générale,  faisant  part 
des  difficultés  qu'elle  a  éprouvées  pour 
recevoir  les  mandats  de  son  mari,  le  Co- 
mité des  inspecteurs  refusant  de  les  déli- 
vrer sans  autorisation  du  Comité  de  sûreté 
générale,  et  sollicitant  cette  autorisation. 

2  fructidor  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  477.'>'2. 

331.  —  Lettre  de  la  députation  du  Jura 
au  Comité  de  sûreté  générale,  déclarant 
que  le  décret  rendu,  le  28  ventôse  an  III, 
au  rapport  de  Saladin,  sur  les  mis  hors  la 
loi  dans  le  Jura,  va  combler  ce  départe- 
ment d'allégresse,  mais,  observant  que  les 
pouvoirs  de  leur  collègue  Bailly  étant  sur 
le  point  d'expirer,  il  conviendrait  de  le 
remplacer  par  Saladin,  qui  est  instruit  de 
tout  ce  qui  s'est  passé  dans  ces  contrées, 
qui  a  lu  toutes  les  délibérations  prises  par 
les  anciens  administrateurs  et  fonction- 
naires publics,  connaît  parfaitement  l'es- 
prit du  département,  et,  en  outre,  est 
membre  du  Comité  de  législation,  à  qui 
l'exécution  du  décret  a  été  renvoyée. 

29  ventôse  an  III. 
Original,  signé  de  Grenot,  Babey,  Vernicr, 
Laurenceot,  Amyon,  Bonguyot,  A.N.,  I'"'4775'2. 

332.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, décidant  de  proposer,  le  lende- 
main, à  la  Convention  l'envoi  en  mission 
du  représentant  du  peuple  Saladin  dans 
les  déparlements  du  Jura,  du  Doubs  et  de 
la  Haute-Saône ,  en  l'investissant  des 
mêmes  pouvoirs  que  les  autres  représen- 
tants du  peuple  en  mission  dans  les  dépar- 
lements. 

18  germinal  an  III. 

Original,  signé  de  Rovère,  Auguis,  Thibau- 
deau,  Pémartin,  Mathieu,  Ysabeau,  Courtois, 
A.  N.,  V  4775'''. 

Un  décret  de  la  Convention,  du  19  germinal 


62 


CHAPITRE  1".  —  JOUIJNÉES  lUSTOIlIQUES  DE  1,A  HÉVOLIJTION 


aji  III,  envoya  en  effet  Saladin  en  mission  dans 
ces  trois  départements. 

Ed.  Procès-verbal  de  la.  Convention  nationale, 
t.  LIX,  p.  101. 

333.  —  Décret  de  la  Convenlion  natio- 
nale, portant  que  le  représentant  du 
peuple  Saladin  sera  mis  a  l'instant  en 
état  d'ai'iestation,  et  que  les  scellés  se- 
ront, sans  délai,  apposés  sur  ses  papiers, 
et  chargeant  son  Comité  de  sûreté  géné- 
rale de  l'exécution  du  présent  décret. 

24  vendémiaire  an  IV. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4775'^. 
Ed.  Pj-ocès-verbal  de  la  Convention  nationale, 
t.  LXXI,  p.  130. 

334.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, chargeant  le  citoyen  Pellerin,  l'un 
de  ses  agents,  de  l'exécution  du  décret  de 
la  Convention,  qui  ordonne  l'arrestation 
du  représentant  du  peuple  Saladin,  et  de 
la  mise  des  scellés  sur  ses  papiers,  et  lui 
enjoignant  de  l'arrêter  partout  où  il  se 
trouvera. 

24  vendémiaire  an  IV. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4775'-. 

SALMON, 

Député  de  la  Sarthe. 

Mi).  —  Lettre  de  Salmon,  député  de  la 
Sarthe,  détenu  aux  petites  prisons  de  la 
Force,  au  président  du  Comité  de  sûreté 
générale,  demandant  l'autorisation  de 
faire  lever  les  scellés  mis  sur  ses  papiers, 
afin  da  restituer  des  pièces  importantes, 
sans  lesquelles  les  pauvres  d'une  com- 
mune ne  peuvent  être  payés  d'une  rente 
qui  leur  est  due,  et  conjurant  ses  collè- 
gues de  fixer  le  sort  des  députés  détenus, 
un  prompt  rapport  devant  faire  connaître 
les  coupables  qui  ont  cherché,  par  leurs 
écrits  et  correspondances,  à  favoriser  les 
projets  du  fédéralisme,  et  décider  la  mise 
en  liberté  des  innocents. 

27"  jour  du  !<"■  mois  de  l'an  11(18  octobre  1793). 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4775'^. 

336.  —  Déclaration  de  Salmon,  député 
de  ia  Sarthe,  au  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, portant  que  son  intention, en  signant 
la  déclaration  relative  aux  événements  du 
2  juin,  souscrite  par  plusieurs  députés, 
n'a  été  de  la  livrer  à  la  publicité  qu'au- 


tant que  la  majorité  de  la  Convention 
l'aurait  approuvée,  mais  que  la  plupart  des 
départements  ayant  donné  leur  assenti- 
ment au  mouvement  révolutionnaire  des 
31  mai,  i"  et  2  juin,  il  n'entend  ])as  se 
ranger  dans  la  classe  d'une  minorité  re- 
belle, et  se  soumet  avec  respect  à  la  vo- 
lonté générale,  que  dans  un  moment  de 
péril  commun,  tous  les  esprils  doivent  se 
réunir  vers  le  même  but,  le  salut  de  la 
patrie,  la  Constitution  devant  d'ailleurs 
être  le  tombeau  de  toutes  les  passions  et 
le  point  de  ralliement  de  tous  les  Fran- 
çais, en  conséquence  il  rétracte  sa  signa- 
ture, en  adhérant  à  tous  les  décrets  ren- 
dus par  la  Convention  nationale  pour  la 
prospérité  individuelle  et  générale,  et  ajou- 
tant qu'en  homme  libre,  il  participera  à 
ses  délibérations,  tant  qu'il  sera  honoré 
du  caractère  de  représentant  du  peuple. 

Sans  date  (an  II). 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775'2. 

337.  —  Lettre  de  Salmon,  député,  dé- 
tenu à  la  Force,  au  président  du  Comité 
de  sûreté  générale,  renouvelant  la  de- 
mande de  levée  de  ses  scellés  par  lui 
adressée  il  y  a  8  jours,  et  qui  probable- 
ment, en  raison  des  grandes  occupations 
du  Comité,  n'a  pas  été  prise  en  considé- 
ration, et  déclarant  qu'il  lui  est  fort  pé- 
nible de  ne  pouvoir  restituer  des  contrats 
de  rentes  h  leurs  propriétaires  et  de  voii' 
compromis  les  intérêts  de  ceux  qui  l'ont 
rendu  dépositaire  de  leur  confiance. 

19  pluviôse  an  II. 
Original  .signé,  A.  N.,  F''  4775'2. 

338.  —  Procès-verbal  de  transport  du 
citoyen  Collet,  membre  du  Comité  révolu- 
tionnaire de  la  section  de  la  Halle-au-Blé, 
accompagné  des  citoyens  Villeneuve  etCa- 
vanagh,  officiers  de  paix,  chargés  d'ex- 
traire de  la  Force  le  citoyen  Salmon,  dé- 
puté, à  son  domicile,  rue  Saint-Honoré, 
n"  116,  dans  une  petite  chambre  au  pre- 
mier étage,  levée  des  scellés  et  remise 
audit  Salmon  de  plusieurs  contrats  de 
rente  se  trouvant  sous  lesdits  scellés,  dans 
un  secrétaire,  et  réapposition  des  scellés. 

25  pluviôse  an  II. 
Original  signé,  A.  AT.,  F'  4774'=. 


HKCLAMAïlÔiXS  ET  JLSTU'ICATIO.N"  DES  DEPUTES  ENCARCÉUES 


63 


330.  —  Letlie  de  Salmon,  représentant 
(lu  peuple,  au  président  du  Comité  de 
sûreté  générale,  adressant  copie  conforme 
du  certificat  qui  lui  a  été  délivré  par  la 
commune  de  son  canton,  sans  qu'il  l'ait 
sollicité,  certilicat  qui  fera  connaître  au 
Comité  s'il  est  un  ennemi  de  la  Révolu- 
lion,  un  intrigant,  un  ambitieux,  et  si 
l'erreur  dans  laquelle  il  est  tombé  doit  le 
faire  regarder  comme  un  criminel,  avec 
le  certilicat  en  question,  délivré  par  la 
commune  de  Mézières  [-sous-l.avardin], 
canton  de  Conlie,  attestant  que  le  citoyen 
Salmon  s'est,  dès  les  premiers  jours  de  la 
Révolution,  montré  le  défenseur  le  plus 
zélé  et  le  plus  ardent  de  la  liberté  et 
l'ennemi  juré  des  aristocrates,  qu'il  a  tou- 
jours combattus. 

21  ventosc  an  II. 
Originaux  signés,  et  copie  conforme,  certifiée 
par  Salmon  (3  pièces),,  A.  A'.,  l"  4775'2. 

340.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Joseph-Etienne  Dolcher  et  Marc-Antoine 
Kaudot,  députés  et  commissaires  de  la  Con- 
vention nationale,  rue  Honoré,  n°  116,  au 
domicile  du  citoyen  Salmon,  député  à  la 
Convention  nationale,  dans  une  chambre 
au  l"  étage,  sur  la  rue,  levée  des  scellés 
et  ouverture  d'un  secrélaire,  où  s'est  trou- 
vée la  copie  d'une  déclaration  sur  les  évé- 
monts  des  31  mai,  i"'  et  2  juin  1793,  en- 
voyée au  Comité  de  sûreté  générale,  le 

24  août. 

7  messidor  an  II. 
Original  signé,  A.  IV.,  F'  4775'''. 

341.  —  Lettre  de  Salmon,  représentant 
du  peuple,  détenu  à  la  maison  d'arrêt  de 
la  caserne  des  Carmes,  au  Comité  de 
sûreté  générale,  déclarant  que  la  levée  des 
scellés  apposés  à  son  domicile  a  prouvé 
son  patriotisme  et  son  dévouement  à  la 
Hépublique,  et  attendu  que  le  principal 
locataire  de  son  appartement  doit  trans- 
férer son  domicile  dans  un  autre  quartier 
et  qu'il  est  gardien  volontaire  des  scellés, 
priant  de  lui  tracer  la  conduite  qu'il  doit 
suivre  dans  cette  circonstance. 

2"  sans-culottide-s  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775ia. 


342.  —  Requête^  de  Salmon,  représen- 
tant du  peuple,  à  ses  collègues  du  Comité 
de  sûreté  générale  et  de  salut  public,  ex- 
posant que,  pendant  les  13  mois  de  sa 
détention,  il  a  été  obligé  de  payer  les 
loyers  d'un  appartement  dont  il  n'a  pu 
donner  congé  à  raison  de  l'apposition  des 
scellés  sur  ses  papiers,  et  sollicitant  le 
remboursement  de  la  somme  de  520  livres 
par  lui  déboursée,  avec  arrêté  des  Co- 
mités réunis  de  salut  public,  de  sûreté 
générale  et  de  législation,  ordonnant  le 
payement  de  ladite  somme. 

4,  26  pluviôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  V  4775'2. 

343.  —  Déclaration  du  Comité  révolu- 
tionnaire du  4«  arrondissement,  certiliant 
que  le  citoyen  Charles  ïkévenin  a  été 
constitué  gardien  des  scellés  apposés  chez 
le  citoyen  Salmon,  député,  j-ue  Honoré, 
n"  16,  et  qu'il  est  resté  chargé  de  celle 
garde  jusqu'à  la  mise  en  liberté  dudit 
.Salmon. 

3  nivôse  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4775'2. 

SAURINE, 

Député  des  Landes. 

344.  —  Itaiiport  de  l'observateur  Cou- 
maze,  faisant  connaître  que  le  citoyen 
Saurine,  domicilié  rue  du  Faubourg-Sain  t- 
Jacques,  n"  217,  est  absent  de  chez  lui 
depuis  le  jeudi  3  du  courant,  et  que  les 
scellé»  ont  été  apposés  par  les  commis- 
saires du  Comité  révolutionnaire  de  la 
section  de  l'Observatoire,  le  jeudi  .19  du 

1"  mois. 

(Après  le  10  octobre  1793.) 
Original  signé,  A.  N.,  F'>  4775'*. 

345.  —  Lettre  du  sieur  Laterrière,  se- 
crétaire commis  du  Comité  des  in^ec- 
leurs,  au  Comité  de  sûreté  générale,  dé- 
.clarant  que,"  comme  le  salut  de  la  patrie 
impose  à  un  bon  républicain  de  coopérer, 
autant  qu'il  est  en  son  pouvoir,  à  déjouer 
les  projets  des  malveillants,  l'évêque 
Saurine,  ex  membre  du  Comité  des  ins- 
pecteurs, l'avait  chargé  d'envoyer,  pres- 
que chaque  jour,  à  des  personnes  mar- 


64 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


quées  sur  une  liste,  les  journaux  ainsi 
que  les  discours  des  fédéralistes  contre- 
révolutionnaires,  et  que  ces  personnes  ne 
peuvent  être  que  des  fédéralistes  ou  des  con- 
tre-révolutionnaires, mais  ajoutant  qu'il  a 
cherché  cette  liste  peu  après  l'arrestation 
de  Saurine  et  de  ses  complices,  et  qu'il 
ne  l'a  point  trouvée,  Saurine  ayant  jugé 
à  propos,  depuis  un  mois,  de  faire  les 
envois  lui-même. 

21  pluviôse  au  IL 
Original  signé,  A.  N.,F''  4775'*. 

346.  —  Mandat  d'arrêt  décerné  par  les 
administrateurs  de  Police  contre  le  ci- 
toyen Saurine,  député  à  la  Convention 
nationale,  demeurant  rue  du  Mont-Blanc, 
chaussée  d'Anlin,  n"  409,  et  remis  aux 
inspecteurs  Bance  et  Diancourt,  chargés 
de  procéder  à  l'arrestation  dudit  Saurine, 
et  de  le  conduire  à  la  maison  d'arrêt  du 
Luxembourg,  avec  ordre  au  commissaire 
de  police  de  sa  section  d'apposer  les 
scellés  sur  ses  papiers,  et  rapport  de 
Bance,  déclarant  que  ce  député  s'est  rendu 
en  prison,  il  y  a  environ  3  mois,  et  que 
les  scellés  ont  été  mis,  rue  du  Faubourg- 
Saint-Jacques,  n°  217,  et  dans  le  local 
([u'il  occupait  chez  Duval-Mondétour,  rue 
du  Mont-Blanc,  n"  409,  chez  lequel  il  tra- 
vaillait momentanément,  et  qui  est  sus- 
pecté d'émigration,  ajoutant  que  si  ce 
député  n'est  point  dans  les  maisons  d'ar- 
rêt, l'on  ignore  oii  il  peut  être. 

3  germinal  an  II. 
Originaux  signés (2 pièces),  A.N.,  F''  4775'*. 

347.  —  Déclaration  de  deux  membres 
du  Comité  révolulionnaire  de  la  section  de 
l'Observatoire,  reçue  par  les  administra- 
teurs de  Police,  affirmant  que  les  procès- 
verbaux  et  autres  pièces  relatives  à  l'afTaire 
de  Saurine,  ex  député,  ont  été  remis,  tant 
à  l'administration  qu'au  Comité  de  sûreté 
générale. 

5  germinal  an  II. 
Original,   signé    de    Goulart   et   Dubucamp, 
commissaires,  A.  N.,  F'  4775'*. 

348.  —  Arrêté  du  Comité  des  finances, 
autorisant  les  commissaires  de  la  Tréso- 
rerie à  se  présenior  à  la  maison  d'arrêt 


où  est  détenu  le  député  Saurine,  à  l'effet 
de  mettre  en  règle  la  comptabilité  des 
indemnités  accordées  aux  envoyés  des 
assemblées  primaires  pour  l'acceptation 
de  la  Constitution,  pour  lesquelles  la  re- 
connaissance du  citoyen  Saurine,  chargé 
de  faire  acquitter  cette  dépense,  est  né- 
cessaire, avec  lettre  des  commissaires  de 
la  Trésorerie  au  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, envoyant  copie  de  l'arrêté  du  Co- 
mité des  finances,  et  priant  de  faire  con- 
naître le  lieu  de  la  détention  du  citoyen 
Saurine,  afin  d'entrer  en  communication 
avec  lui,  et  lettre  du  Comité  de  sûreté 
générale  au  bureau  de  la  Police  adminis- 
trative, demandant  l'indication  de  cette 
maison  d'arrêt. 

7,  16  vendémiaire  an  III. 
Copie    conforme,    original    signé    et    nilnulc 
(3  pièces),  A.  N.,  F'  4775'*. 

349.  —  Accusé  de  réception  par  Sau- 
rine de  l'extrait  du  18  frimaire  concernant 
sa  rentrée  dans  le  sein  de  la  Convention. 

2  nivôse  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  49,  n-  1397. 

SERRE, 

Député  des  Hautes-Alpes. 

350.  —  Décret  de  la  Convention  natio- 
nale, ordonnant,  sur  le  rapport  de  son 
Comité  de  salut  public,  l'arrestation  im- 
médiate de  Serre,  représentant  du  peuple, 
et  l'apposition  des  scellés  sur  ses  papiers, 
scellés  qui  seront  ensuite  levés  en  pré- 
sence de  deux  membres  du  Comité  de 
sûreté  générale,  lequel  est  chargé  de  faire 
son  rapport  dans  le  plus  bref  délai,  avec 
arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale,  don- 
nant mandat  au  citoyen  Soulet  d'arrêter 
et  de  conduire  au  Comité  le  citoyen  Serre, 
conformémenlaudécretd'accusalion  rendu 
par  la  Convention. 

21  juillet  1793.      - 
Copies  conformes  (2 pièces),  A.  iV.,  F' 4775". 
Ed.  Procès-verbal  de  la  Convention  nationale, 
t.  XVII,  p.  60. 

3bl. —  Letire  de  Joseph  Serre,  député 
des  Hautes-Alpes,  à  la  Convention  natio- 
nale, déclarant  que,  fort  de  sa  conscience 


nÉCLAMATlONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCAIICÉRÉS 


63 


et  de  la  pureti^  de  ses  intentions,  il  s'est 
empressé,  dès  l'instant  de  son  arresta- 
tion, de  se  soumettre  à  la  loi,  que  les 
scellés  ont  été  apposés  sur  ses  papiers  et 
qu'il  se  trouve  sous  la  surveillance  de  deux 
fusiliers  de  la  section  des  Piques,  deman- 
dant par  qui  et  dans  quel  endroit  il  doit 
être  gardé,  en  attendant  le  rapport  que 
doit  faire  sur  son  compte  le  Comité  de 
sûreté  f^énérale,  et  priant  la  Convention 
de  décréter  qu'il  sera  gardé  chez  lui  par 
un  gendarme,  et  qu'eu  égard  à  son  peu  de 
santé,  il  lui  sera  permis  de  sortir  de  son 
appartement,  accompagné  par  ce  repré- 
sentant de  l'autorité,  et  de  décréter  éga- 
lement que  le  Comité  de  sûreté  générale 
lèvera,  dans  le  jour,  les  scellés  apposés 
sur  ses  papiers. 

22  juillet  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775'». 

3o2.  —  Certificat  du  Comité  révolution- 
naire de  la  section  des  Piques,  attestant 
que  le  citoyen  Hédeline  a  été  établi  gar- 
dien des  scellés  apposés  chez  le  citoyen 
Serre,  député,  qui  a  été  mis  en  état  d'ar- 
restation, le  9  octobre,  par  ordre  du  Co- 
mité de  sûreté  générale. 

21  brumaire  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  10,  n"  434. 

353.  —  Lettre  de  Serre,  député,  détenu 
à  la  Force,  au  Comité  de  sûreté  générale, 
renouvelant  la  requête  par  lui  présentée 
plusieurs  fois,  à  l'effet  de  procéder  à  la 
levée  des  scellés  apposés  sur  ses  papiers, 
et  ajoutant  que  son  collègue  Izoard  dé- 
duira les  motifs  pressants  qu'il  a  d'insister 
sur  sa  demande  et  de  recourir  à  la  justice 

du  Comité. 

25  nivôse  an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775". 

3'ù4.  —  Lettre  d'Auguste  Izoard,  député 
des  Hautes-Alpes,  demeurant  rue  Cau- 
martin,  n»  18,  au  Comité  do  sûreté  géné- 
rale, accompagnant  l'envoi  de  la  lettre  de 
Serre,  qui  sollicite  la  levée  des  scellés 
apposés  sur  ses  papiers,  afin  d'en  retirer 
plusieurs  titres  qui  doivent  être  remis  au 
bureau  <le  la  Liquidation,  notamment  des 
provisions  de  notaires,  qui  doivent  être 
livrées  d'ici  au  1"  février,  sous  peine  de 
T.  IX. 


déchéance,  et  priant  de  donner  à  cet  effet 
commission  à  l'un  des  secrétaires  du  Co- 
mité ou  aux  officiers  de  police  de  la  sec- 
tion des  Piques,  en  demandant  la  même 
faveur  relativement  aux  scellés  rais  sur 
les  papiers  de  Cazeneuve,  détenu  aussi  à 
la  Force,  qui  est  obligé  de  payer  le  loyer 
d'un  appartement  que  ses  facultés  ne  lui 
permettent,  pas  plus  qu'à  Serre,  de  payer 
sans  l'occuper. 

29  nivôse  .an  II. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4775". 

.Soj.  —  Procès-verbal  de  transport  d'un 
commissaire  du  Comité  révolutionnaire  de 
la  section  des  Piques,  accompagné  des 
citoyens  Cavanagh  et  Villeneuve,  officiers 
de  paix,  au  domicile  du  représentant 
Serre,  rue  de  Caumartin,  n°  708,  au  3« 
étage,  dans  une  chambre  garnie,  louée  au- 
dit Serre  par  le  citoyen  Grandoire,  levée 
des  scellés  sur  une  porte  d'armoire,  et 
extraction  de  divers  titres  de  créance 
concernant  la  commune  de  Veynes,  que 
les  officiers  de  paix  sont  chargés  de  re- 
mettre au  bureau  de  la  Liquidation. 

23  pluviôse  an  II. 
Original  signé,  A.  JV.,  F'  4775»». 

356.  —  Procès-verbal  de  la  Société  po- 
pulaire du  canton  de  laRoche-des-Arnau- 
des,  district  de  Gap,  constatant  que  Joseph 
Serre,  représentant  du  peuple,  depuis  le 
l'^'mai  1789  jusqu'au  jour  où  il  a  été  nommé 
à  la  Convention  nationale,  a  donné  cons- 
tamment les  preuves  du  patriotisme  le 
plus  distingué,  que  son  civisme,  bien  re- 
connu, lui  mérita  d'abord  une  place  dans 
l'administration  du  Département,  qu'il 
a  remplie  avec  autant  de  zèle  que  de  dis- 
tinction, que,  quoique  marié,  ayant  des 
enfants,  il  se  voua  généreusement  au  ser- 
vice de  la  patrie  dans  le  second  bataillon 
des  Hautes-Alpes,  que,  par  ses  discours 
et  son  exemple,  il  détermina  ses  2  frères 
à  aller  servir  également  la  nation,  où  ils 
occupent  encore  dans  les  armées  de  la 
République  le  poste  que  leur  assignèrent  la 
gloire  et  l'amour  de  la  liberté,  qu'une 
preuve  irrécusable  de  son  ardent  patrio- 
tisme fut,  sans  contredit,  sa  nomination 
à  la  Convention,  malgré  son  absence  et 

5 


66 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


son  éloigueraentde  l'Assemblée  électorale, 
avec  lettre  d"envoi. 

8  germinal  an  IL 
Extrait  collationné  et  original  signé  (2  pièces), 
A.  iV.,  F' 4775'8. 

35T.  —  Certificat  du  Conseil  général  de 
la  commune  de  la  Roche-des-Arnaudes, 
attestant  que  le  citoyen  Joseph  Serre,  re- 
présentant du  peuple,  jusqu'au  moment 
où  il  a  été  nommé  à  la  représentation 
nationale,  a  donné  des  preuves  non  équi- 
voques du  plus  pur  civisme,  ledit  certificat 
affiché  à  la  porte  de  la  maison  commune. 

14  germinal  an  IL 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775'*. 

3;j8.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
membres  et  commissaires  du  Comité  ré- 
volutionnaire du  i"  arrondissement,  rue 
Caumartin,  n°  8,  section  des  Piques,  au 
domicile  et  en  présence  du  citoyen  Serre, 
député,  lesquels,  ont  procédé  £i  la  recon- 
naissance et  levée  des  scellés. 

6  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4775". 

339.  —  Requête  de  Joseph  Serre,  député 
des  Hautes-Alpes,  à  ses  collègues  compo- 
sant les  Comités  de  salut  public,  de  sû- 
reté générale  et  de  législation,  à  l'effet 
d'obtenir  le  remboursement  de  la  dé- 
pense extraordinaire  que  lui  a  occasionné 
une  détention  de  16  mois,  dépense  qu'il 
estime  se  monter  à  1,200  livres,  avec 
arrêté  conforme  des  Comités  réunis,  or- 
donnant le  payement  de  cette  somme. 

24,  27  prairial  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.N.,  F' 4775". 


SOUBEYRAN   DE   SAINT-PRIX, 

Député  de  VArdiche. 

360.  —  Lettre  de  M.  deFonlbonne,  colo- 
nel du  18«  i-égiment  d'infanterie,  écrite  de 
Dinant-sur-Meuse  à  Saint-Prix,  donnant 
des  détails  sur  la  déroute  inconcevable 
qui  s'est  produite  du  côté  d'Aix-la-Cha- 
pelle, où  plus  de  10,000  volontaires  na- 
tionaux ont  pris  la  fuite,  se  disant  tous 


malades,  sans  qu'aucun  puisse  prouver 
avoir  vu  l'ennemi,  véritable  diablerie,  ter- 
reur panique  dont  on  ne  peut  se  faire  une 
idée,  tous  les  rapports  confirmant  que  le 
général  Steiigel,  qui  commandait  l'avanl- 
garde,  s'est  laissé  surprendre,  ce  qui 
semble  assez  suspect,  ledit  Stengel  étant 
un  Allemand,  et  montrant  la  nécessité 
pour  la  Convention  de  renforcer  les  troupes 

de  ligne. 

7  mars  !793. 
Original  signé,  A.  N.,  F'  4775". 

361.  —  Procès-verbal  de  transport  des 
commissaires  du  Comité  de  surveillance 
de  la  section  des  Tuileries,  accompagnés 
du  citoyen  Gauthier,  inspecteur  de  police, 
rue  de  Rohan,  n°  17,  en  l'appartement  du 
citoyen  Saint-Prix,  député,  et  apposition 
des  scellés  sur  un  secrétaire  et  4  armoires 
contenant  les  papiers  dudit  Saint-Prix 
ainsi  que  sur  une  caisse  de  livres  reliés. 

4  octobre  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4775". 

362.  ■—  Mémoire  justificatif  du  citoyen 
Saint-Prix,  député,  décrété  d'arrestation 
et  détenu  à  la  Force,  aux  Comités  de  sa- 
lut public  et  de  sûreté  générale,  faisant 
un  tableau  de  sa  conduite  depuis  et  avant 
la  Révolution,  rappelant  notamment  son 
attitude  énergique  dans  le  directoire  de 
son  département  où  il  était  à  peu  près  le 
seul  patriote,  lors  du  rassemblement  de 
Jalès,  déclarant  que  depuis  deux  ans  qu'il 
a  siégé  aux  Assemblées  législative  et  con- 
ventionnelle, il  n'a  pas  parlé  deux  fois  aux 
lîrissot,  Vergniaud,  Guadet  et  Gensonné, 
qui  semblaient  regarder  avec  dédain  ceux 
qui,  comme  lui,  sont  étrangers  à  toute 
intrigue,  et  qu'il  a  sacrifié  tout  son  temps 
à  la  Convention  et  au  Comité  des  pétitions 
et  correspondance  dont  il  a  fait  partie  jus- 
qu'au jour  de  sa  détention,  affirmant  qu'il 
a  toujours  voté  dans  tous  les  appels  nomi- 
naux avec  la  Montagne,  qu'il  était  à  son 
poste  lors  des  journées  des  27,  31  mai  et 
2  juin,  qu'ayant  entendu  Lacroix,  Barère 
et  autres  patriotes  se  plaindre  de  ce  qu'on 
n'était  pas  libre,  il  avait  pensé  pouvoir 
en  faire  part  à  ses  commettants,  et 
avait  signé   une  adresse  qu'on  lui    avait 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DKS  DÉPUTÉS  INCAnCÉHÉS 


67 


présentée,  parce  qu"il  n'y  avait  que  des 
faits,  que  mieux  informé  quelques  jours 
après,  voyant  le  danger  qu'il  y  avait  à  la 
rendre  publique,  il  fit  en  vain  des  démar- 
ches pour  l'anéantir,  il  avait  cru  que  sa 
présence  assidue  à  la  Convention  tiendrait 
lieu  de  rétractation,  ajoutant,  pour  termi- 
ner, que  s'il  est  coupable,  qu'on  le  frappe, 
qu'il  a  toujours  été  républicain  et  mourra 
lel,  avec  lettre  au  président  du  Comité  de 
sûreté  générale,  accompagnant  l'envoi  de 
ce  mémoire. 

ly°  jour  du  l»' mois  de  l'an  II  (10  octobre  1793). 
Originaux  signés  (2  pièces),  A.  iV.,F'4775". 

363.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
Pierre-Antoine  Grangeon,juge  de  paix  du 
canton  de  Saint-Péray,  en  raison  de  la 
correspondance  entretenue  par  le  citoyen 
Saint-Prix,  député  du  département  de 
l'Ardèche,  mis  en  état  d'arrestation,  avec 
SCS  sœurs  :  1°  dans  la  maison  du  citoyen 
Saint-Prix,  où  il  a  trouvé  l'une  de  ses 
sœurs,  Rose-Victoire  Saint-Prix  Soubey- 
ran  (les  deux  autres  étant  absentes  dans 
le  département  de  la  iJrôme),  laquelle  a 
déclaré  qu'à  mesure  qu'elle  et  ses  sœurs 
recevaient  des  lettres  de  leur  frère,  elles 
s'en  servaient  pour  envelopper  du  café, 
des  fleurs  sèches,  et  ne  pouvaient  en  mon- 
trer aucune,  et  apposition  des  scellés  ; 
2o  au  domaine  de  Chambon,  commune  de 
Saint-Didier,  où  les  scellés  ont  été  apposés 
sur  la  porte  de  l'appartement  que  le  sieur 
Saint-Prix  y  occupait  ;  3°  au  domicile  du 
maire  Tracol,  qui  a  représenté  au  juge  de 
paix  les  Ruiletinsde  la  Convention  du  mois 
de  juin,  dont  plusieurs  portent  des  notes 
et  apostilles  de  la  main  du  sieur  Saint- 
Prix,  entre  autres  ceux  du  7  et  du  20  juin, 
plus  une  brochure  de  8  feuillets  intitulée  : 
Relation  des  événements  des  31  mai  et 
2  juin  1793,  et  autres  imprimés,  de  môme 
les  registres  du  bureau  de  la  poste  pour 
les  chargements,  à  l'effet  de  constater 
quelles  lettres  avaient  été  envoyées  par 
le  citoyen  Saint-Prix  à  ses  sœurs. 

II,  12  octobre  1793. 

Copie  collatiunnée,  A.  N.,  V  4775". 

Ledit  procès-vcrbal  envoyé  au  Comité  île 
salut  public  et  renvoyé  au  Comité  de  sûreté 
générale  le  12  brumaire  an  II. 


304.  —  Lettre  du  sieur  Grangeon,  juge 
de  paix  du  canton  de  Suint-Péray,  dépar- 
tement de  l'Ardèche,  ou  Comité  de  salut 
public,  accompagnant  l'envoi  de  procès- 
verbaux  avec  pièces  jointes  contre  le  ci- 
toyen Saint-Prix,  député  de  l'Ardèche, 
notamment  d'un  imprimé  intitulé  :  Hela- 
tion  des  événements  des  31  mai  et  2  juin  1793, 
envoyé  au  maire  et  aux  officiers  municipaux, 
d  un  autre  :  Compte  rendu  à  nos  commet- 
tants, de  plusieurs  Bulletins  imprimés  de  la 
Convention  nationale,  annotés  au  verso 
par  Saint-Prix,  et  d'un  di.scours  de  Lan- 
juinais,  prononcé  le  2  juin  1793,  avec 
détails  très  circonstanciés  sur  les  faits  les 
plus  mémorables  de  celte  journée. 

18  octobre  1793. 
Original  signé  et  imprimés  (1  dos.),   A.  N., 
V^  4775". 

365.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, chargeant  le  Comité  révolution- 
naire de  la  section  sur  laquelle  résidait  le 
citoyen  Saint-Prix,  député,  détenu  à  la 
Force,  de  lever  les  scellés  apposés  sur  ses 
papiers  et  d'en  faire  l'examen  en  sa  pré- 
sence, l'autorisant  à  extraire  le  citoyen 
Saint-Prix  de  la  maison  d'arrêt  où  il  est 
enfermé,  pour  qu'il  assiste  à  la  levée  des 
scellés  et  vérification  de  ses  papiers,  à 
charge  de  l'y  réintégrer,  dès  que  cette 
opération  sera  finie. 

14  frimaire  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  V  4775". 

300.  —  Procès-verbal  de  transport  de 
deux  commissaires  du  Comité  révolution- 
naire de  la  section  des  Tuileries,  en  vertu 
de  l'arrêté  du  Comité  de  sûreté  générale 
du  14  frimaire,  rue  de  Rohan,  n°  17,  au 
domicile  du  citoyen  Saint-Prix,  député, 
levée  des  scellés,  en  présence  dudit  Saint- 
Prix  et  du  citoyen  Pigcau-Villier,  secré- 
taire du  Comité  de  sûreté  générale,  exa- 
men des  papiers,  où,  après  les  recherches 
les  plus  scrupuleuses,  il  ne  s'est  rien 
trouvé  de  suspect,  mais  d'où  il  a  été  néan- 
moins extrait  29  pièces  qui  ont  paru  mé- 
riter quelque  attention. 

22  frimaire  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F''  4775". 


ÔHAPITIIE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


367.  —  Déclaration  de  Pierre -Louis 
Hosteaux,  inspecteur  de  police,  reçue  par 
le  Comité  révolutionnaire  de  la  section 
des  Tuileries,  portant  qu'ayant  été  chargé 
par  le  Comité  de  sûreté  générale  d'ex- 
traire de  la  prison  de  la  Force  le  ci- 
toyen Saint-Prix,  député,  à  l'effet  d'as- 
sister à  la  perquisition  de  ses  papiers,  il 
fut  1res  surpris,  l'opération  une  fois  ter- 
minée et  les  commissaires  partis,  de  voir 
le  citoyen  Saint-Prix  lui  proposer  de  boire 
un  verre  de  vin  et  de  prendre  sa  part 
d'un  pâté,  ce  que  ledit  Hosteaux  a  refusé, 
en  déclarant  qu'il  devait  reconduire  le 
sieur  Saint-Prix  à  la  Force,  qu'arrivé  à  la 
prison,  entre  les  deux  guichets,  le  citoyen 
Saint-Prix  feignant  de  lui  donner  la  main, 
lui  glissa  un  assignat,  dont  il  ignore  la 
valeur,  lequel  Hosteaux  ayant  manifesté  sa 
répugnance,  lui  rendit  l'assignat  en  pré- 
sence de  plusieurs  personnes,  en  lui  di- 
sant :  «  Connaissez  mieux  votre  monde, 
ce  n'est  pas  à  un  homme  comme  moi  à 
qui  l'on  fait  des  offres  semblables  »,  et  le 
quitta  aussitôt  en  lui  montrant  beaucoup 
d'humeur. 

22  frimaire  an  II. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4775". 

368.  — -  Lettre  de  Saint-Prix,  député,  ac- 
cusant réception  de  l'expédition  en  forme 
du  décret  de  la  Convention,  du  2  bru- 
maire, qui  lui  permet  de  se  faire  trans- 
férer dans  son  domicile,  à  Paris,  pour  y 
rétablir  sa  santé,  et  où  il  se  trouve  en  ce 
moment. 

3  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  AA  49,  n»  1397. 

369.  —  Déclaration  de  Saint-Prix,  re- 
présentant du  peuple,  ex  détenu,  portant 
que,  le  3  octobre  1793,  jour  de  son  arres- 
tation, dans  une  dos  salles  de  la  Conven- 
tion, un  individu  employé  dans  l'un  des 
bureaux  de  la  Convention,  s'est  transporté 
dans  sa  chambre  et  lui  a  enlevé  133  livres 
et  quelques  sols,  tant  en  or  qu'en  argent, 
300  livres  en  assignats,  et  a  retiré  en  son 
nom  plusieurs  de  ses  indemnités,  en  a 
gardé  une  entière  et  39  livres  10  sols  d'une 
autre,  soit  en  tout  2,012  livres,  et  offrant 
de  fournir  tous  les  renseignements  néces- 
saires pour  atteindre  le  particulier  en  ques- 


tion, la  Convention  ne  devant  pas  salarier 
des  coquins,  et  le  Comité  de  sûreté  géné- 
rale devant  s'empresser  de  chasser  cet 
homme  et  le  remplacer  par  quelqu'un  de 

probe. 

(4  brumaire  an  III.) 
Original  signé,  A.  N.,  F^  4775". 

370.  —  Quittance  de  la  somme  de  240 
livres  délivrée  par  le  citoyen  Belhomme 
au  citoyen  Saint-Prix  pour  le  loyer  des 
7  mois  qu'il  a  passés  dans  sa  maison  de 
la  rue  de  Charonnc,  et  autre  quittance  de 
80  livres,  délivrée  par  le  sieur  Simonneau, 
boulanger,  rue  de  Rohan,  pour  augmen- 
tation de  loyer  pendant  la  garde  des 
scellés  et  détention  du  sieur  Saint-Prix, 
avec   autres  quittances   du   gardien   des 

scellés. 

4  brumaire  an  III. 
Originaux  signés  (4  pièces),  A.  JV.,  F'' 4775". 

371.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  que  les  scellés  apposés 
chez  le  citoyen  Saint-Prix,  député  de  l'Ar- 
dèche  à  la  Convention  nationale,  seront 
levés  par  le  juge  de  paix  du  canton  de 
Peray-Vin  blanc  (Saint-Peray),  district  de 
Mezin,  ou  tout  autre  officier  pubhc. 

9  nivôse  an  III. 
Copie  conforme,  A.  N.,  F'  4775". 

372.  —  Déclaration  de  Saint-Prix,  repré- 
sentant du  peuple,  ex  détenu,  aux  Comités 
de  gouvernement,  à  l'effet  d'obtenir  le 
remboursement  :  1°  de  la  somme  de  353 
livres  payée  à  Turlais,  gardien  des  scellés, 
durant  sa  détention  ;  2°  de  80  livres  au 
sieur  Simonneau,  pour  augmentation  de 
loyer  ;  3°  de  53  livres  5  sols  pour  bois  et 
chandelle  brûlés  par  le  gardien  ;  4»  de 
100  livres  pour  son  loyer  à  la  Force;  5° de 
240  livres  pour  frais  de  son  logement  chez 
Belhomme;  6"  de  1,012  livres  pour  divers 
objets  qui  lui  ont  été  enlevés  pendant  sa 
détention,  formant  un  total  de  1,840  livres 
5  sols,  passant  sous  silence  les  frais  de 
garde-malade  et  autres,  qu'une  maladie 
de  4  mois,  causée  par  l'air  pestiféré-  des 
prisons  et  dont  il  a  failli  mourir,  lui  ont 
occasionnés,  avec  arrêté  des  Comités 
réunis  de  salut  public,  de  sûreté  générale 
et  de  législation,  statuant  sur  la  réclama- 


RÉCLAMATIONS  ET  JUSTIFICATION  DES  DÉPUTÉS  INCARCÉRÉS 


tion  du  citoyen  Saint-Prix  et  ordonnant  le 
payement  de  la  somme  de  1,840  livres 
S  sols  pour  le  remboursement  des  diffé- 
rentes sommes  qu'il  a  été  obligé  de  payer 
pendant  les  13  mois  qu'il  a  été  détenu. 

10,  16  pluviôse  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme   (2  pièces), 
A.  TV.,  F"  4775".  >     ^■         / 

SOULIGNAC, 

Député  de  la  Haute-Vienne. 

373.  —  Lettre  de  Soulignac,  député  à  la 
Convention  nalioiiale,  quai  Voltaire, n"  17, 
au  citoyen  Ausaniaud,  marchand  de  vin 
et  membre  du  Comité  révolutionnaire, 
rue  du  Bac,  le  priant  de  lui  faire  délivrer, 
le  plus  promptement  possible,  les  expé- 
ditions de  quelques  actes  se  trouvant  au 
secrétariat  du  Comité,  notamment  :  1°  une 
expédition  du  procès-verbal  de  son  arres- 
tation et  de  l'apposition  des  scellés  sur  ses 
papiers,  en  date  du  21  août  1793  ;  2"  une 
expédition  du  procès-verbal  de  levée  des 
.scellés,  en  date  du  17  septembre;  3°  une 
expédition  du  procès-verbal  de  remplace- 
ment des  gendarmes  par  deux  citoyens 
de  la  section,  en  date  du  21  nivôse  ;  4°  une 
expédition  de  l'arrêté  du  Comité  de  sûreté 
■  générale,  en  date  du  6  vendémiaire  an  III, 
toutes  pièces  qui  lui  sont  nécessaires. 

23  vendémiaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  F^  47752'. 

TOURNIER,     « 

Député  de  l'Aude. 

374.  —  Arrêté  du  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale, ordonnant  la  levée  des  scellés 
dans  l'appartement  occupé  par  le  repré- 
sentant Tournier,  cour  Guillaume,  et  pro- 
cès-verbal de  lovée  des  scellés  par  le  Co- 
mité révolutionnaire  du  2«  arroiidis.scment, 
dans  une  chambre  au  2"=  étage,  sur  un  se- 
crétaire dit  chiffonnier. 

4,  8  brumaire  an  III. 
Copie  conforme  et  original  signé  (2  pièces) 

37;;.  —  Lettre  de  Tournier,  député  de 
l'Aude,  au  Comité  de  sûreté  générale,  ré- 
clamant une  somme  de  133  livres,  prise 
par  le  citoyen  Grepin,  administrateur  de 


09 

Police,  qui  vint  à  la  Force  le  17  floréal, 
en  vertu  d'arrêté  du  Comité  de  sûreté 
générale  du  16,  de  plus,  deux  rasoirs,  un 
couteau  et  une  paire  de  ciseaux,  qui  lui 
furent  enlevés  dans  la  nuit  du  25  floréal 
an  II. 

21  brumaire  an  III. 
Original  signé,  A.  N.^V  4775'2. 

^  376.  —  Requête  de  Tournier,  député  de 
l'Aude,  aux  Comités  de  salut  public,  de 
sûreté  générale  et  de  législation,  rappe- 
lant qu'il  a  été  incarc.éré  à  la  Force  le 
9  octobre,  et  que,  le  même  jour,  les  scellés 
furent  mis  sur  ses  papiers  et  sont  restés 
apposés  un  an  21  jours,  et  que,  pendant 
tout  ce  temps,  il  a  payé  le  loyer  de  l'ap- 
partement qu'il  occupait  lors  de  son  ar- 
restation, et  réclamant,  on  coiisé(iuence, 
le  remboursement  des  090  livres  12  sols 
par  lui  payées,  à  raison  de  S5  livres  par 
mois,  plus  une  somme  de  500  livres  par 
lui  délivrée  au  gardien  des  scellés,  en  vertu 
d'ordonnance  du  Département  de  Police 
du  19  brumaire  an  II,  avec  arrêté  dos 
Comités  réunis,  ordonnant  le  payement 
de  ces  deux  sommes,  formant  ensemble 
celle  de  1,256  livres  12  sols,  et  quittances 
du  sieur  Bazin,  gardien  des  scellés. 

30  nivôse  an  III. 
Originaux  signés  et  copie  conforme  (3  pièces), 
A.  N.,  F''  477532_  ^    '  " 

VER.NIER, 

Député  du  Jura. 

377.  —  Rapport  de  Mercereau,  officier 
de  paix,  chargé  de  mettre  à  exécution  le 
mandat  d'arrêt  décerné  contre  les  ci- 
toyens Babey  et  Vernier,  députés  du 
département  du  Jura,  déclarant  s'être 
transporté  à  leur  domicile,  rue  des  Saints- 
Pères,  n°  1225,  où  la  portière  de  la  mai- 
son lui  avait  dit  que  ces  2  citoyens  étaient 
déménagés  depuis  un  mois  et  qu'ils 
demeuraient,  croyait-elle,  rue  Saint-Ho- 
noré,  que  ces  citoyens  avaient  envoyé 
chercher  les  lettres  à  leur  adresse,  mais 
que  depuis  12  à  15  jours  elle  n'avait  vu  . 
ni  lettres  ni  celui  qui  venait  habituelle- 
ment les  chercher. 

7  octobre  1793. 
Originaux  signés(2  pièces),  A.N.,  F14775**. 


70  CHAPITRE  l«^  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


378.  _  Rapport  de  Mercereau,  officier 
de  paix,  déclarant  que,  n'ayant  point 
trouvé  à  leur  domicile,  rue  des  Saints- 
Pères,  n"  1221;,  les  citoyens  Vernier  et 
Babey,  députés  du  Jura,  iiu'il  était  chargé 
de  mettre  en  état  d'arrestation,  attendu 
qu'ils  ont  déménagé  depuis  un  mois,  il  a 
pris  tous  les  renseignements  possibles  à 
la  Convention,  ainsi  qu'au  bureau  de  la 
petite  poste,  près  l'entrée  de  la  barre,  et 
qu'il  n'a  rien  pu  découvrir. 

2*  jour  de  la  3'  décade  du   1  •'  mois  de  l'an  II 
(13  octobre  1793.) 
Original  signé,  A.  A'.,  I"  4775". 

379.  —  Procès-verbal  dressé  par  Louis- 
François  Beffara,  commissaire  de  police  de 
la  section  du  Mont-Blanc,  et  constatant 
que  Théodore  Vernier,  député  du  dépar- 
tement du  Jura,  habitant  la  maison  garnie 
du  Mont-Blanc,  rue  du  môme  nom,  tenue 
par  Michel  llaldcn-Beaulieu,  a  quitté  celle 
maison  le  3  octobre  dernier,  après  y  avoir 
demeuré  depuis  le  i"'  septembre,  et  qu'il 
n'a  été  apposé  aucuns  scellés  sur  ses 
effets  et  papiers. 

5  germinal  an  III. 
Original  signé,  A.  N.,  V  4775**. 

• 

380.  —  Requête  de  Vernier,  député  du 
Jura,  aux  Comités  de  salut  public,  de  lé- 
gislation et  de  sûreté  générale,  exposant 
que  les  adminislrations  de  disirict,  gui- 
dées par  les  agents  de  Robespierre  et  de 
Dumas,  qui  ont  imaginé  pour  assouvir 
leur  haine  de  le  comprendre  sur  la  liste 
des  émigrés,  alors  qu'il  n'était  qu'errant 
et  fugitif  dans  les  chalets  et  montagnes 
du  Jura,  ont  fait  vendre  son  mobilier,  son 


bétail  et  mis  sous  séquestre  ses  revenus  et 
propriétés,  et  sollicitant  :  1"  le  payement 
de  la  somme  de  0,373  livres,  montant  de 
la  vente  de  son  mobilier  de  Lons-le-Sau- 
nier  ;  2'  la  restitution  de  sa  bibliothèque 
et  de  son  linge  transportés  au  dépôt;  3°  la 
restitution  du  produit  de  la  vente  du 
bétail  dans  son  domaine  de  Montorient  ; 
4"  la  levée  des  scellés  existant  dans  sa 
maison  de  campagne  de  Pin  ;  5°  la  main- 
levée du  séquestre  sur  ses  propriétés  dans 
le  district  de  Lons-le-Saunier  et  autres;  la 
reslilution  de  tous  les  loyers  et  fermages 
perçus  par  les  receveurs  des  domaines 
nationaux;  7"  la  résiliation  de  tous  baux 
faits  par  les  administrations  de  district  ; 
8»  la  radiation  de  son  nom  de  la  liste  des 
émigrés;  9°  la  mise  à  la  charge  du  Trésor 
public  des  frais  de  scellés,  de  garde  et 
d'administration,  avec  arrêté  conforme 
en  tous  points  des  Comités  réunis. 

22  pluviô-se  an  III. 
Original  signé  et  copie  conforme  (2  pièces), 
A.  N.,  I"  4775**. 

VINCENT, 

Député  de  la  Seine-Inférieure. 

381.  —  Procès-verbal  de  reconnaissance 
et  de  levée  des  scellés  apposésau  domicile 
du  citoyen  Vincent,  député, rue  de  Lille, 
11°  007,  en  vertu  d'un  ordre  du  Comité  de 
sûreté  générale,  du  4  brumaire,  par  les 
soins  du  citoyen  Sevray,  meiiibro  du 
Comité  du  ♦  arrondissement,  séant  sec- 
tion de  la  Halle-au-Blé. 

Il  brumaire  an  III. 
Original  signé,   au  verso  de  l'arrêté  du  Co- 
mité, ^.  iV.,  I"  4775*8. 


13.  —  L'esprit  public  à  Faris  de  janvier  à  juin  1793.  — 
Rapports  et  ordres  du  jour  de  la  garde  nationale.  — 
Rapports  et  déclarations  des  observateurs  au  Bureau 
de  surveillance  de  la  F"olice. 


382.  —  Lettre  de  Sanlerre,  commandant 
général  de  la  garde  nationale,  au  Conseil 
exécutif  provisoire,  aci:usant  réception  de 
l'extrait  des  délibérations  du  Conseil  rela- 
tivement aux  mesures  à  prendre  pour  as- 


surer la  tranquillité  dans  les  spectacles, 
et  l'assurant  de  son  zèle  pour  l'exécution 
des  ordres  en  question. 

16  janvier  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'^'  1470. 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


71 


383.  —  Rapport  gi'néral  des  légions  de 
la  garde  nationale,  signalant,  entre  au- 
tres particularités,  que,  dans  la  3°  lé- 
gion, le  poste  de  cavalerie  aux  Ecuries  ci- 
devant  Monsieurn'avait  pas  le  mot  d'ordre 
et  n'a  voulu  reconnaître  aucunes  pa- 
trouilles, sous  prétexte  que  les  cavaliers 
n'avaient  que  des  gilets  sans  doublure  et 
ne  pouvaient  sortir  par  le  froid  de  la  nuit, 
et  faisant  observer  que,  les  rapports  de  la 
veille  n'étant  parvenus  que  très  tard  à 
l'état-major,  on  n'a  pu  envoyer  au  Conseil 
exécutif  que  l'ordre  général,  que,  du  reste, 
il  n'y  avait  rien  de  nouveau  ni  d'intéres- 
sant, la  tranquillité  avait  été  absolue  et 
les  rondes  et  patrouilles  faites  très  exacte- 
ment. 

17  janvier  1793. 
Original,  certifié  par  Clément,  secn'taire  de 
l'Etat-major  général,  A.N.,  AF'^  1470. 

384.  — •  Lettre  do  Santerre,  commandant 
général  provisoire  de  la  garde  nationale, 
au  Conseil  exécutif,  annonçant  qu'il  arrive 
du  Temple  et  des  postes,  et  que  tout  est 
parfaitement  tranquille,  qu'il  a  consigné  à 
l'Ecole  militaire  200  hommes  et  200  che- 
vaux, que  dans  chaciue  section  il  y  a 
tiO  hommes  de  réserve,  et  envoyant  à  sa 
place  son  adjudant  général,  car  il  n'a  pas 
dormi  depuis  deux  nuits  et  tient  à  être 
prêt  dans  deux  heures,  si  l'on  a  besoin  de 
lui. 

17  janvier  1793,  minuit. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

383.  —  Lettre  de  Vincent,  secrétaire 
général  do  la  force  armée,  annonçant  que, 
conformément  à  l'arrêté  du  Conseil  exé- 
cutif provisoire  du  17  janvier,  le  Comman- 
dant général  provisoire  continuera  à  faire 
passer  journellement  la  feuille  de  rapport 
des  faits  qui  seront  venus  à  sa  connais- 
sance et  des  mesures  qui  auront  été  prises 
pour  le  maintien  de  l'ordre  et  de  la  paix 
publique. 

17  janvier  1793. 

Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

Pour  l'arrêté  du  Conseil  exécutif  (lu  17  jan- 
vier, v.  le  t.  VIII  de  notre  Répertoire,  n"  1093. 

386.  —  Exlrnit  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  portant  que 
les  chefs  de  légion  commanderont,  dans 


chaque  section,  une  réserve  de  SO  hommes 
au  lieu  de  2">,  déclarant  qu'il  n'y  a  aucune 
crainte  à  avoir,  que  le  Commandant  géné- 
ral, qui  a  passé  la  nuit  à  visiter  les  postes, 
les  a  trouvés  en  règle,  que  l'opinion  seule 
est  un  peu  égarée,  mais  qu'avec  un  com- 
mandant général  patriote  et  n'ayant  d'autre 
but  que  la  défense  publique  et  des  lois, 
une  union  parfaite,  une  surveillance  gé- 
nérale entre  les  sections,  le  Département 
et  la  Municipalité,  quoiqu'on  ait  fait  croire 
qu'il  y  a  dans  Paris  des  factieux  cachés, 
il  n'y  a  pas  lieu  de  concevoir  la  moindre 
inquiétude,  pourvu  que  les  sections  restent 
unies. 

17  janvier  1793. 
Extrait  conforme,  signé  de  Clément,  A.  N., 
AF'V  1470. 

387.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  portant  que  les 
patrouillessc  feront  de  jour  comme  de  nuit 
et  que  chaque  compagnie  de  canonniers 
fournira  4-  hommes  de  garde  par  pièce  de 
canon, que  le  commandant  de  chaque  poste 
fera  trois  appels  parjour,  que  les  chefs  de 
légion,  commandants  en  chef  et  en  second 
des  sections  sont  invités  à  ne  pas  s'éloi- 
gner de  chez  eux,  que  chaque  caserne  de 
fédérés  et  autres  troupes  de  ligne  consi- 
gnera la  moitié  de  sa  troupe,  constatant 
qu'il  y  a  ,800  hommes  à  cheval  prêts  à 
marcher  et  un  plus  grand  nombre  de 
troupes  de  ligne  et  de  fédérés,  et  invitant 
les  commissaires  des  sections  à  veiller  de 
très  près  à  ce  que  les  marchands  d'habits 
et  colporteurs  n'achètent,  sous  aucun  pré- 
texte, d'habits  ou  d'armes  de  la  cavalerie 
de  l'Ecole  militaire  et  de  toutes  autres 
troupes  à  la  solde  de  la  République. 

18  janvier  1793. 
Extrait  conforme,  signé  de   Clément,  secré- 
taire de  l'Etat-major,  A.  N.,  AF'V  1470. 

388.  —  Lettre  de  Chambon,  maire  de 
Paris,  au  Conseil  exécutif  provisoire,  fai- 
sant connaître  que  la  tranquillité  est  assez 
générale  et  déclarant  que  le  dessein  de  se 
porter  au  Temple  pour  égorger  la  famille 
de  Louis  Capet  est  inconnu  de  beaucoup 
de  personnes,  mais  qu'il  a  donné  des  ordres 
aux  commandants  des  sections  armées 
voisines  du  Temple  et  au  Commandant  gé- 


72 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


néral  pour  prévenir  l'effet  de  cette  résolu- 
tion, si  l'on  voulait  la  mettre  à  exécution, 
ajoutant  qu'il  existerait,  parait-il,  une  liste 
de  proscription,  qu'on  nomme  la  grande 
liste,  dans  laquelle  on  lui  a  fait  l'honneur 
de  le  comprendre,  mais  qu'il  n'a  pu  savoir 
quels  étaient  les  autres  noms,  et  que  cette 
circonstance  concorde  avec  les  propos  que 
sa  femme  a  entendus,  ce  matin  aux  Tui- 
leries, sur  le  sort  qu'on  lui  prépare. 

18  janvier  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

389.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  déclarant  que 
les  circonstances  extraordinaires  où  l'on 
se  trouve  font  assez  présumer  les  dan- 
gers à  craindre  et  les  précautions  à  pren- 
dre, qu'il  est  inutile  de  se  persuader 
qu'aucun  Français,  aucun  républicain  ait 
besoin  de  phrases  pour  le  stimuler,  qu'en 
conséquence  le  Commandant  général  de- 
mande la  même  surveillance  et  la  même 
exactitude  que  les  jours  précédents,  et 
maintient  les  réserves  de  cinquante  hom- 
mes jusqu'à  nouvel  ordre,  avec  rapport 
général  des  légions,  portant  que  tout  a  été 
de  la  plus  parfaite  tranquillité  dans  Paris. 


19  janvier  1793. 
Extraits  conformes  (2  pièces), 
1470. 


A.  N.,  AF'\ 


390.  —  Lettre  de  Sanlerre,  commandant 
général  provisoire,  maréchal  de  camp  de 
la  17°  division,  au  citoyen  Pache,  ministre 
de  la  guerre,  accusant  réception  de  sa 
lettre  qui  lui  confirme  l'assassinat  commis 
sur  la  personne  do  Le  Peletier  de  Saint- Far- 
geau,  qu'il  connaissait  déjà,  mais  l'avis 
de  l'arrestation  de  l'assassin,  donné  par 
le  ministre,  va  lui  faire  prendre  des  me- 
sures dont  il  fera  connaître  le  résultat. 

20  janvier  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'v  1470. 

391.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  invitant  les 
commandants  et  adjudants  de  la  section 
de  l'Arsenal  à  faire  de  fréquentes  visites 
au  poste  de  la  fonderie  de  l'Arsenal,  en 
raison  de  l'inexactitude  du  service  des 
canonniers,  donnant  des  instructions  aux 


adjudants  chargés  de  rondes,  et  décidant 
que  tous  les  citoyens  se  tiendront  prêts  à 
marcher  au  premier  rappel,  qu'à  ce  mo- 
ment chaque  section  désignera  25  fu- 
siliers qui  auront  chacun  une  carte  à  la 
boutonnière,  portant  leur  nom,  celui  du 
président  et  de  la  section,  seront  munis 
chacun  16  cartouches,  et  devront  savoir 
manœuvrer. 

20  janvier  1793. 

Extrait  conforme,  signé  do  Clément,  A.  N., 
AF'v  1470. 

392.  —  Lettre  de  Chambon,  maire  de 
Paris,  au  citoyen  Grouvelle,  secrétaire  du 
Conseil  exécutif  provisoire,  accusant  ré- 
ception de  l'arrêté  du  Conseil  relatif  aux 
mesures  à  prendre  par  la  Municipalité,  de 
concert  avec  le  Département  et  le  Comman- 
dant général,  pour  lui  rendre  compte  de  la 
situation  de  Paris  et  des  dispositions  prises 
pour  le  maintien  de  l'ordre  et  de  la  tran- 
quillité publique,  et  annonçant  qu'il  a  été 
chargé  de  se  concerter  avec  le  Départe- 
ment de  Police  pour  envoyer  chaque  jour 
au  Conseil  exécutif  le  compte  qu'il  de- 
mande, mais  faisant  observer  qu'il  n'a 
connu  cet  arrêté  que  le  19,  parce  qu'au 
lieu  de  lui  avoir  été  adressé  directement, 
il  a  été  remisa  la  Maison  commune. 

21  janvier  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

393.  —  Extrait  do  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  reproduisant 
un  arrêté  du  Conseil  général  du  Départe- 
ment qui  ordonne  le  retrait  de  la  force 
armée  placée  aux  barrières,  attendu  que 
la  mission  pour  laquelle  elle  avait  été  com- 
mandée vient  d'être  remplie,  annonçant 
que  le  jugement  de  Louis  Capet  a  été 
exécuté  à  10  heures  20  minutes,  déclarant 
que  lé  silence  imposant  et  l'obéissance  aux 
commandamcnts  doivent  rassurer  tous  les 
citoyens,  en  outre,  lorsque  le  peuple  voit 
la  loi  atteindre  tous  les  hommes,  cela  lui 
impose  le  devoir  d'arrêter  tout  criminel  et 
non  de  se  faire  justice  soi-même,  invitant 
tous  les  bons  citoyens  à  découvrir  le  scé- 
lérat Paris  qui  a  assassiné  le  défenseur  du 
peuple  Le  Peletier  de  Saint-Fargeau,  dont 
les  vertus  civiques  et  les  principes  n'ont 


I 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


73 


Jamais  changé,  donnant  son  signalement 
en  ces  termes,  savoir  :  taille  de  5  pieds 
o  pouces,  moyenne  grosseur,  teint  livide, 
la  barbe  et  les  cheveux  très  noirs,  les 
sourcils  forts,  ayant  hier  une  lévite  grise 
à  revers  verts  ;  ordonnant  que  toutes  les 
réserves  dans  les  places  publiques,  ainsi 
que  les  canons  se  retirerontà  l'instant, mais 
avec  continuation  de  la  même  surveil- 
lance, enfin,  prévenant  le  Conseil  exécutif 
qu'il  ne  recevra  pas  la  feuille  de  rapport, 
parce  que  l'exécution  de  ce  jour  a  em- 
pêché les  feuilles  des  légions  de  parvenir 
à  l'état-major  général,  avec  lettre  d'envoi 
de  Santerrc,  portant  qu'il  n'a  rien  que  de 
satisfaisant  à  annoncer  au  Conseil  sur 
l'état  de  Paris. 

21  janvier  1793. 

Copie,  extrait  conforme  et  original  signé 
(3  pièces),  A.  N.,  AF'^'  1470. 

394.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  portant  dé- 
fenses à  tous  postes  et  corps  de  garde 
d'arrêter,  avant  la  retraite  battue,  aucune 
patrouille  et  de  la  forcer  à  donner  le  mot 
d'ordre,  qu'elle  ne  peut  et  ne  doit  avoir 
qu'après  la  retraite,  annonçant  que,  de- 
puis plusieurs  jours,  le  commandant  gé- 
néral de  la  force  armée  de  Versailles  a 
envoyé  un  adjudant  auprès  de  celui  de 
Paris,  pour  demander  ses  ordres  afin 
de  lui  venir  en  aide,  si  cela  était  néces- 
saire, et  faisant  connaître  que  les  citoyens 
de  Saint-Denis  et  du  Bourg-de-l'Egalité 
ont  assuré  avec  exactitude  la  tranquillité 
publique  autour  de  Paris,  avec  la  feuille 
du  rapport  des  légions,  mentionnant  pour 
la  3'  légion,  qu'une  patrouille  de  la  sec- 
tion des  Quatre-Nations,  passant  devant  le 
poste  de  la  prison  de  l'Abbaye,  y  a  trouvé 
les  gendainies  do  garde,  presque  tous  pris 
de    vin,  et   très    malhonnêtes   envers   les 

citoyens. 

22  janvier  1793. 

Extraits  certifiés  conformes,  l'un  d'eux  signé 
de  Santerre  (2  pièces),  A.  N.,  AF'^'  1570. 

39i).  —  Lettre  du  maire  et  des  adminis- 
trateurs du  Département  de  Police  au 
Conseil  exécutif  provisoire,  déclarant  que 
Paris  parait  jouir  d'une  grande  tranquil- 
lité et  qu'il   n'est  parvenu  aucun  rapport 


qui  puisse  faire  appréhender  le  moindre  dé- 
sordre, mais  que,  malgré  celte  apparence 
de  sûreté,  ils  ont  décidé  que  la  ville  serait 
illuminée  en  entier,  jusqu'à  samedi,  par 
les  réverbères,  dont  l'usage  n'est  pas  gé- 
néral en  temps  de  lune,  ayant  pensé  que 
l'économie  n'est  pas  de  saison  dans  des 
temps  d'inquiétudes,  ajoutant  que  s'ils 
apprennent  quelque  chose  d'essentiel,  ils 
s'empresseront  d'en  donner  avis. 

22  janvier  1793. 
Original,  signé  de  Chambon,  Louis  Roulx  et 
Bruslé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

396. —  Ordre  de  l'état  major  delà  garde 
nationale  parisienne  pour  la  cérémonie 
funèbre  de  Le  Peletier  de  Saint-Fargeau, 
arrêtant  les  dispositions  suivantes  :  la 
marche  du  cortège  devait  s'ouvrir  par 
un  détachement  de  gendarmerie  de  dOO 
hommes,  suivi  de  sapeurs  et  canonniers 
sans  canons,  et  de  gendarmes,  puis  un 
peloton  de  20  tambours  voilés,  les  Décla- 
rations des  Droits  de  l'Homme  portées 
par  des  citoyens,  auquel  devait  succéder 
un  défilé  de  gardesnationaux,  une  ban- 
nière, les  Elèves  de  la  Patrie,  les  Corps 
judiciaires,  la  figure  de  la  Liberté,  un 
détachement  de  16  tambours,  les  fais- 
ceaux des  84  départements  portés  par 
des  fédérés,  le  Conseil  exécutif  provisoire, 
un  détachement  de  la  gendarmerie  de  la 
Convention,  les  vêlements  ensanglantés 
de  la  victime ,  la  Convention  nationale, 
des  députés  portant  une  bannière  sur 
laquelle  seront  inscrites  les  dernières  pa- 
roles de  Le  Peletier,  son  corps  entouré 
de  canonniers  le  sabre  nu  à  la  main,  la 
musique  de  la  gai'de  nationale,  placée 
autour  du  piédestal  et  devant  suivre  le 
corps,  la  famille  du  défunt,  un  groupe  de 
mères  conduisant  des  enfants,  un  déta- 
chement de  la  garde  de  la  Convention, 
16  tambours  voilés  de  la  4"  légion,  des 
volontaires  des  3  dernières  légions,  16  tam- 
bours de  la  ii"  légion,  des  fédérés  armés,  un 
peloton  de  tambours  de  la  6°  légion,  les  So- 
ciétés populaires,  100  cavaliers,  savoir  : 
80  de  l'Ecole  militaire  et  20  de  la  légion 
Rosenthal,  les  6  légions  devant  fournir 
chacune  400  hommes  pour  former  la  haie 
depuis  la  rue  du  Roule  jusqu'à   la  place 


74 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


des  Piques  ;  le  cortège  devait  partir  à 
8  heures  très  précises  et  passer  par  les 
rues  Saiiit-Hoiioré,  le  Roule,  le  Pont-INeuf, 
les  rues  de  Thionville,  des  Fossés-Saint- 
Germain,  de  la  Liberté,  ci-devant  Monsieur- 
le-Prince,  place  Saint-Michel,  rues  d'Enfer, 
Saint-Thomas  et  Saint-Jacques  jusqu'au 
Panthéon,  avec  7  stations,  la  première  de- 
vant la  salle  dos  Amis  de  la  Liberté,  la2«  en 
face  de  l'Oratoire,  la  3"  sur  le  Pont-Neiif, 
en  face  de  la  Samaritaine,  la  4°  devant  la 
salle  des  séances  des  Amis  des  Droits  de 
l'Homme,  la  5°  au  carrefour  de  la  rue  de 
la  Liberté,  la  G°  place  Saint-Michel,  la  7"  au 
Pauthéon. 

23  janvier  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,   secré- 
taire de  l'Elat-major,  A.  N.,  AF'^'  1470. 

397.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
parde  nationale  parisienne,  reproduisant 
le  jugement  rendu,  le  23  janvier,  par  le 
Commandant  général,  dans  un  conflit  qui 
s'était  produit, le  31  décembre,  à  l'Arsenal, 
où  les  canonniers  de  la  section  des  Lom- 
bards, autorisés  par  le  minisire  à  y  prendre 
une  pièce  de  canon,  avaient  été  très  mal 
accueillis  par  les  canonniers  de  garde, 
qui  d'ailleurs  n'avaient  pas  été  prévenus, 
déclarant  qu'il  n'y  avait  pas  eu  de  viola- 
tion de  la  part  de  la  section  des  Lom- 
bards, mais  un  simple  malentendu,  con- 
damnant toutefois  un  tambour  à  cause 
de  son  insubordination  et  de  la  fausseté 
de  sa  déclaration  ;  les  commissaires  de  la 
section  des  Lombards  ayant  demandé  sa 
grâce,  les  commissaires  canonniers  de  la 
section  de  l'Observatoire,  touchés  de  ce 
procédé,  décidèrent  que,  le  dimanche  sui- 
vant, il  y  aurait  réunion  de  40  citoyens 
de  chacune  des  deux  sections,  afin  de 
porter  ensemble  une  santé  républicaine, 
puis  que  l'on  se  rendrait,  à  l'heure  de 
midi  sur  la  place  d'armes,  à  la  parade, 
pour  se  donner  mutuellement  le  baiser  de 
fraternité ,  en  présence  et  avec  l'adhé- 
sion du  Commandant  général,  et  (pie  le 
citoyen  Drouas,  directeur  de  l'artillerie, 
dont  les  canonniers  reconnaissent  le  ci- 
visme et  l'honneur,  serait  invité  à  se 
joindre  à  celte  réunion. 

25  janvier  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  N.,  AF'V  1470. 


398.  —  Lettre  du  maire  et  des  adminis- 
trateurs du  Dépaiteinent  de  Police  au 
Conseil  exécutif  provisoire,  déclarant  que 
Paris  est  toujours  à  peu  près  aussi  tran- 
quille, que  cependant,  d'après  un  rapport 
qui  leur  est  parvenu,  on  se  proposait  de 
se  porter,  le  jour  même,  aux  prisons,  pour 
y  égorger  les  détenus,  et  que  le  massacre 
devait  commencer  par  la  prison  de  l'Ab- 
baye, et,  quelque  soit  le  degré  de  con- 
fiance que  puisse  mériter  cet  avis,  re- 
cueilli dans  différents  groupes,  le  Maire  a 
cru  devoir  le  transmettre  au  Comman- 
dant général,  en  lui  recommandant  d'en- 
voyer sans  retard,  aux  dillérenles  prisons, 
une  force  capable  d'empêcher  l'invasion 
qu'on  pourrait  tenter  d'en  faire. 

25  janvier  1793. 
Original,  signé    de   Chambon    et    Arbeltier, 
A.  N.,  AF'V  1470. 

399.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  portant  que 
dans  la  3«  légion,  deux  particuliers  se 
battant  à  coups  de  sabre  sur  le  boule- 
vard, près  de  la  rue  de  Sèvres,  ont  été 
arrêtés  et  reconduits  à  leurs  casernes, 
qu'un  jeune  homme  a  été  amené  au  poste 
de  la  Croix-Rouge,  ayant  été  maltraité  à 
coups  de  bâton  par  deux  individus  pour 
avoir  parlé  du  jugement  du  ci-devant  Roi, 
et  déclarant  que  tout  a  été  parfaitement 
calme  dans  toutes  les  légions. 

25  janvier  1793. 
Original,  signé  de  Santerre  et  de  Clément, 
A.  iV.,  AF'v  1470. 

400.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  constatant  que 
la  veille  il  y  avait  eu  beaucoup  de  patrouilles 
près  des  prisons,  et  que  personne  n'avait 
rien  vu,  (]ue  les  mômes  individus  qui 
trompaient  Roland,  veulent  aussi  tromper 
le  Maire,  mais  que  le  Commandant  géné- 
ral aime  cent  fois  mieux  les  instructions 
des  Comités  des  sections  que  les  avis  de 
qui  que  ce  soit,  remarquant  qu'on  vou- 
drait faire  croire  que  Paris  n'est  pas  tran- 
quille, mais  qu'il  l'est  parfaitement,  et  que 
malgré  toutes  les  calomnies,  le  peuple  ne 
sait  se  mettre  en  colère  que  lorsque  cela 
est  nécessaire,  annoni;ant  pour  le  27  une 
fête  arrêtée  par  la  Commune  pour  la  plan- 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


-S 


talion  du  chêne  de  la  fraternité  sur  la 
place  de  la  Réunion,  ci-devant  du  Car- 
rousel, et  indiquant  l'ordre  et  la  marche 
du  'cortège,  dans  lequel  figurent,  indé- 
pendamment des  corps  judiciaires,  d'une 
députation  de  la  Convention,  de  la  iMuni- 
cipalité  et  du  Département,  des  commis- 
saires de  la  Commune  du  10  août  avec 
leurs  bannières,  les  vétérans,  les  Elèves 
de  la  Patrie,  la  musique  de  la  garde  na- 
tionale, des  volontaires  des  84  départe- 
ments et  des  détachements  dos  0  légions, 
décidant  que  le  cortège  se  mettra  en 
marche  à  10  heures  précises  et  invitant 
chacun  à  se  rendre  exactement  à  son 
poste,  pour  que  le  retard  qui  s'est  pro- 
duit à  la  place  des  Piques  ne  puisse  se 
renouveler,  recommandant  aux  citoyens 
d'obéir  à  leurs  chefs,  de  se  défaire  de  la 
manie  de  commander  qui  fait  fureur,  et 
de  ne  point  quitter  leurs  rangs  à  tout 
propos  pour  donner  au  Commandant  gé- 
néral leurs  avis  ou  leurs  ordres,  rappelant 
la  conduite  extraordinaire  des  canonniers 
auprès  du  Panthéon  et  déclarant  quïl  s'en 
prendra  désormais  aux  officiers,  et  que  ce 
sont  eux  que  le  Commandant  général  pu- 
nira si,  lorsqu'ils  auront  commandé  fixe! 
quelqu'un  parle  ou  sort  du  rang,  notifiant 
de  la  part  du  ministre  de  la  guerre  que 
l'épreuve  des  20  pièces  de  canons  fabri- 
quées par  les  frères  Perler  se  fera,  le 
dimanche  27,  les  circonstances  n'ayant 
pas  permis  de  la  faire  le  dimanche  précé- 
dent. 

26  janvier  1793. 
Copie  conforme,  A.  N.,  AF'^'  1470. 

401.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  portant  : 
1»  que  le  chef  de  la  première  légion  a  fait 
lui-même  la  visite  des  prisons  de  Sainte- 
Pélagie,  de  l'Abbaye  et  de  la  Conciergerie, 
et  qu'il  y  a  trouvé  tout  très  calme  et  en 
ordre;  2'  que  la  visite  des  postes  de  la 
Caisse,  du  Trésor  national  et  des  prisons 
a  été  faite  par  les  commandants  des  sec- 
tions du  Mail  et  de  la  Butte-des-Moulins, 
qui  ont  trouvé  tous  les  postes  très  en 
règle  et  très  tranquilles;  3"  que  le  citoyen 
Perard,  de  la  Convention  nationale,  a  re- 
fusé de  monter  sa  garde  et  a  déclaré  que, 


n'étant  pas  de  Paris,  il  ne  la  monterait 
pas  et  ne  se  ferait  pas  remplacer. 
20  janvier  179.3. 
Original,  signé  de   Santeiie  et  de  Cl6raonl, 
À.  N.,  APiv  l.\70. 

402.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  faisant  con- 
naître que,  le  27  janvier,  en  vertu  des  ins- 
tructions du  Comité  de  sûreté  générale, 
les  juges  de  paix,  commissaires  de  police 
et  officiers  de  police,  reçurent  l'ordre  de 
se  transporter  au  Palais  de  l'Egalité,  pour 
y  arrêter  les  citoyens  sans  cartes  et  sans 
asile,  ainsi  que  les  factieux  qui  ouverte- 
ment menacent  les  membres  de  la  Con- 
vention et  la  liberté,  que  le  Commandant 
général,  requis  de  prêter  main  forte,  réunit 
3,700  hommes,  qui  se  trouvèrent  au  Pa- 
lais-Egalité à  8  heures,  et  en  3  minutes  in- 
vestirent toutes  les  maisons,  oCi  6,000  indi- 
vidus environ  furent  trouvés  sans  cartes 
de  civisme  et  reconduits  dans  leurs  sec- 
tions, afin  de  reconnaître  les  émigrés  et 
les  négligents  qui  circulenl  sans  preuves 
de  leur  civisme,  au  moment  où  les  pa- 
triotes terminent  leur  guerre  avec  les 
aristocrates,  invitant  en  conséquence  les 
citoyens  à  se  munir  de  leurs  cartes  de 
civisme  et  à  imiter  leurs  frères  d'armes 
qui,  aux  frontières,  ont  battu  les  émigrés, 
les  Prussiens  et  Autrichiens, et  les  battent 
encore,  en  déclarant  la  guerre  aux  enne- 
mis de  l'intérieur,  qu'on  doit  chasser 
comme  des  bêtes  enragées,  assurant  que 
si  chaque  bon  républicain  veille  la  maison 
qui  l'avoisine,  sous  trois  mois  la  paix 
intérieure  et  extérieure  sera  faite,  que  la 
République  française  sera  aussi  belle  que 
Rome  dans  sa  splendeur,  et  plus  encore, 
«  car,  ajoute  Santerre,  les  siècles  ont 
ajouté  à  notre  philosophie  et  à  nos  con- 
naissances, et  malgré  la  stupidité  qu'a- 
vait produit  l'esclavage,  aux  lumières  des 
Romains  sont  jointes  celles  des  Français, 
qui  serviront  à  conserver  à  perpétuité 
notre  liberté  »,  se  plaignant  enfin  de  ce 
que,  malgré  la  défense  de  rappeler  dans 
les  sections  et  de  battre  en  venant  à  la 
Commune,  plusieurs  sont  arrivés  tambour 

battant. 

28  janvier  1793. 
Copie  conforme,  A.  N.,  AF'^  1470. 


76 


CHAPITRE  1='.  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


403.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  portant  qu'à 
raison  des  coups  de  fusils  tirés  de  l'ile 
Louviers  sur  la  sentinelle  du  jardin  de 
l'Arsenal,  le  Commandant  généralordonne 
d'arrêter  tous  ceux  qui  tireront  dans  les 
rues,  sur  les  quais  et  dans  les  iles,  de 
même  les  cavaliers  qui  circulent  dans  les 
contre- allées  des  boulevards  réservées 
aux  piétons,  de  mettre  en  fourrière  les 
chevaux  des  charretiers  qui  déchargeront 
des  gravois  sur  les  boulevards  extérieurs, 
invitant  les  entrepreneurs  de  réparations 
des  boulevards,  principalement  du  côlé 
des  Invalides,  à  relever  les  fossés  pour 
que  les  voitures  ne  passent  point  dans  les 
contre-allées,  appelant  enfin  l'attention 
sur  les  distributeurs  dans  les  sections 
d'écrits  aux  pauvres  femmes  et  femmes 
des  camarades  aux  frontières,  lesquels 
sont  fort  durs  et  mallionnêtes  à  l'égard 
de  ces  braves  femmes,  qu'il  recommande 
aux  commissaires  des  sections. 

29  janvier  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  A'., 
AF'V  1470. 

404.  —  Extrait  Je  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  annonçant 
l'organisation  définitive  du  corps  de  l'Ecole 
militaire,  ramené  à  une  division,  et,  à 
propos  de  l'accusation  portée  contre  San- 
terre  par  plusieurs  cavaliers,  qui  tendrait 
à  faire  croire  que  le  Commandant  général 
gagne  sur  eux  5  sols  par  jour,  déclarant 
que,  quoiqu'il  méprise  ces  basses  calom- 
nies, il  est  cependant  bon  de  savoir  que 
cela  ne  se  peut,  le  quartier-maître  du 
corps  touchant  au  Trésor  sur  le  contrôle 
do  chaque  compagnie,  et  que,  dans  chaque 
division,  un  conseil  d'administration  vérifie 
et  ordonnance  les  achats;  que  le  Comman- 
dant général  a  été  chargé  d'une  opération 
jugée  nécessaire  pour  ne  pas  laisser  nus 
47,000  hommes  qui  ont  été  habillés  par  ses 
soins,  et  qu'il  a  été,  dans  cette  afîaiie,  le  ré- 
formateur et  l'économe  Je  la  République, 
que,  du  reste,  il  a  rendu  ses  comptes,  et 
qu'ayant  eu  le  maniement  de  5  millions, 
il  courait  le  risque  d'être  ruiné,  s'il  avait 
rencontré  un  seul  mandataire  infidèle, 
que  s'il. est  satisfait  d'avoir  pu   servir  la 


République,  il  ne  le  serait  pas  de  perdre 
l'estime  de  ses  concitoyens  sans  fonde- 
ment, déclarant  enfin  que  le  ministre  a 
vu  avec  plaisir  la  section  des  Sans-Cu- 
lottes restituer  à  l'Arsenal  les  canons  et 
caissons  qu'on  lui  avait  prêtés,  et  qu'il  a 
lieu  d'espérer  que  les  autres  sections  sui- 
vront cet  exemple. 

30  janvier  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'V  1470. 

403.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  constatant 
dans  celui  de  la  2*  légion,  que  2  soldats 
ont  été  arrêtés  la  nuit  sur  le  gazon  du 
Louvre  avec  2  filles,  qui  ont  été  conduites  à 
la  Force  ;  dans  la  i»  légion,  à  minuit,  que 
6  hommes  et  un  caporal  de  la  section  de 
la  Butte-des-Moulins  se  sont  transportés 
chez  le  restaurateur  Février,  au  Palais  de 
l'Egalité,  et  y  étaient  encore  au  moment 
de  l'envoi  de  la  feuille  du  rapport;  dans  la 
5',  que  3  dragons  de  la  Liberté,  se  dispu- 
tant dans  un  café,  faubourg  du  Temple,  et 
y  ayant  frappé  une  femme,  ont  été  arrêtés 
et  conduits  à  l'Abbaye. 

30  janvier  1793. 

Original,  signé  de  Santerre  et  de  Clément, 
A.  N.,  AF'V  1470. 

400.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  mention- 
nant dans  la  1"  légion,  l'arrestation  de 
2  fabricants  de  faux  assignats,  conduits  à 
l'Abbaye;  le  transport,  à  une  heure  indue, 
de  2  pièces  de  canon,  constaté  par  le 
poste  des  Chartreux;  dans  la  4o  légion, 
l'arrestation  au  poste  de  l'Egalité,  d'une 
pièce  de  canon  de  4,  passant  rue  Saint- 
Honoré  à  10  heures  du  soir,  escortée  seule- 
ment par  des  officiers,  les  citoyens  étant 
inquiets  de  voir  circuler  si  tard  du  canon, 
ladite  pièce  a  été  conservée  au  poste 
jusqu'à  réception  d'ordres  supérieurs. 

31  janvier  1703. 

Original,  signé  de  Santerre  et  de  Clément, 
A.  N.,  AFiv  1470. 

407.  —  Lettre  de  Clément,  secrétaire  de 
l'Etat-major  général  do  la  garde  natio- 
nale, au  Conseil  exécutif  en  Comité  aux 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PAntS  DE  JANVIER  A  JUIN  17Ô3 


77 


Tuileries,  l'informant  qu'il  ne  recevra 
aujourd'hui  ni  feuille  de  rapport,  ni  l'ordre 
général,  attendu  qu'il  n'y  a  eu  à  l'ordre 
que  le  service  journalier,  et  qu'il  n'y  a 
absolument  rien  d'intéressant  dans  les 
fouilles  de  rapport  <Ies  légions,  qui  an- 
noncent que  les  patrouilles  et  rondes  se 
sont  faites  avec  beaucoup  d'exactitude  et 
que  tout  est  dans  la  plus  grande  tran- 
quillité. 

2  février  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

408.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de 
la  garde  nationale  parisienne,  exposant 
que  ia  République  a  beaucoup  gagné  d'a- 
mis depuis  la  mort  de  Louis,  mais  qu'il 
est  survenu  ((uelques  désagréments  de 
plus  pour  la  classe  la  moins  riche  des 
citoyens,  c'est  la  cherté  des  vivres  et  no- 
tamment du  blé ,  attendu  d'abord  que 
toutes  les  frontières  tirent  pour  les  ar- 
mées des  blés  des  marchés,  et  que  tout  y 
afOue,  ensuite,  que  les  fermiers  auxquels 
l'aristocratie  persuade  que  Paris  est  tou- 
jours à  feu  et  à  sang,  ont  lieu  de  redouter 
la  dépréciation  des  assignats,  ce  qui  fait 
que  dans  les  villes  voisines  des  frontières, 
comme  Lyon  et  Lille,  le  pain  est  fort  cher 
et  vaut  b  et  b  sois  la  livre,  proposant  deux 
moyens  de  remédier  à  cette  situation,  le 
premier,  c'est  que  les  citoyens  aisés  rem- 
placent le  pain,  doux  jours  de  la  semaine, 
par  du  riz  et  des  pommes  de  terre,  ce  que 
ne  peuvent  faire  ni  les  pauvres,  ni  les  ou- 
vriers, ni  les  enfants,  ce  qui  pourra  réaliser 
une  économie  de  la  moitié  de  la  consom- 
mation de  Paris  et  produire  en  deux  jours 
1,500  sacs  de  farine;  le  second  moyen 
consiste  à  ce  que  chaque  citoyen  se 
défasse  volontairement  de  son  chien , 
Paris  contenant  en  chiens  et  chats  inu- 
tiles de  quoi  absorber  la  nourriture  de 
1,500  hommes,  soit  10  sacs  de  farino 
perdue,  faisant  observer  en  outre  que  lu 
guerre  avec  les  tyrans  coalisés  allait  em- 
pêcher l'arrivage  des  sucres  et  cafés,  et 
engageant  les  gens  riches  (non  pas  les 
pauvres,  qui  ont  déjà  assez  de  privations), 
à  supprimer  de  leur  consommation  le 
sucre  et  le  café,  et  à  diminuer  la  grande 
consommation  de  suif  et  d'illumination, 


enfin  tout  ce  dont  on  peut  se  priver  pour 
améliorer  la  condition  des  pauvres,  de 
sorte  que  les  retards  dans  les  arrivages 
que  produira  la  guerre  foraient  moins  de 
mal,  ajoutant  qu'à  dater  de  ce  jour,  par 
ordre  du  Comité  de  sûreté  générale,  chaque 
légion  devra  fournir  à  tour  de  rôle  deux  de 
ses  réserves  de  23  hommes  pour  le  poste 
de  la  maison  d'Egalité. 

3  février  1793. 
Copie  conforme,  A.  N.,  AF'V  1470. 

409.  —  Extrait  de  la  feuille  du  rapport 
général  des  légions  de  la  garde  natio- 
nale parisienne,  constatant  que,  dans  la 
4'  légion,  une  patrouille  des  Petits-Pères 
a  trouvé  beaucoup  de  monde  à  une  heure 
dans  un  café  sur  l'Egout  Montmartre  et 
l'en  a  fait  sortir,  qu'une  demi-heure  après, 
en  repassant,  elle  y  a  encore  entendu  du 
bruit  et  du  monde,  mais  qu'on  a  refusé 
d'ouvrir,  que,  dans  la  6°  légion,  on  a  con- 
duit à  l'Abbaye  un  militaire  ayant  tenu 
des  propos  insolents  contre  la  République. 

4  février  1793. 

Extrait,  signé  de  Sanicrre  et  de  Clément, 
yl.iV.,  AFIV1470. 

410.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne ,  faisant  dé- 
fenses à  tous  gendarmes  à  cheval  et  cava- 
liers de  courir  au  galop  dans  les  rues  de 
Paris,  ordonnant  à  toutes  les  réserves  de 
2o  hommes  des  sections  de  se  porter,  le 
soir  à  5  heures,  sur  la  place  du  Théâtre- 
Français  pour  y  assurer  la  tranquillité 
publique,  au  sujet  du  changement  de  la 
pièce  L'Ami  des  Lois,  que  l'on  avait  affi- 
chée et  qui  ne  sera  pas  jouée,  invitant  les 
chefs  de  légions,  adjudants  généraux  et 
commandants  de  sections  à  se  trouver,  le 
jeudi  suivant,  à  9  heures  du  matin,  à 
l'Hôtel  commun,  salle  de  l'Egalité,  pour 
se  consulter  sur  l'unité  et  l'uniformité  du 
service  dans  les  48  sections,  mettant  en 
garde  ses  concitoyens  contre  certains  in- 
dividus qui  veulent  tromper  le  peuple  en 
faisant  croire  le  contraire  de  ce  qu'a  dit  le 
Commandant  général  dans  son  ordre  de 
l'avant-veille,  annonçant  que  l'organisation 
du  corps  de  l'Ecole  militaire,  opération 
très  longue   et   difficile,    continue,    mais 


78 


CHAPITUE  1".  —  JOUUISÉKS  HISTOIUQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


appelant  l'attention  sur  les  inconvénients 
de  l'abstention  des  citoyens  qui  en  font 
partie,  attendu  que  hier,  pour  la  nomina- 
tion du  colonel,  sur  une  division  qui  compte 
1,008  hommes,  il  n'y  a  eu  que  S34  votants, 
espérant  que  pour  le  ballotage,  qui  a  lieu 
ce  matin,  il  y  aura  plus  de  monde,  cette 
insouciance  pouvant  devenir  funeste,  d'au- 
tant plus  que  les  compagnies  ne  faisant 
pas  ordinaire  à  l'Ecole  et  n'y  logeant  pas 
toutes,  on  ne  peut  les  consigner. 

5  février  1793. 

Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'v  1470. 

411.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  annonçant, 
dans  la  2'  légion,  qu'à  6  heures  du  soir 
l'on  a  amené  au  corps  de  garde  de  la  sec- 
tion des  Gardes-Françaises  le  citoyen 
Scarron,  venant  d'être  blessé  d'un  coup 
de  couteau  à  la  caverne  dite  des  Variétés, 
que,  dans  la  b'  légion,  vers  minuit,  la  sen- 
tinelle du  poste  de  la  section  du  Temple 
a  averti  qu'elle  entendait  battre  la  caisse  du 
côté  de  Popincourt,  fait  confirmé  par  l'ad- 
judant de  ronde,  que  l'on  a]  été  à  la  re- 
cherche du  tambour,  mais  qu'on  n'a  jamais 
pu  le  joindre. 

6  février  1793. 

Extrait,  signé  de  Santerre  et  de  Clément, 
A.N.,  AF'V  1470. 

412.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale  parisienne, 
déclarant  qu'il  n'y  a  rien  d'extraordinaire  à 
l'ordre  de  ce  jour,  en  dehors  de  l'avis  du 
ministre  de  la  marine  à  ses  concitoyens  sur 
le  prochain  départ  de  caronades  et  autres 
objets  de  guerre  pour  l'armement  des  vais- 
seaux de  la  République. 

6  février  1793. 
Extrait,  signO   de   Santerre   et  de   Clément, 
A.N.,  AFiv  1470. 

413.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  du  la 
garde  nationale  parisienne,  annonçant  que 
les  sections  dos  Fédérés  et  des  Droits-de- 
l'Homme  réunies  feront  célébrer,  le  10  fé- 
vrier, une  pompe  funèbre  en  l'honneur 
de  Michel  Le  Peletinr  de  Saint-Fargeau, 
que  celles  des  Fédérés  et  de  Popincourt 
replanteront,  le   même  jour,   auprès   de 


leurs  corps-de-garde,  l'arbre  de  la  Liberté, 
reproduisant  le  texte  d'un  arrôLô  du  Con- 
seil général  de  la  Commune,  qui  porte 
que  le  recensement  des  vainqueurs  de  la 
Raslille  sera  fait,  samedi  prochain,  dans 
l'église  de  Saint-Jean-en-Grève,  sous  la 
présidence  de  deux  commissaires  choisis 
parmi  les  membres,  notifiant  que  le  Com- 
mandant général  n'enverra  pas  à  la  sec- 
tion de  Bon-Conseil  la  réponse  imprimée 
qu'il  avait  promise,  attendu  que  cette 
section  n'a  point  communiqué  son  arrêté, 
ajoutant  qu'il  reçoit  toujours  avec  salis- 
faction  les  avis  et  ordres  des  sections, 
mais  aussi  qu'il  est  forcé  de  répondre, 
lorsqu'il  est  calomnié,  supprimant  enfin 
les  réserves  de  2o  hommes  aux  chefs-lieux 
des  sections,  à  l'cxceplion  de  celle  de  la 
cour  d'Egalité,  déclarant  également  qu'il 
y  a  lieu,  d'après  le  sentiment  du  Com- 
mandant général,  de  réduire  de  beaucoup 
la  garde  du  Temple,  surtout  de  n'y  plus 
faire  monter  le  drapeau,  et  de  prendre  à 
ce  sujet  l'avis  de  la  Commune. 

9  février  1793. 
Copie   conforme,  signée   de  Clément,  A.  N., 
APiv  1470. 

414.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  constatant, 
dans  la  1"  légion,  l'arrestation,  au  corps- 
de-garde  des  Cordeliers,  d'un  sergent  de 
gendarmerie,  pris  de  vin,  que  la  section 
de  Marseille  a  renvoyé  chez  lui  en  rete- 
nant sa  carabine;  dans  la  3'  légion,  dé- 
clarant qu'une  patrouille  de  la  section 
des  Invalides  a  trouvé,  à  11  heures  1/2,  ht 
sentinelle  du  poste  du  Palais  Bourbon, 
dormant  dans  sa  guérite,  qu'élant  entrée 
au  poste,  elle  a  remarqué  que  toute  la 
garde  y  dormait,  et  qu'il  n'y  avait  ni  com- 
mandant, ni  lumière. 

11  février  1793. 
Extrait,  signé  de    Santerre   et   de    Clément, 
A.N.,  AF'V  1470. 

415.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale  parisienne, 
mentionnant  pour  la  2'  légion,  l'arresta- 
tion  de  cinq  militaires  de  différents  régi- 
ments, trouvés  la  nuit  dans  les  rues,  avec 
des  lilles,  que  l'on  a  conduit  à  l'Abbaye; 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PAHIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


pour  la  4«  légion,  l'arrestiitioii  du  citoyen 
Jolivot  et  de  sa  femme,  faisant  le  com- 
merce d'argent,  qui  ont  fait  résistance  à 
la  garde  et  ont  été  conduils  à  la  Mairie. 

14  février  1793. 
Extrait,  signé   de    Santerre   et   do   Clément, 
A.  N.,  APiv  1470. 

416.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale  parisienne, 
signalant,  dans  la  '.i'  légion,  l'arrestation 
de  deux  particulierssurprisvolant  à  l'hôtel 
de  Bélhune,  l'extinction  de  la  plupart  des 
réverbères  dans  la  section  de  la  Croix- 
Rouge,  à  4  heures  1/2,  la  constatation  par 
l'adjudant  général  faisant  sa  ronde,  de 
coups  de  fusil  tirés  sur  le  boulevard  des 
Invalides,  et  déclarant  qu'il  n'y  a  rien  eu 
d'extraordinaire  à  l'ordre  du  jour,  sauf 
l'invitation  faite  par  le  Commandant  gé- 
néral sur  la  demande  du  ministre  de  la 
guerre,  aux  cnnonniers  des  sections,  qui 
voudraient  partir  pour  l'Ecole  d'artillerie 
de  Metz. 

15  février  17U3. 
Extrait,  signé    de   Santerre   et   do   Clément, 
A.N.,  AT'"-'  1470. 

417.  —  Lettre  du  Commandant  général 
provisoire  de  la  garde  nationale  au  Conseil 
exécutif,  en  Comité  aux  Tuileries,  le  pré- 
venant qu'il  n'y  a  absolument  rien 
d'extraordinaire  dans  les  rapports  du  jour, 
ainsi  que  dans  l'ordre  général,  que  les 
rondos  de  patrouilles  se  sont  faites  avec 
exactitude  dans  toutes  les  légions  et  que 
tout  est  parfaitement  calme  dans  Paris. 

16  février  1793. 
Original,    signé   do    Clément,    secrolaire  do 
l'Elat-major,  A.  N.,  AFiv  1470. 

418.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  signalant 
l'attitude  d'un  marchand  de  vin,  place 
-Maubert,  à  l'enseigne  des  JJeux-Frères, 
qui  a  invectivé  une  patrouille  pour  avoir 
fait  sortir  du  monde  de  chez  lui,  à  on/.e 
heures  passées,  et  qui,  menacé  d'un  rap- 
port, a  répondu  qu'il  s'en  f...ait;  l'ex- 
tinction des  réverbères  dans  les  sections 
de  la  Cité,  de  Ron-Conseil  et  de  Molière 
et  La  Fontaine;  l'arrestation  d'un  hussard 


79 

du  8"  régiment,  écroué  à  la  Force  pour 
avoir  tiré  son  sabre  contre  un  limona- 
dier, auquel  il  refusait  de  payer  son  écot, 
déclarant  qu'il  n'y  a  rien  d'extraordinaire 
à  l'ordre  du  jour,  que  :  l»  l'inauguration 
du  cours  de  Verrières  au  Club  des  Cordc- 
liers  et  l'invitation  aux  sections  d'y  en- 
voyer des  députations  ;  2»  l'ordre  aux 
commandants  des  postes  de  prêter  main- 
forte  au  sieur  Hoch  Louvet  pour  la  police 
militaire  et  l'arrestation  des  déserteurs; 
3°  enlin  l'avis  donné  par  le  Commandant 
général  du  départ,  lundi  prochain,  de  la 
i"  division  de  cavalerie  de  l'Ecole  mili- 
taire pour  Versailles. 

17  février  1793. 
Extrait,  signé   de   Santerre   et   de  Clément 
A.  N.,  APiv  1470. 

419.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde    nationale   parisienne,    convoquant 
les   chefs,   adjudants  généraux   et  com- 
mandants des  sections,  le  jeudi  suivant, 
à  dix  heures  du  matin,  à  l'iiôtel  commun, 
salle  de  l'Egalité,  pour   y   délibérer  sur 
des  objets  essentiels  au  service,  annon- 
çant, d'après   un   avis   donné  par  le  mi- 
nistre de  la  guerre,  l'arrivée  prochaine  de 
l,oOO  à  1,600  fusils,  qui  seront  déposés  à 
l'Arsenal  pour  y  être  réparés;   le  départ, 
à  dater  du  20  et  jours  suivants,  de  Paris 
pour  différentes  armées  de  la  République, 
de  plusieurs  convois  d'artillerie,  caissons 
et  munitions,  avec  prière  aux  citoyens  de 
n'entraver  en  rien  ces  départs,  notifiant 
également  que,  dimanche  prochain,  il  y 
aura  exercice  dans  les  2  premières  sec- 
tions de  chaque  légion,  de  10  heures  du 
malin  à  2  heures,  qu'il  y  aura  tous  les  jours, 
à  commencer  dès  jeudi  soir,  de  6  heures  à 
9  heures,  école  d'officiers  et  de  sous-of- 
ficiers, pour   les"  intonations,   formations 
de  compagnies  et  de  bataillons,  et  toutes 
les   manœuvres,  les  instructions  devront 
être  y  données  par  les  adjudants,  et  que 
les  principes  k  suivre  seront  arrêtés  dans 
une   réunion   des   6   chefs  de  légions  et 
12  adjudants  généraux,  qui  se  tiendra,  le 
mercredi,  chez  le  Commandant  général. 

19  février  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  N.,  AF'V  J470, 


CHAPITRE  1".  —  JOÙKNÉES  HISTOUIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


80 

420.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  mentionnant 
la  réunion  tenue,  le  20  février,  par  les  ad- 
judants généraux,  les  chefs  de  légions  et 
le  Commandant  général,  à  l'elfet  de  déli- 
bérer sur  l'uniformité  des  leçons  à  donner 
tous  les  jours  aux  écoles  théoriques  et 
pratiques  par  les  -adjudants  de  sections, 
qui  recevront  chacun  un  exemplaire  de  la 
théorie  réglementaire  du  1"  août  1791, 
déclarant  qu'il  a  été  remis  à  chaque  légion 
un  registre  pour  inscrire  les  officiers  et 
sous-officiers  qui  viendront  aux  leçons, 
enfin  portant  invitation  de  la  part  du 
Maire  et  du  Commandant  général  à  tous 
les  postes  et  patrouilles  de  prêter  main 
forte  aux  réquisitions  de  la  police. 

21  février  1793. 
Copie  conforme,   signée  de  Clément,  A.  N., 
AFiv  1470. 

421.  —  Lettre  de  Pache,  maire  de  Paris, 
au  Conseil  exécutif  provisoire,  accusant 
réception  de  l'arrêté  du  Conseil  du  18  cou- 
rant, et  annonçant  qu'il  adressera,  en 
conséquence,  trois  fois  par  semaine,  l'ex- 
trait des  rapports  qui  sont  faits  au  Dépar- 
lement de  Police,  et  qu'il  se  rendra  per- 
sonnellement au  Conseil  toutes  les  fois 
que  les  circonstances  l'exigeront  et  le  lui 
permettront,  et  joignant  à  sa  lettre  l'ex- 
trait des  rapports  faits  le  21  courant  au 
Bureau  de  surveillance  de  la  Police. 

21  février  1793. 
Autographe,  A.  N.,  AF'V  1470. 

422.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  par  le  Bureau  de  surveillance 
de  la  Police  faisant  connaître  :  1»  que  dans 
les  cafés  aux  environs  de  la  Convention 
nationale,  il  y  avait  de  violents  murmures 
sur  le  projet  de  Constjtution  nouvelle, 
qu'on  accusait  de  vouloir  ramener  l'éta- 
blissement des  2  Chambres,  et  qu'on  y 
applaudissait  au  traitement  subi  par  le 
fourbe  Lafayetle,  qui  vient  d'être  conduit 
sous  bonne  garde  à  Berlin  ;  2°  que  les  dé- 
fiances au  sujet  de  Duniouriez  commen- 
cent à  se  dissiper;  3°  que  le  sieur  Poirier, 
valet  de  chambre  du  ci-devant  comte 
d'Artois,  a  trompé  la  surveillance  de  la 
Police,  et  est  parti  pour  Liège  ;  4°  que  le 


marquis  d'Estampes,  émigré,  réside  dans 
une  de  ses  terres  près  de  Rouen  ;  5°  qu'à 
un  diner  donné  le  19  courant,  chez  le 
sieur  Sabalier,  place  Vendôme,  il  s'est  dit 
beaucoup  de  mal  du  citoyen  Pache,  pré- 
venu en  faveur  du  sieur  Piquais,  qu'il 
avait  nommé  administrateur  de  l'habille- 
ment ;  0°  que  le  louis  d'or  se  vend  jusqu'à 
24  livres  10  sols,  ce  qui  fait  crier  très  fort 
contre  les  Législateurs  de  ce  qu'Us  ne  pro- 
noncent pas  la  peine  de  mort  contre  les 
marchands  d'argent,  qu'on  veut  même 
tuer,  ainsi  que  les  accapareurs;  7»  que  l'on 
répand  déjà  sourdement  le  bruit  que  dans 
15  jours  éclatera  une  révolution  causée 
par  la  cherté  des  denrées  de  première 
nécessité  ;  8°  que  les  plaintes  redoublent 
contre  les  boulangers,  en  partie  mal 
approvisionnés  ou  feignant  de  l'être,  et 
qui  n'ont  plus  de  pain  à  midi  ;  9°  que  les 
cochers  de  iiacre  continuent  à  se  montrer 
aussi  insolents,  que  l'un  d'eux  notamment 
l'efusa  de  conduire  à  leur  caserne,  à  n'im- 
porte quel  prix,  quatre  cavaliers  casernes 
à  l'Ecole  militaire,  qui,  à  dix  heures  du 
soir,  s'étaient  adressés  à  la  station  des 
fiacres,  rueCroix-des-Petits-Champs,  ajou- 
tant que,  quoique  le  cocher  eût  absolu- 
■  ment  refusé  de  marcher,  les  militaires 
eurent  la  modération  de  se  retirer  sans 
le  maltraiter;  10°  que  plusieurs  marchands 
de  vieux  habits  restent  jusqu'à  8  ou  9  heures 
du  'soir  sur  la  place  du  Marché  des  Inno- 
cents, uniquement  dans  le  but  d'acheter 
les  effets  volés. 

21  février  1793. 
Copie,  A.  N.,  AFiv  1470. 

423.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  ne  signalant 
rien  d'extraordinaire  à  l'ordre  d'aujour- 
d'hui, que  l'invitation  expresse  du  Com- 
mandant général  à  tous  les  citoyens  d'ar- 
rêter tout  militaire  qui  vendrait  ses  effets. 

22  février  1793. 

Extrait,  signé  do  Santerre  et  de  Clément, 
A.  N.,  AF'v  1470. 

424.  —  Lettre  du  Commandant  général 
provisoire  de  la  garde  nationale  au  Con- 
seil exécutif  provisoire,  prévenant  qu'il 
n'y  a  rien  d'extraordinaire  ni  dans  l'ordre 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  l'AHIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


du  jour ,  ni  dans  les  rapports ,  que  les 
rondes  de  patrouilles  se  sont  faites  très 
exactement  et  que  tout  est  calme  dans 
Paris. 

23  février  1793. 
Original,  signé  de  Clément,  A.  JV.,  AF'v  1470. 

421).  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  dans  lequel  le 
Commandant  général  fait  observer  que 
tous  les  mauvais  citoyens,  protégés  par 
Lafayette,  se  trouvant  actuellement  à  Paris, 
et,  accoutumés  qu'ils  sont  à  fomenter 
des  factions  et  émeutes,  peuvent  exciter 
quelque  mouvement,  d'autant  plus  que  le 
retard  dans  l'arrivée  des  subsistances, 
par  suite  de  la  difficulté  des  chemins, 
prête  à  troubler  l'ordre;  il  signale  l'ar- 
restation, la  veille,  rue  du  Jour,  dans 
l'hôtel  où  demeurait  l'assassin  Paris,  du 
nommé  Estienne,  dit  Languedoc,  dont  la 
plume  vénale,  payée  par  Lafayetle,  faisait 
croire  aux  factions;  d'abord  abbé,  puis 
pourvu  d'une  sous-lieulenance  par  La- 
jard,  ensuite  nommé  major  général  à 
liruxelles  et  chargé  des  plans  qu'il  livrait 
aux  Autrichiens  ;  Santerre  dénonce  égale- 
ment la  présence,  <\  Paris,  du  scélérat  La 
Reynie,  aussi  abbé,  écrivain  à  la  solde  de 
Lafayette,  ayant  volé  les  vases  sacrés  de  la 
Hastille,  puis  fait  chevalier  de  Saint-Louis, 
enrin  nommé  gouverneur  du  Louvre  par 
la  Reine,  ayant  déposé  dans  l'affaire  du 
20  juin,  cet  homme,  ainsi  qu'un  certain 
nombre  d'autres  semblables,  qui  sont  de  la 
trempe  de  Paris,  est  de  ceux  dont  les  bons 
citoyens  doivent  se  méfier;  ordre  est  donné 
de  reconstituer  les  réserves  de  2o  hom- 
mes par  section,  afin  de  faire  des  pa- 
trouilles d'observation. 

24  février  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'V  1470. 

420.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale  parisienne, 
mentionnant  :  1°  dans  la  1"  légion,  l'ar- 
restation par  une  patrouille  de  la  section 
de  Beaurepaire,  rue  Saint-Jacques,  d'une 
voiture  de  pains  que  l'on  chargeait  chez 
un  boulanger  pour  aller  vendre  à  la  cam- 
pagne; 2°  dans  la  3«  légion,  l'arrestation 
dans  un  café,  à  minuit,  d'un  sous-lieute- 
T.  IX. 


81 

nant  et  de  3  militaires  de  la  caserne  de 
Babylone,  qui  ont  fait  résistance  à  la  pa- 
trouille, ont  menacé  de  lui  casser  la 
gueule,  et  au  moyen  d'un  renfort  ont  été 
tous  les  4  conduits  <à  l'Abbaye;  3»  dans  la 
4'  légion,  l'arrestation  d'un  équilibriste, 
faisant  du  bruit  à  heure  indue  et  jouant 
de  la  clarinette,  disant  être  payé  pour 
cela,  lequel  a  été  mis  au  violon  du  peste 
des  Elèves  à  la  .Messagerie;  4°  dans  la 
■)•  légion,  l'arrestation  de  deux  femmes 
sans  asile,  couchées  dans  des  échoppes  du 
Marché  Saint-Jean,  qui  ont  été  conduites 
ce  matin  chez  le  commissaire  de  la  sec- 
tion des  Droits-de-l'Homme. 

24  février  1793. 
E.xtrait,   signé  de  Santerre  et   de   Clément, 
A.  N.,  AF'V  1470. 

427.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  :  le  retrait,  comme 
dangereux,  par  l'Assemblée  générale  de  la 
section  des  Piques,  de  l'arrêté  qu'elle 
avait  pris  pour  déclarer  que  Barbaroux 
avait  perdu  sa  confiance;  la  rédaction 
d'une  pétition  à  la  Convention  par  un 
grand  nombre  de  citoyennes  réunies  dans 
le  local  de  la  Société  fraternelle  des  Deux 
Sexes,  pour  provoquer  la  punition  des  ac- 
capareurs, de  plus  annonçant  :  1°  que 
dans  les  attroupements  de  la  journée  du 
24,  sur  les  places  et  devant  les  boutiques 
des  boulangers  qui  n'avaient  plus  de  pain, 
l'on  disait  tout  haut  que  la  Convention 
n'aurait  aucun  égard  aux  pétitions  qu'on 
lui  présenterait  à  ce  sujet,  que  la  Com- 
mune accaparait  les  grains  ;  2°  que,  dans 
ces  mêmes  attroupements,  l'on  murmu- 
rait aussi  très  vivement,  en  raison  de 
la  garde  que  les  citoyens  continuent  à 
monter  au  Temple,  grâce  à  laquelle  trois 
cents  pères  de  famille  et  ouvriers  sont  em- 
ployés à  garder  des  femmes  qui  sont,  ou 
coupables  ou  innocentes,  et  qui,  dans  le 
1"  cas,  doivent  être  jugées,  et  dans  le 
second,  occupent  inutilement  des  citoyens 
à  un  service  injuste;  3°  que  dans  d'au- 
tres groupes  on  s'exprimait  avec  véhé- 
mence sur  la  rareté  et  la  cherté  énorme 
des  denrées,  grâce  aux  accaparements,  qui 
pesait  sur  la  classe  la  plus  laborieuse,  la 

0 


82 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


plus  indigente,  laquelle  est  chargée  de  fa- 
mille, et  l'on  demandait  que  la  Convention 
punit  de  mort  les  accapareurs  ;  mention- 
nant l'arrivée,  la  veille,  sur  le  carreau  de 
la  Halle  aux  Blés,  de  996  sacs  de  farine, 
pour  le  dimanche  de  900  sacs,  et  pour  le 
lundi  d'un  approvisionnement  encore  plus 
considérable,  préconisant  une  mesure  pro- 
posée par  le  plus  ancien  des  boulangers 
parisiens,  actuellement  vétéran  de  la  gen- 
darmerie nationale,  à  l'effet  de  prescrire 
aux  boulangers  de  ne  faire  que  du  pain 
de  pâte  ferme;  déplorant  l'indulgence  que 
l'on  montre  à  l'égard  des  mauvais  sujets 
de  toute  espèce  qui,  prévenus  de  vols, 
n'ont  qu'à  montrer  leurs  cartes  de  citoyens 
pour  être  aussitôt  relâchés,  d'où  vient  sans 
doute  le  nombre  prodigieux  de  voleurs 
et  de  vagabonds  pullulant  dans  Paris; 
déclarant  enfin  qu'on  se  plaint  beaucoup 
de  l'état-major  qu'a  formé  le  général  San- 
terre,  plus  occupé  h  fréquenter  les  cafés 
et  les  femmes  qu'à  veiller  au  service  mi- 
litaire, qui  se  fait  avec  une  extrême  négli- 
gence, tant  le  jour  que  la  nuit,  avec  lettre 
d'envoi  de  Pache,  maire  de  Paris,  au  Con- 
seil exécutif  provisoire. 

24,  25  février  1793. 
Extrait  et  original  signé  (2   pièces),   A.  JV., 
AFiv  1470. 

428.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  constatant 
dans  la  3'  légion  que,  dans  la  section  des 
Quatre-Nations,  des  commissaires  de  po- 
lice et  de  sections  ont  fait  différentes  vi- 
sites la  nuit,  chez  les  boulangers,  pour 
s'assurer  s'ils  cuisaient,  et  qu'ils  ont  tout 
trouvé  en  pleine  activité  ;  dans  la  4"  légion, 
qu'une  patrouille  de  17  hommes  du  poste 
de  l'Kgalité  étant  arrivée  sur  la  terrasse 
des  Feuillants,  a  été  obligée  de  remettre 
la  bayonnette  au  fourreau,  qu'on  se  plaint 
toujours  des  cochers  de  fiacre,  de  leur 
insolence  et  de  leur  refus  de  conduire  les 
citoyens  ;  dans  la  6«  légion,  qu'un  cocher 
de  liacre,  ayant  maltraité  et  blessé  un 
citoyen  au  front,  a  été  conduit  à  la  Force 
par  ordre  du  commissaire  de  la  section 
du  Faubourg-du-Nord. 

25  février  1793. 

Extrait,  signé  de  Santerre  et  de  Clément, 
A.N.,  APiv  1470. 


429.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  contenant  une 
proclamation  adressée  aux  citoyens  par 
Santerre,  qui  les  adjure  de  se  rallier  dans 
les  moments  critiques  où  l'on  se  trouve, 
et  déclare  que  ceux  qui  ne  viennent  point 
à  leurs  sections,  lorsqu'il  se  commet  des 
délits  publics,  sont  complices  de  ces 
mômes  délits,  montre  l'urgence  de  nom- 
breuses et  fréquentes  patrouilles,  at- 
tendu que  les  malveillants  continueront 
le  désordre,  qu'une  fois  la  loi  violée, 
la  vie  des  citoyens  est  fortement  exposée, 
et  que  si  les  désordres  ne  sont  pas  ré- 
primés, la  liberté  est  perdue,  invite  enfin 
les  citoyens  des  sections  à  forcer  tout  le 
monde  à  se  faire  inscrire,  afin  de  con- 
naître ceux  qui  courent  pour  tromper  le 
peuple. 

26  février  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
APiv  1470. 

430.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  relatant 
dans  la  1"  légion,  que, dans  la  section  du 
Théâtre-Français,  un  tambour  qui  battait 
le  rappel  a  eu  sa  caisse  crevée  et  les  fusiliers 
qui  l'accompagnaient  ont  manqué  d'être 
assassinés  par  le  peuple  ;  dans  la  3'  légion, 
que  le  citoyen  François  Lelièvre  a  été 
arrêté  et  conduit  au  poste  de  Grenelle 
pour  avoir,  rue  dos  Bourdonnais,  pris  du 
sucre,  que  le  peuple  se  distribuait,  et  ne 
l'avoir  pas  payé  ;  dans  la  i'  légion,  que  le 
calme  s'est  rétabli  dans  la  section  du 
Faubourg-Montmartre  sur  les  9  à  10 
heures  du  soir;  que,  sur  les  8  heures  du 
soir,  les  Elèves  ont  arrêté  un  homme  et 
une  femme  très  violents,  qui  excitaient  à 
la  sédition,  ayant  même  frappé  un  ser- 
gent en  faction  à  la  porte  d'un  épicier, 
que  tout  a  été  tranquille  à  la  Caisse,  au 
Trésor  et  à  la  fabrication  des  assignats. 

26  février  1793. 
Extrait,  signé    de    Santerre  et  de  Clément, 
A.  N.,AV"  1470. 

431.  —  Lettre  de  Santerre  au  Conseil 
exécutif  provisoire,  l'informant  qu'ac- 
tuellement la  force  armée  est  devenue 
maîtresse  de  réprimer  les  événements 
fâcheux  que  l'on  connaît,  et,  dans  la  crainte 


I 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


83 


qu'à  la  faveur  de  la  nuit  les  agitateurs  et 
les  malveillants  ne  recommencent,  an- 
nonçant qu'il  a  établi  dans  toutes  1ns 
caisses,  à  la  fabrique  des  assignats,  au 
Mont  de  Piété  et  à  toutes  les  prisons  des 
forces  d'hommes  et  de  canons,  de  ma- 
nière à  s'opposer  aux  excès,  d'après  l'ordre 
qu'il  a  reçu  de  la  Municipalité,  et  que  cette 
surveillance  sera  exercée  partout. 

2G  février  1793,  à  3  heures. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

432.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de  la 
Police,  résumant  les  événementsde  lajour- 
née  du  25  février  :  observant  que  le  pillage 
chez  les  épiciers  et  les  chandeliers  a  été 
autant  l'ouvrage  des  brigands  et  ennemis 
de  la  Révolution  que  du  désespoir  de  la 
classe  indigente  du  peuple,  écrasée  sous  le 
l>rix  énorme  des  denrées  de  première  né- 
cessité, que  l'on  a  arrêté  beaucoup  de 
voleurs  qui  emportaient  les  marchandises 
sans  les  payer,  notamment  d'un  seul  coup 
de  filet,  40  à  30,  rue  Saint-Deni-s  en  face 
du  Marché  des  Innocents,  et  que  plusieurs 
personnes  qui  excitaient  au  pillage  et  au 
rheurtre  étaient  des  déserteurs,  des  émi- 
grés ou  leurs  agents  ;  démentant  le  bruit 
qui  avait  couru  que  l'on  avait  insulté  le 
Maire,  déchiré  son  écharpe  et  menacé  de 
le  frapper  de  coups  de  couteau,  à  l'ins- 
tant qu'accompagné  du  procureur  de  la 
Commune,  il  protégeait  les  propriétés  d'un 
épicier,  bruit  répandu  pour  sonder  le 
peuple  et  inspirer  l'idée  de  cet  attentat; 
relatant  que  des  patrouilles,  composées 
san.s  doute  de  marchands  et  d'accapareurs, 
ont  agi  avec  une  extrême  brutalité  à  l'é- 
gard de  ceux  qui  se  portaient  en  foule 
chez  les  épiciers,  ont  môme  percé  de 
coups  de  bayonnette,  rue  de  l'Echelle,  un 
citoyen  qui  avait  dit  que  cette  malheu- 
reuse journée  était  le  résultat  de  la  cupi- 
dité des  marchands,  et  sur  la  place  de 
(irève  ont  blessé  4  personnes,  que  l'adju- 
dant des  Quinze-Vingts  a  failli  perdre  la 
vie,  avec  les  6  hommes  sous  ses  ordres, 
pour  s'être  obstiné  à  faire  fermer  la  bou- 
tique d'un  épicier  en  face  du  corps  de 
garde  de  la  section  ;  reproduisant  les  pro- 


pos dignes  d'attention  que  l'on  tenait 
dans  les  groupes  bénévoles  qui  se  sont 
formés  dans  les  rues  de  Paris,  tandis  que 
certains  particuliers,  beaucoup  plus  actifs, 
s'approvisionnaient  à  grand  marché  de 
sucre,  de  café  et  de  chandelles  ;  d'autres 
disaient  que  tous  ces  maux  étaient  occa- 
sionnés par  la  lenteur  de  la  Convention  à 
promulguer  de  bonnes  lois,  que  cette  in- 
souciance de  l'état  de  Paris  amenait  à  la 
faire  suspecter  d'intelligence  avec  les  mal- 
veillants; au  lieu  de  proclamations,  ob- 
jectait-on, il  faudrait  de  sages  décrets 
remédiant  au  désordre  et  à  la  misère,  et 
punissant  sévèrement  les  accaparements 
dont  se  rendent  coupables  les  riches  et 
les  nobles,  avec  exemples  à  l'appui  de  ces 
propos,  l'on  signalait  les  sieurs  Robe  et  La- 
rainie,  anciens  fermiers  généraux,  demeu- 
rant place  Vendôme,  qui  ont  un  magasin 
de  la  valeur  de  ilO  millions,  le  prince  de 
Montbazon  et  son  associé,  qui  font  un 
commerce  considérable,  on  montrait  que 
l'arrestation  de  3  voitures  de  savon  a  fait 
reconnaître,  par  la  facture,  que  ce  savon, 
qui  ne  revenait  qu'à  14  sols,  était  vendu  au 
peuple  jusqu'à  32  sols,  l'on  demandait 
également  la  raison  de  la  rareté  des  blés, 
qui  pourraient  ne  valoir  que  2b  sols  le 
setier,  si  les  municipalités  n'en  offraient 
pas  un.prix  infiniment  supérieur,  alors  qu'à 
10  lieues  au-dessus  de  Paris,  jusqu'à  Lille, 
on  no  voit  que  des  meules  de  blés  qui  sem- 
blent reprocher  aux  fermiers  leurs  cou- 
pables négligences  ou  leurs  avares  spécu- 
lations. Les  rapports  déclaraient  que,  selon 
toute  apparence,  il  n'y  avait  point  eu  de 
sang  versé  la  veille,  mais  que  le  désir 
d'avoir  du  sucre  et  d'autres  marchandises 
à  bon  marché  n'animait  pas  seul  les  in- 
surgés du  2"),  que  nombre  d'entre  eux,  en 
sortant  des  magasins,  notamment  à  l'Ap- 
port Paris,  revendaient  le  sucre  et  autres 
denrées  qu'ils  étaient  allés  chercher  jus- 
qu'à trois  reprises,  que,  dans  la  plupart 
des  magasins  forcés,  on  avait  trouvé  de  la 
cassonnadc  moisie,à  force  d'avoir  été  gar- 
dée, et  des  pains  de  sucre  à  demi  con- 
sommés par  l'humidité,  ajoutant  en  der- 
nier lieu  que  Sanlerre  se  trouvait  le  2.ï  à 
Versailles  et  n'avait  donné  aucun  ordre 
en  cas  de  tumulte,  aussi  qu'on  l'accusait 


64 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


de  s'être  absenté  exprès,  avec  lettre  d'en- 
voi du  Maire  au  Conseil  exécutif. 

26,  27  février  1793. 
Extrait  conforme  et  minute  (2  pièces),  A.  N., 
AF'V  1470. 

433.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  mention- 
nant pour  la  3"  légion,  l'arrestation  de 
plusieurs  personnes  chez  diflérents  épi- 
ciers de  la  section  du  Luxembourg,  et  au 
poste  de  Saint-Suipice,  d'un  citoyen  sans 
carte  civique ,  avec  sa  femme  déguisée 
en  liommc,  laquelle  a  été  renvoyée  chez, 
elle  et  le  mari  consigné  au  violon  ;  an- 
nonçant pour  la  4°  légion,  que,  la  veille, 
on  avait  conçu  quelques  inquiétudes  et 
craintes  pour  les  caisses  publiques,  craintes 
qui  heureusement  ne  so  sont  pas  réalisées, 
on  a  pris  soin  de  redoubler  la  garde  et 
tout  a  été  parfaitement  tranquille,  avec 
note  au  bas  du  rapport,  faisant  connaître 
que  dans  les  circonstances  présentes  le 
Commandant  général  donne  2  fois  par 
jour  l'ordre,  et  que  l'on  fera  passer  au 
Conseil  exécutif  celui   du  matin  et  celui 

du  soir. 

27  février  1793. 
Extrait,  signé    de   Santerre   et  de   Clément, 
A.  N.,  AF'V  1470. 

434.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne  (9  heures  du 
matin),  notant  que  la  nuit  a  été  fort  calme, 
et  prescrivant  aux  réserves  de  200  hommes 
de  faire  de  fortes  et  fréquentes  patrouilles 
et  de  se  porter  toutes  sur  la  place  de  la 
Maison  commune,  où  elles  prendront  les 
ordres  du  Commandant  général,  soit  pour 
retourner  dans  leurs  chefs-lieux  respec- 
tifs, soit  pour  être  dirigées  où  besoin  sera. 
D'après  un  second  ordre  du  jour  (5  heures 
de  relevée),  la  force  armée  est  exacte  et 
empêche  tous  désordres,  mais,  observe  le 
Commandant  général,  il  faudrait  que  ce 
fût  la  raison  et  le  respect  pour  les  lois  qui 
obtinssent  ce  résultat,  adjurant  les  citoyens 
de  venir  aux  sections,  et  déclarant  qu'à  Iti 
veille  de  secourir  nos  amis  aux  frontières, 
de  procurer  le  bonheur  au  peuple,  si  l'on 
voit  les  aristocrates  triompher  à  l'inté- 
rieur, c'est  cesser  de  vivre  libres,  c'est 
manquer  à  son  serment,  enfin  confirmant 


les  mêmes  instructions,  attendu  que  les 
patrouilles  venant  des  extrémités  au  centre 
se  rendent  extrêmement  utiles  et  permet- 
tent au  Commandant  général  de  vérifier  le 
service  et  de  porter  des  forces  où  il  en  faut. 

27  février  1793. 
Original,  signé  de  Santerre,  -4. N.,  AF'v  1470. 

435.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  où  se  trouvent  consignés  les 
faits  suivants  :  1°  L'aspect  de  Paris  était 
tranquille,  toute  la  force  armée,  mise  sur 
pied  la  veille  et  pendant  la  nuit,  les  nom- 
breuses patrouilles  qu'elle  n'a  cessé  de 
faire,  ont  ramené  le  calme  et  le  bon  ordre, 
cependant,  on  menace  sourdement  les  cor- 
royeurs  et  les  gros  marchands  de  draps; 
le  peuple,  c'est-à-dire  la  classe  mal  aisée, 
voit  d'ailleurs  avec  peine  que  l'insurrection 
des  jours  passés  n'a  produit  aucun  bon 
effet,  le  sucre,  le  café,  les  huiles,  les  cuirs, 
le  savon,  les  suifs  continuent  à  se  vendre 
le  même  prix  exorbitant,  auquel  il  est  im- 
possible que  le  malheureux  puisse  at- 
teindre plus  longtemps,  malgré  son  patrio- 
tisme, aussi  juge-t-il  très  sévèrement  la 
Convention,  lui  reprochant  avec  amertume 
de  consumer  un  temps  précieux  à  se  dis- 
puter et  se  calomnier,  et  demande  que 
les  accapareurs  soient  réprimés  et  qu'elle 
fasse  diminuer  le  taux  des  denrées  de  pre- 
mière nécessité,  certains  allant  jusqu'à  dire 
qu'ils  refuseront  de  partir  pour  les  fron- 
tières, dans  la  crainte  que  leurs  femmes 
et  leurs  enfants  ne  périssent  de  misère. 
La  haine  contre  les  épiciers  est  montée  à 
un  point  étonnant,  attendu  qu'ils  se  sont 
trop  prévalus  de  la  liberté  du  commerce 
et  que  le  gain  le  plus  exorbitant  ne  peut 
encore  satisfaire  leur  cupidité  insatiable  ; 
les  femmes,  probablement  mises  en  avant 
par  leurs  maris,  disent  qu'il  était  néces- 
saire d'en  pendre  3  ou  4  dans  chaque 
quartier,  afin  de  servir  d'exemple  aux 
accapareurs;  parmi  ces  femmes,  quelques- 
unes  pouvaient  être  suspectées  d'avoir  été 
soudoyées  par  des  agents  secrets  de  trou- 
bles, puisqu'indépendamment  de  l'argent 
qu'elles  avaient  pour  acheter  du  sucre 
et  du  café,  elles  voulaient  envahir  les 
magasins  de  draps  et  de  toiles,  ce  qu'elles 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


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auraient  effectué  vers  le  Marché  des  Inno- 
cents, malgré  les  représentations  qu'on  ne 
cessait  de  leur  faire,  si  un  dragon  de  la 
République  ne  les  avait  mises  en  fuite,  en 
assénant  un  coup  de  sabre  à  la  plus 
obstinée. 

2'  Les  femmes  de  la  Halle  ont  montré  le 
plus  d'acharnement  au  pillage  des  épi- 
ciers, probablement  parce  qu'elles  sont 
de  la  classe  indigente  du  peuple,  ou  se 
sont  laissées  guider  par  des  suggestions 
perfides,  huant  les  patrouilles  qui  circu- 
laient au  milieu  des  groupes  pour  les 
disperser,  prétendant  que  ces  patrouilles 
n'étaient  composées  que  d'épiciers  et  de 
chandeliers,  tandis  que  des  sections,  entre 
autres  celle  des  Quatre-Nalions,  avaient 
eu  la  prudence  de  défendre  à  cette  classe 
de  commerçants  de  prendre  les  armes. 
Ce  fut  vers  les  5  heures  du  soir  que  le 
rassemblement  de  ces  femmes  devint  con- 
sidérable dans  le  Marché  des  Innocents, 
elles  chantaient  et  dansaient,  se  moquant 
de  la  force  armée  à  pied  et  à  cheval  qui 
voulait  les  dissiper,  tandis  qu'on  les  chas- 
sait d'un  côté,  elles  s'en  allaient  d'un 
autre,  en  tenant  des  propos  fort  violents; 
on  avait  fait  plier  les  grands  parapluies 
d-e  toile  cirée  et  retirer  les  marchandises 
étalées  au-dessous,  mais  cette  mesure 
fut  plus  nuisible  qu'utile,  en  ce  qu'elle  a 
favorisé  les  rassemblements. 

3»  Parmi  ceux  qui  pillaient  chez  les  épi- 
ciers furent  arrêtés  des  individus  en  hail- 
lons, sur  lesquels,  après  les  avoir  fouillés, 
fut  trouvé  beaucoup  d'or  et  d'argent. 
D'après  certaines  déclarations  reçues  par 
le  procureur  do  la  Commune,  dans  la  rue 
Phelippeaux,  furent  remarquées  3  femmes, 
très  mal  vêtues,  qui  avaient  dans  leurs 
mains  de  gros  paquets  d'assignats,  qu'elles 
distribuaient  à  ceux  qui  n'avaient  pas  de 
([uoi  acheter,  à  vil  prix,  du  sucre  et  du 
savon;  le  peuple  s'étant  porté  dans  la 
boutique  d'un  épicier  nouvellement  établi, 
rue  Saint-Dominique,  se  lit  livrer  beau- 
coup de  sucre,  qu'il  voulut  absolument 
payer  45  sols  la  livre,  à  cause  du  civisme 
de  ce  citoyen ,  excellent  patriote,  tandis 
que  chez  un  autre  épicier,  rue  (ialande, 
connu  pour  très  aristocrate,  on  ne  le  paya 
que  15  sols  la  livre. 


4°  Le  26  février,  dans  un  café,  rue  des 
Cinq-Diamants,  3  particuliers,  reconnus 
pour  avoir  appartenu  au  ci-devant  Roi, 
excitaient  les  femmes  au  pillage,  mais 
leur  identité  ayant  été  établie,  on  se  jeta 
sur  eux,  et  ils  ne  durent  leur  salut  qu'à 
la  légèreté  de  leurs  jambes;  si  l'on  ajoute 
foi  à  un  bruit  mis  en  circulation,  un 
épicier  de  la  rue  du  Four  aurait  donné 
de  l'argent  à  des  femmes  du  marché  pour 
exciter  le  désordre;  une  femme  entr'au- 
tres  déclara  avoir  reçu  15  francs  pour 
acheter  du  sucre. 

5°  L'approvisionnement  des  boulangers 
est  des  plus  satisfaisant,  les  marchés  sont 
garnis  de  pain  comme  aux  jours  d'abon- 
dance. Les  émigrés  viennent  en  foule  se 
cacher  à  Paris,  on  y  prépare  des  troubles; 
une  visite  domiciliaire  ou  un  nouveau  re- 
censement, réclamés  par  le  public,  est  le 
seul  moyen  de  déjouer  leurs  complots  et 
de  les  faire  tomber  sous  le  glaive  de  la 
loi,  qu'ils  croient  éviter. 

6°  Aux  dernières  nouvelles,  Paris  n'est  pas 
aussi  tranquille  dans  la  soirée  qu'il  l'avait 
été  toute  la  journée.  Les  blanchisseuses 
se  sont  assemblées  sur  la  place  Maubert 
et  ailleurs,  demandant  à  grands  cris  que 
l'on  lit  irruption  dans  les  magasins  de 
savon  et  de  soude,  notamment  rue  de 
Bièvre,  elles  invitaient  les  hommes  à  mar- 
cher avec  elles,  sans  quoi,  leur  disaient- 
elles,  ils  payeraient  au  moins  6  sols  de 
blanchissage  par  chemise. 

L'extrait  de  ces  rapports  est  accom- 
pagné d'une  lettre  d'envoi  du  maire  de 
Paris  au  Conseil  exécutif. 

11,  28  février  1793. 
Extrait   et   original    signés  (griffe),    A.    N., 
AF'V  1470. 

430.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  signalant 
pour  la  5°  légion  l'arrestation,  dans  un  hô- 
tel garni,  rue  d'Ormesson,  de  2  prêtres 
réfractaires,  qui  ont  été  conduits  au  Dépar- 
tement, et  la  présence,  à  minuit  et  demi, 
de  bien  des  buveurs  qui  chantaient  et  fai- 
saient du  bruit  chez  un  mai'chand  de  vin, 
à  la  Tour  d'Argent,  à  la  Courtille,  sur  le 
Temple,  et  déclarant  que  la  tranquillité 
s'est  soutenue  hier  dans  la  journée,  que  le 


86 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA.  RÉVOLUTION 


calme  a  été  parfait  pendant  la  nuit,  et 
que  le  Conseil  exécutif  recevra  ce  soir 
l'ordre  général  du  matin  et  celui  de  5  heures 

du  soir. 

28  février  1793. 
Extrait,   signé    de   Santerre  et  de  Clément, 
A.  N.,  AF>v  1470. 

437.  —  Feuille  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  police,  donnant  les  renseignements  sui- 
vants : 

1»  D'après  ce  qui  se  dit  et  se  répète  au- 
tour de  la  Convention,  notamment  dans 
les  cafés  des  Feuillants  et  de  la  Terrasse, 
le  foyer  des  troubles  qui  agitent  Paris  est 
dans  le  sein  de  l'Assemblée,  où  l'on  tarde 
trop  de  remédier  à  la  misère  du  peuple  et 
où  deux  partis  ne  cessent  de  se  faire  une 
guerre  acharnée  aux  dépens  de  la  chose 
publique  ;  on  accusait  les  Brissotins  d'a- 
voir surpris  le  décret  qui  donne  à  la  Con- 
vention, en  certains  cas,  la  réquisition  de 
la  force  armée,  pour  contrecarrer  le  maire 
de  Paris,  que  les  malveillants  auront  beau 
jeu  de  représenter  comme  responsable  du 
pillage  qui  a  eu  lieu,  faute  d'avoir  mis  à 
temps  sur  pied  tout  le  militaire  de  Paris; 
un  grand  nombre  d'épiciers,  sous  prétexte 
d'avoir  été  ruinés,  se  proposent  de  deman- 
der une  indemnité  ;  plusieurs  femmes  di- 
saient dans  les  groupes,  le  27,  que  la 
journée  du  25  n'avait  pas  produit  tout 
l'effet  qu'elles  en  attendaient,  parce  que 
la  force  armée  avait  été  mise  sur  pied, 
mais  que  les  patrouilles  seraient  fatiguées 
au  bout  de  quelques  jours  et  qu'alors  elles 
recommenceraient,  et  qu'à  l'égard  de  San- 
terre, elles  s'en  débarrasseraient  facile- 
ment en  l'envoyant  à  Versailles  avec  sa 
maîtresse. 

2°  A  l'occasion  du  rassemblement  des 
blanchisseuses  et  de  leurs  menaces  d'en- 
vahir les  magasins  de  savon  et  de  soude, 
on  répandit,  sans  doute  à  dessein,  le 
bruit  que  l'on  allait  se  porter  chez  les 
bijoutiers  et  orfèvres,  qui,  saisis  de  pa- 
nique, se  hâtèrent  de  fermer  leurs  portes 
et  de  cacher  les  effets  les  plus  précieux, 
mais,  grilce  à  de  nombreuses  patrouilles, 
tout  fut  fort  tranquille. 
3°  Le  pain  abonde  maintenant  dans  Paris, 


la  veille,  à  9  heures  du  soir,  il  y  en  avait 
encore  dans  les  boutiques  des  boulangers. 

4»  La  section  de  Beaurepaire  ayant  in- 
vité l'ex  ministre  Roland  à  lui  donner 
quelques  lumières  sur  les  subsistances, 
n'obtint  qu'une  réponse  vague  et  insigni- 
fiante, Roland  s'étant  borné  à  déclarer 
que,  dans  le  terrible  ministère,  les  jours 
étaient  des  heures  et  les  mois  des  jours, 
et  que  les  personnes  actuellement  au  pou- 
voir feraient  sans  doute  tout  ce  qu'elles 
pourraient  pour  éloigner  la  disette  de 
Paris  ;  les  grenadiers  de  cette  môme  sec- 
tion ont  jugé  à  propos  de  reprendre  le 
bonnet,  mais  cette  mascarade  orgueilleuse 
déplaît  à  tous  lès  citoyens  raisonnables. 

5°  Un  vif  mécontentement  règne  parmi 
les  dragons  do  l'Ecole  militaire,  qu'on  veut 
faire  partir  pour  l'une  des  armées,  ils 
refusent  d'obéir,  sous  prétexte  qu'ils  n'ont 
point  de  chevaux  et  sont  en  droit  de  ne 
pas  servir  à  pied. 

0°  Malgré  les  descentes  faites  dans  plu- 
sieurs maisons  de  jeu,  les  tripots  recom- 
mencent avec  une  nouvelle  fureur,  leurs 
tenanciers  cherchent  à  gagner  les  gen- 
darmes pour  être  prévenus  de  l'arrivée  de 
la  police. 

7°  Au  jardin  de  l'Egalité,  sous  les  gale- 
ries, n°  49,  se  vend  une  gravure  repré- 
sentant Louis  Capet  et  son  fils. 

28  février  1793. 
Extrait  conforme,  A.  N.,  AF'V  1470. 

438.  —  Extrait  do  la  feuille  des  rap- 
ports et  déclarations  faits  au  Bureau  de 
surveillance  de  la  Police,  donnant  les  ren- 
seignements suivants  : 

1°  Le  calme  renaîtrait,  l'ordre  serait  ré- 
tabli, si  la  Convention  défendait  la  vente 
de  l'argent,  si  elle  décrétait  une  peine 
quelconque  à  l'égard  des  accapareurs,  et 
si  elle  obligeait  les  fermiers  à  apporter 
leurs  blés  dans  les  marchés. 

2°  Le  discours  du  maire  de  Paris  et  du 
procureur  de  la  Commune,  prononcé  à  la 
barre  de  la  Convention,  a  produit  un  très 
bon  effet  dnns  l'esprit  public,  on  a  vu  avec 
reconnaissance  la  demande  aux  Législa- 
teurs de  s'occuper  des  subsistances  et 
denrées  de  première  nécessité,  mais  tout 
en  faisant  l'éloge  de  ces  deux  magistrats, 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


87 


qui  sont,  disait-on,  vraiment  les  magis- 
trats du  peuple,  on  reproclie  à  plusieurs 
sections  de  n'avoir  pas  tenu  les  engage- 
ments sacrés  qu'elles  ont  pris  de  subvenir 
aux  besoins  des  familles  de  ceux  qui 
combattent  aux  frontières,  qui  sont  plon- 
gées dans  une  misère  affreuse,  ce  qui  a 
forcé  un  grand  nombre  de  volontaires  d'a- 
bandonner leurs  drapeaux  pour  venir  au 
secours  des  objets  de  leur  tendresse. 

3°  D'après  de  vagues  rumeurs  qui  cir- 
culent, si  la  Convention  ne  remédie  prorap- 
tement  à  l'agiotage  et  aux  accaparements, 
on  recommencera  les  journées  des  25  et 
20  février,  et  des  malveillants,  pour  exciter 
les  désordres,  faisaient  courir  le  bruit 
qu"on  pillait  des  magasins  de  soude  dans 
le  Faubourg  Saint-Marceau,  et  que  le  maire 
de  Paris  et  le  procureur  de  la  Commune 
avaient  donné  leur  démission. 

4"  Suivant  certains  rapports,  le  citoyen 
Egalité,  membre  de  la  Convention,  était 
très  mécontent  de  la  saisie  de  plusieurs 
tripots  de  jeux  prohibés  dans  l'enceinte 
du  jardin  de  sa  maison,  et  devait  tout 
mettre  en  œuvre,  auprès  du  Comité  de 
sûreté  générale,  pour  faire  rendre  un  dé- 
cret le  tranquillisant  à  cet  égard,  en  allé- 
guant la  loi  qui  interdit  toutes  arrestations 
après  le  soleil  couché,  quoiqu'il  devrait 
savoir  que  les  tripots  et  lieux  publics  sont 
exceptés  de  cette  loi.  Aussi  les  teneurs  de 
jeux,  dans  l'espoir  qu'Egalité  parviendra  à 
lier  les  mains  de  la  Police,  vont  recom- 
mencer avec  plus  d'audace  que  jamais, 
des  joueurs  ont  confié  à  leurs  amis  que 
les  lieux  où  ils  s'assemblent  sont  un  re- 
paire d'émigrés,  et  qu'il  y  en  avait  même 
chez  la  dame  Lalour,  lorsqu'elle  fut  saisie. 

~>°  Les  petits  jeux  de  cartes  et  de  hasard 
continuent  toujours  sur  les  quais  et  sur 
la  place  de  la  Révolution,  malgré  la  dé- 
fense et  la  chasse  qui  en  a  été  faite,  ceux 
qui  les  tiennent  n'étant  autre  chose  que 
des  filous  et  des  voleurs. 

6°  Un  citoyen  digne  de  foi  a  rapporté  que 
quelqu'un  l'avait  assuré  avoir  vu  un  pla- 
card où  l'on  lisait  ces  mots,  en  grosses 
lettres  :  Plus  de  dix-huit  livres,  nous  vou- 
lons un  Louis. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
de  Pache,  maire  de  Paris,  aux  ministres, 


faisant  passer  l'extrait  des  rapports  faits, 
le  28  février  et  le  l"  mars. 

1",  2  mars  1793. 
Copie    et    original   signé  (griffe)  (2  pièoes), 
A.  N.,  APiv  1470. 

439.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  déclarant  que  le  Com- 
mandant général  n'a  pas  reçu  officielle- 
ment la  loi  qui  ordonne  le  recrutement, 
mais  que,  d'après  cette  loi,  il  n'y  aura  pas 
de  casernement  à  Paris  pour  les  citoyens 
qui  doivent  partir,  et  que  les  hommes  se- 
ront fournis,  habillés  et  équipés,  signalant 
la  bassesse  de  plusieurs  cochers  revenus 
des  frontières  qui  ont  vendu  leurs  chariots 
et  leurs  chevaux  pour  moitié  de  la  valeur, 
invitant  les  bons  citoyens  à  dénoncer  de 
pareils  abus,  h  prendre  exactement  con- 
naissance de  l'ordre,  comme  aussi  à  faire 
leur  possible  pour  détromper  le  peuple 
que  l'on  égare  sur  tous  les  événements, 
afin  de  ruiner  Paris  et  anéantir  la  Répu- 
blique, ce  qui  est  la  dernière  ressource  des 
aristocrates  et  des  malintentionnés,  avi- 
sant enfin  le  Conseil  exécutif  qu'il  ne  re- 
cevra pas  aujourd'hui  de  feuille  de  rap- 
port, attendu  qu'il  n'y  a  rien  d'intéressant 
dans  ceux  des  légions,  les  rondes  des  pa- 
trouilles ont  été  multipliées  et  le  calme 
parait  se  rétablir  parfaitement  dans  Paris. 

l«r  mars  1793. 
Copie  conforme,  signée   de  Clément,  A.  N., 
AFiv  1470. 

440.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  faisant  con- 
naître, dans  la  i'^  légion,  que  les  réver- 
bères de  la  rue  de  l'Arbalète,  section  de 
l'Observatoire,  étaient  tous  éteints  à  dix 
heures;  dans  la  2«  légion,  qu'il  n'y  a  point 
eu  de  factionnaire  au  poste  de  gendarme- 
rie, pointe  Saint-Eustache,  et  que  le  com- 
mandant de  ce  poste  n'a  jamais  pu  donner 
le  mot  d'ordre,  tant  il  était  ivre  ;  dans  la 
3«  légion,  que  l'on  a  conduit  au  Comité  de 
la  section  du  Louvre  un  militaire  qui  ven- 
dait son  sabre,  ainsi  que  le  particulier  qui 
Tachetait  ;  dans  la  4' légion,  qu'un  hussard 
a  été  envoyé  à  l'Abbaye  par  son  colonel, 
qu'une  patrouille  de  la  section  de  1792  a 
été  arrêtée  au  poste  de  la  Messagerie  pour 


88 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


n'avoir  pas  le  vrai  mot  d'ordre,  que  le 
commandant  du  poste  du  Pont  tournant 
demande  que  le  Commandant  général 
veuille  bien  donner  une  consigne  par  rap- 
port aux  jeux  qui  sont  établis  dans  ces 
parages  et  qui  attirent  journellement  une 
foule  considérable  ;  dans  la  5«,  que  deux 
gendarmes  arrêtés  la  nuit  ont  été  con- 
duits à  l'Abbaye. 

2  mars  1793. 
Extrait,   signé   de  Sanlerre   et   de  Clément, 
A.N.,  AF'v  1470. 

441.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  relatant  les  poinls  suivants  : 

l»Le  {«'mars,  les  groupes  assemblés  au- 
tour de  la  Convention,  sachant  qu'elle 
s'occupait  d'objets  peu  intéressants,  se  ré- 
pandirent en  plaintes  et  en  murmures,  en 
raison  de  la  nécessité  d'une  loi  répressive 
contre  les  accaparements,  dont  la  Con- 
vention semblait  ne  pas  vouloir  s'occuper, 
encourageant  ainsi  l'audace  cupide  d'une 
foule  d'hommes  égoïstes  sans  pudeur  ;  on 
disait  également  dans  ces  groupes  que  les 
marchands  de  vin  avaient  des  magasins 
depuis  la  Rûpée  jusqu'à  Villeneuve-Saint- 
Georges,  où  ils  amalgamaient  le  vin  avec 
le  poiré  avant  de  l'introduire  dans  Paris; 
assurés  de  l'impunité,  les  marchands  s'ar- 
rogent le  droit  de  tromper  et  de  voler  le 
peuple,  de  même  que  les  boulangers  qui, 
trop  souvent,  vendent  à  faux  poids. 

2»  L'Assemblée  générale  de  la  section 
des  Piques  venait,  parait-il,  de  donner 
son  adhésion  à  une  pétition  qui  doit  être 
présentée  à  la  Convention,  dont  l'objet 
est  de  défendre  la  vente  des  espèces  mon- 
nayées sous  peine  de  mort,  de  retirer  de 
la  circulation  beaucoup  d'assignats  et  de 
les  remplacerpardesquittancesde  finances. 

3°  L'espoir  conçu  par  la  partie  indigente 
du  peuple  de  voir  enfin  les  Législateurs 
s'occuper  de  son  sort  l'a  calmée,  et  les 
bonnes  nouvelles  du  succès  des  armées 
en  Hollande  ont  trouvé  tous  les  cœurs 
plus  disposés  à  se  pénétrer  de  joie,  aussi 
le  recrutement  dans  les  sections  marche 
à  merveille. 

4»  On  lient  toujours  de  très  mauvais  pro- 


pos contre  le  ministre  de  la  guerre,  que 
l'on  accuse  de  placer  dans  les  convois 
de  l'artillerie  tous  les  agents  secrets  de 
Lafayette  et  de  fréquenter  assidûment 
d'anciens  amis  de  l'ex-ministre  Lajard, 
qui,  dans  les  sociétés  aristocratiques,  ma- 
nifestent l'espoir  que  l'armée  française 
sautera  au  siège  de  Luxembourg. 

5»  Deux  observateurs,  les  citoyens  Ni- 
quille  et  Gautier  assurent  que  très  souvent 
arrivent  de  nuit  des  courriers  secrets  des 
armées,  qui  ne  paraissent  même  pas  aux 
bureaux  de  la  guerre,  et  proposent  de  ga- 
gner quelques-uns  de  ces  courriers,  comme 
l'on  procéda  dans  le  temps  que  Lafayette 
faisait  des  courses  mystérieuses,  mesure 
qui  fut  couronnée  de  succès. 

6°  Le  général  Dumouriez  gagne  sensible- 
ment depuis  quelques  jours  dans  l'opinion 
publique, 

7«  On  signale  l'extinction  presque  géné- 
rale des  réverbères,  quoique  la  lune  ne 
paraisse  sur  l'horizon  que  2  heures  après 
minuit. 

8»  Le  lu' mars,  vers  les  2  heures  après 
midi,  tut  porté  à  la  Morgue  un  individu 
qui  venait  de  se  brûler  la  cervelle  dans  le 
jardin  du  Luxembourg,  qu'on  croit  être 
un  prêtre  réfractaire. 

9°  Rien  ne  caractérise  davantage  les  heu- 
reux succès  des  armées  de  la  République 
que  la  morne  consternation  des  aristocrates 
rassemblés  à  Paris  et  que  l'arrivée  de 
tous  côtés,  sous  divers  déguisements, 
même  sous  celui  de  savetier,  d'émigrés  au 
désespoir. 

10°  Plusieurs  déclarations  font  connaître 
que  des  gens  très  riches  n'ont  pas  rougi 
de  donner  de  l'argent  aux  malheureux  qui 
se  sont  fait  adjuger  à  bas  prix  du  sucre,  du 
savon,  de  la  chandelle;  mais  cet  exemple 
étonnant  de  manque  de  délicatesse  et 
d'honneur,  achève  peut-être  de  prouver 
que  ces  marchandises  si  utiles  sont  réelle- 
ment trop  chères. 

L'extrait  de  ces  rapports  est  accom- 
pagné d'une  lettre  d'envoi  du  maire  de 
Paris  au  Conseil  exécutif. 

2,  3  mars  1793. 
Extrait   conforme  et  original    signé    (griffe) 
(2  pièces),  A.  N.,  AF"'  1470. 


LESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


89 


442.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  contenant  des  indica- 
tions du  Commandant  général,  relative- 
ment au  contingent  des  volontaires,  que 
Paris  doit  fournir,  qui,  au  23  février,  se 
montait  à  7,650  hommes,  faisant  observer 
à  ce  sujet,  que  trop  de  précipitation  dans 
le  recrutement  donne  souvent  des  hom- 
mes trop  faibles  ou  des  mauvais  sujets 
renvoyés  des  autres  corps,  ajoutant  qu'il 
y  il  déjà  environ  3  à  4,000  braves  canon- 
niers,  dont  le  contrôle  sera  bientôt  mis 
sous  les  yeux  des  sections. 

L'ordre  du  jour  reproduit  également  lu 
réponse  à  l'arrêté  de  la  section  des  Picjues, 
du  2o  février,  qui  reprochait  au  Comman- 
dant d'occuper  2  places,  de  quelles  places 
s'agit-il?  est-ce  celle  de  Commandant  gé- 
néral avec  le  grade  de  maréchal  de  camp 
de  la  17«  division,  qui  n'en  font  qu'une? 
S'il  est  question  de  celle  de  brasseur,  il 
ne  peut  la  quitter,  elle  constitue  sa  seule 
fortune,  qu'il  a  abandonnée  depuis  le 
dO  août,  pour  accepter  provisoirement  le 
poste  de  Commandant  général  qu'il  occupe 
depuis  7  mois,  mais  Santerre  déclare  que 
la  confiance  s'use,  il  ne  faut  point  en 
abuser,  qu'il  aspire  après  sa  retraite, 
pour  passer  un  mois  à  sa  brasserie  et  en- 
suite se  porter  aux  frontières,  ofi  il  a 
comme  républicain  une  dette  à  acquitter, 
en  conséquence,  il  sollicite  son  remplace- 
ment et  invite  les  citoyens  à  continuer 
d'éclairer  le  peuple  sur  ses  intérêts,  afin 
que  les  événements  de  lundi  et  mardi  ne 
se  renouvellent  plus  ;  les  moyens  qui  ont 
servi  à  anéantir  l'aristocratie  et  l'esclavage 
serviraient  aussi  à  anéantir  la  République, 
le  peuple  des  villes  n'a  pas  encore  senti 
l'abolition  des  titres  qui  faisaient  son 
malheur,  dont  les  suites  sont  encore  sen- 
sibles, mais  avec  un  peu  de  patience  et 
point  d'erreurs,  il  goûtera  le  prix  de  sa 
liberté;  enfin,  le  Commandant  général 
prévient  le  Conseil  exécutif  que  les  rap- 
ports du  jour  ne  signalent  rien  d'extraor- 
dinaire, à  part  l'assassinat  d'une  femme, 
rue  de  la  Vieille-Monnaie,  par  un  cavalier 
de  l'Ecole  militaire,  qui  a  réussi  à  s'échap- 
per, que  du  reste  tout  a  été  tranquille. 

3  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  N.,  AF>^'  1470. 


443.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  par  lequel  le  Comman- 
dant général  prescrit  à  ses  concitoyens 
de  prendre  les  armes  aussitôt  qu'on  rap- 
pellera, afin  d'obvier  à  tous  dangers,  et 
annonce  que,  le  bruit  de  troubles  s'étant 
répandu  la  veille,  il  a  cru  devoir  comman- 
der des  forces  suffisantes  pour  garantir  la 
sûreté  générale,  principalement  de  tous 
les  corps  soldés,  mais  il  fait  observer 
qu'il  a  soin  de  diminuer  les  réserves  à 
mesure  qu'elles  deviennent  inutiles  et  rap- 
pelle enfin  que  les  contrôles  des  hommes 
enrôlés  sont  attendus  pour  fixer  le  contin- 
gent de  chaque  section, et  que  cette  opé- 
ration doit  être  accomplie  pour  le  23  mars. 

4  mars  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'v  1470. 

444.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  annonçant, 
pour  la  l"'"  légion,  l'arrestation  du  nommé 
Riant,  conduit  au  Comité  de  la  section  du 
Panthéon-Français  pour  avoir  crié  :  Vive 
le  Roi!  signalant  un  marchand  de  vin, 
rue  Saint-Victor,  vis-à-vis  Saint-Firmin, 
qui  a  toujours  chez  lui  du  monde  à  heure 
indue,  menace  et  insulte  les  patrouilles; 
dans  la  2»  légion,  six  miUtaires,  arrêtés  la 
nuit,  ont  été  conduits  à  l'Abbaye,  où  le 
concierge  a  refusé  de  les  recevoir,  faute 
de  place,  de  même  dans  la  3'  légion,  un 
autre  soldat,  également  arrêté  la  nuit,  et 
refusé  à  l'Abbaye,  faute  de  place,  est  en- 
fermé au  corps  de  garde  de  la  section  du 
Luxembourg. 

4  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  iV.,  AF''-' 1470. 

445.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
lions  faits  au  Bureau  de  surveillance  de  la 
Police,  1°  signalant  les  inculpations  de  plu- 
sieurs officiers  municipaux  par  les  sec- 
tions :  celle  de  Jacques  Houx,  par  celle 
des  Piques,  qu'elle  accuse  d'avoir  provo- 
qué, dans  la  journée  du  25  février,  le 
pillage  de  plusieurs  magasins  ;  celle  d'Avril, 
que  la  section  des  Gravilliers  dénonce 
comme  accapareur  de  savon,  qu'il  vend 
très  mauvais  en  le  dénaturant,  afin  qu'il 
produise  plus,  et  comme  ayant  fait,  garder 


90 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


sa  maison  par  la  force  armée,  tandis  qu'il 
abandonnait  au  pillage  les  propriétés  de 
ses  concitoyens.  Une  autre  section,  celle 
des  Lombards,  mise  en  cause  au  sujet  de 
la  journée  du  25  février,  décida  l'envoi 
d'une  adresse  aux  47  sections,  aux  socié- 
tés populaires  et  à  l'armée,  après  une  vive 
discussion  où  plusieurs  orateurs  se  firent 
entendre,  dont  un  se  fit  remarquer  par 
son  impudence  à  diffamer  le  maire  de 
Paris  et  les  meilleurs  patriotes  ;  la  même 
section  repoussa  l'idée  de  rétablir  les  gre- 
nadiers et  chasseurs,  et  se  montra  hostile 
à  toute  corporation  militaire. 

2°  Plusieurs  sections  entendirent  tran- 
quillement, quelques-unes  même  avec 
plaisir,  la  lecture  de  la  démission  du  gé- 
néral Santerre,  auquel  on  reproche  d'avoir 
soutenu  qu'il  fallait  suspendre  la  procla- 
mation relative  aux  enrôlements  volon- 
taires et  exempter  les  gros  marchands  et 
négociants,  même  si  l'on  adoptait  la  voie 
du  tirage  au  sort;  cette  motion,  faite  dans 
la  section  des  Quinze-Vingts,  y  fut  très 
mal  accueillie,  en  raison  de  cette  injuste 
préférence  pour  les  riches.  Par  suite  d'un 
abus  singulier  constaté  dans  les  enrôle- 
ments, des  femmes,  déguisées  en  hommes, 
se  sont  présentées  pour  s'enrôler,  ont  reçu 
les  50  sols  alloués  aux  volontaires  et  re- 
pris ensuite  les  habits  de  leur  sexe.  Le 
peuple  n'est  pas  moins  étonné  de  voir 
nombre  de  volontaires  quitter  leurs  ba- 
taillons devant  l'ennemi  et  vendre  leurs 
armes,  cette  lâche  désertion  fait  beaucoup 
parler  les  aristocrates,  qui  en  concluent 
que  nos  armées,  jamais  complètes,  ne  se- 
ront composées  que  d'enfants  hors  d'état 
d'opposer  une  vigoureuse  résistance  à  des 
troupes  disciplinées,  et  soutiennent  que  nos 
troupes,  s'avançant  trop  témérairement  en 
pays  ennemi,  courent  le  risque  d'être  en- 
veloppées. 

3°  D'après  ce  qui  se  disait  à  la  Halle, 
si  les  comestibles  et  les  denrées  de  pre- 
mière nécessité  ne  diminuaient  point,  on 
renouvellerait  les  journées  des  25  et  26  fé- 
vrier. Les  clameurs  d'un  individu,  rue  aux 
Ours,  ameutèrent  la  foule,  il  prétendait 
être  allé  chez  50  boulangers  sans  pouvoir 
se  procurer  une  livre  de  pain,  on  l'envoya 
dans  la  rue  Mondétour,  où  il  lui  fut  facile 


d'acheter  tout  le  pain  dont  il  avait  besoin, 
on  s'avisa  un  peu  tard  de  penser  que  ce 
pouvait  bien  être  un  agent  provocateur. 

La  feuille  des  rapports  et  déclarations 
est  accompagnée  d'une  lettre  d'envoi  du 
maire  de  Paris  au  Conseil  exécutif. 

4,  5  mars  1793. 
Copie  et  original  signé  (griffe),  A.  N.,  AF'V 
1470. 

440.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  faisant  connaître  que,  la 
veille,  la  tranquillité  a  été  parfaite,  le 
peuple  ayant  vu  qu'il  agirait  pour  les 
aristocrates  et  n'ayant  même  pas  pris  le 
change  sur  l'opinion  que  le  Commandant 
avait  fait  tirer  sur  lui  et  voulait  son 
malheur,  déclarant,  au  sujet  des  propos 
tenus  par  des  malveillants  dans  les  cafés 
à  la  maison  d'Egalité,  suivant  lesquels  le 
Commandant  général  ne  pouvait  pas  souf- 
frir les  canonniers,  comme  ils  l'avaient 
dit  il  y  a  lo  jours  de  la  cavalerie  de  l'Ecole 
militaire,  qu'il  n'avait  de  préférence  pour 
aucun  corps,  mais  que  les  républicains, 
qui  comme  ceux  des  bataillons  de  Paris, 
les  chamborans,  les  canonniers,  servent  la 
patrie  avec  le  courage  de  Français  et  de 
républicains,  sont  ses  amis,  pour  lesquels 
il  se  passionne,  que  ses  ennemis,  il  ne  les 
hait  pas,  mais  qu'il  abhorre  ceux  de  la 
République,  ordonnant  la  continuation 
des  patrouilles  de  8  heures  1/2  du  matin  à 
dO  heures  1/2  et  depuis  1  heure  1/2  de 
relevée  jusqu'à  3  heures  1/2,  prescrivant  de 
dissiper  le  moindre  attroupement,  en  en- 
gageant les  citoyens  à  se  séparer,  et  en 
cas  de  résistance  d'envoyer  un  exprès  à 
l'état-major. 

5  mars  1793. 

Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'v  1470. 

447.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  signalant, 
dans  la  2«  légion,  l'arrestation  de  2  soldats 
la  nuit,  envoyés  à  l'Abbaye  6t  refusés 
faute  de  place  ;  dans  la  4«  légion,  annon- 
çant que  la  section  du  Mail  a  fourni  diffé- 
rents détachements  pour  renforcer  ceux 
qui  faisaient  la  visite  des  maisons  de  jeux 
dans  celle  d'Egalité,  que  le  citoyen  Duples- 
sis,  brave  vétéran  blessé  au  service  de  la 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


91 


République,  a  été  attaqué  la  veille,  dans  la 
nuit,  par  plusieurs  particuliers,  que  la 
sentinelle  des  Elèves  du  poste  de  la  Mes- 
sagerie, ayant  entendu  le  cliquetis  des 
épces,  a  crié  aux  armes,  le  poste  est  sorti, 
les  faux  braves  se  sont  sauvés  et  l'on  n'a 
pas  pu  les  rattraper. 

5  mars  1793. 
Extrait,  signé   de   Santerre   et  de   Clément, 
A.N.,  AF'^'  1470. 

448.  —  Extraits  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de  la 
Police,  donnant  les  renseignements  sui- 
vants : 

loEn  dépit  des  malveillants, Paris  com- 
mence à  redevenir  tranquille,  d'après  un 
faux  bruit  en  circulation,  il  y  aurait  eu  un 
attroupement  de  femmes,  dans  la  journée 
d'hier,  sur  le  boulevard  Montmartre;  ce 
qui  donna  naissance  à  ce  bruit,  c'est  que 
2o0  citoyennes  de  la  section  des  Piques 
se  sont  présentées  à  l'Assemblée  générale 
de  la  section  pour  demander  que  le  ci- 
toyen Grandoire,  tailleur,  continuât  à  être 
dépositaire  des  draps  destinés  à  l'habille- 
ment des  soldats.  D'après  certaines  infor- 
mations recueillies,  des  ouvriers  paveurs, 
maçons  et  blanchisseurs  doivent  former 
un  rassemblement  considérable,  probable- 
ment dimanche  prochain,  pour  demander 
la  diminution  du  prix  des  denrées. 

2°  La  plupart  des  canonniers  de  service 
aux  différentes  prisons  étaient,  le  4  mars, 
dans  un  tel  état  d'ivresse,  que  l'officier 
commandant  le  poste  de  la  Conciergerie 
fut  obligé  de  faire  battre  le  rappel  pour 
leur  faire  quitter  les  cafés  et  cabarets,  ce 
qui  dissipa  les  groupes  qui  se  formaient 
devant  les  prisons. 

3°  Dans  la  plupart  des  sections,  l'on  est 
bien  décidé,  si  le  nombre  des  volontaires 
pour  les  armées  n'est  pas  suffisant,  à 
prendre  le  parti  de  tirer  au  sort,  pourvu 
que  les  riches  ne  soient  pas  exempts  et  no 
puissent  se  faire  remplacer. 

4°  Les  aristocrates  et  les  émigrés  sont 
aux  abois  et  quand  ils  osent  ouvrir  la 
bouche,  disent  encore  plus  d'absurdités 
qu'autrefois,  un  ancien  municipal  (le  sieur 
Grouvelle),  aurait  tenu  cet  étrange  propos  : 
«  On  s'empressed'arrôter  tous  les  émigrés. 


les  prêtres  réfractaires  et  autres  suspectés 
d'aristocratie  pour  les  livrer  aux  mêmes 
assassins  des  2,  3  et  4  septembre  der- 
niers ». 

S"  La  présence  à  Paris  du  ci-devant  duc 
de  Lauzun  ayant  été  signalée,  des  ordres 
ont  été  donnés  pour  le  découvrir  et  se 
saisir  de  sa  personne. 

6°  L'Assemblée  générale  de  la  section  de 
Bon-Conseil  du  4  mars  a  été  très  ora- 
geuse, par  suite  des  efforts  du  parti  aris- 
tocratique pour  l'emporter  sur  les  pa- 
triotes, un  ci-devant  avocat,  qui  ne  se 
montrait  jamais  à  l'Assemblée,  s'y  rend 
depuis  quelques  jours  à  l'effet  d'y  fomenter 
des  troubles  et  a  été  si  turbulent,  si  inso- 
lent hier  soir,  qu'on  s'est  vu  obligé  de  le 
mettre  au  violon  jusqu'à  la  fin  de  la  séance, 
quand  elle  fut  levée,  plusieurs  citoyens 
de  sentiment  opposé  se  battirent  dans  la 
rue  à  coups  de  canne. 

7°  La  conduite  des  dragons  de  la  Répu- 
blique, casernes  à  l'Ecole  militaire,  est  de 
plus  en  plus  repréhensiblo,  ce  sont,  pour 
la  plupart,  des  distributeurs  de  faux  assi- 
gnats et  des  voleurs,  on  est  reçu  dans  ce 
corps  dès  qu'on  s'y  présente,  et  les  cava- 
liers découchent  quand  ils  veulent,  ce  qui 
prouve  que  les  chefs  sont  indignes  de  la 
place  qu'ils  occupent.  Vendredi  dernier, 
l'un  de  ces  dragons  arracha  le  cordon  de 
la  montre  d'un  citoyen;  lors  du  pillage 
chez  les  épiciers,  un  autre  a  volé  la  montre 
d'un  gendarme. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil 
exécutif. 

5,  6  mars  1793. 

Copie  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AFiv  1470. 

449.  —  Lettre  de  Clément,  secrétaire  de 
l'Etat-major  général  de  la  garde  nationale, 
au  lieu  et  place  du  Commandant  général, 
indisposé,  au  Conseil  exécutif,  l'avisant 
qu'il  n'y  a  rien  à  signaler  en  dehors  de  la 
nomination  de  trois  commissaires,  Boivin, 
Moulin  et  Leroux,  pour  le  recrutement  de 
la  ville  do  Paris,  et  de  l'assassinat  d'une 
femme,  rue  Saint-Germain-de-I'Auxerrois, 
par  un  militaire  de  la  légion  Rosenthal, 
qu'on  n'a  pu  arrêter,  que,  du  reste,  les 


CHAPITRE  1".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


rondes  et  les  patrouilles  se   sont   faites 
très  exactement  et  tout  a  été  bien  calme. 

6  mars  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'v  1470. 

450.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  fournissant  les  renseignements 
suivants  : 

1°  Les  fâcheuses  nouvelles  arrivées,  le 
b  mars,  de  l'armée  de  la  Belgique,  concer- 
nant l'interruption  du  bombardement  de 
Maestricht,  l'évacuation  d'Aix-la-Chapelle, 
et  môme  la  retraite  des  troupes  occupant 
Liège,  ont  consterné  les  patriotes  et  sin- 
gulièrement réjoui  les  aristocrates,  qui 
recommencent  à  tenir  dans  les  cafés  leurs 
propos  atroces  d'incendiaires.  A  les  en- 
tendre, les  Autrichiens  auraient  surpris 
l'avant-garde  de  l'armée  française  et  au- 
raient tué  12,000  hommes,  tandis  que  les 
Prussiens  se  seraient  emparés  d'Aix-la- 
Chapelle,  et  dans  un  mois  la  Belgique 
serait  évacuée,  vu  l'impossibilité  de  tenir 
la  campagne  à  cause  du  dégoût  des  vo- 
lontaires. 

2"  Dans  le  café  de  la  buvette  de  la  Con- 
vention l'on  se  récriait  beaucoup  contre 
Dumouriez  et  d'autres  généraux,  traités 
d'ambitieux  et  ne  suivant  que  par  force 
ou  politique  le  parti  de  la  Révolution,  ces 
propos  étaient  appuyés  par  des  domes- 
tiques, espions  des  émigrés,  qui  à  l'ins- 
tant furent  mis  à  la  porte. 

3"  Les  généraux  Servan  et  Custine  se  sont 
trouvés,  la  veille,  au  Comité  de  défense, 
avec  Pétion,  Brissot  et  Beurnonville,  le- 
quel paraissait  fort  inquiet,  ce  qui  a  fait 
supposer  qu'une  deuxième  lettre  des  com- 
missaires de  la  Belgique,  encore  plus  alar- 
mante que  la  première,  était  arrivée,  et 
qu'on  n'avait  pas  osé  la  rendre  publique  ; 
on  soupçonne  que  cette  lettre  contient  une 
injonction  à  Dumouriez  de  se  rendre  au- 
près des  commissaires  pour  prendre  des 
dispositions  au  sujet  de  la  position  critique 
des  troupes,  et  l'on  croit  que  les  commis- 
.saires  eux-mômes  sont  sur  le  point  d'être 
obligés  de  s'enfuir. 

4°  A  l'occasion  des  calomnies  répandues 
contre  le  maire  de  Paris  par  un  certain 
Amant,  banquier  de  jeux  prohibés  et  de 


biribi,  on  dit  qu'il  le  déchirera  encore 
davantage,  lorsque  la  surveillance  du  maire 
et  des  administrateurs  de  Police  aura  fait 
saisir  et  murer  tous  les  tripots  de  Paris, 
réceptacles  des  filous,  des  voleurs  et  des 
émigrés. 

5°  Le  peuple  espère  beaucoup  des  me- 
sures adoptées  par  les  sections  et  leurs 
commissaires,  chargés  d'aviser,  avec  le 
maire  de  Paris,  aux  moyens  les  plus  effi- 
caces de  découvrir  les  émigrés  cachés 
dans  Paris. 

6°  La  section  de  Beaurepaire,qui  se  pro- 
pose de  porter  Roland  au  poste  d'officier 
municipal,  a  arrêté  de  procéder  à  un  re- 
censement nouveau  pour  compléter  le 
contingent  de  volontaires,  et  d'ouvrir  un 
registre  pour  inscrire  les  noms  des  pa- 
triotes qui  leur  viendront  en  aide. 

7»  La  vente  de  l'argent  était,  dans  la  jour- 
née de  la  veille,  l'objet  de  conversations 
très  animées,  les  uns  disaient  que,  si  l'on 
interdisait  cette  vente,  la  Trésorerie  se- 
rait forcée  d'acheter  l'argent  beaucoup 
plus  cher  en  pays  étranger,  d'autres  sou- 
tenaient que  c'était  la  Convention  qui  avait 
fait  hausser  le  prix  des  denrées,  des  mar- 
chandises et  de  l'argent,  parce  que,  lors- 
qu'elle avait  eu  besoin  de  drap,  de  toile,  de 
numéraire,  de  vivres  pour  les  armées,  elle 
avait  ofl'ert  de  payer  tous  ces  objets  bien 
au-dessus  du  prix  courant. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil 
exécutif. 

6,  7  mars  1793. 

Copie  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AF'V  1470. 

4B1.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de 
la  garde  nationale,  reproduisant  :  1»  un 
arrêté  du  Département  de  Police  du  0  mars 
1793,  qui  prévient  les  commandants  et 
adjudants  de  sections  de  n'accorder  au- 
cuns congés  absolus  aux  tambours  des 
sections  armées  de  Paris  qui  se  dispo- 
sent à  partir  aux  frontières,  la  Munici- 
palité s'occupant  de  procurer  d'autres 
tambours  que  ceux  de  la  garde  nationale 
aux  compagnies  de  volontaires  qui  vont 
rejoindre  l'armée;  2°  un  autre  arrêté  du 
Corps  municipal,  du  .'i  mars,  qui  interdit 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


oà 


il  tous  cavaliers  de  manœuvrer  dans  le 
jardin  du  Luxembourg,  arrêté  en  vertu 
duquel  le  Commandant  général  fait  les 
plus  expresses  défenses  à  tous  cavaliers 
de  manœuvrer,  et  même  de  traverser  à 
cheval  aucun  des  chemins  du  jardin  du 
Luxembourg  et  enjoint  d'envoyer  les  dé- 
linquants à  l'Abbaye. 

Le  Commandant  général  donne  avis  du 
départ  de  Paris  pour  Orléans,  fixé  au 
9  mars,  d'un  convoi  d'artillerie,  escorté 
par  4  gendarmes,  qui  comprendra  20  pièces 
de  canon  de  28,  en  fer,  montées  sur  des 
cliariots,  avec  20  affûts,  et  invite  les  ci- 
toyens, non  seulement  à  ne  pas  entraver, 
mais  encore  à  protéger  ce  départ. 

7  mars  1793. 
Copie  conforme,  signée   de    Clément,  A.  N., 
AF'v  1470. 

452.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale,  signalant, 
dans  la  l""'  légion,  l'arrestation  d'un  por- 
teur de  faux  assignats,  écroué  à  la  Con- 
ciergerie ;  dans  la  2",  le  poste  de  la  Tréso- 
rerie nationale,  à  minuit,  très  incomplet 
et  sans  officiers  ;  dans  la  3'',  l'extinction 
des  réverbères  à  2  heures  dans  la  rue 
Notre-Dame-des-Champs  ;  l'arrestation  , 
dans  la  section  du  Luxembourg,  du  do- 
mestique de  la  citoyenne  LaGalissonnière, 
qui  emportait  6  plats  d'argent. 

7  mars  1793. 
Extrait,  signé  deSanterreetdeClément,>i.]V., 
AF'v  1470. 

4u3.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
lions  faits  au  Bureau  de  surveillance  de  la 
Police,  donnant  les  détails  suivants  : 

1'  L'es  observateurs  qui  ont  parcouru  les 
cafés,  les  différents  quartiers  de  Paris, 
les  groupes,  la  terrasse  de  la  Révolution, 
les  cabarets,  les  faubourgs,  mais  qui  n'ont 
point  été  dans  les  maisons  de  jeu  ni  de 
débauche,  parce  que  la  modicité  de  leur 
.salaire  ne  leur  permet  pas  d'y  faire  une 
certaine  dépense  pour  y  être  admis,  ont 
remarqué  que  tout  est  fort  tranquille, 
quoiqu'il  y  ait  encore  des  gens  qui  ne 
respirent  que  le  désordre  et  le  pillage,  et 
malgré  les  discours  tenus  par  les  malveil- 
lants, notamment  au  sujet  de  visites  domi- 


ciliaires pour  enlever  l'argenterie  chez  les 
citoyens. 

2°  Au  café  Chrétien,  en  face  du  théâtre  de 
l'Opéra-Comique,  un  particulier  soutenait 
qu'il  se  formait  un  parti  assez  semblable 
à  celui  du  temps  de  Lafayette;  dans  le  jar- 
din de  l'Egalité,  plusieurs  personnes  pré- 
tendaient qu'avant  peu,  le  ci-devant  Dau- 
phin serait  proclamé  roi. 

3°  D'après  un  bruit  mis  en  circulation  par 
le  sieur  Labalue,  la  cour  de  Madrid  avait 
fait  offrir  à  l'ambassadeur  de  France,  en 
route,  de  reconnaître  la  République  fran- 
çaise à  condition  de  faire  passer  en  Es- 
pagne toute  la  famille  de  Louis  Capet. 

4»  Le  dénument  des  volontaires  aux 
frontières  a  dégoûté  beaucoup  de  citoyens, 
ceux  qui  en  sont  revenus  ne  veulent  y  re- 
tourner que  lorsque  les  riches  marchands 
partiront,  parce  que  ceux-ci  veulent,  di- 
sent-ils, faire  périr  les  jeunes  gens  et  les 
petits  bourgeois  pour  dominer  à  leur  fan- 
taisie ;  aussi  demande-t-on  le  tirage  au 
sort  pour  tous,  et,  parait-il,  beaucoup  de 
nouveaux  enrôlés  sont  des  mauvais  sujets, 
dont  la  plupart  ont  été  marqués  et  fouettés. 
La  section  de  Saint-Lazare  ne  compte  que 
9  enrôlés  volontaires. 

S"  Une  députation  de  dragons  de  l'Ecole 
militaire  s'est  rendue  chez  Beurnonville 
pour  dénoncer  le  sieur  Boetidoux,  connu 
comme  un  coquin,  le  ministre  répondit  qu'il 
n'avait  fait  que  suivre  le  travail  du  citoyen 
Pache  et  montra  les  pièces  de  recomman- 
dation, à  quoi  les  dragons  répartirent 
qu'on  ne  leur  faisait  voir  que  les  pièces 
qui  justifient,  mais  non  celles  qui  accusent. 

6°  D'après  des  rapports  d'observateurs 
qui  tenaient  le  renseignement  de  députés 
de  la  Convention,  la  dame  Clavière  ne  ces- 
sait d'écrire  à  plusieurs  membres  de  la 
Montagne  pour  les  engager  à  diner  chez 
elle,  beaucoup  refusent  cette  invitation, 
mais  quelques-uns  acceptent  et  se  rendent 
à  ces  banquets  politiques. 

7°  La  section  des  Halles  projette  défaire 
le  recensement  de  tous  les  habitants. 

8°  Suivant  les  bruits  sourds  mis  en  cir- 
culation, il  est  à  craindre  qu'il  n'y  ait,  di- 
manche ou  lundi  prochain,  de  nouvelles 
émeutes  au  sujet  de  la  cherté  des  denrées. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 


94 


CHAPIinE  IT.  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil  exé- 
cutif. 

7,  8  mars  1793. 
Extrait  conforme  et  original  signé  (2  pièces), 
A.  N.,  AFiv  1470. 

454.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  contenant  l'injonction 
aux  adjudants  de  ne  recevoir  aucuns  rem- 
plaçants pour  les  postes  de  la  réserve  à  la 
Maison  commune,  à  la  Convention  natio- 
nale, aux  Caisses  et  au  Temple,  et  portant 
que  la  liste  des  gardes  nationaux  man- 
quants sera  imprimée  et  affichée,  afin  que 
l'on  sache  ceux  qui  sont  mauvais  citoyens, 
lesquels  seront  de  plus  poursuivis  rigou- 
reusement, enfin,  prévenant  le  Conseil 
exécutif  que  tout  a  été  tranquille  et  qu'il 
n'y  a  rien  d'exlraoï'dinaire  dans  les  rap- 
ports, si  ce  n'est  l'arrestation,  la  nuit,  de 
(juelques  soldats  envoyés  à  l'Abbaye, 
l'extinction  à  2  heures  des  réverbères  de 
la  rue  Neuve-Guillcmin  et  des  Qualre- 
Vcnts,  et  la  rébellion  d'un  marchand  de 
vin,  rue  du  Petit-Lion. 

8  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  iV.,  AF^v  1470. 

455.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  delà 
Police,  montrant  le  peu  d'empressement 
des  jeunes  gens  pour  s'enrôler  comme 
volontaires,  en  raison  des  soufl'rances  en- 
durées cet  hiver,  malgré  la  prime  offerte 
par  les  sections,  telles  que  la  section 
Beaurepairo,  qui  donne  5  livres  à  tout  vo- 
lontaire s'inscrivant  et  30  livres  au  moment 
du  départ,  signalant  le  patriotisme  d'une 
mère  de  famille  qui  a  fait  arrêter  son  fils, 
au  café  du  Commerce,  rue  Saint-André-des- 
Arts,  pour  s'être  couvert  d'infamie  en 
quittant  son  bataillon  aux  frontières,  dé- 
nonçant le  retour  du  sieur  Turgot  et  de  la 
duchesse  de  Brancas,  émigrés,  les  accoin- 
tances des  sieurs  Contant  de  l'isle,  ancien 
procureur  au  Parlement,  et  Lagardc,  audi- 
teur des  Comptes,  avec  les  émigrés,  aux- 
quels ils  donnent  asile,  et  la  connivence 
encore  plus  repréhensible  de  la  Police  avec 
la  dame  Robineau,  tenant  une  maison  de 
jeu  rue  de  Richelieu,  qui  recevait  à  dhirr 
les  commissaires  de  police  des  sections 
Poissonnière  et  de  la  Butte-des-Moulins, 


ainsi  qu'un  officier  de  paix,  ce  qui  a 
rendu  illusoire  la  descente  de  police  faite 
le  7  mars,  où  l'on  est  entré  dans  le  salon 
de  jeu  en  faisant  enfoncer  la  porte  par  un 
serrurier,  quoiqu'on  ait  trouvé  toutes  les 
preuves  du  délit. 

Les  cochers  de  fiacre  deviennent  de  plus 
en  plus  insolents  et  prétendent  avoir  le 
droit  d'augmenter  le  prix  de  leurs  courses, 
attendu  que  tout  est  fort  cher,  et  ne  pou- 
voir être  forcés  à  marcher,  quoique  se 
trouvant  sur  la  place,  à  l'exemple  des 
marchands  qui  étalent  leurs  marchandises 
et  ne  vendent  qu'à  ceux  qui  leur  en 
donnent  le  prix  qu'ils  exigent,  exemple, 
un  cocher  n'ayant  jamais  voulu  conduire 
pour  30  sols  un  militaire  de  la  place  de 
la  Maison  commune  à  la  barrière  d'En- 
fer, pas  à  moins  de  40  sols. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil 
exécutif. 

8,  9  mars  1793. 

Copie  conforme  et  original  signé  (2  pièces), 
A.  N.,  AFIV  1470. 

4b6.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  arrêtant  les  mesures  né- 
cessitées par  les  circonstances  pour  le  dé- 
part des  volontaires  et  des  semestriers, 
qui  devront  se  rendre  rue  Barbette,  au 
bureau  du  recrutement,  ordonnant  notam- 
ment l'arrestation  de  tous  les  citoyens 
enrôlés  dans  les  volontaires  à  cheval , 
qui,  après  avoir  été  habillés  et  payés,  ne 
partent  pas,  déclarant  qu'en  ce  moment 
d'alarmes,  on  ne  peut  se  dissimuler  que 
les  intrigants,  répandus  dans  Paris,  et  qui 
sont  tous  coalisés  avec  les  ennemis  exté- 
rieurs, vont  faire  tout  ce  qu'ils  pourront 
pour  amener  des  divisions  et  exciter  des 
soulèvements,  et  recommandant  l'union 
de  tous  les  citoyens  pour  déjouer  les  aris- 
tocrates; rappelant  que  les  citoyens  qui  se 
présentent  pour  s'enrôler  ont  besoin  d'être 
surveillés,  quand  ils  ne  sont  pas  connus, 
parce  que  beaucoup  se  font  inscrire  dans 
plusieurs  sections  à  la  fois,  et  que  l'on  ne 
devra  pas  recevoir  les  hommes  trop  petits 
ou  trop  faibles,  avec  invitation  aux  com- 
missaires des  sections,  chargés  des  enrô- 
lements, d'apporter  le  plus  grand  soin  et 
la  plus  grande  célérité   à  procurer  l'ha- 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  17Ô3 


9tr 


billement,  l'équipement  et  l'armement  né- 
cessaires aux  citoyens  enrôlés. 

Suivant  un  nouvel  ordre  du  jour  envoyé 
à  5  heures  de  relevée,  les  réserves  ne  de- 
vaient se  retirer  qu'à  minuit,  de  fortes  et 
fréquentes  patrouilles  devaient  se  porter 
dans  tous  les  endroits  où  il  y  aurait  des 
rassemblements,  et,  dans  le  cas  où  l'on  ne 
parviendrait  pas  à  les  dissiper,  on  devait 
prévenir  de  suite  Je  Commandant  général 
à  l'Etal-major  ;  à  partir  du  lundi  suivant, 
les  réserves  devaient  être  portées  à  100 
hommes  jusqu'à  midi,  et  réduites  alors  à 
150  hommes. 

9  mars  1793. 

Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'v  H 70. 

437.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de  la 
Police,  donnant  les  renseignements  sui- 
vants : 

1°  Les  tristes  nouvelles  apportées  à  la 
Convention  nationale  par  l'un  de  ses  com- 
missaires, dans  la  Belgique, sontl'objet des 
conversations  dans  tous  les  lieux  publics, 
beaucoup  de  personnes  attribuent  ces  re- 
vers à  la  trahison  et  font  planer  les 
soupçons  sur  plusieurs  fonctionnaires  pu- 
blics ;  au  milieu  des  propos  tenus  sur 
la  terrasse  de  la  Convention,  un  citoyen 
s'étant  avisé  de  dire  que  l'on  était  plus 
heureux  sous  l'ancien  régime,  fut  pour- 
chassé par  les  femmes  palriotes,  mais 
ayant  exhibé  sa  carte  de  membre  de  la 
Société  des  Jacobins,  fut  considéré  sim- 
plement comme  un  discoureur  imprudent. 

2°  Les  aristocrates  répandent  le  bruit  que 
Liège  et  Bruxelles  sont  pris,  ainsi  que  tous 
les  magasins  et  trésors  enlevés  aux  émi- 
grés, aux  royalistes  du  Brabant,  que  deux 
généraux  on,t  émigré,  que  l'avant-garde 
française,  composée  des  meilleures  troupes, 
avait  été  trahie,  surprise  et  taillée  en 
pièces;  d'autres  cherchent  à  dégoûter  les 
volontaires  de  partir  pour  les  frontières, 
en  prétendant  que  les  choses  iront  mal, 
tant  qu'on  ne  verra  pas  les  Jacobins  se 
mettre  à  la  lête  des  bataillons,  qu'on  ne 
sera  jamais  sûr  que  les  troupes  seront  bien 
approvisionnées,  que  les  300,000  hommes 
qui  vont  partir  ne  trouveront  ni  magasins, 
ni  étapes  prêtes. 


3»  On  ne  parle  pas  moins  que  de  punir 
tous  les  traîtres,  de  purger  Paris  des 
aristocrates  qui  fomentent  des  troubles, 
on  blàme  le  pouvoir  exécutif  d'avoir  rap- 
pelé auprès  de  lui  les  généraux  des  armées 
du  Nord,  tandis  qu'ils  n'auraient  pas  dû 
quitter  leur  poste  en  présence  des  en- 
nemis. 

4°  La  Convention  elle-même  n'est  pas 
épargnée,  des  députés,  envoyés  par  elle  à 
la  section  de  la  Maison-Commune,  y  furent 
accueillis  par  les  plus  vifs  reproches,  aux- 
quels se  joignait  l'expression  du  mécon- 
tentement qu'inspiraient  le  ministère  et 
les  corps  constitués,  la  Convention  était, 
leur  dit-on,  influencée  par  le  parti  Rolan- 
diste  et  Brissolin,et  tant  qu'il  y  aurait 
des  ci-devant  nobles  à  la  tête  des  ar- 
mées, on  serait  toujours  trahi,  enfin  l'on 
avait  destitué  un  ministre  patriote  pour  le 
remplacer  par  un  chevalier  du  poignard; 
la  Municipalité  fut  dans  cette  section  l'ob- 
jet des  mêmes  reproches,  on  l'accusa  de 
n'avoir  pas  d'ordre  dans  son  administra- 
tion et  de  n'avoir  point  fait  part  à  chaque 
section  du  chiffre  du  contingent  à  fournir. 

5°  Cependant  la  plupart  des  sections, 
électrisées  par  les  circonstances  actuelles, 
montrent  le  plus  grand  patriotisme,  les 
dons  de  bienfaisance  en  tout  genre  y  sont 
offerts.  La  section  de  la  Butte-des-Mou- 
lins  et  plusieurs  autres  ont  décidé  la  réu- 
nion des  capitaines  des  compagnies  pour 
aviser  aux  moyens  les  plus  efficaces  de 
faire  inscrire  tous  les  habitants,  jeunes  ou 
vieux,  logés  en  garni  ou  autrement,  et  de 
provoquer  des  cotisations  individuelles 
chez  tous  ceux  qui  n'auraient  pas  le  des- 
sein de  s'enrôler,  pour  subvenir  prompte- 
ment  aux  besoins  de  leurs  frères  d'armes. 

6°  D'après  certains  rapports,  les  mar- 
chands de  vieux  habits  seraient  gagnés 
pour  se  porter  aux  prisons,  dans  l'intention 
de  massacrer  ceux  qui  y  sont  renfermés, 
mais  en  réalité  pour  les  faire  tous  évader. 

7»  Les  prisonniers  paraissent  instruits  de 
quelque  complot  en  leur  faveur  ou  con- 
traire à  l'ordre  public,  une  lettre  de  l'un 
d'entre  eux  témoigne  qu'on  ne  peut  con- 
cevoir quelles  sont  les  personnes  qui  font 
passer  tant  d'argent  dans  les  prisons, 
destiné  aux  bombances  perpétuelles quis'y 


d«  CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOI.UXION 


font,  mêlées  d'imprécations  et  de  menaces 
contre  la  patrie. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
du  maire  de  Paris  au  Conseil  exécutif. 

9,  10  mars  1793. 
Extrait  conforme  et  original  signé  (2  pièces), 
A.  N.,  AF'V  1470. 

438.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  signalant  la  présence, 
dans  différents  quartiers,  de  déserteurs 
des  frontières,  mauvais  sujets,  factieux, 
qui  se  plaisent  à  semer  des  bruits  décou- 
rageants dans  les  endroits  publics,  entre; 
autres  dans  un  petit  café,  rue  de  l'Arbre- 
Sec,  mettant  en  garde  les  citoyens  contre 
les  pièges  qu'on  leur  tend,  en  leur  faisant 
prendre  des  emmagasinements  pour  des 
accaparements,  de  façon  à  anéantir  le 
règne  populaire,  le  règne  de  l'égalité,  et 
exposant  le  système  des  aristocrates  qui 
est  en  ce  moment  de  faire  croire  que  le 
peuple  veut  un  roi,  veut  Egalité,  veut  son 
(ils  pour  Commandant  général,  à  l'effet  de 
provoquer  une  loi  martiale,  sous  le  pré- 
texte qu'on  veut  détruire  la  République, 
tandis  que  ce  serait  pour  anéantir  les 
sociétés  populaires,  la  liberté,  l'égalité  et 
la  République  ;  déclarant  qu'il  faut  tirer 
parti  des  revers  éprouvés  el  voler  au  se- 
cours de  ses  amis  dont  la  situation  est  si 
critique,  qu'il  est  encore  besoin  d'une 
forte  surveillance  el  de  beaucoup  d'exac- 
titude, que  les  réserves  de  100  hommes 
dans  chaque  section  resteront  jusqu'à  ce 
qu'elles  soient  relevées  et  seront  conti- 
nuées jusqu'à  nouvel  ordre,  et  (juc  l'appel 
de  ces  réserves  devra  être  fait  plusieurs 
fois  par  jour,  invitant  les  commissaires 
des  sections  à  donner  avis  aussitôt  qu'il 

aura  apparence  de  rassemblement,  et 
donnatit  des  instructions  pour  les  tam- 
bours, qui  ne  devront  battre  que  l'ordon- 
nance, sans  varier  et  sans  confondre  leurs 
batteries,  attendu  que  cela  occasionne  des 
méprises. 

10  mars  1793. 

Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'V  1470. 

459.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de  la 


police,  donnant  connaissance  des  rensei- 
gnements suivants  : 

1°  Plusieurs  sections,  notamment  celle 
des  Droits-de-l'Homme,  avaient  décidé  un 
recensement  général  des  célibataires  et 
veufs  sans  enfants  de  18  à  40  ans,  opéra- 
tion qui  s'est  effectuée  trèsponctuelleraenl, 
mais  qui  est  de  nature  à  occasionner  des 
troubles  fort  dangereux,  en  raison  de  la 
faculté  de  se  faire  remplacer  laissée  par 
la  Convention,  qui  ne  peut  être  avanta- 
geuse qu'à  la  classe  des.  riches  et  révolte 
celle  des  pauvres, laquelle  refuse  de  partir 
tant  que  cette  disposition  ne  sera  pas 
abrogée. 

2°  Les  esprits  sont  revenus  des  alarmes 
qu'avaient  d'abord  occasionné  les  tristes 
nouvelles  de  la  Belgique,  et  les  moins  in- 
crédules refusent  d'ajouter  foi  à  ce  que 
l'on  publie  îles  événements  de  Bruxelles 
et  de  Liège,  mais  on  blâme  la  Convention 
d'avoir  trop  tardé  à  faire  la  levée  des 
300,000  hommes  qui  devraient  déjà  être 
partis,  et  l'on  trouve  qu'elle  devrait  se 
mettre  à  la  tête  des  armées,  puisque  les 
ci-devant  rois  s'y  mettaient  bien  eux- 
mêmes;  l'opinion  publique  est  tout  à  fait 
défavorable  au  général  Dumouriez,  qu'on 
qualifie  hautement  de  traître. 

3°  D'après  certains  rapports, des  malveil- 
lants ou  des  égarés  menacent  d'attenter 
à  la  vie  des  citoyens  Beurnonville,  Gorsas, 
Petion,  Barbaroux,  Vergniaud,  Roland, 
Brissot,  etc. 

4"  Le  9  mars,  se  fit  aux  Champs-Elysées 
un  rassemblement  assez  considérable, 
composé  de  volontaires  de  plusieurs  dé- 
partements, réunis  dans  un  club  de  défen- 
seurs de  la  République,  ayant  à  leur  tête 
le  nommé  Fournier,  jeune  homme  connu 
de  plusieurs  citoyens  de  la  Police  ;  ils 
dînèrent  dans  plusieurs  auberges  et  com- 
plotèrent vaguement  de  se  porter  dans 
plusieurs  imprimeries  aristocrates,  mais, 
sur  le  soir,  ils  se  dispersèrent. 

5°  Les  marchands  épiciers  sont  plus  durs 
et  plus  insolents  que  jamais  envers  les 
acheteurs,  au  lieu  de  paraître  touchés 
d'être  contraints  de  vendre  fort  cher  des 
marchandises  qu'ils  ont  eux-mêmes  payées 
un  prix  beaucoup  plus  élevé  qu'autrefois, 
ils  disent  d'un  ton  arrogant  que,  sous  peu. 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PAHIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


97 


ils  vendront  infiniment  plus  cher,  et  (jue 
même  il  serait  iin()ossible  de  trouver  à 
aucun  prix  i;i  plupart  des  denrées  de  pie- 
niière  nécessité. 

Cet  extrait  est  accompagné  <l'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil  exé- 
cutif. 

11  mars  1793. 

Extrait  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AFiv  1470. 

460.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  où  le  Commandant  géné- 
ral manifeste  quelqu'inquiétude  en  voyant 
que,  d'après  certains  bruits  eu  circula- 
tion, on  voudrait  se  porter  contre  quel- 
ques membres  de  la  Convention,  affirmant 
(jue  les  aiistocrates  seuls,  qui  veulent  la 
dissolution,  sont  assez  audacieux  pour  oser 
avancer  de  pareilles  friponneries,  et  dé- 
clare aux  citoyens  patriotes  que  si,  par 
négligence,  ils  manciuent  de  venir  aux  ré- 
serves et  que  la  Convention  soit  attaquée, 
il  ne  sera  plus  temps  le  lendemain  de 
repousser  leurs  ennemis,  qu'abandonnés 
aux  hasards,  battus  par  une  tempête  fu- 
rieuse, leurs  efforts  seront  superflus;  il 
entend  que  les  réserves  soient  complètes 
•  et  exactes,  et  la  République  sera  sauvée, 
et  il  annonce  que  le  12  mars,  le  citoyen 
Duvergier,  chef  de  la  4'  légion,  fournira 
100  hommes  au  poste  attenant  le  Dépar- 
tement,dont  moitié  ira  au  poste  de  la  cour 
des  Feuillants,  et  en  outre,  50  hommes 
au  Pont-Tournant  et  îiO  autres  au  corps  de 
garde  de  la  grande  cour  des  Tuileries,  au 
surplus,  que  les  réserves  de  100  hommes 
par  section  resteront  jusqu'à  ce  qu'elles 
soient  relevées,  et  seront  continuées  jus- 
qu'à nouvel  ordre. 

11  mars  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Ch'ment,  A.  N., 
Al-'v  1470. 

431.  —  Lettre  du  Commandant  général 
de  la  garde  nationale  au  Conseil  exécutif, 
le  prévenant  qu'il  vient  de  commander  de 
forts  détachements  de  gendarmerie  à  pied 
et  à  cheval  au  Pont-Tournant,  dans  l'inté- 
rieur du  jardin  prés  du  bassin,  nu  Car- 
rousel, à  la  place  Vendôme,  cour  du  Ma- 
nège, et  le  long  du  jardin  des  Tuileries, 
du  côté  de  la  rive,  relativement  à  des  rap- 
T.  IX, 


ports  faits  au  Maire  et  (jne  cependant  il 
croit  sans  fondement. 

11  mars  1793. 
Original,   signé  de  Santerrc,   A.   A'.,  AF'V 
1570. 

462.  —  Extrait  des  rapports  et  décla- 
rations faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  contenant  les  renseignements 
suivants  : 

1"  Dans  les  groupes,  cabarets  et  cafés,  il 
n'était  question  ces  deux  derniers  jours 
(11  et  12  mars),  que  d'une  insurrection 
générale  et  prochaine,  parce  qu'il  fallait, 
disait-on,  une  nouvelle  journée  du  10  août, 
afin  de  purger  la  République  de  tous  les 
traîtres  qui  la  trahissent;  les  auteurs  de 
ces  discours  incendiaires,  les  provocateurs 
au  meurtre,  au  carnage,  sont  en  grande 
partie  les  fédérés  composant  la  Société 
dite  des  défenseurs  réunis  de  la  Répu- 
blique, siégeant  aux  Jacobins;  ils  se  ren- 
dirent, paraît-il,  le  9,  au  Club  des  Corde- 
liers,  afin  de  provoquer  la  fermeture  des 
barrières,  faire  sonner  le  locsin  et  tirer  le 
canon  d'alarme,  au  même  moment,  plu- 
sieurs de  ces  fédérés  proposaient  aux  ci- 
toyens se  trouvant  au  café  des  Feuillants 
de  se  joindre  à  eux  pour  aller  briser  les 
presses  arislocniliques,  notamment  celles 
de  Brissot,  et  massacrer  plusieurs  Conven- 
tionnels; les  principaux  chefs  de  ces  com- 
plots sont  les  sieurs  Langlais,  ci-devant 
attaché  à  la  surveillance  de  la  Police  et 
ensuite  à  celle  du  Comité  de  sûreté  géné- 
rale, Fournier,  dit  l'Américain,  Peyre, 
homme  de  loi,  Toussaint,  Jourdan,  dit 
Coiipc-Ti'fc,  frère  du  fameux  Jourdan  d'A- 
vignon, enfin  le  sieur  Vincent,  ci-devant 
chef  de  l'un  des  bureaux  de  la  guerre, 
qui,  dans  le  Club  des  Cordeliers,  a  sou- 
tenu les  projets  de  cette  troupe  égarée  ;  ces 
meneurs  n'ont  pas  peu  contribué  à  ralen- 
tir l'ardeur  des  citoyens  qui  prennent  les 
armes;  on  remarque,  d'ailleurs  dans  plu- 
sieurs groupes,  surtout  au  Jardin  de  l'Ega- 
lité, des  volontaires  soi-disant  revenant 
des  armées,  qui  font  une  peinture  exa- 
gérée des  maux  qu'ils  ont  soufferts,  et 
finissent  par  jurer  qu'ils  n'y  retourneront 
plus,  attendu  qu'on  avait,  disent-ils,  pro- 
mis d'adoucir  la  misère  de  leurs  femmes, 

7 


98 


CHAPITHK  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  REVOLUTION 


de  leurs  enfants,  et  que  l'on  n'en  a  lien 
fait;  cependant  le  contingent  de  toutes 
les  sections  s'est  constitué  sans  peine  et 
quelques-unes  l'ont  même  doublé. 

2»  A  en  juger  par  les  Anglais  suspects 
que  l'on  rencontre  fréquemment  dans 
différents  quartiers,  la  Cour  de  Londres  a 
dû  répandre  dans  Paris  un  grand  nombre 
d'émissaires  et  d'espions. 

3°  Chabot  a  été  remarqué  dans  le  café 
Beauquaire,  prenant  vivement  le  parti  de 
Beurnonville,  mais  convenant  qu'il  n'était 
pas  propre  à  la  place  de  ministre  ;  parmi 
les  protégés  indignes  de  la  bienveillance 
de  ce  ministre,  on  cite  un  colonel  de 
hussards,  repris  de  justice  pour  vol  de 
portefeuille  au  Théâtre-Français. 

4»  D'après  une  prétendue  lettre  de  Du- 
mouriezàBrissot,  ce  général  aurait  déclaré 
que  s'il  ne  réussit  point  dans  ses  desseins 
secrets,  et  s'il  n'est  pas  soutenu  par  ses 
amis  de  la  Convention,  il  entrera  dans  le 
Luxembourg;  suivant  une  note,  Dumou- 
riez  n'a  passé  en  Hollande,  à  la  tête  de 
20,000  hommes,  que  pour  affaiblir  d'au- 
tant son  armée  et  faciliter  a.  l'ennemi  le 
passage  de  l'Escaut;  un  militaire  ayant 
voulu  prendre  sa  défense  dans  un  café, 
en  fut  chassé  honteusement. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi    du    maire   de   Paris    au    Conseil 

exécutif. 

11,  13  mars  1793. 
Copie   et  original   signé    (2  pièces).  A,  N., 
AFtv  1470. 

463.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  portant  que  la  journée 
de  la  veille  s'est  passée  assez  tranquille- 
ment, que  pourtant  il  y  a  toujours  eu 
des  agitateurs  aux  abords  de  la  salle  de 
la  Convention,  que  leur  projet  serait,  pa- 
raît-il, de  faire  arrêter  quelques  Conven- 
tionnels, dans  l'espoir  que  les  départe- 
ments, ne  voyant  plus  de  point  central 
assuré,  se  laisseraient  détourner,  coup 
préparé  depuis  longtemps.  Si  l'on  en  croit 
le  bruit  public,  les  intrigants  réfugiés  en 
Angleterre  cherchent  à  corrompre  les  dé- 
partements avoisinants,  et  se  livrent  aux 
même  manœuvres  du  côté  de  la  Suisse,  de 
sorte  que  si  l'unité  de  laRépublique  cessait, 
il  s'en  suivrait  des  malheurs  incalculables; 


si  l'on  porte  atteinte  à  un  seul  membre  de 
la  Convention,  la  puissance  de  l'Assem- 
blée devient  illusoire  et  imaginaire,  et  les 
départements  effrayés  peuvent  s'égarer  et 
se  diviser,  aussi  tous  les  braves  citoyens 
doivent-ils  se  rallier  pour  détourner  un 
pareil  orage,  et  réunir  tous  leurs  efforts 
pour  sauver  la  République.  Rien  d'extraor- 
dinaire n'est  signalé  dans  les  rapports  de 
la  garde  nationale,  à  part  l'arrestation 
d'un  particulier,  rue  St-Jac(iues,  accusé 
de  l'assassinat  d'un  autre  dans  les  car- 
rières, et  l'annonce  du  prochain  embar- 
quement de  40  pièces  de  canon,  prises  à 
l'Arsenal  pour  la  défense  du  Havre  et  des 
côtes  avoisinantes. 

12  mars  1793. 
Copie  conforme,   signée  de  Clément,  A.  A'., 
AF'V  1470. 

464.  —  Lettre  de  Santerre,  commandant 
général  de  la  garde  nationale,  au  citoyen 
Grouvelle,  secrétaire  du  Conseil  exécutif, 
se  plaignant  de  ce  que  ses  employés  ne 
sont  pas  payés,  ce  qui  n'est  pas  encoura- 
geant pour  des  citoyens  qui  travaillent,  et 
déclarant  que  l'on  ne  peut  faire  rétroacti- 
vement d'observations  sur  le  mode  de 
payement  qui  a  lieu  depuis  3  mois,  et  que 
rien  ne  doit  s'opposer  au  payement  de  ce 
qui  est  dû. 

12  mars  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'v  1470. 

465.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale ,  portant  réduction  des 
réserves  h  2o  hommes,  ordonnant  des  pa- 
trouilles moins  nombreuses  mais  fré- 
quentes, et  annonçant  pour  le  dimanche 
suivant,  l'essai  de  différents  boulets  de 
canon  à  la  butte  Montmartre.  Il  est  à  re- 
marquer que  la  surveillance  et  l'activité 
des  citoyens  ont  déjoué  les  malveillants, 
qui  se  reportent  actuellement  dans  les 
marchés,  où  l'on  voit  beaucoup  de  domes- 
tiques et  de  cuisinières  de  gens  riches 
agir  sur  l'esprit  public  à  l'instigation  pro- 
bablement de  leurs  maîtres.  Il  y  a  lieu 
d'espérer  qu'à  l'avenir  l'on  emploiera  au 
service  domestique  plus  de  femmes  que 
d'hommes,  afin  qu'elles  aient  plus  de  res- 
sources pour  vivre,  et  que  l'on  rende  à  la 
culture  des  terres  et  à  l'armée  une  classe 


LESPIIIT  PIIUUC  A  PAHIS  DE  JANVIEH  A  JUIN  (793 


09 


d'hommes  grands  et  forts,  qui  vivent  sou- 
VL'iil  dans  l'oisiveté.  I,es  rapports  de  la 
garde  nationale  ne  signalent  que  l'arresta- 
tion de  quelques  soldats  et  déserteurs,  en- 
voyés à  l'Abbaye,  de  2  cochers  de  fiacre 
bruyants  et  refusant  de  marcher,  conduits 
à  la  Mairie,  enlin  la  trop  prompte  extinc- 
tion des  réverbères  dans  les  petites  rues 
de  la  seclion  de  Molière  et  I.a  Konlaine. 

13  mars  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  A'., 
APiv  1470. 

466.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
lions  remis  au  Bureau  de  .surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  laits  suivants  : 

1"  Des  médailles  d'argent  qui  circulent 
dans  Paris  et  ont  été  envoyées  même  aux 
députés  de  la  Convention,  représentent 
d'un  côté  l'effigie  du  ci-devant  Hoi  avec  la 
date  de  sa  nai.ssance  à  Versailles,  et  de 
l'aidre,  colle  de  son  supplice  ou  martyre 
à  Paris,  place  de  la  Hévoliition.  Certain 
libraire  de  la  rue  Saint-Jacques,  nommé 
Laurent  jeune,  se  permet  aussi  de  vendre 
une  brochure  contre-révolutionnaire,  où 
l'on  déplore  la  mort  tragique  du  ci-devant 
Hoi,  imprimée,  dit-on,  au  nom  de  l.ïO  com- 
munes d'un  département  de  la  ci-devant 
Normandie,  et  l'on  a  Irouvé  chez  ce  li- 
braire un  ballot  rempli  de  brochures  encore 
plus  dangereuses  que  celle-ci. 

2»  Un  soldat,  viHii  d'un  habit  brun  à  pa- 
rements verts,  ayant  voulu  sur  la  terrasse 
de  la  Convenlion  parler  en  faveur  de  Du- 
mouriez,  vanter  son  habileté  dans  ses 
opérations  militaires,  et  déclarer  qu'il 
était  incapable  de  trahir  la  nation,  fut 
très  maltraité  par  les  audi leurs,  à  coups 
de  pied,  à  coups  de  poing,  et  fut  très  heu- 
reux de  pouvoir  prendre  la  fuite. 

.3°  Dans  plusieurs  clubs  ou  sociétés  de 
jeunes  gens,  on  considère  comme  une 
tache  le  fait  de  ne  pas  voler  aux  fion- 
lières  et  l'on  regarde  comme  des  lâches 
les  volontaiies  qui  ne  reioindraient  pas 
leurs  drapeaux  ;  on  constate  beaucoup 
d'élan,  surtout  dans  la  section  du  .Mail, 
mais,  par  contre,  quantité  de  mauvais  su- 
jets s'enrôlent  dans  plusieurs  sections, 
reçoivent  le  prix  des  engagements  et  dis- 
paraissent. 


4°  Le  renchérissement  des  vivres  s'ac- 
centue, les  bouchers  veulent  vendre  la 
viande  jusqu'à  14  sols  la  livre  et  répondent 
à  ceux  qui  s'en  plaignent  qu'ils  la  payeront 
encore  plus  cher  par  la  suite  ;  il  n'y  a  pas 
jusqu'au  fer  dont  le  prix  n'ait  doublé, 
autrefois  le  cent  pesant  valait  à  peine 
28  livres,  actuellement  certains  marchands 
le  vendent  40  livres. 

boLesjeux  prohibés  reprennent  avecune 
nouvelle  audace,  dès  le  lendemain  de 
leur  saisie,  ce  qui  prouve  (ju'il  faut  y 
retourner  souvent,  jusqu'à  ce  que  la  pu- 
nition répétée  effraye  et  force  à  fermer. 
Lorsqu'on  s'est  porté  chez  la  dame  Latour, 
Maison  de  l'Egalité,  les  gendarmes  reçurent 
plusieurs  billets  de  cent  sols  du  chevalier 
Dejean  et  d'un  ofticier  de  hussards,  pour 
qu'on  l(!s  laissât  évader, un  émigré  du  nom 
de  Vaudreuil,  qui  se  trouvait  dans  ce 
repaire,  réussit  à  sortir  sans  être  aperçu, 
ou  plutôt  en  payant  grassement  ceux  ([ui 
auraient  pu  le  retenir;  la  môme  dame 
Latour,  donna  encore,  dimanche  dernier, 
un  grand  dîner  dans  sa  maison  de  cam- 
pagne, où  se  trouvèrent  des  commis  de  la 
Mairie  et  de  la  Municipalité.  On  annonce 
l'ouverture  d'un  nouveau  jeu  prohibé  à  la 
Chancellerie  d'Orléans,  rue  des  Bons-En- 
fants, il  s'y  perd  des  sommes  considé- 
rables et  l'on  y  joue  fort  avant  dans  la 
nuit. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi    du    maire    de   Paris   au    Conseil 

exécutif. 

13  mars  1793. 
Copie  et  original   signé  (2   pièces),    A.    N., 
APiv  1470. 

467.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  renouvelant  l'invitation  à 
tous  les  citoyens,  notamment  aux  brocan- 
teurs, de  faire  arrêter  les  volontaires  qui 
vendent  leurs  effets,  annonçant  le  départ 
des  gendarmes,  vainqueurs  de  la  Bastille, 
pour  le  21 ,  l'embarquement  de  canons 
de  18  pour  la  défense  des  côtes,  et  d'un 
convoi  d'artillerie  de  campagne  pour  Caen, 
interdisant  à  tous  les  recruteurs  de  l'ar- 
mée de  continuer  leurs  opérations,  et  dé- 
clarant([ue  le  recrutement  des  volontaires 
(|ui,  les  premiers  jours,  avait  produit. peu 
de  monde,  commence  à  bien  aller,  et  que 


l6o 


CHAPITHE  i".  —  JOURNEES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


ce  qu'il  y  a  de  rassurant,  c'est  que  ceux 
qui  partent  sont  pleins  de  courage  et 
animés  du  plus  grand  zèle  pour  défendre 
l'unité  de  la  République. 

A  l'occasion  des  plaintes  contenues  dans 
le  procés-verbal  de  l'assemblée  des  ofli- 
clcrs  de  la  force  année  de  la  section  de 
1792,  qui  déclarent  que  le  grand  nombre  des 
fonctionnaires  publics,  dans  celte  section, 
empêche  de  fournir  les  postes  détachés, 
le  Commandant  général,  ne  pouvant  sta- 
tuer sur  cette  difficulté ,  prie  les  sec- 
tions d'exprimer  leurs  vues  à  ce  sujet,  et 
observe  seulement  que  tous  les  employés 
aux  caisses  et  autres  bureaux  pourraient 
n'être  regardés  que  comme  fonctionnaires 
publics  indirects,  et,  attendu  que  plu- 
sieurs de  ces  Messieurs  font  mépris  de  la 
garde  nationale  et  se  réjouissent  des  mal- 
heurs du  pays,  il  serait  bon  de  s'arranger 
pour  les  faire  monter,  par  quart  ou  par 
sixième,  ils  recevraient  aux  corps-de-garde 
des  sections  des  leçons  de  morale  dont 
plusieurs  ont  besoin,  les  bons  citoyens 
étiint  même  invités  à  déposer  ce  qu'ils 
entendront  d'eux  dans  les  maisons  civi- 
ques, à  l'elfet  de  le  joindre  à  leurs  certi- 
ficats de  civisme,  ajoutant  enfin  que  les 
rondes  et  les  patrouilles  se  font  toujours 
avec  la  même  activité,  jour  et  nuit,  et  que 
tout  a  été  tranquille,  à  part  l'insulte  faite 
à  des  patrouilles  par  des  joueurs  et  des 
buveurs  se  trouvant,  à  3  heures  1/2  du 
matin,  chez  un  marchand  de  vin,  rue  Ga- 
lande,  au  coin  de  la  rue  Saint-Julien-le- 

Pauvro. 

14  mars  1793. 
Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  N., 
AF'v  1470. 

468.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
lions  faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  particularités  sui- 
vantes : 

1°  L'opinion  publique  manifeste  un  mé- 
contentement général  contre  la  Conven- 
tion nationale,  dont  les  membres  ont  en- 
core employé  les  journées  d'hier  et  d'a- 
vanl-hier  à  se  dénoncer  mutuellement,  la 
Montagne  et  les  Jacobins  commencent  à 
perdre  l'estime  qu'ils  avaient  obtenue. 
Les  déparlements,  à  ce  qu'on  prétend,  ont 
très  mauvaise  opinion  de  la  conduile  des 


Législateurs  cl  songeraient  à  former  une 
nouvelle  Convention,  à  raison  de  2  membres 
par  déparlement;  il  y  a  toujours  un  pro- 
jet formé  secrètement  contre  plusieurs 
membres  de  la  Convention,  qu'on  ne  sau- 
rait trop  surveiller;  c'est  ainsi  que  le 
nommé  Jourdan,  dit  Cotipc-TiHc,  aurait 
demandé,  lundi  malin,  à  emprunter  2  pis- 
tolets au  sieur  Boissal,  quartier-maître  du 
corps  armé  des  Allobroges,  parce  qu'à 
l'entendre  il  fallaitabsolumentqu'ilse  délit 
dans  la  journée  des  Iraitres  à  la  patrie. 

2°  Les  sections  de  Paris  ont  fait  assembler 
les  capitaines  de  chaque  compagnie,  pour 
organiser  une  quête  dans  tous  les  quar- 
tiers en  faveur  des  volontaires  qui  vont 
combattre  les  ennemis  du  dehors;  mal- 
heureusement, parmi  ces  braves  citoyens, 
il  se  glisse  des  voleurs  et  des  brigands 
qui  vendent  leurs  habits  et  leurs  armes, 
ce  qui  ne  se  pourrait,  si  le  Corps  muni- 
cipal renouvelait  son  arrêté,  interdisant 
aux  fripiers  et  brocanteurs  d'acheter  des 
uniformes  el  des  armes,  et  au  Mont-de- 
Piété  de  prêter  sur  nantissement  de  pa- 
reils efl'ets;  c'est  à  cette  catégorie  qu'ap- 
partenaient sans  doute  les  3  particuliers 
qui  entrèrent  chez  un  épicier,  rue  de  la 
Cordonnerie,  soi-disant  pour  acheter  une 
pipe,  brisèrent  le  comptoir  et  commirent 
beaucoup  d'autres  dégâts. 

3°  Le  peuple  désire  vivement  le  départ 
pour  les  frontières  de  toutes  les  troupes 
soldées  de  Paris. 

4°  Certaines  dames  Sainte-Amaranthe, 
Robineau  el  Latour  (qui  tiennent  des  tri- 
pots) ne  cessent  de  répéter  qu'elles  n'ont 
rien  à  craindre  de  la  surveillance  de  la 
Police,  en  raison  de  leurs  intelligences 
avec  la  Mairie. 

S°  L'émeute  arrivée,  le  13  mars, à  laHalle 
au  Blé,  à  l'occasion  d'une  prétendue  di- 
sette de  farines  et  de  l'augmentation  de 
13  livres  par  sac,  alléguée  par  les  bou- 
langers, a  failli  produire  de  graves  incon- 
vénients, surtout  par  l'imprudence  du 
juge  de  paix  de  la  section  ;  les  bons  ci- 
toyens se  réunissant  au  café  du  Caveau 
en  ont  été  dupes,  ils  ont  dit  que  celte 
cherlé  ne  pouvait  être  occasionnée  que 
par  une  mauvaise  administration  de  la 
Municipalité,  qui  ne  dédommageait  point 


|;ESPRIT  public  a  PAUIS  de  JANVIEII  a  juin  179:5 


101 


les  boulangers  ilo  leurs  pertes,  sur  les 
4  millions  qui  lui  ont  été  délivrés  à  cet 
■  effet,  que  l'on  pourrait  comparer  ù  une 
pelote  de  beurre  passant  par  plusieurs 
mains. 

G°  Quand  le  bruit  do  la  pétition  iniprii- 
denle  des  boulangers  se  fut  répandu  aux 
abords  do  la  Convention,  il  se  tint  un 
grand  nombre  de  propos  relatifs  à  l'in- 
<|uiétude  qu'elle  a  occasionnée.  On  a  re- 
marqué que  certaines  femmes  criaient 
avec  le  plus  d'opinidtreté,et  que  ce  sont 
les  mêmes  qu'on  voit  toujours  sur  la  ter- 
rasse des  Feuillants,  et  qui,  sans  doute, 
sont  payées  pour  propager  les  troubles. 
Au  reste,  la  Halle  au  Blé  a  été  suf(isam- 
ment  garnie  do  farines,  et  tout  y  élait,  le 
soir  et  le  fnalin,  tranquille. 

7°  La  section  des  Piques  a  été  vivement 
alarmée  par  la  conduite  des  garçons  bou- 
langers, qui  voulaient  SO  sols  par  Jour, 
avec  une  bouteille  de  vin,  et  qui  mena- 
çaient de  se  retirer,  mais  les  boulangers 
ayant  cuit  comme  de  coutume,  le  pain  n"a 
nullement  manqué. 

8°  Il  est  toujouis  important  de  surveiller 
les  prisons,  attendu  qu'il  y  a  un  complot 
de  s'y  porter  au  moment  où  l'on  s'y  at- 
tendra le  moins. 

9"  iM.  de  Cbabrillan,  mort  il  y  a  10  ou 
12  Jours,  laisse  ses  deux  fils,  émigrés  en 
Angleterre,  après  leur  fuite  de  Muestriclit, 
dans  le  dénùment  le  plus  absolu,  mais  il 
possède  60,000  livres  de  rente  sur  des 
biens  près  de  .Montélimart,  dont  il  est 
Juste  que  la  République  se  saisisse. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil 
exécutif. 

14,  15  mars  1793. 

Copie  et  origiaal  signé  (2  nièces),  A.  N., 
KV"  1170, 

409.  —  Extrait  de  l'ordre  du  Jour  de  la 
garde  nationale,  portant  qu'il  n'y  a  rien 
d'extraordinaire  dans  les  rapports,  en  de- 
hors de  l'envoi  de  canons  et  allùts  à  Caen, 
que  les  rondes  et  patrouilles  se  sont  failes 
très  exactement,  et  ijue  le  calme  continue 
toujours. 

15  mars  179.3. 

Copie  conforme,  signée  de  Clément,  A.  iV., 
Al'i\'  l'i70. 


470.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  do 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1"  L'aspect  de  Paris  est  tranquille,  mal- 
gré différentes  causes  de  sourde  agitation. 
On  discutait  dans  les  groupes  avec  beau- 
coup do  chaleur,  on  y  disait  que  les  sec- 
tions devaient  absolument  lever  l'éten- 
dard de  rinsurrection,pour  faire  diminuer 
les  denrées,  et  surtout  pour  empêcher 
l'augmentation  des  farines,  mais  avant 
que  les  sections  prennent  ce  parti,  il  faut 
qu'elles  établissent  un  Comité  d'insurrec- 
tion raisonné;  on  ajoutait  que  la  cause 
première  de  tous  les  maux  venait  de  la 
Convention  nationale,  dont  la  plupart  des 
membres  ne  sont  occupés  que  de  leurs 
intérêts  personnels  et  n'ont  nullement 
l'intention  de  faire  le  bonheur  du  peuple. 

2°  La  rentrée  de  lieurnonville  au  mi- 
nistère provoquait  aussi  beaucoup  de  dis- 
cours, on  s'écriait  que  si  le  peuple  ne 
prenait  plus  tôt  des  mesures  vigoureuses, 
le  parti  royaliste  de  la  Convention  profi- 
terait de  l'absence  des  députés  patriotes, 
envoyés  dans  les  déparlements,  pour 
rendre  des  décrets  liberticides,  afin  de  re- 
plonger la  France  dans  l'esclavage. 

3°  Le  sieur  Fournier  a  encore  fait  une 
motion  très  insidieuse  aux  Cordeliers,  pro- 
posant la  léunion  de  toutes  les  Sociétés 
populaires  au  Champ  de  Mars,  pour  y 
prêter  le  serment  de  maintenir  et  soute- 
nir la  Hépublique  démocratique,  une  et 
indivisible;  ce  projet  excita  de  violents 
débats,  et  les  bons  citoyens  eurent  bien 
de  la  peine  à  le  faire  renvoyer  à  une 
séance  ultérieure. 

4°  Les  banquiers  de  jeux  de  biribi,  non 
contents  d'enfreindre  la  loi,  ne  cessent  de 
calomnier  l'administration  de  la  Police,  en 
déclarant  que  les  administrateurs  sont  de 
connivence  avec  eux;  le  sieur  About,  of- 
licier  de  paix,  est,  dit-on,  payé  par  plu- 
sieurs maisons  de  Jeux  prohibés,  un  autre 
officier  de  paix,  le  sieur  Lcprince,  exerce 
deux  emplois,  en  contravention  à  la  loi, 
il  est  employé  par  le  ministre  des  Con- 
tributions publiques  pour  surveiller  l'é- 
mission des  faux  assignats,  et  sera  mis  en 
demeure  d'opter,  sous  peine  d'être  dé- 
noncé par  la  section  des  Quatre-Nations. 


102 


CHAPITRE  V'.  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


"i"  D'après  le  rapport  de  l'Elat-major,  les 
citoyens  Garin  et  Cousin,  administrateurs 
au  Di'^partement  des  Subsistances,  vien- 
nent do  di^rlnier  qu'ils  craignont  que  des 
iroubloa  n'cclalcnt  ce  soir,  à  la  Halle  au 
Kir,  et  dénoncent  cinq  boulangers,  très 
mauvais  su, jols,  notamment  le  sieur  Houx, 
lue  des  Vieux-Augustins,  qui  prétend  que, 
snus  8  jours,  il  faut  un  Roi,  qu'autrement 
les  choses  iront  mal  et  (lue  la  disette 
sera  dans  Paris. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi    du    maire   de    Paris   au  Conseil 

exécutif. 

15,  IG  mars  1703. 
Copie  et   oi'iginal   signé    (2  pièces).   A,    A"., 
AF'v  1470. 

471.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  dans  lequel  le  Comman- 
daut  général  prévienl  ses  concitoyens  que 
l'on  afliche  et  distribue  des  imprimés 
lierfides,  l'un  d'eux,  de  couleur  jonquille, 
sous  forme  d'un  placard  bien  aristocrati- 
quement  fait,  signé  d'un  faux  nom  et 
d'une  fausse  adresse  d'imprimeur,  qui 
couvre  sa  periidie  de  manière  à  faire 
prendre  le  change  à  ceux  qui  ne  sont  pas 
instruits,  invite  les  bons  citoyens  à  se  sou- 
lever conlre  les  Jacobins,  et  reproche  à 
Santerre  de  ne  pas  organiser  la  force  ar- 
mée, afin  d'écraser  le  peuple,  tandis  que 
lout  le  monde  sait  que  cette  force  est 
organisée  et  qu'il  ne  lui  manque  que  des 
règlements,  dont  s'occupent  les  commis- 
saires des  sections,  mais,  observe  San- 
terre, «  ce  qui  déjouera  nos  ennemis,  c'est 
(jue  tous  les  complots  des  scélérats,  qui 
voulaient  recevoir  les  ennemis  en  Bre- 
tagne et  en  Normandie,  sont  découverts 
et  que  notre  union  les  tue  ». 

liien  d'extraordinaire  dans  les  rapports 
n'est  signalé,  à  part  les  plaintes  de  la  pre- 
mière légion  sur  la  mauvaise  tenue,  l'in- 
subordination et  la  négligence  dans  le 
service  de  ses  tambours. 

IG  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  N.,  AF"'  1470. 

472.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
lions  faits  au  Rurcau  de  surveillance  de 
la  Police,  donnant  les  renseignements 
suivants  : 


1°  On  est  généralement  méconlent  de  ce 
que,  depuis  plusieurs  jours,  la  Conven- 
tion ne  fait  point  lire  les  lettres  qu'elle 
reçoit  do  Dumouriez,,  d'oîi  l'on  conclut 
que  les  nouvelles  sont  très  mauvaises,  on 
prétend  que,  dans  ces  lettres,  Duraouriez 
parle  en  maître  et  prétend  s'emparer  de 
la  Hollande  pour  y  régner;  on  redoute 
aussi  le  départ  de  beaucoup  de  membres 
de  la  Montagne  pour  les  départements,  et 
que  le  Marais  de  la  Convention  ne  profite 
de  l'absence  des  vrais  patriotes  pour  tout 
bouleverser;  l'entrée  de  Garât  au  minis- 
tère de  l'intérieur  ranime  le  courage  des 
aristocrates. 

2°  Sur  la  terrasse  des  Feuillants,  un 
jeune  homme  qui  s'est  dit  Jacobin  et  que 
des  personnes  désignent  sous  le  nom  de 
Varlet,  paraissait  beaucoup  regretter  dans 
ses  discours  que  l'insurrection  (|ui  de- 
vait éclater  du  9  au  10  mars  n'ait  pas  été 
réussie,  il  parla  longtemps  au  milieu  d'un 
groupe  fort  nombreux  et  sa  harangue  se 
résuma,  en  dernière  analyse,  à  ces  points  : 
1°  qu'il  avait  dit,  le  dimanche  précédent 
aux  Jacobins,  que  cette  insurrection  était 
légitime  et  nécessaire,  qu'il  la  désirait  en- 
coiB  Aujourd'hui,  qu'au  surplus  elle  n'é- 
tait qu'ajournée  ;  2"  qu'il  souhaitait  main- 
tenant que  l'apathie  des  Jacobins  filt 
remplacée  par  l'énergie  des  femmes  des 
;■(  et  G  octobre  1789,  afin  que  la  Conven- 
tion nationale  proscrivît  la  vente  de  l'ar- 
gent, décrétiil  la  peine  de  mort  contre  les 
agioteurs  et  accapareurs  et  fit  tojnber  la 
tête  de  lîoland,  de  Brissol,  et  qu'enfin, 
quand  il  y  aurait  une  guillotine  dans  la 
cour  du  Manège,  il  faudrait  bien  qu'ils  y 
passassent. 

3»  Les  esprits  sont  toujours  très  agités 
pour  la  question  des  enrôlements;  dans 
r.Assemblée  générale  de  la  section  de  Beau- 
repaire,  on  donna  lecture  d'une  adresse 
aux  citoyennes,  pour  que  la  tendresse  con- 
jugale ne  les  entraînât  point  à  s'opposer  au 
départ  des  braves  volontaires  ;  dans  celle 
des  Lombards,  la  veille,  à  10  heures  du 
soir,  il  y  eut  un  violent  tumulte  occa- 
sionné par  l'imprudence  du  président, 
qui  s'avisa  de  dire  que  les  garçons  étaient 
des  lâches  de  laisser  partir  les  hommes 
mariés,  il  se  forma  alors  deux  partis,  celui 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARLS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


103 


des  maris  et  celui  clos  garçons,  prêts  ù  en 
venir  aux  mains,  plusieurs  ofllciers  muni- 
cipaux accoururent  et  s'eflorcèrent  tlo  ra- 
mener le  calme,  mais  le  président  fut 
obligé  de  quitter  le  fauteuil. 

4°  Dans  plusieurs  sections,  on  inculpe  la 
Convention  de  ne  point  sévir  assez  vite 
contre  les  traîtres,  et  l'on  craint  le  renou- 
vellement des  affreuses  journées  des  2,  3 
et  4  septembre  dernier. 

5°  Les  troubles  excités  par  les  boulangers 
vont  toujours  croissant,  et  la  crainte  de 
la  disette  fait  que  l'on  double  ou  triple  sa 
provision  de  pain  ;  des  boulangers  se  sont 
présentés  à  l'Assemblée  générale  de  la 
section  de  la  Cité  et  y  ont  dit  que  le  pain 
pourrait  bien  manquer  au  premier  jour, 
vu  qu'ils  n'avaient  pu  acbeter  chacun 
qu'un  seul  sac  de  farine,  tandis  qu'ils  en 
emploient  trois  journellement,  et  que  la 
Commune  de  Paris  non  seulement  ne  leur 
donnait  aucune  indemnité,  mais  voulait 
même  les  forcer  à  faire  toutes  les  avances. 

6°  D'après  tous  les  rapports,  les  boulan- 
gers sont  grandement  coupables  du  tu- 
multe qu'il  y  a  eu  ti  la  Halle  au  Blé,  ils  se 
sont  prûtés  aux  suggestions  des  malinten- 
tionnés et  ont  manqué  de  faire  naître  des 
événements  très  fâcheux,  ils  se  plaignent 
des  abus  de  sacs  vides,  qui  pèsent  de  7  à 
8  livres  au  lieu  de  4,  ils  demandent  des 
avances,  non  des  indemnités,  mais  sont-ce 
là  des  motifs  pour  chercher  à  occasionner 
une  insurrection  avec  la  famine  et  pour 
risquer  de  massacrer  un  officier  munici- 
pal, un  adniinislratcur  des  Subsistances? 

7»  On  cite  les  propos  d'une  boulangère 
foraine,  sur  la  place  de  la  Maison  de  l'Ega- 
lité, qui  disait  à  ses  pratiques  :  «  Croyez- 
vous  qu'on  f...  aux  Parisiens  le  pain  à 
12  sols,  tandis  que  nous  payons  une  aug- 
mentation de  13  livres  par  sac;  si  mon 
mari  m'avait  cru,  il  n'aurait  pas  apporté 
de  pain  aujourd'hui.  » 

8°  Dans  la  section  de  Bon-Conseil  on  a 
arrêté  qu'il  fallait  vérifier  l'approvision- 
nement des  farines  avant  de  répandre 
l'alarme,  et  l'on  a  dû  envoyer  des  commis- 
saires auprès  du  Maire,  pour  savoir  au 
juste  l'état  des  subsistances  de  la  ville  de 
Paris. 

9"  La  section  de  la  Cité  a  également  en- 


voyé des  commissaires  dans  son  arron- 
dissement, à  l'effet  de  faire  perquisition 
chez  tous  les  boulangers  et  contraindre 
ceux  qui  auraient  plus  de  3  sacs  de  farine 
à  partager  avec  leurs  confrères  moins 
favorisés. 

10°  Les  rapports  des  observateurs  signa- 
lent la  présence,  à  Paris,  d'un  nommé  Sa- 
Latier,  agent  de  faux-monnayeurs,  qui 
met  en  circulation  de  faux  louis  d'or,  et 
d'un  fameux  chef  de  voleurs,  nommé  Dé- 
ruelle, maintes  fois  emprisonné  et  autant 
de  fois  évadé,  qui  ne  cesse  de  commettre 
des  vols  tant  à  Paris  que  dans  les  envi- 
rons, on  est  à  sa  poursuite.  Une  auberge, 
dite  la  Gaiiotte,  sur  le  boulevard  du 
Temple,  est  le  point  de  rendez-vous  des 
voleurs,  qui  viennent  y  partager  leurs  vols. 

11°  Les  cochers  de  place  ne  veulent  ab- 
solument marcher  qu'à  force  d'argent  et 
quand  il  leur  plaît,  ce  qu'il  y  a  de  plus 
étonnant,  c'est  qu'ils  sont  soutenus  par  le 
peuple,  même  par  la  force  armée.  Un 
détachement  de  volontaires  étant  accouru 
vis-à-vis  de  la  Maison  d'Egalité,  à  la  ré- 
quisition d'un  citoyen,  pour  mettre  un 
cocher  de  fiacre  à  la  raison,  l'un  d'eux 
s'écria  qu'on  ne  pouvait  forcer  les  cochers 
à  marcher,  attendu  qu'il  n'y  avait  pas 
encore  de  règlement  à  leur  sujet. 

La  feuille  des  rapports  de  police  est 
accompagnée  d'une  lettre  d'envoi  du  maire 
de  Paris  au  Conseil  exécutif. 

16,  17  mars  1793. 
Extrait  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AF'\'  1470. 

473.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  par  lequel 
Santerre  prémunit  les  citoyens  contre  les 
malveillants  qui  continuent  toujours  à 
répandre  de  faux  bruits  pour  jeter  l'a- 
larme et  égarer  l'opinion,  et  se  livrent 
généralement  à  leurs  manœuvres  vers  la 
fin  de  la  semaine,  afin  que  le  lundi,  qui 
est  ordinairement  le  jour  de  repos  des 
ouvriers  et  le  jour  qu'ils  consacrent  à  leurs 
plaisirs,  puisse  favoriser  leurs  projets  si- 
nistres; il  engage  tous  les  bons  citoyens  à 
déjouer  ces  complots,  en  communiquant 
les  connaissances  qu'ils  peuvent  avoir  dos 
projets   do   ces    malinlentionnés,  qui   ne 


104 


CHAPITRE  1".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


clierchent  qu'à  les  désunir.  Les  réserves 
do  il)  hommes  par  cliaque  section  seront 
tenues  au  complet  et  continuées  jusqu'à 
nouvel  ordre,  les  chefs  de  postes  el  adju- 
dants des  sections  feront  des  appels  de 
4  heures  en  4  heures  et  enverront  la  liste 
des  absents. 

17  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  AT.,  AF'V  1470. 

474.  —  Lettre  de  Pache,  maire  de  Paris, 
au  citoyen  Grouvello,  secrétaire  du  Con- 
seil exécutif  provisoire,  accusant  récep- 
tion de  l'avis  envoyé  la  veille  au  nom  du 
Conseil,  dont  il  a  envoyé  copie  aux  admi- 
nistrateurs de  Police  et  au  Commandant 
général,  avec  prière  de  prendre  les  me- 
sures nécessaires,  chacun  en  ce  qui  le 
concerne,  et  annonçant  qu'il  transmettra 
les  réponses  qui  lui  seront  parvenues  à 
cet  égard. 

17  mars  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

475.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Rureau  de  surveillance  de 
la  Police,  faisant  connaître  les  particula- 
rités suivantes  : 

1»  Un  certain  Pierre  Brémonl,  volon- 
taire du  2*  bataillon  des  Marseillais,  connu 
comme  intrigant  et  l'agent  de  plusieurs 
têtes  chaudes,  vient  d'obtenir  du  ministre 
Reurnonville,  par  la  protection  de  Barba- 
roux,  une  place  d'inspecteur  des  vivres  et 
fourrages  de  l'armée  du  Var,  et  une  place 
analogue  vient  d'être  accordée  au  sieur 
Laborde,  officier  de  paix  avant  le  dO  août, 
l'un  des  chefs  des  agents  du  ci-devantRoi, 
el  en  relations  avec  les  nouveaux  officiers 
de  paix,  dont  il  cherche  à  corrompre  le 
patriotisme. 

2»  Il  y  a  lieu  d'enregistrer  le  départ  de 
nombreux  volontaires,  quoique  dans  cer- 
taines sections,  notamment  celle  du  Théâ- 
tre-Français, les  jeunes  gens  montrent  peu 
de  zèle  pour  courir  aux  frontières,  mal- 
gré une  prime  de  100  livres  el  une  haute 
paye  de  2  livres  par  jour,  mais,  dans 
toutes  les  sections,  l'on  s'occupe  d'établir 
une  caisse  pour  le  soulagement  des  fem- 
mes et  enfants  des  défenseurs  de  la  patrie. 

.3°  La  conduite  des  boulangers  est  sévè- 


rement jugée,  outre  les  intentions  qu'ils 
ont  manifestées  el  celles  qu'on  leur  soup- 
çonne, ils  soutiennent  que  tant  que  la  Mu- 
nicipalité se  mêlera  des  subsistances,  le 
pain  sera  toujours  cher  et  les  farines  peu 
abondantes.  Il  est  certain  que  sans  l'élo- 
quence et  la  force  des  poumons  du  ci- 
toyen Audouin,  il  serait  arrivé  de  grands 
malheurs  à  la  Halle  aux  blés  et  farines, 
les  boulangers,  réunis  à  une  troupe  de 
femmes,  vomissaient  mille  injures  contre 
la  Municipalité  et  voulaient  absolument 
pendre  le  citoyen  Garin,  administrateur 
des  Subsistances,  qui  eut  beaucoup  de 
peins  à  s'échapper  de  leurs  mains.  La 
présence  et  les  discours  du  Maire  contri- 
buèrent aussi  beaucoup  à  ramener  le  bon 
ordre  et  la  tranquillité,  ainsi  que  la  pro- 
messe du  citoyen  Baudrais,  administra- 
teur de  Police,  de  faire  son  rapport  de 
tous  les  abus  dont  on  l'informait.  Le  Maire 
crut  devoir  déclarer  avec  beaucoup  de 
fermeté  aux  boulangers  attroupés  qu'il  y 
en  avait  parmi  eux  de  malintentionnés 
pour  la  chose  publique  et  qui  étaient  in- 
cités à  provoquer  le  désordre. 

4°  Dans  plusieurs  cafés,  on  disait  qu'il  se- 
rait nécessaire  d'envoyer  aux  environs  de 
Paris,  afin  de  s'assurer  si  les  fermiers  font 
battre  une  assez  grande  quantité  de  blé 
pour  que  les  marchés  soient  suffisamment 
pourvus,  et  afin  de  savoir  s'il  n'y  a  pas 
d'accaparements  de  cette  précieuse  denrée. 

5°  Les  craintes  manifestées  au  sujet  d'un 
prétendu  projet  des  vainqueurs  de  la  Bas- 
tille, gendarmes  nationaux,  sont  absolu- 
ment dénuées  de  tout  fondement;  ils  se 
sont  assemblés  aujourd'hui  pour  célébrer 
un  service  en  l'honneur  de  Le  Peletier  de 
Saint-Fargeau  et  pour  s'occuper  de  leur 
prochain  départ;  on  rapporte  seulement 
que  parmi  eux  se  trouvent  quelques 
femmes  déguisées  en  hommes,  qui  reçoi- 
vent la  paye  attribuée  aux  volontaires  na- 
tionaux. 

La  feuille  des  rapports  est  accompagnée 
d'une  lettre  d'envoi  du  maiie  de  Paris  au 
Conseil  exécutif. 


17,  18  mars  1793. 
Copie   et  original    signé    (2  pièces),    A.  A'., 
AFiv  1470. 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


105 


476.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  consacré  sur- 
tout à  la  réglementation  du  service, 
constatant  que  les  commandants  et  adju- 
dants de  sections  mettent  beaucoup  de 
négligence  à  avoir  leur  réserve  complète, 
que  plusieurs  sections  n'ont  pas  fournie, 
déclarant  que  l'appel  doit  être  fait  au 
moins  trois  fois  par  jour,  et  chargeant  les 
chefs  de  légions  et  adjudants  généraux 
de  vérifier  souvent  les  postes,  afin  de 
s'assurer  de  l'état  des  réserves,  et  comme 
la  troupe  soldée  presiiue  en  entier  quitte 
Paris,  invitant  les  citoyens  à  être  exacts, 
prévenant  enfin  les  commissaires  des  sec- 
tions, investis  du  recrutement,  que  passé 
2  heures  après-midi,  il  ne  sera  plus  fait 
de  départs  de  recrues,  aUendu  que  les 
conducteurs  rencontrent  beaucoup  d'in- 
convénients à  l'entrée  de  la  nuit. 

18  mars  1793. 
Extrait  non  signé,  A.  N.,  AF'^'  1470. 

477.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale  parisienne, 
annonçant,  pour  la  2*  légion,  que  les  ci- 
toyens Grandremi,  capitaine  de  canon- 
niers.  Bon,  sergent,  et  Aubry,  canonnier 
de  la  section  de  la  Réunion,  ont  été  con- 
signés au  poste  du  pont  Motre-Dame, 
faute  de  place  à  l'iVbbaye  ;  pour  la  i"  lé- 
gion, que  le  citoyen  Barrois,  enrôlé  dans 
la  section  du  Mail,  a  été  arrêté,  comme  il 
vendait  son  habit,  et  conduit  à  l'Abbaye, 
ainsi  que  trois  autres  militaires  qui  sa- 
braient sur  la  place  de  la  Victoire  na- 
tionale tous  ceux  qui  passaient  ;  que  l'of- 
ficier de  garde  au  poste  de  la  Caisse  de 
l'extraordinaire  a  refusé  de  prêter  main 
forte  à  G  particuliers,  dont  l'un  se  disait 
municipal,  décoré  du  cordon  national,  et 
un  autre  commissaire  de  section,  pour 
aller  saisir  un  jeu,  d'autant  plus  qu'ils 
lui  av.iient  fait  des  demandes  suspccles, 
et  atlendu  ([u'étaiit  autorisés  comme  ils 
l'étaient,  ils  devaient  plutôt  s'adresser  à 
des  sections  voisines,  et  qu'on  ne  doit  pas 
dégarnir  un  poste  aussi  essentiel. 

18  mars  1793. 
Original,    signé  de   Sanlerre   et  de  Clément, 
A.  N.,  Al'iv  1470.; 


478.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
lions  faits  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  relevant  les  particularités  sui- 
vantes : 

1°  De  violents  murmures  éclataientcontre 
les  députés  de  la  Convention,  que  l'on  ac- 
cusait de  rester  dans  l'inaction  depuis 
longtemps,  et  d'avoir  fait  mourir  Louis  XVI 
pour  prendre  sa  place,  de  façon  à  changer 
simplement  de  despotisme  ;  certains  di- 
saient qu'à  moins  d'immoler  Brissot,  Bu- 
zot,  Petion  et  Roland,  on  ne  pouvait  es- 
pérer d'être  heureux,  parce  qu'ils  avaient 
juré  sur  leur  tête  d'opérer  une  contre- 
révolution. 

2°  Au  milieu  des  groupes  assemblés  sur 
la  terrasse  des  Feuillants,  un  colporteur 
vint  crier  la  pétition  d'une  épicière  qui 
réclamait  100,000  livres  pour  le  sucre 
qu'on  lui  avait  pillé  le  25  février,  les  ci- 
toyennes, répandues  sur  la  terrasse,  s'é- 
crièrent alors  :  «  C'est  dommage  qu'elle 
n'ait  pas  donné  son  adresse,  nous  lui  au- 
rions porté  son  indemnité.  » 

3°  Le  projet  d'expulsion  des  étrangers 
de  Paris  et  de  la  France  entière  est  désap- 
prouvé, attendu  qu'au  moyen  du  Comité 
de  sûreté  génér.ile  de  la  Convention  et  du 
Comité  de  surveillance  de  la  Municipalité, 
il  est  facile  de  s'assurer  des  malveillants, 
et  que  Paris  n'est  pas  dans  une  situation 
assez  prospère,  pour  qu'il  soit  d'une  bonne 
politique  de  défendre  aux  étrangers  d'y 
venir  dépenser  leur  fortune. 

4°  Tous  ces  propos  n'empêchent  pas 
que  l'on  ne  parle  avec  chaleur  de  la  rareté 
des  subsistances  de  première  nécessité, 
au  sein  de  l'abondance  et  des  accapare- 
ments de  toute  nature. 

•ï"  D'après  le  rapport  du  citoyen  Sarot 
à  la  .section  Beaurepaire,  le  sieur  Garin, 
administrateur  des  Subsistances,  auriiit  dit 
au  secrétariat  de  la  Commune  que  12  bou- 
langers avaient  osé  avancer  que,  dans 
8  jours,  il  y  aurait  un  roi  de  France, 
4  commissaires  de  la  section  furent  char- 
gés d'éclaircir  le  fait.  On  se  plaint,  en 
général,  que  les  boulangers  font  leurs  pains 
au-dessous  du  poids,  que  ceux  de  2  livres 
ne  pèsent  qu'une  livre  3  ([uarlerons  et 
ceux  de  quatre  3  livres  deux  tiers. 

6°  Les  épiciers  de  la  rue  Montorgueil 


i06 


CHAPITRE  l•^  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  I,A  RÉVOLUTION 


avaient  tous  fermé,  le  17  mars,  leurs  bou- 
tiques, parce  que  leurs  garçons  s'étaient 
réunis  pour  s'occuper  d'une  pétition. 

7»  La  plupart  des  marchands  d'es- 
tampes vendent  publiquement  le  testa- 
ment de  Louis  Capet,  surmonté  de  trois 
ligures  en  médaille,  dont  celle  du  milieu 
représente  le  ci-devant  Roi,  décoré  du 
cordon  et  de  la  plaque  du  Saint-Esprit,  et 
les  deux  autres  les  enfants  du  tyran,  l'un 
avec  le  litre  de  prince  royal  et  l'autre 
avec  celui  de  Madame  de  France;  on  ob- 
serve à  ce  sujet  que  si  les  marchands  ont 
la  liberté  de  vendre  toutes  sortes  d'images, 
ils  sont  cependant  astreints  à  ne  pas  of- 
fenser les  bonnes  mœurs,  et,  à  plus  forte 
raison  à  ne  point  commettre  d'infractions  à 
la  loi  qui  sert  de  base  à  la  République,  en 
osant  accompagner  l'effigie  des  ci-devant 
de  titres  qu'ils  n'ont  plus,  infractions  qui 
sont  d'une  cxMmc  conséquence. 

8°  Dans  le  moment  présent,  tout  Paris 
est  plongé-  dans  la  consternation  par  ce 
que  l'on  raconte  de  l'assassinat  commis  à 
Orléans  sur  la  personne  d'un  représentant 
de  la  nation,  et  à  cause  des  nouvelles 
venues  de  quelques  départements. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil  exé- 
cutif. 

18,  19  mare  1703. 

Extrait  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AF'v  1470. 

479.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  do  la 
garde  nationale  parisienne,  portant  que 
les  citoyens  de  garde  aux  Caisses  et  éta- 
blissements publics  ne  quitteront  leurs 
postes  sur  aucune  réquisition  et  fermeront 
les  portes  le  soir  à  l'heure  concertée  avec 
les  directeurs;  les  officiers  municipaux  et 
autres  autorités  constituées  devant  savoir 
que  les  sections  seules  sont  dans  le  cas 
de  prêter  main  forte ,  faisant  observer 
que  beaucoup  de  soldats  s'enrôlent  dans 
les  sections,  étant  déjà  enrôlés  ailleurs, 
et  priant  instamment  les  sections  de  ne 
prendre  d'hommes  que  ceux  qui  sont 
bien  connus  et  dont  il  n'y  a  rien  à  crain- 
dre ;  rappelant  enfin  que  la  prison  de  la 
Force  est  réputée  militaire  et  que  tous 
ceux  qu'on  arrêtera,  une  heure  après  la 


retraite,  y  seront  conduits,  lorsqu'il  n'y 
aura  pas  de  place  à  l'Abbaye. 

19  mars  1793. 

Extrait,  signé  de  Clément,  A.N.,AF"'  1470. 

480.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  aux  termes 
duquel  le  (Commandant  général,  au  moment 
où  les  plus  zélés  patriotes  courent  à  la  dé- 
fense des  frontières,  et  où  les  ennemis  de 
la  patrie  veulent  de  toutes  parts  égorger  les 
patriotes,  rappelle  à  ses  concitoyens,  qu'at- 
tendu le  besoin  absolu  d'une  surveillance 
active,  nécessaire  à  tous,  il  est  en  droit 
d'exiger  un  service  strict  et  militaire  de 
tous  les  citoyens,  et  qu'en  cet  instant  où 
la  patrie  est  en  danger  et  où  les  modérés 
vietment  servir  par  dérision  aux  postes,  il 
punira  militairement  et  sévèrement,  en 
conséquence,  infligeant  3  jours  d'arrêt  à 
l'Abbaye  au  citoyen  Menou,  (ils  de  l'an- 
cien commandant  de  la  section  du  Louvre, 
pour  divers  manquements  à  son  service, 
notamment,  pour,  lorsqu'il  était  de  faction, 
s'être  fait  apporter  des  huîtres  pour  dé- 
jeûner et  avoir  quitté  son  poste  sans  être 
relevé,  attendu  que  ce  n'est  point  par 
ignorance  qu'il  a  manqué  à  son  service  ; 
infligeant  également  3  gardes  extraordi- 
naires au  citoyen  Josse,  fabricant  de  bou- 
tons, pour  avoir  refusé  de  monter  sa  garde, 
malgré  les  invitations  fraternelles  de  l'ad- 
judant et  de  son  capitaine,  ainsi  qu'à 
d'autres,  pour  le  même  motif,  et  ordon- 
nant au  chef  de  la  3^  légion  de  comman- 
der les  patrouilles  réclamées  par  le  Direc- 
toire autour  des  Invalides  et  de  l'Ecole 
militaire,  et  de  les  disposer  de  façon  à  ce 
qu'il  y  ait  une  surveillance  continuelle  de 
jour  et  de  nuit  ;  le  rapport  des  légions  ne 
signale  rien  d'extraordinaire,  à  part 
l'extinction,  entre  2  et  3  heures,  de  beau- 
coup de  réverbères  dans  les  sections  de 
Molière  et  La  Fontaine,  des  Amis  de  la 
Patrie  et  des  Fédérés. 

20  mars  1793. 

Extrait,  signé  do  Clément,  A.N.,  AF'^'1470. 

•481.  —  Extrait  du  rapport  général  des 
légions  de  la  garde  nationale  parisienne, 
déclarant,  pour  la  3'  légion,  que  l'adju- 
dant général  se  plaint  beaucoup  de  l'in- 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  I)i:  JANVIER  A  JUIN  1793 


107 


suliordinalion  des  malades  de  l'hôpilal 
mililaiie,  la  visite  par  lui  faite  avec  le 
(■(iimnissaire  n'ayant  produit  aucun  effet; 
constatant,  dans  la  4"=  W'^gion,  que  la  sec- 
lion  du  Mail  se  plaint  beaucoup  des  co- 
chers de  fiacre,  qui  rançonnent  les  ci- 
toyens à  leur  gré,  et  que  le  réverbère,  en 
face  du  posle  de  la  rue  des  Martyrs,  était 
éteint  à  3  heures,  de  incmn  dans  la  G"  lé- 
gion, ceux  des  rues  Troussevaclic,  Mari- 
vaux et  du  carré  Saint-Martin. 

21  mars  1793. 
Extrait,  signé    do    Hantcrrc    et    de   Clément, 
A.N.,  Al''\   A70. 

482.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  mentionnant 
le  changement  des  jours  d'épreuves  pour 
les  canons,  qui,  au  lieu  de  se  faire  les  di- 
manches, comme  auparavant,  se  feront  à 
l'avenir  tous  les  mardis,  pour  permettre 
aux  ouvriers  la  visite  des  essieux,  affûts 
et  caissons,  enjoignant  aux  postes  des 
faubourgs  contigus  aux  routes  de  l'arrivée 
des  volontaires,  obligés  de  revenir  à  Paris 
par  suite  do  leurs  blessures,  de  les  diriger 
auprès  du  commissaire  des  guerres  Tru- 
plième,  chargé  do  1rs  recevoir  aux  Grands- 
Augustins,  (juai  de  la  Vallée,  annonçant 
l'envoi,  par  le  minisire  de  la  guerre,  des 
vainqueurs  de  la  Bastille  à  Tours,  en  rai- 
son de  nouveaux  troubles  et  de  rasseni- 
bleinent  d'aristocrates,  et  en  conformité 
d'un  arrêté  de  la  Commune,  (jui  prescrit  de 
faire  placer  des  canons  devant  la  Tréso- 
rerie nationale,  l'Arsenal  et  la  Caisse  de 
l'Extraordinaire,  chargeant  de  ce  service 
la  seconde  et  la  4"  légions,  en  ce  qui  con- 
cerne la  Trésorerie  et  la  Caisse  de  l'Ex- 
traordinaire, enfm  recommandant  l'assi- 
duité aux  leçons  de  lactique  et  à  l'exercice. 
Rien  d'extraordinaire  n'est  signalé  par  le 
rapport  des  légions,  en  dehors  do  l'arrcs- 
t.ition  de  quelques  soldats  et  déserteurs, 
dont  deux  déguisés  en  femmes,  et  de  la 
descente  dans  une  maison  de  jeu,  rue  do 

Richelieu. 

22  mars  1793. 
Extrait,  signé  .de  Clément,  A.  JV.,  AE"^'  1470. 

483.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisien  ne,  rendantcomiHo 
d'une  visite  noclurnc  de  la  caserne  de  Ba- 


bylone,  ordonnée  par  le  Commandant  gé- 
néral, à  la  suite  de  l'arrestation,  par  le 
Comité  de  Police,  de  deux  individus   ap- 
.  partenant  à  celte  caserne,  quoique  n'étant 
pas    en    uniforme,   pour  avoir  donné  en 
payement  de  bas  de  soie  des  assignats  fau-x 
de  200  livres  ;  le  Commandant  général,  à 
la  tête  d'un  détachement  de  1,200  hommes, 
étant  entré  à  la  caserne,  où  il  n'y  avait  ni 
colonel  ni  officier  de  poslc,  procéda  à  une 
visite  en  règle  qui  n'amena  la  découverte 
d'aucun  assignat,  mais  celle  des  bas  de  soie 
achetés   avec   un  faux  billet;   la  caserne 
se  trouvait  dans  le  plus  détestable  état, 
des  filles  partout,  un  capitaine  et  un  lieu- 
tenant-colonel   se   permirent  des  propos 
séditieux,  cherchant  môme  à  soulever  lo 
poste,  le   Commandant  général  leur  or- 
donna de  se  taire,  ce  que  fit  le  lieutenant- 
colonel,  mais  le  capitaine  ayant  continué, 
lo  Commandant  général  lo  lit  conduire  à 
l'Abbaye  pour  lii  jours  et  infligea  au  co- 
lonel   Oswald   8  jours  d'arrêt,  au  lieute- 
nant-colonel 8  jours,  à  l'officier  du  poste 
13  jours,  ainsi  qu'au  factionnaire.  Comme 
au  poste  de   Beuurepaire  il   n'y  avait   ni 
officier  ni  sous-officier,   l'adjudant  reçut 
l'ordre  d'envoyer  pour  3  jours  à  l'Abbaye 
les  officiers  et  sous-of(iciers,  sous  peine 
d'y  aller   à    leur    place.    Par    le    môme 
ordre,   lo  tlommandaiit   général  prévient 
fraternellement  les  chefs  et  ailjudants  de 
légions  que,  s'ils  ne  tiennent  pas  la  main 
plus  fortement  à  ce  que  les  réserves  soient 
complètes   et   que    les    postes   extérieurs 
n'aient  pas  de  remplaçants,  il  mettra  les 
chefs  aux  arrêts  et  les  adjudants  à  l'Ab- 
baye.  Injonction   est  faite   aux   chefs  do 
division  des  districts  de  Saint-Denis  et  du 
Bourg  do  l'Égalité  do  procéder  à  l'arresta- 
tion de  tous  les  déserteurs  et  de  vérifier 
avec  soin  les  congés  de  ceux  qui  revien- 
nent, personne  ne  devant   revenir  en  ce 
moment. 

23  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  iV.,  AF'^'M70. 

.484.  —  Extrait  do  l'ordre  du  jour  do  la 
garde  nationale,  déclarant  que  jamais  la 
sévérité  dans  le  service  n'a  été  plus  né- 
cessaire, et  que  les  événements  de  la 
Vendée  montrent  la  nécessité  d'une  union 


108 


CHAPITRE  I«^  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


parfaite,  que  l'insurrection  n'y  a  com- 
mencé que  parce  que  l'on  a  porsuadé  au 
peuple  qu'il  fallait  se  lever,  limpulsion 
une  fois  donnée,  les  coquins  par  la  ter- 
reur obligent  mémo  les  palriotes  à  mar- 
cher de  force,  mais  on  sait  qu'à  Paris,  il 
n'y  a  qu'un  moyen  d'amener  un  soulève- 
ment, c'est  d'égarer  le  peuple  sur  les  sub- 
sistances, en  conséquence  le  Commandant 
général  propose  les  mesures  de  salut  pu- 
blic, qui  entraveront  les  projets  des  scé- 
lérats dont  le  nombre  est  considérable 
dans  la  capitale.  Il  faut  que,  dans  chaque 
section,  les  réserves  soient  prêtes  <à  mar- 
cher, qu'nu  moindre  rassemblement  l'on 
arrête  et  l'on  conduise  chez  les  commis- 
saires ou  à  la  Police  l'orateur  qui  parle 
contre  la  République  et  les  lois,  que  le 
régime  militaire  domine  pour  le  moment, 
enfin  que  la  force  armée  soit  obéissante. 
Le  Commandant  général  n'ignore  pas  que, 
lorsque  la  tranquillité  régne,  que  lorsqu'il 
n'y  a  point  de  dangers  certains,  les  prin- 
cipes, dont  l'application  lui  paraît  indis- 
pensable aujourd'hui,  seraient  vexaloires 
et  contraires  aux  Droits  de  rilomme  et  à  la 
liberté,  mais  il  proclame  qu'il  sera  inexo- 
rable sur  les  principes,  en  vain  voudra- 
t-on  dire  que  c'est  un  système  dictatorial, 
ses  sentiments  sont  connus,  et  il  déposera, 
lorsqu'on  le  jugera  nécessaire,  l'autorité 
que  lui  donne  sa  place  et  de  laquelle  il  ne 
se  servira  que  pour  les  intérêts  du  peuple. 

24  mars  1793. 
Copie  conforme,    signée    de  Clément,  A.  N., 
.\I'''V  1470. 

485.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Rureau  de  surveillance  de 
la  Police, constatant  les  incidents  suivants: 

1°  Les  courriers  arrivés  la  veille  de  l'ar- 
mée révolutionnaire  ont  singulièrement 
affligé  les  bons  citoyens,  outrés  de  voir 
que  l'on  tolère  les  émigrés  et  les  aristo- 
crates, qui,  arrêtés  à  la  clameur  publlcjuc, 
ont  le  talent  de  se  faire  relâcher  de  suite. 
Comme  sous  l'ancien  régime,  les  gens  ti- 
trés n'ont  jamais  tort,  aussi  le  nombre 
des  émigrés  et  des  malveillants  augmente- 
t-il  tous  les  jours,  on  aperçoit  dans  les 
rues  et  lieux  publics  quantité  de  figures 
nouvelles  et  sinistres,  les  environs  de  la 


Maison  de  l'Égalité  et  sans  doute  la  maison 
elle-même  sont  remplis  d'émigrés,  dont 
beaucoup  sont  cachés  dans  les  chambres 
des  lilles  publiques;  on  se  plaint  égale- 
ment de  ce  que  les  émigrés  obtiennent 
trop  facilement  des  certiTicats  de  résidence 
et  de  civisme,  grâce  à  l'extrême  faiblesse 
des  sections  ;  l'on  est  aussi  très  mécontent 
de  voir  les  prisons  et  maisons  d'arrêt 
pleines  de  prévenus,  qu'on  ne  met  jamais 
en  jugement. 

2°  Les  esprits  échauffés  se  répandent 
en  mille  propos,  où  sont  donc  les  bons 
patriotes?  s'écriaient  des  femmes,  se- 
raient-ils endormis  ou  morts?  Un  parti- 
culier du  nom  de  Tessier,  qui  se  dit  com- 
mis aux  subsistances  de  la  guerre,  a  failli 
être  jeté  dans  l'un  des  bassins  des  Tuilo- 
leries  pour  avoir  insulté  un  député  de  la 
Montagne. 

3°  Une  bande  de  prétendus  fédérés, 
ayant  à  leur  tête  un  officier  de  hussards, 
a  pénétré  dans  une  maison  de  jeux  prohi- 
bés, rue  Neuve-des-Petits-Champs,  sous 
prétexte  de  pratiquer  une  saisie,  mais  en 
réalité  pour  la  faire  contribuer. 

4°  Suivant  certains  rapports,  le  procureur 
de  la  Commune  aurait  de  fréquentes  con- 
férences avec  les  teneurs  de  tripots  de 
biribi,  de  30  et  40,  et  la  plupart  des  com- 
mis travaillant  sous  ses  ordres  auraient  des 
relations  suspectes  avec  les  teneurs  de 
ces  maisons  de  jeux  prohibés  ;  d'autre 
part,  un  citoyen  du  nom  de  Pi((uais  est, 
paraît-il,  l'agent  du  Maire  pour  savoir  ce 
qui  se  passe  dans  les  grandes  tables  et 
les  meilleures  sociétés. 

ii"  L'ancien  officier  de  paix  Laborde 
cherche  toujours  à  corrompre  les  nou- 
veaux et  les  plus  honnêtes  des  officiers  de 
paix,  il  rançonne  la  plupart  des  maisons 
de  jeux  en  disant  qu'il  est  encore  attaché 
à  la  Police. 

6°  Les  différents  quartiers  de  Paris  et 
lieux  publics  ont  été  hier  fort  tranquilles, 
il  en  fut  de  même  sur  la  terrasse  de  la 
Convention  jusqu'il  près  de  7  heures  du 
soir,  alors  parurent  plusieurs  individus 
qui  voulurent  empêcher  les  bons  patriotes 
de  faire  des  motions,  mais  ils  furent  vi- 
goureusement repoussés  et  contraints  de 
prendre  la  fuite.  Aujourd'hui,  même  tran- 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  ^ARIS  DE  JaN'VIER  A  JUIN  1793 


109 


quillitt',  excepté  que  les  groupes  ont  été 
fort  agités  au  sujet  de  la  lettre  de  Dumou- 
riez,  qui  dit  qu'il  va  rétro^frader  de  la 
Belgique  jusqu'à  Valencieiines  ;  sans  se 
donner  la  peine  d'approfondir  ses  motifs, 
on  le  qualilie  de  traître  et  de  scélérat. 

7°  On  menace  que  les  émigrés  cachés 
dans  Paris  feront  une  explosion  terrible, 
sous  peu  de  jours. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil  exé- 
cutif. 

24,  26  mars  1793. 

Extrait  et  original  signés  (2  pièces),  A.N., 
AF'\'  1Î70. 

486.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  notifiant  le 
départ,  mardi  26,  pour  le  département  de 
la  Vendée,  d'un  convoi  composé  de  qua- 
torze pièces  de  canon,  avec  leurs  cais- 
sons, se  plaignant  de  ce  que  les  réserves 
ne  sont  pas  fournies  exactement,  et  que 
les  commandants  des  postes  ne  marquent 
point  les  citoyens  qui  vont  dîner,  pas  plus 
l'heure  de  leur  sortie  que  celle  de  leur 
rentrée,  prescrivant  la  continuation  des 
patrouilles  accoutumées  par  les  réserves, 
et  enjoignant  aux  adjudants  généraux  des 
légions  d'envoyer,  dans  les  24  heures,  à 
l'Etat-major,  l'état  des  postes  actuels  de 
leurs  légions  et  le  nombre  d'hommes  qui  y 
montent,  avec  lettre  au  ministre  des  af- 
faires étrangères,  l'avisant  de  l'arrestation 
de  plusieurs  émigrés  et  d'un  prétendu  gen- 
darme, dans  la  section  des  Halles,  et  de  celle 
du  sieur  Béliard,  volontaire,  portant  ta  son 
chapeau  un  bouton  large  de  1")  lignes, 
avec  les  armes  de  France,  ainsi  que 
des  citoyens  Dorché  et  Léonard,  dans  la 
section  de  la  Ilalle-au-Blé,  et  annonçant 
qu'un  incendie  a  éclaté  chez  un  pâtissier, 
dans  une  des  maisons  de  la  galerie  d'E- 
galité, mais,  grâce  à  de  prompts  secours, 
n'a  point  fait  de  progrès,  et  qu'aussitôt 
que  les  étals  des  postes  de  la  force  armée 
de  Paris  seront  prôts,  le  Commandant  gé- 
néral en  fera  passer  un  à  chaque  ministre. 

25  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  N.,  AF>v  1170. 

487.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  enjoignant  de 


continuer  les  réserves,  pour  le  27  mars,  à 
raison  de  25  hommes,  et  d'en  désigner 
2.')  autres  qui  se  tiendront  chez  eux,  prêts 
à  marcher,  les  2';  premiers  devant  rester 
au  poste  et  faire  patrouille,  attendu  que 
plusieurs  factieux  ont  assigné  ee  jour  à 
leurs  complices,  pour  tenter  un  soulève- 
ment, le  Commandant  général  n'ajoute 
point  foi  à  ces  propos,  mais  il  est  obligé 
de  se  tenir  sur  ses  gardes  et  d'exiger  la 
plus  grande  exactitude. 

2G  mars  1793. 
Extrait,  signé  de  Clément,  A.  N.,  AF'^  1470. 

488.  -  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  reproduisant 
la  teneur  de  deux  lettres,  la  première  du 
citoyen  La  Barrière,  aide -de -camp  du 
général  Fiers,  au  minisire  de  la  guerre, 
envoyée  d'Anvers,  le  29  mars,  à  l'effet  de 
le  prévenir  de  la  défection  totale  des  gen- 
darmes de  l'armée  de  Dumouriez,  qui 
abandonnent  leur  poste  en  jetant  sur 
leur  passage  les  germes  de  l'insurrec- 
tion, et  de  l'arrivée  prochaine  de  cesdésor- 
ganisateurs  à  Paris,  où  ils  iront  dans  les 
sections  porter  l'agitation  et  le  trouble, 
la  seconde  du  citoyen  Ferret,  comman- 
dant de  la  place  et  du  port  d'Ostende,  de 
même  date,  au  ministre  de  la  guerre,  à 
reffel  de  se  plaindre  des  gendarmes  qui 
attaquent  les  officiers  et  volontaires,  se 
permettent  de  leur  arracher  les  épau- 
letles,  ne  parlent  que  de  couper  et  de  ha- 
cher, disant  qu'ils  ne  reconnaissent  aucun 
supérieur,  sont  à  l'égalité  et  veulent  agir 
à  leur  fantaisie,  ceux  qu'on  envoie  pour 
les  arrêter  étant  menacés  et  poursuivis  à 
coups  de  sabre  et  le  pistolet  à  la  main, 
au  point  qu'il  faudra  peut-être  au  premier 
jour  faire  prendre  les  armes  à  toute  la 
garnison  pour  réprimer  une  pareille  in- 
subordination. 

La  seconde  partie  de  l'ordre  du  jour 
est  spécialement  consacrée  à  l'état  de 
Paris,  qui,  sans  être  troublé,  est  cepen- 
dant inquiétant.  D'après  Santerre,  les  trois 
fléaux  de  la  République  sont  la  guerre  aux 
tyrans,  la  guerre  à  l'opinion  et  celle  au 
préjugé  et  à  l'erreur.  A  son  sens,  le  pre- 
mier se  guérit  avec  des  hommes  et.  du 
canon,  le   2"  se  guérit  en  se  servant  du 


no 


CHAriTRE  I".  —  JOURNÉES  HISTOniQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


tera|)s,  de  la  logique  et  do  la  philosophie, 
ce  soul-là  les  vulnéraires  et  antiputrides 
qui  seuls  peuvent  servir  de  remède;  le 
;<«  fléau  comprend  les  préjugés  et  l'er- 
reur, ce  sont  des  maladies  longues  et 
difficiles  à  guérir,  souvent  même  incu- 
rables, qui  sont  produites  par  l'amour- 
propre,  l'ignorance  et  l'irréflexion.  Cer- 
tains individus  qui,  depuis  3  ans,  flotleiit 
entre  l'opinion  républicaine  et  celle  aris- 
tocratique, se  trouvent  aujourd'hui,  de- 
puis environ  3  mois,  en  apparence  jaco- 
bins; les  patriotes  du  14  juillet  les  croient 
amis  de  la  République,  ces  nouveaux  ja- 
cobins, qui  ont  feint  d'être  patriotes  et 
sont  peut-être  aristocrates,  veulent  au- 
jourd'hui, sous  le  masque  du  patriotisme, 
faire  croire  que  les  patriotes  de  89  sont 
changés.  Si  les  patriotes  qui  ont  eu  de 
pareils  sophismes  à  combattre  contre  les 
Feuillants, les  modérés  et  les  arislociates, 
ne  remédient  pas  à  ce  piège,  la  Vendée  va 
se  trouver  à  Paris,  l'armée  revient  défendre 
ses  foyers,  et  les  patriotes  irréfléchis, 
conjointement  avec  Brunswick  et  Georges, 
sur  les  débris  do  la  liberté  naissante  et 
morte,  rétablissent  le  despotisme. 

Le  seul  remède  aux  maux  qui  menacent 
les  citoyens  est  l'union  et  farce  à  la  loi, 
en  conséquence,  tant  que  l'on  n'aura  pas 
retiré  la  confiance  au  Commandant  gé- 
néral, les  réserves  seront  de  50  hommes 
par  section,  savoir,  10  hommes  de  cha- 
cune dans  le  bAtiment  des  Feuillants,  hors 
de  la  Convention,  et  10  exactement  à 
chaque  section  pour  faire  des  patrouilles 
jusqu'à  nouvel  ordre,  et  le  chef  de  légion 
de  service  près  de  la  Convention  com- 
mandera cette  réserve. 

Il  est  bon  de  savoir  que  les  émigrés  et 
aristocrates  abondent  à  Paris  depuis  huit 
jours,  et  que  lu  police  vient  de  prendre 
une  mesure  prudente  et  nécessaire  à  ce 
sujet. 

27  mars  1793. 

Extrait  non  signé,  A.  N.,  AF'^'  1470. 

489.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1°  Des  malveillants,  qui  cherchent  sans 
doute  à  difl'amer  la  Convention  nationale, 


répandent  le  bruit  que  ses  membrcB  sont 
payés  au  Trésor  en  argent. 

2'  Les  troubles  des  départements  ma- 
ritimes et  ceux  qu'on  fomente  dans  Paris 
sont  non  seulement  l'œuvre  des  prêtres 
réfiactaires,  mais  encore  des  émigrés 
rentrés  en  foule,  qui  ont  su  se  procurer 
de  faux  certificats  de  résidence,  en  les 
payant  très  cher,  et  même  des  cartes  ci- 
viques; d'après  le  témoignage  d'une  femme 
(la  C.  de  **),  qui  politiquement  fré(|uente 
beaucoup  les  aristocrates  et  a  rendu  d'im- 
portants services  à  la  République,  ces 
émigrés  seraient  rentrés  par  la  Bretagne  et 
se  seraient  réfugiés  dans  des  clulleaux  d'é- 
migrés Bretons,  et  de  là  auraient  gagné  fur- 
tivement Paris,  où  ils  disent  ouvertement 
qu'une  nouvelle  journée  du  10  août  s'ap- 
proche, mais  qu'ils  auront  leur  revanche,  et 
i|u'il  existe  un  projet  d'chleverdu  Temple 
la  femme  de  Louis  Capet  cl  son  (ils.  Quoi- 
qu'il y  ait  des  complots  (jui  b'ourdisscnl, 
les  agents  de  l'aristocratie  ne  se  montrent 
plus  avec  autant  d'audace  qu'il  y  a  quel- 
ques jours,  on  voit  des  particuliers  qui 
arborent  des  cocardes  où  le  blanc  domine. 

3°  Un  membre  du  Club  des  Cordeliers, 
envoyé  en  qualité  de  commissaire  du 
pouvoir  exécutif  en  Bretagne,  ainsi  qu'un 
de  ses  collègues,  avaient  instruit  Roland 
de  tous  les  rassemblements  <iui  s'y  fai- 
saient et  des  suites  funestes  qui  en  résul- 
teraient, mais  ils  ne  reçurent  jamais  de 
réponse  que  de  la  dame  Roland,  et  encore 
ne  leur  parlait-elle  nullement  de  l'objet 
de  leurs  craintes. 

4°  La  section  de  Bon-Conseil  a  dénoncé 
DumourieZjBeurnonville  et  Clavière  comme 
autant  de  traîtres,  et  a  décidé  l'envoi 
d'une  adresse  à  la  Convention,  afin  d'ap- 
prendre des  représentants  si,  dans  les 
circonstances  critiques  où  l'on  se  trouve, 
ils  comptent  sauver  la  Ré[>ublique;  toutes 
les  sections  vont  nommer  deux  commis- 
saires pour  rédiger  une  adresse  à  la  Con- 
vention nationale  contre  les  généraux. 

'.'>°  L'un  des  membres  de  l'Assemljlée 
générale  de  la  section  de  la  lUitle-des- 
Moulins  a  fait,  le  26  mars,  un  fort  beau 
discours  tendant  à  disculper  Dumouriez, 
(jui,  à  l'entendre,  aurait  tout  à  perdre  en 
trahissant  la  nation,  et  s'est  résumé  en 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PAHIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


111 


déclinant  que  les  sections  no  devaient 
plus  s'occuper  de  faux  rapports,  ni  de  ces 
dénonciations  vagues  qu'on  porte  à  la  Con- 
vention, et  qui  ne  font  que  propager  les, 
craintes,  entretenir  refl'ervesceiico  des  es- 
prits et  grossir  le  nombre  des  iiisurgents. 

0°  Un  marchand  d'argent  a  failli  être 
massacré  par  trois  soldats  de  la  légion  en 
uniforme  brun  ;  il  est  certain  que  si  la 
Convention  ne  rapporle  i)as  le  décret  dé- 
clarant l'argent  marchandise,  il  arrivera 
des  scènes  tragiques. 

7°  Le  fanatisme  se  réveille  dans  Paris, 
des  prêtres  insermentés  célèbrent  tous 
les  jours  la  messe  au  ci-devant  couvent 
des  Anglaises,  rue  du  même  nom,  et  la 
chapelle  est  tellement  remplie  de  femmes, 
qui  y  accourent  du  faubourg  Saiiit-Cer- 
main,  que  les  personnes  du  quartier  ne 
peuvent  y  trouver  de  place.  En  consé- 
quence, il  fut  résolu  <le  fouetter»  loiiLes  ces 
places  tant  désirées  >■,  ce  qui  eut  été  exé- 
cuté sans  l'intervention  de  la  force  armée. 

8°  Les  groupes,  les  lieux  publics  ont 
été  tranquilles  aujourd'hui,  les  boulangers 
des  marchés  ont  été  bien  fournis  de  pain. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil 
exécutif. 

27,  28  mars  1793. 

E.\trait  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AF'v  1470. 

490.  —  Lettre  de  Clément,  secrétaire  de 
l'Elat-major  général  de  la  garde  nationale 
parisienne,  au  ministre  des  affaires  étran- 
gères, lui  rendant  compte  qu'il  n'y  a  rien 
d'extraordinaire  à  l'ordre  général,  ni  dans 
les  rapports  de  la  garde  nationale,  a.  part 
la  dénonciation  faite  par  un  inconnu  au 
corps  de  garde  de  la  section  du  Théâtre- 
Français,  que  l'on  marquait  dans  la  rue 
Saint-Hoiioré  toutes  les  maisons  occupées 
par  des  membres  de  la  Convention  natio- 
nale, et  l'arrestation  de  quelques  particu- 
liers sans  cartes  civiques. 

28  mar.q  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'^  l-'iTO. 

491.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1°  D'après  un  bruit  répandu  ce  malin, 


les  poites  des  maisons  où  logent  des  dé- 
putés de  la  Montagne  auraient  élé  mar- 
quées à  la  craie,  les  unes  d'une  potence,- 
les  autres  d'une  roue;  mais,  quoique  ce 
bruit  ait  quelque  réalité,  sans  nul  doute 
ceux  qui  le  propagent  n'ont  d'aulre  but 
que  de  répandre  des  terreurs  paniques  et 
d'épouvanter  les  bons  députés  eux-mêmes  ; 
des  préposés  de  la  Police  ont  vu,  en  '  llct, 
plusieurs  particidiers  marquer  des  portes 
rue  Traversière-Saint-Ilonoré,  mais,  n'étant 
pas  les  plus  forts,  n'ont  pu  les  saisir  et  se 
sont  bornes  à  les  dénoncer  au  poste  de  l;i 
.Maison  de  l'Egalité,  dont  le  commandant 
envoya  aussitôt  des  patrouilles  à  leur 
poursuite. 

2°  Les  dénonciations  contre  Dumouiirz 
et  Roland  reprennent  avec  plus  do  force 
que  jamais,  on  les  peint  comme  des  aris- 
tocrates pervers,  ou  ajoute  que  Roland 
aurait  engagé  Dumouriei!  à  se  replier  sur 
Paris  et  à  y  l'aire  la  loi  les  armes  à  la  main. 
Dumouriez  est  perdu  dans  l'opinion  [lu- 
blique,  au  point  que  le  temps  et  des  cir- 
constances plus  heureuses  pourront  seuls 
le  rétablir,  si  toutefois  on  le  lui  permet, 
car,  jusqu'à  présent,  il  n'y  a  qu'un  cri, 
on  veut  sa  tête  et  celle  des  généraux  Mi- 
randa  et  Stenghem  (Stengel),  on  fait  éga- 
lement courir  le  bruit  que  Dumouriez  a 
émigré,  emportant  20  millions. 

.3°  Le  ministre  de  la  guerre  est  inculpé 
d'avoir  chassé  doses  bureaux  des  commis 
patriotes  et  de  les  avoir  remplacés  par  des 
gens  suspects,  celui  des  affaires  étrangères 
est  également  vu  de  mauvais  o'il,  dejiuis 
qu'il  a  fait  mettre  en  état  d'arrestation 
dans  une  des  îles  de  l'Archipel  le  citojcn 
Sémonville. 

4»  Dans  l'Assemblée  générale  de  la  sec- 
tion des  Droits-do-l'IIomme,  ou  dénonça 
la  destitution,  par  lîeurnonvillc,  de  0  des 
ofllciers  du  28"  régiment  de  cavalerie 
formé  dans  la  section  Poissonnière,  pour 
les  remplacer  par  C  de  ses  créatures;  on 
parlait  d'un  duel  entre  ces  12  ofllciers.  La 
même  section,  préoccupée  du  danger  de 
la  chose  publique,  a  invité  les  47  sections 
à  désigner  des  commissaires  pour  former 
un  Comité  central  et  rédiger  une  adresse 
au  peuple  de  Paris. 

«"Dans  la  section  des  Quinze-Vingts,  l'on 


H2  CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  U  RÉVOLUTION 


a  ili'cotivert  plusieurs  mauvais  sujels  fai- 
sant partie  de  la  compagnie  de  canon- 
niers  du  village  de  Rercy,  qui  insultent  les 
citoyens,  menacent  d'incendier  les  mai- 
sons, d'égorger  les  femmes  et  les  enfants 
des  environs  de  Bercy,  il  est  vrai  qu'ils  ne 
tiennent  ces  étranges  propos  qu'en  état 
d'ivresse,  ils  donnèrent  lieu  à  la  fausse 
nouvelle  qui  se  répandit  que  nombre  de 
rebelles  avaient  arboré  la  cocarde  blanche 
près  de  Bercy. 

6°  On  remarqua,  le  27,  dans  le  jardin 
de  l'Egalité,  deux  jeunes  gens  dont  le  cos- 
tume était  bizarre,  ayant  des  robes  et  des 
vestes  à  l'Arménienne,  avec  dos  pistolets  à 
la  ceinture,  un  bonnet  de  poil  en  queue 
de  renard  et  des  moustaches,  ils  se  prome- 
naient derrière  les  Galeries  de  bois,  près 
des  treillages  qui  forment  de  petits  jar- 
dins, et  s'amusaient  à  casser  ces  treillages 
avec  leurs  cannes,  n'ayant  tenu  aucun 
compte  des  observations  faites  par  l'un 
des  propriétaires,  ils  furent  arrêtés  par  la 
garde,  conduits  au  poste  et  à  la  section, 
qui  en  aura  fait  bonne  justice. 

7°  Le  frère  aine  de  Louis  Capet  fait  cir- 
culer à  profusion  un  manifeste  où  il  se 
déclare  régent  du  royaume,  le  citoyen  La 
Boissière,  maître  d'escrime,  en  a  reçu  un 
exemplaire  par  la  poste. 

8°  La  motion  a  été  faite  au  Club  des 
Cordcliersde  mettre  hors  des  prisons  tous 
ceux  qui  sont  détenus  pour  le  pillage  du 
sucre,  du  café  et  du  savon;  parmi  les  gros 
accapareurs,  on  désigne  le  sieur  Paulet, 
fameux  marchand  de  vins,  rue  de  Sèvres, 
qui  aurait  acheté  pour  un  million  de  vins 
provenant  de  la  ci-devant  Abbaye. 

9°  La  journée  de  la  veille  a  été  tran- 
quille dans  tout  Paris,  les  visites  domici- 
liaires se  sont  faites  avec  calme,  mais  avec 
négligence  dans  quelques  sections,  le  défaut 
d'ensemble  a  rendu  cette  grande  mesure 
presque  insuffisante.  La  surveillance  de 
la  Police  a  été  très  activa,  et,  de  demi- 
heure  en  demi-heure  l'administration  était 
informée  de  l'état  de  Paris. 

10°  Un  particulier  arrêté  sans  carte, 
sans  papiers,  sans  passeport,  ayant  été 
conduit  au  Comité  civil  de  la  section  de 
l'Oratoire,  au  moment  où  on  l'interrogeait, 


ouvrit  une   fenêtre   et  se   précipita  dans 
la  rue,  où  il  s'est  tué  raide. 

La  feuille  des  rapports  faits  les  28  et 
29  mars  est  accompagnée  d'une  lettre  d'en- 
voi du  maire  de  Paris  au  Conseil  exécutif. 

28,  30  mars  1793. 
Extrait  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AF'\'1470. 

492.  —  Lettre  de  Clément,  secrétaire 
de  i'Etat-major  général  de  la  garde  na- 
tionale parisienne, au  ministre  des  affaires 
étrangères,  lui  rendant  compte  qu'il  n'y 
a  rien  eu  dans  les  rapports  de  la  garde 
nationale  en  ce  qui  concerne  les  visites  de 
la  veille  et  de  ce  jour,  que  l'arrestation  de 
beaucoup  de  citoyens  sans  cartes  civicpies, 
les  uns  renvoyés  dans  leurs  sections,  les 
autres  dans  ditl'érentes  prisons,  et  annon- 
çant que  les  rondes  et  patrouilles  ont  été 
fortes  et  multipliées. 

29  mars  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'^  1470. 

493.  —  Extrait  des  rapports  reçus  au 
Bureau  de  surveillance  de  la  Police,  dé- 
nonçant les  faits  suivants  : 

1°  Dans  les  endroits  où  le  peuple  se 
rassemble  pour  s'entretenir  do  la  chose 
publique,  on  remarque  qu'en  général  il  se 
plaint  de  l'impunité  de  ceux  qu'il  appelle 
les  grands  coupables.  On  observe  aussi 
que  Pache  est  très  mal  dans  l'esprit  d'un 
grand  nombre  de  domestiques,  aposlés 
sans  doute  pour  en  dire  beaucoup  de  mal, 
qui  prétendent  être  3,000,  mais  il  a  les 
bons  citoyens  pour  lui  ;  dans  l'ancien  café 
Procope,  actuellement  Zoppi,  on  en  par- 
lait, il  y  a  quelques  jours,  avec  les  plus 
grands  éloges,  à  propos  des  inculpations 
dont  il  a  été  l'objet  de  la  part  de  Du- 
mouriez. 

2°  Les  visites  domiciliaires  ont  été  faites 
par  les  sections  avec  une  extrême  non- 
chalance, presque  avec  l'intention  de  pré- 
venir les  malveillants,  plutôt  que  de  les 
arrêter,  on  se  plaint  particulièrement  de 
celle  des  Quatre -Nations,  qui  a  laissé 
échapper  un  individu  désigné  comme  émi- 
gré, qu'un  volontaire  s'empressait  de  faire 
arrêter  au  sortir  de  son  domicile  et  qui 
fut  même  frappé  et  maltraité.  Dans  la  sec- 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


113 


lion  des  Quinze-Vingls,  on  a  découvert 
quantité  d'armes,  tels  que  fusils  et  lames 
de  sabre,  chez  un  serrurier  de  la  rue 
Lappe,  qui  les  fabriquait  pour  le  compte 
d'un  ciseleur.  Beaucoup  de  chevaux  ont 
été  saisis  dans  la  section  des  Gravilliers, 
dans  celle  du  Luxembourg,  on  a  trouvé 
chez  un  particulier  3,000  fusils.  Dans  la 
section  du  Théâtre-Français,  cliezun  prêtre, 
frère  cordonnier,  et  une  femme  demeu- 
rant avec  lui,  on  a  trouvé  un  amas  con- 
sidérable de  pains,  parce  que  ces  gens 
craignaient  la  famine,  et  une  grande  quan- 
tité d'ornements  d'église  et  d'argenterie. 

3°  La  dénonciation  concernant  le  Pa- 
lais Bourbon,  qui  paraissait  si  importante, 
s'est  évanouie  en  fumée,  on  n'y  a  décou- 
vert aucune  des  personnes  présumées  sus- 
pectes, et  les  2  malles,  qui  devaient  con- 
tenir des  effets  très  précieux,  ne  renfer- 
ment que  des  livres,  du  linge,  des  hardes; 
les  caves  ont  élé  visitées  avec  le  plus  grand 
soin. 

4"  II  n'y  a  eu  aucun  rassemblement  ces 
jours-ci  aux  Champs-Elysées,  et  presque 
[lersonne  n'a  paru  dans  la  promenade  de 
Longchamp  et  du  Bois  de  Boulogne. 

ii°  Dans  la  section  des  Invalides  et  rue 
de  Sèvres,  le  pain  a  manqué,  ce  ,jour,  dès 
9  heures  du  matin,  ce  qui  a  occasionné 
([uelques  troubles,  quant  aux  bateaux  de 
farine,  qu'on  assurait  devoir  remonter  la 
rivière,  le  fait  s'est  trouvé  faux,  on  les 
décharge  exactement. 

6°  Aujourd'hui  tranquillité,  calme  et  bon 
ordre,  et  rien  à  craindre  de  fâcheux,  si 
ce  n'est  peut-être  les  fêtes  de  Pâques. 

29  mars  1793. 
Extrait  non  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

494.  —  Lettre  de  l'Etat-major  de  la  garde 
nationale  au  ministre  des  affaires  étran- 
gères, le  prévenant  que  des  ordres  ont  été 
donnés  à  toutes  les  légions  de  faire,  jus- 
qu'à nouvel  ordre,  de  fréquentes  patrouilles 
autour  de  la  Convention  nationale,  des 
Caisses  publiques,  des  assignats,  de  l'Ar- 
senal et  des  prisons,  que  les  revues  des 
tambours  des  6  légions  se  feront  lundi 
et  jeudi,  observant  qu'il  n'y  a  aucun  évé- 
nement particulier  dans  les  rapports  de  la 
T.  IX. 


garde  nationale,  en  dehors  de  l'arrestation 
de  beaucoup  de  citoyens,  sans  cartes  ci- 
viques, pour  la  plupart  conduits  à  la  Mairie. 

30  mars  1793. 
Original,  signé  de  Clément,  A.N.,  AF'^'1470. 

49i;.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1°  On  découvre  à  chaque  instant  des 
preuves  de  l'inexactitude  et  de  la  négli- 
gence avec  laquelle  certaines  sections  ont 
procédé  à  la  recherche  des  armes  et  des 
suspects,  on  n"a  point  été  dans  tous  les 
hôtels  garnis,  toutes  les  rues  n'ont  pas  été 
gardées  au  moment  de  la  visite,  en  sorte 
qu'il  était  bien  facile  de  passer  d'un  domi- 
cile dans  un  autre  sans  être  arrêté  ;  quel- 
ques sections  étaient  si  peu  d'accord  sur 
la  manière  de  procéder  aux  visites  domi- 
ciliaires que  l'on  s'est  battu  à  ce  sujet 
dans  l'Assemblée  générale  de  la  section  de 
la  Réunion;  celle  de  la  Maison-Commune 
a  désigné  des  commissaires  à  l'effet  de 
protester  contre  la  nomination  du  fds 
de  la  dame  de  Sabran  au  commandement 
d'un  corps  d'armée. 

2»  Hier,  29,  se  répandit  le  bruit  d'un 
attroupement  considérable  à  Vincennes, 
qu'on  y  arborait  la  cocarde  blanche,  aus- 
sitôt 200  patriotes  y  coururent,  ils  ne 
trouvèrent  que  des  valets  du  ci-devant,  qui 
avaient  tenu  des  propos  incendiaires,  et 
que  les  habitants  de  Vincennes  avaient 
déjà  corrigés. 

3°  L'arrivée  de  Miranda  à  Paris  excite 
une  grande  fermentation,  il  est  un  traître 
aux  yeux  des  patriotes,  mais  on  craint 
vivement  qu'il  ne  soit  innocenté  par  l'As- 
semblée conventionnelle,  on  disait  haute- 
ment que  si  cela  arrivait,  il  faudrait  (|ue 
le  peuple  se  fit  justice  lui-même.  D'autres 
assurent  que  le  général  La  Noue,  avant 
d'être  interrogé  à  la  barre,  avait  eu  un  en- 
tretien de  3  heures  avec  le  ministre  de  la 
guerre.  Les  propos  continuent  sur  le  compte 
de  Dumouriez,  qu'on  accuse  d'avoir  l'in- 
tention secrète  de  se  faire  nommer  dicta- 
teur et  d'avoir  dans  Paris  des  affidés,qui 
le  préviendront  24  heures  à  l'avance,  si  la 
Convention  porte  contre  ce  général  un 
décret  d'accusation,  car  alors  il  prendrait 


114 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


la  fuite,   emporlant  avec   lui  les   trésors 
qu'il  a  enlevés  en  Belgique. 

4°  On  prétendait  dans  les  groupes  que  les 
administrateurs  du  Département  de  Police 
avaient  relâché  un  grand  nombre  d'émi- 
grés, de  banquiers  de  jeux  prohibés  et  de 
voleurs,  on  allait  jusqu'à  dire  que  parmi 
ces  officiers  municipaux,  il  y  avait  des 
contre-révolutionnaires. 

5°  Le  matin,  le  pain  a  manqué  chez  plu- 
sieurs boulangers  et  les  marchés  n'ont 
pas  été  garnis  comme  de  coutume  ;  des 
garçons  boulangers,  qui  portaient  le  pain 
à  leurs  pratiques,  ont  été  arrêtés  dans  la 
rue,  et  on  leur  a  enlevé  ce  qu'ils  por- 
taient, les  malveillants  en  profitent  pour 
publier  que  bientôt  l'on  va  éprouver  la 
disette,  qu'elle  existe  même  dans  quel- 
ques cantons.  Les  boulangers  disent  har- 
diment qu'ils  veulent  eux-mêmes  acheter 
les  farines,  déclarant  que  la  Municipalité 
les  trompe  et  que  la  plupart  d'entre  eux 
ne  cuiront  pas,  tant  qu'elle  sera  à  la  tête 
de  l'administration  des  Subsistances. 

6°  Les  mêmes  brigands,  qui  se  sont  déjà 
portés  chez  le  sieur  Maury,  rue  Neuve- 
des-Pelits-Champs,  sous  prétexte  qu'il  te- 
nait un  jeu  de  biribi,  y  sont  revenus  le 
28,  ayant  à  leur  tête  un  pseudo  officier 
de  hussards  de  la  Mort,  autrefois  chirur- 
gien, demeurant  rue  Neuve-Saint-Marc. 

7°  L'état  de  Paris  n'a  rien  eu  d'inquié- 
tant toute  la  journée,  le  peuple  est  très 
satisfait  de  ce  qu'il  y  a  un  décret  d'arres- 
tation contre  Dumouriez,  et  de  ce  que 
des  commissaires  de  la  Convention  sont 
partis  pour  aller  le  mettre  à  exécution,  il 
ne  faudrait  plus  que  l'interdiction  de  la 
vente  de  l'argent,  mesure  qu'il  désire 
avec  tant  d'ardeur. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil 
exécutif. 

30,  31  mars  1793. 

Extrait  et  original  signé  (2  pièces),  A.  N., 
AFiv  1470. 

496.  —  Lettre  de  Clément,  secrétaire  de 
l'Etat-major  général  de  la  garde  nationale 
parisienne,  au  ministre  des  affaires  étran- 
gères, le  prévenant  qu'il  n'y  a  rien  à 
l'ordre  du  jour,  en  dehors  des  ordres  don- 
nés par  le  Commandant  général  à  la  force 


armée  de  Paris  d'arrêter  et  de  désarmer 
tout  gendarme  rentrant  à  Paris  et  venant 
des  frontières,  en  vertu  d'une  lettre  du 
ministre  de  la  guerre  à  la  Municipalité. 

31   mars  1793. 
Original,  signé  de  Clément,  A.N.,  AF1V1470. 

497.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1»  L'opinion  publique  était  beaucoup 
plus  satisfaisante,  le  31  mars,  on  ne  voyait 
que  des  gens  paisibles  et  gais,  au  lieu  de 
figures  suspectes,  mais,  vers  le  soir,  la 
chance  a  commencé  à  tourner.  Dans  le 
jardin  de  l'Egalité,  des  brigands  ne  par- 
laient que  de  couper  les  têtes  des  acca- 
pareurs, des  marchands,  des  signataires 
de  pétitions  modérées,  même  de  quelques 
membres  de  la  Convention;  il  fallait,  di- 
saient-ils, s'y  porter  en  foule  et  la  forcer, 
les  armes  à  la  main,  de  rendre  les  décrets 
demandés  depuis  longtemps  par  les  sec- 
tions, touchant  la  vente  du  numéraire,  la 
taxe  des  blés  et  des  comestibles.  Il  est 
dangereux  de  combattre  l'opinion  de  ces 
gens-là,  qui  se  mettent  aussitôt  à  crier 
qu'il  faut  se  débarrasser  d'un  tas  de  mo- 
dérés, aujourd'hui  les  mêmes  suspects 
demandent  encore  plus  hautement  l'épu- 
ration des  députés  hostiles.  Dans  les  so- 
ciétés populaires,  on  menaçait  d'un  grand 
coup,  pour  le  soir  du  !•■•  ou  du  2  avril,  on 
disait  même  que  le  tocsin  allait  être 
sonné  pour  se  porter  aux  prisons  et  mas- 
sacrer tous  les  prisonniers;  le  bruit  s'était 
répandu  en  même  temps  que,  le  30  mars, 
Brissot  s'était  présenté  aux  barrières  et 
qu'on  l'avait  empêché  de  sortir,  mais  que 
le  Maire  avait  donné  des  ordres  pour  que 
ce  député  eût  le  passage  libre,  ce  qui  mé- 
contente le  public. 

2"  Les  déserteurs  que  l'on  a  transférés, 
ce  matin,  de  l'Abbaye  à  la  Maison  com- 
mune, donnaient  à  entendre  qu'ils  n'a- 
vaient quitté  leurs  corps  que  parce  que 
Dumouriez  était  un  scélérat  et  qu'ils  ve- 
naient s'en  plaindre  à  la  Convention.  On 
assure  qu'il  a  passé  à  l'ennemi,  que  Cham- 
béry  et  Lille  sont  en  insurrection,  que 
celte  dernière  ville  avait  été  mise  au  pillage 
par  les  soldats  de  la  République.  On  trouve 


LESPRIT  PUBLIC  A  PAHIS  DE  JANVIEH  A  JUIN  1793 


115 


f(3rt  mauvais  que  Beuinonville  ait  été 
choisi  pour  aller  examiner  l'état  des  ar- 
mées de  la  Belgique,  lui  qu'on  regarde 
comme  un  traître,  et  l'opinion  publique 
lui  serait  1res  défavorable,  s'il  remplaçait 
Duiiiouriez  dans  le  commandement  de 
1  armée  du  Nord. 

3°  Plusieurs  particuliers  ont  longtemps 
parlé,  sur  la  terrasse  de  la  Convention,  de 
la  nécessité  de  mettre  à  prix  les  tûtes  des 
souverains  coalisés  contre  la  Répiibliciue 
française.  Le  public  se  plaint  de  voir  four- 
miller dans  Paris  des  soldats  de  toutes 
les  couleurs,  et  principalement  des  gen- 
darmes, qui,  depuis  plus  de  G  mois,  sont 
payés  sans  avoir  rendu  aucun  service  à 
la  patrie;  on  signale  aussi  plusieurs  agents 
secrets  des  émigrés,  tenant  très  bonne 
table. 

4°  Une  dépulalioii  de  la  section  des 
Droits-de-l'Homme  s'est  rendue  dans  celle 
de  la  Maison-Commune,  à  l'effet  de  nom- 
mer des  commissaires  qui  se  réuniront,  le 
1"  avril,  à  l'Archevêché,  afin  de  délibérer 
sur  les  moyens  à  prendre  pour  sauver  la 
patrie. 

5»  Les  boulangers  des  environs  de  Paris, 
qui  apportaient  du  pain  à  la  Halle  et  aux 
différents  marchés,  menacent  de  cesser 
ce  service  jusqu'à  ce  qu'il  leur  ait  été 
alloué  une  indemnité,  le  pain  étant  beau- 
coup plus  cher  dans  leurs  cantons. 

6"  On  murmure  beaucoup  contre  les 
bouchers,  qui,  d'un  commun  accord,  ont 
augmenté  la  viande  de  2  sols  par  livre,  ce 
qui,  avant  peu,  donnera  sujet  à  quelque 
émeute,  si  l'on  n'y  prend  garde;  on  n'i- 
gnore pas  que  le  bétail  est  cher  et  qu'une 
grande  partie  est  détournée  pour  l'armée, 
mais  on  voudrait  que  la  Police  s'occupât 
de  cette  branche  urgente  des  subsistances 
et  qu'elle  mit  des  bornes  à  la  cupidité  des 
bouchers. 

7"  Le  citoyen  maire  ayant  été  instruit, 
d'heure  en  heure,  de  l'état  de  Paris  et  de 
l'opinion  publique,  ce  serait  tomber  dans 
des  répétitions  inutiles  que  de  revenir  sur 
ce  sujet;  il  suffira  de  dire  en  peu  de  mots 
que  la  masse  du  peuple,  travaillée  par  les 
malveillants,  s'est  tenue  ferme  et  tran- 
quille, malgré  les  propos,  retentissant  de 
toutes  parts,  que  l'on  était  trahi    et  qu'il 


fallait  couper  un  grand  nombre  de  têtes. 
Cependant,  il  est  bon  de  se  tenir  sur  ses 
gardes,  ne  serait-ce  que  pour  empêcher 
les  brigands,  ra.ssemblés  dans  Paris,  de 
tirer  le  canon  d'alarme  et  de  sonner  le 
tocsin. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi    du   maire    de    Paris   au    Conseil 

exécutif. 

31  mars,  I"-  avril  1793. 
Extrait  et  original  signé,  (2  pièces),  A.  JV., 
AFiv  1470. 

498.  —  Lettre  du  commandant  général 
Santerre,  général  de  brigade  de  la  17°  divi- 
sion, au  citoyen  Grouvelle,  annonçant 
qu'il  va  donner  des  ordres  nouveaux  pour 
continuer  l'envoi  quotidien  de  la  copie  de 
l'ordre  général,  que,  selon  toute  appa- 
rence, la  seule  raison  de  la  suspension 
de  l'envoi  des  feuilles  journalières  vient 
de  ce  qu'on  fait  passer  une  copie  de  l'ordre 
à  chaque  minisire,  mais  assurant  que  cet 
oubli  va  être  réparé. 

2  avril  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

499.  —  Lettre  de  Clément,  secrétaire  de 
l'Etat-major  général  de  la  garde  nationale 
parisienne,  au  Conseil  exécutif,  l'infor- 
mant qu'il  n'y  a  rien  d'extraordinaire  à 
l'ordre  du  jour,  sauf  2  lettres,  l'une  de 
l'adjudant  général  Saint-Fief  au  Comman- 
dant général,  qui  annonce  le  dépari,  pour 
mercredi,  d'un  convoi  de  canons  et  de 
caissons  pour  Rennes  et  Orléans,  l'autre 
du  maire  de  Paris,  touchant  la  mise  à 
exécution  des  décrets  de  la  Convention 
sur  les  déserteurs  et  gens  sans  caries  ci- 
viques, faisant  connaître  la  continuation 
des  réserves  de  30  hommes  dans  chaque 
section,  dont  moitié  à  la  place  des  Piques, 
et  moitié  au  chef-lieu  respectif,  pour  faire 
des  patrouilles  et  se  porter  au  premier 
ordre  partout  où  besoin  sera. 

2  avril  1793. 
Original  signé,  A.  N.,  AF'V  1470. 

oOO.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  déclarant  que 
les  bons  citoyens  ont  plus  que  jamais 
besoin  d'être  unis  et  de  se  tenir  en  garde 
contre  tous   les   propos   que    répandent, 


110 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  LA  RÉVOLITIOX 


dans  les  marchés,  dans  les  raes,  les  mal- 
intentionnés, qu'il  faut  surveiller  sans 
cesse,  en  raison  des  idées  criminelles  qu'ils 
propagent  contre  la  République  et  les 
dépositaires  de  la  confiance  du  peuple, 
recommandant  de  nouveau  l'exactitude  et 
la  ponctualité,  si  l'on  parvient  à  obtenir 
la  tranquillité  à  Paris,  rien  n'est  à  craindre 
avec  les  ressources  dont  on  dispose,  les 
réserves  devant  toujours  continuer  le  même 
service  ;  enjoignant  aux  chefs  de  légions, 
commandants  et  adjudants  de  sections,  de 
suivre  de  près  l'instruction  des  officiers 
et  sous-officiers,  et  de  faire  un  rapport 
sur  ceux  qui  manqueront  aux  exercices, 
invitant  les  citoyens  qui  ont  des  talents 
militaires  à  se  faire  inscrire  dans  leurs 
sections,  afin  de  pouvoir  faire  choix 
d'hommes  instruits,  ayant  du  civisme, 
pour  former  les  phalanges.  Les  rapports 
de  la  garde  nationale  signalent  l'arresta- 
tion de  beaucoup  de  déserteurs  et  de  sus- 
pects sans  cartes  civiques,  ainsi  que  l'ab- 
sence d'officiers  aux  postes  des  Tuileries 
et  de  la  rue  des  Filles-Saint-Thomas. 

3  avril  1793. 
Extrait  non  signé,  A.  N.,  AF'v  1470. 

301.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Rureau  de  surveillance  de 
la  Police,  donnant  les  renseignements 
suivants  : 

1°  Dans  les  moments  de  crise  et  de 
consternation  où  l'on  se  trouve,  on  en- 
tend dire  de  toutes  parts  que  le  mal 
vient  de  la  Convention  elle-même,  et  qu'il 
vaudrait  mieux  perdre  la  vie  que  la  li- 
berté; cependant  la  terrasse  de  la  Con- 
vention était  remplie  de  brigands  et  d'a- 
ristocrates, qui  cherchaient  à  répandre 
l'alarme  et  à  décourager  les  patriotes, 
mais  leurs  efforts  n'obtiennent  pas  le  ré- 
sultat désiré  ;  un  homme  d'un  certain  âge 
ayant  voulu  prendre  la  défense  de  Du- 
inouriez,  on  se  jeta  sur  lui  pour  le  plonger 
dans  l'un  des  bassins  du  jardin  des  Tui- 
leries, et  l'on  eut  beaucoup  de  peine  à  le 
conduire  au  corps-de-gardc;  le  bruit  cou- 
rait que  les  commissaires  de  la  Conven- 
tion, partis  pour  arrêter  Dumouriez, 
étaient  passés  avec  lui  dans  le  camp  des 
ennemis. 


2»  La  section  des  Halles  a  décidé  le 
désarmement  de  plusieurs  particuliers  d'un 
incivisme  notoire;  on  dénonce  la  présence, 
à  Paris,  des  ci-devant  duc  et  duchesse 
d'Aiguillon,  celle-ci  déguisée  en  petite  ou- 
vrière, allant  même  au  spectacle  aux 
places  de  12  sols,  la  dame  Pinard,  de 
leur  intimité,  a  dit  à  son  mari  que,  s'il 
n'était  pas  si  patriote,  elle  lui  confierait 
bien  des  choses,  et  que,  pour  l'empêcher 
d'être  assassiné,  elle  lui  donnerait  sous 
peu  une  médaille  àl'efllgiede  Louis  Capet. 

3»  Il  existe  dans  l'enclos  de  l'Abbaye, 
rue  Childebcrt,  une  maison  dans  laquelle 
8  religieuses  vivent  en  communauté  et  où 
chaque  matin,  à  4  heures  et  demie,  vient 
un  prêtre  non  assermenté  pour  dire  la 
messe. 

4»  La  dame  Amaranthe,  tenant  un  jeu 
dans  la  Maison  Egalité,  s'est  vantée  d'é- 
chapper à  toute  saisie,  grâce  à  ses  rela- 
tions très  particulières  avec  plusieurs  offi- 
ciers de  paix,  qui  la  préviendront  en  temps 
utile,  elle  aurait  gagné  plus  de  100,000  écus 
depuis  quelques  jours;  un  certain  Lous- 
set,  ex-receveur  des  finances,  arrivant 
d'Angleterre  et  de  Hollande,  aurait  ponté 
d'un  seul  coup  24,000  livres,  et  tous  les 
assignats  étaient  faux. 

8°  Plusieurs  propriétaires  et  principaux 
locataires  inscrivent  les  noms  et  qualités 
de  ceux  qui  logent  dans  leurs  maisons  en 
caractères  si  menus  et  les  placardent  dans 
des  endroits  si  peu  apparents,  qu'à  peine 
peut-on  les  lire  ;  d'ailleurs,  dans  différents 
quartiers,  l'on  se  permet  de  les  déchirer 
ou  d'ajouter  à  la  suite  des  noms  la  men- 
tion :  modérés,  ou  bien  :  aristocrates,  ce 
qui  pourrait  devenir  très  dangereux,  on 
en  conclut  que  la  tenue  par  les  sections 
de  registres  analogues  à  ceux  des  hôtels 
garnis  serait  préférable.  Dans  la  journée 
de  l'avant-veille,  l'église  de  Saint-Jacques- 
du-Haul-Pas  a  été  tendue  de  noir  au  sujet 
d'un  enterrement  contre  les  principes  de 
l'égalité. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil  exé- 
cutif. 

3,  5  avril  1793. 
Extrait  et  original    signé  (2  pièces),  A.  N., 
AF'V  1470. 


LESPIUT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


117 


302.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
i,'arde  nationale  parisienne,  portant:  l°Que 
les  commandants  des  postes  cl  patrouilles 
laisseront  passer  librement  les  députés  à 
la  Convention  nationale,  munis  de  leurs 
cartes  de  député,  qui  remplacent  la  carte 
civique  ;  2°  que  les  postes  et  patrouilles 
tiendront  la  main  à  l'exécution  du  dé- 
cret du  3  avril,  qui  enjoint  l'arresta- 
tion de  tous  officiers  et  soldats  reve- 
nant des  armées,  même  avec  des  passe- 
ports ou  billets  d'hôpitaux,  et  de  tout 
citoyen  sans  cocarde  tricolore,  faisant 
connailre  l'état  de  l'artillerie  se  trouvant 
à  l'Arsenal,  savoir  :  2liO  canons,  tant  de 
24  que  de  10,  12  et  8,  sans  les  123  canons 
qui  sont  déjà  dans  les  sections  et  à  poste 
fixe;  110,400  boulets  de  différents  cali- 
bres, 2,400  bombes  et  700  obus,  12,472  gar- 
gousses  à  boulets  et  mitraille,  19  caissons 
garnis,  60,000  cartouches,  et,  tant  à  Paris 
qu'à  Essonnes  et  Meaux,  dont  partie  est 
en  route,  03  milliers  de  poudres,  ui)2,8l8  li- 
vres pesant  de  balles  de  plomb  faites, 
environ  90,000  piques,  112,000  chausse- 
trappes  et  des  balles  ù  mitraille,  de  quoi 
faire  2,000  gargousses.  Avis  est  donné  de 
l'arrivée  prochaine  de  9,000  fusils  pour  les 
magasins  de  Narbonne,  La  Uochelle  et 
Rennes,  qui  seront  déposés  provisoire- 
ment à  la  Villette,  chez  le  sieur  Simonet, 
entrepreneur  de  transports  militaires. 
Les  canons  partis,  la  veille,  pour  la  Ven- 
dée, sont  arrêtés  à  Versailles,  afin  de  les 
faire  revenir,  si  les  événements  le  per- 
mettent; on  annonce  l'envoi  de. 68, 000 
chausse-trappes  pour  Douai,  Lille  et  Va- 
lencieniies,  envoi  accompagné  d'une  divi- 
sion de  chevaux  d'artillerie  de  la  compa- 
gnie Winter.  Le  général  d'Ayat  écrit  de 
Fontenay-le-Peuple  à  Santerre  qu'il  com- 
mence à  avoir  des  forces  imposantes  pour 
marcher  contre  les  rebelles,  dont  4  ont 
été  guillotinés  le  28  mars. 

L'n  2*  ordre  du  jour,  à  6  heures  du  soir, 
fait  observer  que  dans  l'ordre  d'arresta- 
tion de  tout  militaire,  il  est  sous-enlendu, 
s'il  n'a  mission  du  ministre. 

De  cette  loi  sont  exceptés  les  gendarmes 
qui  ont  des  cartes,  savoir  ceux  à  cheval 
du  citoyen  Ilémart,  ceux  des  ports  du 
citoyen   Louvet,  ceux  de  la  cavalerie  du 


Luxembourg  du  citoyen  Prévôt,  ceux  des 
tribunaux  du  citoyen  Du  Mesnil,  et  ceux 
qui  se  recrutent,  rue  Saint-Victor,  du  ci- 
toyen Réaux.  Rien  n'est  encore  décidé 
sur  la  force  à  former,  le  service  sera  con- 
tinué comme  la  veille,  on  aura  soin  d'ar- 
rêter vers  les  barrières  les  soldats  qui 
arriveront  sans  permission  ni  congé. 

4  avril  1793. 
Extrait  non  signé,  A.  N.,  AF'v  1470. 

503.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1»  Autant  les  esprits  ont  été  échauffés, 
autant  ils  sont  redevenus  calmes  et  tran- 
quilles, cependant  les  malveillants  ont 
fait  tout  leur  possible  pour  soulever  le 
peuple  et  allumer  la  guerre  civile  dans 
Paris;  les  instigateurs  disaient  qu'avant  de 
marcher  contre  Dumouriez,  il  fallait  mas- 
sacrer les  aristocrates  et  tous  les  scélé- 
rats enfermés  dans  les  prisons,  battre  à 
l'instant  la  générale,  sonner  le  tocsin  et 
mettre  tout  en  combustion,  aussi  était-il 
à  craindre  que  le  peuple  ne  se  portât  à 
des  extrémités  dont  les  suites  auraient  été 
terribles  et  difficiles  à  arrêter;  heureu- 
sement que  les  suggestions  ont  paru  ma- 
nifestes, et  les  nouvelles  effrayantes  ré- 
pandues, trop  absurdes  pour  qu'on  puisse 
facilement  y  ajouter  foi,  comment  se  per- 
suader qu'une  armée  de  Français  pût  se- 
conder les  projets  d'un  général  révolté,  et, 
réunie  à  30,000  Autrichiens  et  Prussiens, 
marcher  sur  Paris  pour  y  faire  couler 
des  flots  de  sang? 

2°  On  faisait  croire  qu'un  prince  étran- 
ger avait  pénétré  au  Temple  jusqu'à  An- 
toinette et  avait  reconnu  le  ci-devant 
Dauphin  pour  roi  de  France,  en  lui  prê- 
tant serment  de  fidélité  au  nom  de  Mon- 
sieur et  des  émigrés. 

3°  Dumouriez  avait  rempli  Paris  de  ses 
affidés,  notamment  du  sieur  Thierry,  l'un 
de  ses  aides-de-camp,  que  Beurnonville 
vient  de  nommer  colonel  d'un  régiment 
de  hussards  ;  la  dame  Vauréal,  que  fré- 
quente le  député  Osselin,  était  aussi  au 
nombre  de  ses  agents,  d'Eprémesnil,  y 
dînant ledimanche  précédent, s'était  écrié: 


118 


CFIAIMTRE  I".  —  JOURNÉES  HISTOIUQUES  DE  LA  RÉVOLUTION 


"  Malgré  Robespierre,  Uanlon  et  Marat, 
nous  aurons  un  Roi.  » 

4°  L'argent  se  vend  aujourd'liui  cent 
pour  cent  et  un  louis  d'or  vaut  jusqu'à 
55  livres.  On  enlève  les  blés  et  farines  à 
20  et  30  lieues,  sous  prétexte  d'approvi- 
sionner Paris,  les  habitants  d'un  canton, 
curieux  de  suivre  une  voiture,  lui  ont  vu 
prendre  au  bout  do  quelques  lieues  une 
route  toute  différente  de  celle  qu'elle  de- 
vait parcourir. 

ï)'  Le  secrétaire-greffier  de  la  section 
du  Temple  étant  entré  dans  un  café  des 
Tuileries  avec  le  sieur  Boltot,  juge  de  paix 
de  cette  section,  fut  remarqué  par  un  in- 
dividu, qui  lui  dénonça  celui-ci  comme 
très  suspect  et  invita  le  secrétaire-greffier 
à  l'accompagner  au  Comité  de  sûreté  gé- 
nérale. 

C°  Certain  sieur  Chasselou,  porteur 
d'ordres  des  administrateurs  de  Police 
pour  arrêter  différents  voleurs,  est  con- 
vaincu de  mettre  à  contribution  les  fri- 
pons qu'il  est  chargé  de  poursuivre,  et, 
voleur  lui-même,  est  muni  d'un  pouvoir 
à  entête  de  la  Commune  de  Paris,  qui  doit 
être  faux. 

7°  Le  2  avril,  une  boutique  de  bijoutier. 
Maison  de  l'Egalité,  n°  26,  fut  dévalisée  ; 
le  coup  fut  préparé  par  une  femme  qui 
avait  loué  un  entre-sol  au-dessus  de  ladite 
boutique,  les  voleurs  pratiquèrent  un  trou 
dans  le  plafond  et  pénétrèrent  ainsi  dans 
la  boutique. 

8"  Dans  un  hôtel  garni  de  la  rue  des 
Marmousets,  un  domestique,  au  cours 
d'une  dispute  très  vive  avec  son  maître, 
l'assassina,  et,  de  désespoir,  se  suicida 
d'un  coup  de  pistolet. 

4  avril  1793. 
Copie,  A.  N.,   VF"'  1470. 

504.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  parisienne,  par  lequel 
le  Commandant  général  invite  ses  conci- 
toyens à  ne  pas  donner  dans  le  piège 
tendu  par  les  malintentionnés,  qui  insi- 
nuent auprès  des  sections  qu'elles  doi- 
vent se  partager  les  fusils  qui  doivent 
arriver  à  la  Villette,  il  appelle  également 
leur  attention  sur  l'instruction  relative  au 
maniment  des  armes  et  aux  manœuvres, 


d'une  nécessité  absolue,  et  croit  devoir 
faire  observer  que  ceux  qui,  par  insou- 
siance  ou  par  incivisme,  négligent  de 
s'instruire,  y  seront  contraints,  cette  ins- 
truction étant  nécessaire  à  tous  pour 
résister  d'une  manière  invincible  et  con- 
formément aux  droits  de  l'homme,  à  l'op- 
pression tant  particulière  (jue  générale. 
1.0  Commandant  général  s'empresse  éga- 
lement d'annoncer  que,  sans  cesse,  les  ci- 
toyens de  Versailles  et  de  Saint-Cermain 
admirent  les  travaux  de  ceux  de  Paris,  leur 
vouent  un  attachement  inviolable  et  fra- 
ternel, et  leur  ofi'renl  leurs  services  pour 
concourir  au  salut  de  la  République.  Parmi 
les  nouvelles  portées  à  la  connaissance 
des  Parisiens  figurent  l'arrestation  d'un 
espion  de  Dumouriez,  l'attaque  très  vive 
contre  le  général  Custine  et  une  affaire 
où  le  général  Biron,  malgré  la  neige,  a 
obtenu  un  succès  complet  et  fait  plusieurs 
prisonniers,  entre  autres  deux  amenés 
par  le  collet  par  un  grenadier.  Les  oflres 
de  service,  le  zèle,  le  courage  qui  se  mon- 
trent partout  permettent  de  croire  que 
jamais  les  tyrans  ne  pourront  ravir  aux 
Français  leur  liberté,  un  moyen  de  con- 
tribuer k  ce  résultat,  c'est  de  maintenir  la 
tranquillilé  dans  Paris  et  de  se  tenir  en 
garde  contre  les  propos  que  l'on  répand  ; 
c'est  ainsi  que,  dans  une  lettre  interceptée, 
il  était  question  de  faire  courir  le  bruit 
que  Dumouriez  était  arrêté  et  enfermé  à 
Lille,  bruit  qui  en  efTet  a  été  propagé  dans 
les  groupes  par  plusieurs  individus  dégui- 
sés en  ouvriers.  Il  paraîtrait  aussi  que  plu- 
sieurs de  ces  scélérats  ont  pour  marque 
de  ralliement  une  plume  noire  surmontée 
do  jaune,  comme  celle  des  aides  de  camp, 
beaucoup  d'autres  sont  sans  cocardes.  Les 
bons  citoyens  sont  invités  à  surveiller  de 
très  près  tous  ces  particuliers,  qui  paraissent 
avoir,  tantôt  une  marque  de  ralliement, 
tantôt  une  autre;  ils  ont  aussi  quelques 
cafés  attitrés,  ofi  il  est  nécessaire  que  les 
bons  citoyens  exercent  leur  surveillance, 
môme  recommandation  pour  les  barrières. 

5  avril  1703. 
Extrait  non  signé,  A.  A'.,  AF'^'  1470. 

nos.  ^  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions faits  au  Bureau  de  surveillance  de 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


119 


la  Police,    donnant   les   indications   sui- 
vantes : 

1°  On  dit  partout  qu'il  est  impossible 
que  le  traître  Dumouriez  ait  formé  son 
plan  de  contre-révolution  sans  avoir  mis 
dans  la  confidence  une  partie  de  la  Con- 
vention, l'indignation  contre  lui  est  géné- 
rale, il  n'est  question  que  du  genre  de 
supplice  qu'on  lui  fera  subir,  on  murmure 
beaucoup  de  ce  que  la  majeure  partie  des 
députés  patriotes  sont  envoyés  dans  les 
départements,  ce  qui  assure  le  triomphe 
de  l'esprit  de  parti.  Suivant  des  propos 
très  absurdes,  il  aurait  été  question  d'é- 
lire pour  roi  des  l'rançais  le  duc  d'York 
en  le  mariant  avec  la  fille  d'Egalité. 

2°  L'indignation  se  manifeste  également 
contre  les  marchands  en  général,  ainsi 
que  contre  les  riches,  que  l'on  accuse  de 
ne  pas  vouloir  de  République,  on  crie  qu'il 
faut  absolument  les  faire  marcher  aux 
frontières. 

3°  Marat  prend  dans  l'opinion  publique 
un  ascendant  très  marqué,  quand  il  sort 
de  la  Convention,  il  est  entouré  et  suivi 
d'une  foule,  qui  ne  cesse  de  l'applaudir, 
quelquefois  jusqu'à  l'une  des  portes  des 
.Tuileries. 

4°  L'emprisonnement  de  Beurnonville 
est  commenté  de  diverses  façons,  les  uns 
disent  qu'il  était  d'intelh'gcnce  avec  Du- 
mouriez, d'autres  doutent  du  rapport  de 
l'aide  de  camp,  préparé  pour  indigner 
diivantnge  le  peuple  contre  ce  général, 
qui  trouve  encore  des  défenseurs  dans 
des  groupes  sans  doute  bien  payés;  quand 
ils  ont  épuisé  leur  rhétorique  en  faveur 
de  Dumouriez,  ils  ont  coutume  d'ajouter 
que,  depuis  que.  l'on  a  renversé  la  Consti- 
tution, l'on  n'a  eu  que  des  malheurs,  et  que 
sans  nul  doute  la  Convention  n'est  com- 
posée que  de  scélérats,  qui  sont  la  cause 
de  tous  les  maux. 

5»  Des  malveillants,  selon  toute  appa- 
rence pour  discréditer  les  assignats,  ont 
demandé  à  plusieurs  marchands  de  leur 
donner  30  sols  en  numéraire  pour  un  as- 
signat de  K  livres,  en  disant  qu'ils  n'avaient 
que  faire  de  ces  chiffons  de  papier. 

0°  Il  s'est  dit  d.ins  f|ueliiues  groupes,  et 
l'on  a  discuté  dans  plusieurs  sections,  qu'il 
faudrait  que  chaque  citoyen  fit  son  ser- 


vice en  personne,  afin  de  mieux  surveiller 
les  ennemis  en  grand  nombre  dans  cette 
ville. 

7°  Aujourd'hui,  les  groupes  et  les  lieux 
publics  ont  été  fort  tranquilles,  l'état  de 
Paris  n'a  rien  d'alarmant,  on  se  console 
presque  de  l'émigration  de  Dumouriez  à 
la  tête  de  4,000  hommes  et  de  son  état- 
major,  parce  que  c'est  un  bonheur  pour 
la  République  d'avoir  hors  de  son  sein 
4,000  traîtres  de  moins. 

8°  Le  décret  qui  oblige  d'arrêter  tous 
les  militaires  venant  des  armées,  quoique 
munis  de  cartouches,  de  passeports,  etc., 
cause  beaucoup  d'embarras  aux  adminis- 
trateurs de  Police  et  remplit  de  soldats  la 
maison  de  la  Mairie  d'une  manière  qui 
peut  devenir  dangereuse,  par  le  trop  grand 
nombre  de  prévenus  réunis  dans  un  même 
endroit,  dont  il  serait  facile  de  forcer  la 
porte. 

Cet  extrait,  ainsi  que  celui  du  4  avril, 
est  accompagné  d'une  lettre  d'envoi  du 
maire  de  Paris  au  Conseil  exécutif. 

5,  6  avril  1793. 
Extrait  et  original  signé  (2  pièces),   A.  iV., 
AF'v  1470. 

500.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale,  par  lequel  le  Comman- 
dant général  ordonne  à  tous  les  postes  et 
patrouilles  de  visiter  toutes  les  voitures  de 
place,  roulantes  ou  arrêtées  sur  les  places 
et  dans  les  rues,  de  dt  heures  du  soir  à 
6  heures  du  malin,  et  de  conduire  chez  les 
commissaires  de  police  celles  où  l'on 
trouvera  des  paquets,  et  il  prescrit  d'ar- 
rêter aussi  tous  les  porteurs  de  paquets  à 
pied,  à  ces  heures-là. 

Conformément  au  décret  de  la  veille,  il 
sera  levé  pour  le  Nord  une  armée  de 
40,200  hommes,  savoir  :  dans  les  30  dé- 
partements voisins  de  celui  où  est  l'armée, 
mille  hommes  pour  chacun,  et  Paris  four- 
nira 10,200  hommes,  savoir,  2,300  hommes 
de  troupes  à  cheval,  soit  700  hommes  de 
la  légion  Rosenthal,  700  hommes  de  celle 
de  Lamothe,  700  hommes  de  la  3«  division 
de  l'Ecole  militaire  à  Péroniie, et  200  hom- 
mes de  la  gendarmerie  de  Prévôt  et  Hé- 
mart  ;  7,900  hommes  de  troupes  à  pied, 
soit  800  hommes  de  la  légion  Rosenthal, 


120 


CHAPITRE  I".  —  JOURNÉES  HISTORIQUES  DE  L\  RÉVOLUTION 


600  hommes  de  gendarmerie  à  pied,  re- 
crues de  Paris  1,700  liommes,  sections  de 
Paris,  4,800  hommes.  D'après  le  plan  pro- 
posé par  Santerre,  ce  conlingenl  ne  devait 
servir  qu'un  mois  et  être  renouvelé, les  l'I 
et  31  de  chaque  mois,  les  officiers  et  sous- 
officiers  restant  les  mêmes;  tous  ceux  qui, 
après  avoir  servi  un  mois  comme  soldats, 
voudraient  continuer  cette  carrière,  seraient 
inscrits  pour  concourir  aux  places  d'offi- 
ciers, suivant  leurs  talents  et  leur  civisme, 
cà  condition  de  subir  un  examen  public;  ce 
mode  de  service  pendant  un  mois  pré- 
sentant l'avantage  de  faire  passer  tout  le 
monde  tour  à  tour,  et  d'indiquer  exacte- 
ment à  chaque  citoyen  le  temps  qu'il 
sera  absent  de  sa  famille  et  de  ses  affaires, 
chaque  citoyen  payerait  cette  dette  avec 
satisfaction,  surtout  si  le  décret  qui  assure 
la  subsistance  des  familles  reçoit  pleine  et 
entière  exécution;  la  composition  et  la 
paye  seraient  celle  de  la  garde  nationale, 
on  ne  serait  fourni  que  de  souliers  et  l'on 
n'aurait  pas  d'uniforme,  les  citoyens  com- 
posant cette  armée  n'auraient  jamais  plus 
de  30,  40  à  50  lieues  à  faire. 

D'après  une  décision  prise,  les  6,000  fu- 
sils se  trouvant  à  Paris,  destinés  à  l'armée 
du  Var,  devaient  y  rester  jusqu'à  ce  qu'on 
eût  examiné  s'ils  ne  seraient  pas  plus  utiles 
à  celle  du  Nord. 

Le  Commandant  général  recommande 
aux  amis  de  la  République  de  ne  pas  perdre 
inutilement  une  seule  cartouche,  pas 
même  pour  l'exercice  à  feu,  la  quantité 
énorme  qu'il  en  faut  ne  permettant  pas 
ces  exercices,  de  même  les  canonniers  à 
l'école  de  division  pourront  en  user  3  char- 
ges, il  n'y  aura  que  les  volontaires  prêts  à 
partir  pour  l'armée  à  qui  il  sera  permis  de 
tirer  à  poudre. 

Dans  l'armée  en  préparation  aucune 
femme  ne  sera  admise,  pas  plus  dans  les 
camps  que  dans  les  casernes,  une  juste  et 
nécessaire  sévérité  sera  observée  ;  l'un 
des  malheurs  des  armées  acluellenient 
existantes,  c'est  qu'il  y  a  à  la  suite  une 
quantité  immense  de  femmes  qui,  non 
seulement  détournent  les  soldats  de  leurs 
devoirs,  mais  encore  embarrassent  les 
charrois,  étant  toujours  sur  les  voitures  et 
consommant  inutilement  les  vivres. 


Le  Commandant  général  termine  par 
cette  exhortation  :  Union,  fraternité  et 
amour  de  la  patrie,  et  la  liberté  est  sauvée, 
puis  renaîtra  le  bonheur  que  le  peuple 
doit  attendre  et  avoir. 

6  avril  1793. 
Extrait  non  signé,  A.  N.,  AF'^'  1470. 

i)07.  —  Extrait  des  rapports  et  déclara- 
tions reçus  au  Bureau  de  surveillance  de 
la  Police,  signalant  les  faits  suivants  : 

1»  D'après  une  déclaration  de  la  section 
des  Tuileries,  quelques  soldats  se  seraient 
vantés  d'avoir  deux  cocardes,  l'une  natio- 
nale, en  évidence  à  leurs  chapeaux,  et 
l'autre  blanche,  cachée  sur  leur  estomac, 
afin  de  s'en  servir  selon  les  besoins  de  la 
cause,  on  craint  que  de  pareilles  disposi- 
tions ne  soient  prises  par  beaucoup  d'in- 
dividus des  sections.  Suivant  un  bruit  ac- 
crédité, nombre  de  négociants,  de  rentiers 
et  de  riches  propriétaires  ont  obtenu  des 
billets  et  des  médailles  de  sauvegarde  ou 
de  sûreté,  ces  médailles  portent  d'un  côté 
l'effigie  de  Louis  XVI,  et  de  l'autre  une 
devise  caractérisant  ce  tyran  comme  un 
martyr. 

2"  Il  existe,  dit-on,  des  lettres  écrites 
par  Dumouriez  à  Brissot,  recommandant 
de  tdcher  d'envoyer,  en  qualité  de  com- 
missaires dans  la  Belgique,  Robespierre 
et  Marat,  parce  que  c'est  le  seul  moyen  de 
s'en  défaire. 

3"  La  veille,  sur  la  terrasse  de  la  Con- 
vention, un  individu,  par  des  discours  ora- 
toires et  bien  faits,  engageait  les  citoyens 
à  la  plus  exacte  surveillance,  à  dénoncer 
tous  ceux  qui  auraient  des  principes  con- 
traires à  la  Révolution  et  qui  auraient  l'air 
de  prendre  le  parti  et  de  pallier  les  crimes 
du  traître  Dumouriez,  à  les  arrêter  sur  le 
champ  et  les  conduire  à  la  section  la  plus 
voisine,  pour  s'enquérir  de  leur  civisme. 

4»  On  a  fait  circuler  le  bruit  que  Dumou- 
riez a  été  tué  en  traversant  une  rivière  à 
la  nage,  le  vœu  général  est  de  voir  renou- 
velé complètement  l'état-major  des  ar- 
mées et  de  ne  le  composer  que  de  bons 
républicains,  de  vrais  saiis-culoltes  ;  le 
public  s'intéresse  peu  à  Beurnonville,  on 
dit  dans  presque  tous  les  groupes  que 
c'est  un  chevalier  du  poignard,  et  que  ce 


L'ESPRIT  PUBLIC  A  PARIS  DE  JANVIER  A  JUIN  1793 


121 


ne  serait  pas  une  grande  perte  s'il   eût 
été  tué. 

5°  L'ancien  curé  de  Sainl-Sulpice,  très 
connu  par  son  incivisme,  se  cache,  pa- 
raîl-il,  dans  une  maison,  rue  de  La  Harpe, 
prés  de  la  place  Saint-Michel. 

ti°  On  commence  à  murmurer  conlre  le 
Tribunal  révolutionnaire,  qui,  depuis  son 
nstallation,  n'a  encore  rendu  aucun  juge- 
ment, tandis  qu'il  y  a  tant  de  criminels 

juger,  on  craint  qu'il  ne  devienne  illu- 
soire comme  celui  d'Orléans. 

7°  Après  de  grands  débals,  au  sujet  de 
a  dénomination  à  donner  au  nouveau 
Comité  qu'elle  va  établir,  la  section  de 
Beaurepaire  a  rejeté  celle  de  révolution- 
naire et  préfère  celle  de  Comité  de  sur- 
veillance. 

8»  Les  garçons  boulangers  se  coalisent 
depuis  deux  jours,  pour  faire  la  loi  aux 
citoyens  chez  lesquels  ils  sont  occupés,  et 
les  mettre  à  contribution,  menaçant  de  ne 
plus  travailler,  il  est  urgent  que  l'admi- 
nistration de  Police  s'occupe  de  cet  objet. 

Cet  extrait  est  accompagné  d'une  lettre 
d'envoi  du  maire  de  Paris  au  Conseil  exé- 
cutif. 

0  avril  1793. 

Extrait  et  original  signé  (2  pièces),  .A.  ]V., 
AF'V  1470. 

508.  —  Extrait  de  l'ordre  du  jour  de  la 
garde  nationale  :  1°  portant  à  la  connais- 
sance des  citoyens  deux  lettres  du  citoyen 
Saint-Fief,  du  0  avril,  qui  prévient  le  Com- 
mandant général  des  expériences  sur  une 
nouvelle  poudre  de  guerre  qui  se  feront, 
mardi  prochain,  à  l'Arsenal,  pour  que  l'on 
ne  soit  pas  surpris  ni  inquiet  de  la  déto- 
nation, et  qui  demande  que  les  ouvriers 
des  sections,  chargés  par  adjudication  de 
construire  des  afl'ùts  de  bataille  du  calibre 
de  12  et  de  8,  accélèrent  leur  travail,  an- 
nonçant en  môme  temps  la  remise  à  la 
fonderie  du  Faubourg  Saint-Antoine  de 
13  pièces  de  canons  de  calibres  irréguliers, 
et  le  départ  d'un  convoi  de  12  caissons 
chargés  de  boulets  pour  l'armée  du  géné- 
ral Berruyer. 

2°  Le  Commandant  général  fait  con- 
naître qu'enfin,  l'armée  est  délivrée  du 
traître  et  ralliée,  mais  que  rien  n'est 
encore  décidé  pour   le  mode  de  recrute- 


ment ou  pour  le  mode  de  ralliement,  il 
critique  les  entraves  apportées  par  les 
Comités  de  la  Convention,  qui  lui  ont  déjà 
fait  perdre  4  jours,  priant  ses  concitoyens 
de  considérer  plutôt  ses  intentions  que  ses 
actions,  et  déclare  que  s'il  se  trouvait  encore 
des  circonstances  aussi  pressantes,  auto- 
risé indirectement  comme  il  l'a  été  par 
la  Convention,  il  requerrait,  agirait  et 
ferait  en  sorte  qu'on  ne  le  promène  pas, 
comme  on  le  fait  depuis  4  jours;  le  peuple 
et  la  Convention,  comptant  sur  tout  son 
zèle,  ne  verront  en  lui,  s'il  ne  prend  pas  ce 
parti,  que  des  fautes  qui  sont  des  crimes, 
et  le  peuple  aura  raison  de  le  comparer  à 
Dumouriez,  mais  il  ne  négligeia  rien  pour 
l'organisation  des  moyens  de  défense  né- 
cessaires, néanmoins,  les  modérés  des 
sections,  qui  sont  formalistes,  ne  man- 
queront pas  de